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7 janvier 2017 6 07 /01 /janvier /2017 11:13

Dialogue entre un quiétiste et un chrétien flic

(Partie 1)

 

« Deux choses sont infinies : l’Univers et la bêtise humaine. Mais, en ce qui concerne l’Univers, je n’en ai pas encore acquis la certitude absolue. »

« Il est plus facile de désintégrer un atome qu’un préjugé » A. Einstein

 

Louange à Allah le Seigneur de l’Univers ! Que les Prières et le Salut d’Allah soient sur notre Prophète Mohammed, ainsi que sur ses proches et tous ses Compagnons !

 

Caché derrière les lignes croisées d’un drapeau bicolore, du fond de sa campagne savoyarde, voici l’homme, un philanthrope pétri d’idées, mais surtout, à la limite de la naïveté, de bonnes volontés. Après m’avoir mis en joue, donné du fil à retordre, le courant est passé ; et nous avons décidé, d’un commun accord, par blog interposé, de procéder à des échanges de tirs croisés, pour ne pas perdre le fil. Lui, a pris l’initiative des hostilités en m’envoyant un feu nourri de questions envahissant les réseaux, qui me perce les tympans, et me taraude les neurones ; à la lueur du tonnerre, grondent les canons de Navarone.

 

Les sanglots longs Des violons De l’automne

Blessent mon cœur D’une langueur Monotone

 

Sans coup de semonce, notre slave savoyard m’envoie une salve comme un bloc à partir de son blog, ce parfum suave de la guerre des mots ! La balle est désormais dans mon camp. Afin de faire bouger les lignes, j’aimerais apporter ma modeste pierre à l’édifice pour éteindre les préjugés si chers aux malentendus qui alimente délicieusement l’animosité réciproque : qui ignore haït.

 

http://blogdepoulet.com/?p=543

 

Quand le Seigneur veut du bien à quelqu’un, Il lui facilite l’accès à l’adoration du moment, et l’éloigne de ce qui ne le regarde pas. Aujourd’hui, l’adoration du moment se résume à la plume, une forme particulière du djihad. Les aventures guerrières ne sont pas à l’ordre du jour en regard d’une conjoncture défavorable aux musulmans. Le savoir est une arme imparable au service de l’individu et de la communauté. Chacun apporte sa brique à l’édifice en renforçant ses connaissances pour les transmettre aux autres dans les limites de ses moyens. Les savants et les étudiants en science religieuse, notamment, ont un rôle primordial à jouer dans cette phase périlleuse, mais incontournable.

 

Le Coran, qui est la source d’inspiration du djihad par la plume, nous dit bien : [Alors ne cède pas à la volonté des infidèles, et sers-toi de ce Livre pour leur livrer un grand combat].[1] Pour ibn el Qaïyim, il s’agit du plus grand des combats.[2] Autrement dit, la plume à l’ascendant sur l’épée. Un  passage des fatâwa d’ibn Taïmiya développe davantage le principe de la prépondérance de la plume sur le sabre : « Allah, nous dit-il, révèle dans Son Livre : [Nous avons envoyé nos prophètes porteurs d’une preuve évidente, et Nous les avons assistés du Livre et de la Balance de toute chose afin que les hommes fassent régner la justice. Nous leur avons également apporté du ciel le fer qui confère une force redoutable en plus de ses multiples usages ; afin qu’Allah, haut de Sa Force et de Sa Puissance, reconnaisse ceux qui défendent sa cause, celle de Ses messagers, en vertu de la foi qui les anime].[3] Il nous informe qu’il a fait descendre sur terre le Livre et la Balance de toute chose afin que les hommes fassent régner la justice. Il nous apprend ensuite qu’Il a également mis à leur disposition le fer, l’autre pilier du pouvoir à même de maintenir la religion. Nous avons donc le livre incitatif et l’épée dissuasive : [mais tu trouveras en Ton Seigneur le guide et le soutien suffisants].[4] Le Livre se situe à la base de la religion. Ainsi, dès l’avènement de l’Islam, le Très-Haut révéla le Livre à Son Messager qui, pendant toute la période mekkoise, ne reçut aucune prescription guerrière. Il fallut qu’il émigre et qu’il s’entoure d’une force pour que la législation du djihad voie le jour. »[5] Le Livre est donc à la base de la religion, tandis que l’épée ne fait que le seconder dans sa mission. C’est à la lumière de cette explication qu’il convient de comprendre l’adage : Le sultan est plus dissuasif, par la Volonté de Dieu, que le Coran, de par la peur qu’il inspire. »[6]

 

Ibn el Qaïyim nous offre des perles dont il a le secret : « Leçon précieuse : Allah (I) révèle : [Ceux qui redoublent d’efforts pour Notre cause, Nous allons les guider sur Nos sentiers][7] ; Le très-Haut fait un parallèle entre partir en guerre et suivre la bonne voie ; les hommes les mieux guidés sont ceux qui s’investissent le plus dans le djihâd, en sachant que le djihâd prioritaire commence par un effort sur soi dans un combat incessant contre les passions, Satan, et les épreuves de la vie. En affrontant ces quatre ennemis pour la cause d’Allah, on sera guidé en retour vers les sentiers de Son Agrément qui mènent droit au Paradis. À l’inverse, moins on fait d’effort dans ce sens, et moins on est guidé sur le droit chemin. El Junaïd le dit lui-même :

« Ceux qui luttent pour Notre cause contre leur penchant à travers le repentir, Nous allons les guider sur les sentiers de la sincérité exclusive à Dieu. »

Ainsi, on ne peut venir à bout de l’ennemi apparent sans triompher de ses ennemis cachés ; quand on a le dessus sur les seconds, on a le dessus sur les premiers, et le contraire est aussi vrai, soit que si c’est les seconds qui prennent le dessus, alors il faut s’attendre au péril entre les mains des premiers. »[8]

 

Mais, je n’allais entamer aucune démarche sans faire les présentations à travers un exposé succinct de ma méthodologie dans ce que j’appellerais désormais « nos échanges ».

 

Ma méthode d’investigation

 

Par chance je suis dépourvu de toute ambition politique ou sociale, en sorte que je n'ai à craindre aucun danger de ce côté-là, rien qui me retienne, rien qui me force à des transactions et à des ménagements ; bref j'ai le droit de dire tout haut ce que je pense, et je veux une bonne fois tenter l'épreuve qui fera voir jusqu'à quel point nos semblables, si fiers de leur liberté de pensée, supportent de libres pensées.[9]

 

Je n’écris pas pour catéchiser, pour recruter des adhérents à tel ou tel parti, mais pour instruire et renseigner. Je croirais déchoir à mes propres yeux si je me préoccupais, quand je prends la plume, du parti que tireront de mes écrits les politiques du jour, en France et à l’étranger. Que ces hommes d’action, d’action rouge, noire ou blanche, s’efforcent d’exploiter mes livres au profit de leur cause, avec plus ou moins de bonne foi, c’est un ennui que je dois supporter avec calme. Ni leurs éloges, ni leurs injures ne me feront dévier de ma route. Si l’histoire est la politique du passé, ce n’est pas une raison, au contraire, pour qu’elle devienne l’humble servante de la politique ou plutôt des politiques du présent. Elle n’a de raison d’être que si elle dit en toute indépendance ce qu’elle croit être la vérité. Tant pis pour ceux que cette vérité blesse ! Ou plutôt tant mieux, car c’est peut-être une des conditions du progrès. »[10]

 

Je me sers rarement des avis d'autrui, si ce n'est par honneur de cérémonie, sauf où j'ai besoin d'instruction de science ou de la connaissance du fait. Mais, dans les choses où je n'ai à employer que le jugement, les raisons étrangères peuvent servir à m'appuyer, mais peu à me détourner. Je les écoute favorablement et décemment toutes, mais, qu'il m'en souvienne, je n'en ai cru jusqu'à cette heure que les miennes.[11]

 

Personnellement, je tiens à bannir de mon vocabulaire toute expression, qui au lieu de dépassionner le débat, pour reprendre un passage d'un livre interdit en France, il l'embrouille, l'envenime et le rend impossible, soit tout le contraire de l'ambition que je m'assigne. L'analyse doit être distinguée de toute polémique, mais aussi des arrière-pensées que l'on croit détecter chez l'autre. Inutile de se prêter au jeu et d'ouvrir la chasse aux sous-entendus. Ce qui importe, si l'on veut être compris, c'est une authentique analyse du phénomène exempte de tout soupçon.

 

Nous avons pour usage pour les questions touchant à la religion aussi subtiles soient-elles, d’y adhérer pleinement, sans les confronter les unes aux autres ni de faire de parti pris en faveur d’une tendance quelconque. Nous nous contentons de donner raison à chacune d’entre elles pour les points où elles sont conformes à la vérité, et de leur donner tort quand elles se trompent. Nous ne faisons exception dans ce principe à aucune tendance ni aucune opinion. Nous espérons qu’Allah nous maintienne sur cette voie à la vie à la mort, et jusqu’au jour où nous reviendrons vers Lui.[12]

 

Nous devons donner foi à tous les enseignements venant d’Allah, et accepter la vérité dans son ensemble, sans faire preuve de passion ni parler sans savoir ; notre approche est scientifique et objective, conformément au Coran et à la sunna. Quand on s’accroche qu’en partie à la vérité, on suscite la divergence et la désunion.[13]

 

Allah (I) révèle : [Ne croyez-vous qu’à une partie du Livre au détriment du reste ; en agissant ainsi, quelle autre rétribution aura-t-on sinon de goûter à l’ignominie ici-bas et d’être jeté dans le pire des châtiments le Jour de la résurrection ; Allah n’est nullement inattentif à ce que vous faites].[14]

 

En effet, les Gens du Livre ont pour usage de renier les bonnes opinions de leurs coreligionnaires comme le signale ibn Taïmiya.[15] Le Très-Haut révèle : (Les Juifs disent : les chrétiens ne tiennent sur rien, et les chrétiens disent : les Juifs ne tiennent sur rien, et pourtant tous lisent le Livre. Ainsi, les ignorants ont prétendu la même chose. Le Jour de la Résurrection,  Allah tranchera entre leurs divergences)[16] ; [Ils oublièrent alors une partie du rappel, et Nous attisâmes entre eux la haine et l’animosité jusqu’au Jour de la résurrection].[17] Ce dernier Verset s’adresse particulièrement aux chrétiens, et s’érige en prophétie pour dénoncer les dissensions au sein de leur communauté depuis ses balbutiements jusqu’à la fin des temps, à travers notamment une série de conciles aussi houleux les uns que les autres, comme le souligne ibn Taïmiya.[18]

 

Ce même ibn Taïmiya établit que les adeptes des religions falsifiées et les égarés en général s’appuient généralement sur des arguments ambigus au détriment des arguments formels, trahissant ainsi qu’ils sont plus animés par les passions que par la recherche de la vérité.[19] Ce manque de bonne foi ou, pour le moins, ce manque de rigueur les fait sombrer dans les contradictions les plus aberrantes.

 

« Il y a plus faux que le faux, c'est le mélange du vrai et du faux. »
Paul Valéry

 

D’ailleurs, les kharijites qui orneront notre propos ne sont pas épargnés par cette tare qui est le lot de tout individu mu par les passions.

Selon ‘Âichâ – qu’Allah l’agrée –, le Messager (r) récita le Verset : (Il est Celui qui vous a descendu le Livre ; celui-ci contient des versets explicites qui incarnent la mère du Livre ; d’autres sont ambigus. Quant à ceux qui ont les cœurs fourbes, ils s’en tiennent à la partie ambiguë pour semer le désordre et les interpréter à leur façon ; mais personne ne connait leur interprétation en dehors d’Allah. Ainsi que les savants érudits qui disent : nous y donnons foi, tout vient de Notre Seigneur).[20] Puis, il expliqua : « Si vous voyez des gens suivre les Versets ambigus, sachez qu’Allah les a dénoncés dans Son Livre ; alors, méfiez-vous d’eux. »[21] Pour Shâtibî il s’agit notamment des kharijites.[22]

Ibn ‘Abbâs dépeint leur profil en ces termes : « Ils donnent foi aux Versets formels, mais les Versets ambigus les égarent. » Puis, il récita le Verset précédent.[23]

 

Nous devons prendre la vérité d’où qu’elle vienne

 

Dans le hadîth rapporté par el Bukhârî, le Messager d’Allah (r) s’adresse à Abû Huraïra en ces termes, en parlant de Satan : « Il t’a dit vrai, lui le grand menteur ! »

 

‘Abd Allah ibn Mas’ûd : « N’associe rien à Allah et tourne-toi toujours du côté du Coran. Accepte la vérité même d’un « étranger » pour qui tu as de l’aversion ; et refuse le faux même d’un proche pour qui tu as de l’affection. »[24]

 

Abd e-Rahman ibn Mahdî jette les bases de l’investigation moderne : « les traditionalistes évoquent les choses qui sont en leur faveur, mais aussi celles qui sont en leur défaveur. Quant aux « gens des passions », ils évoquent uniquement les choses qui sont en leur faveur. »

 

Après s’être inspiré d’un passage d’el ‘aqîda e-nazhâmiya (p. 25) d’Abû el Ma’âlî el Juwaïnî, un hérétique chevronné, ibn Taïmiya fait le commentaire suivant : « Les références auxquelles nous nous rapportons, parmi les adeptes du kalâm ou autres, ne nous rejoignent pas forcément dans tous les points que nous établissons dans ce domaine. Néanmoins, il faut recevoir la vérité d’où qu’elle vienne. Mu’âdh ibn Jabal disait cette fameuse parole : « Il faut accepter la vérité de n’importe qui, même d’un mécréant – ou bien a-t-il dit : même d’un pervers –. Et méfiez-vous des erreurs du sage.

  • Comment peut-on savoir qu’un mécréant dit la vérité, lui demanda-t-on ?
  • La vérité dégage une lumière, a-t-il répondu, ou bien a-t-il dit une parole de ce genre. »[25] »[26]

 

Toute vérité franchit trois étapes :
D’abord elle est ridiculisée.
Ensuite elle subit une forte opposition,
puis elle est considérée comme ayant été une évidence.
Arthur Schopenhaueur.

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

[1] Le discernement ; 52

[2] Voir : miftâh dâr e-sa’âda (1/70).

[3] Le fer ; 25

[4] Le discernement ; 31

[5] Majmû’ el fatâwâ (28/234).

[6] Majmû’ el fatâwa (10/356).

[7] L’araignée ; 69

[8] El fawâid (p. 109).

[9] Friedrich Nietzsche, lettre à Malwida von Meysenbug, 25 octobre 1874.

[10] Albert Mathiez, extrait de sa préface à La Réaction thermidorienne, Paris, Colin, 1929 (14/07/1928).

[11] (Montaigne, Les Essais)

[12] Ibn el Qaïyim dans el tarîq el hijrataïn (p. 393).

[13] Ibn Taïmiya dans Majmû’ el fatâwâ (4/450).

[14] La vache ; 85

[15] Voir : Iqtidâ e-sirât el mustaqîm (1/91).

[16] La vache ; 113

[17] Le repas céleste ; 14

[18] Extrait d’El jawâb e-sahîh li man baddala dîn el Masîh d’ibn Taïmiya (voir 4/405- 501 et 5/5-56 avec certaines modifications).

[19] Voir notamment : El Jawâb e-Sahîh li man baddala din el Masîh (2/710) et majmû’ el fatâwa (3/62-63).

[20] La famille d‘Imrân ; 7

[21] D’après el Bukhârî et Muslim dans leurs recueils e-sahîh.

[22] Voir : el i’tisâm (1/32, 77) et Qawt el Qulûb d’Abû Tâlib el Makkî (2/246).

[23] Voir : El musannif  d’ibn Abî Shaïba (15/313) et e-sharî’a d’el Ajûrrî (1/343).

[24] Sharh e-sunna d’el Baghawî (1/199).

[25] Rapporté par Abû Dâwûd (5/17-18).

[26] Majmû’ el fatâwa (5/101-104).

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commentaires

dzwinner 10/01/2017 22:01

Salam aleika, qu'Allah te récompense.

mizab 10/01/2017 23:48

Wa 'aleïkom salem wa rahmat Allah wa barakatuhu !

Amin, wa anta kadhalik !