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1 janvier 2017 7 01 /01 /janvier /2017 09:00

Dialogue sur le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar VII

(Partie 2)

 

La différence entre avoir reçu la preuve céleste et l’avoir comprise[1]

 

Pour mieux comprendre le sujet du takfîr, il incombe de distinguer entre avoir reçu la hujja et l’avoir comprise. Il ne s’agit pas de la comprendre aussi précisément que les croyants ni de s’y soumettre pleinement. La présence du message prophétique suffit en elle-même, à condition d’avoir les outils pour l’assimiler (être majeure, sain d’esprit, connaitre la langue en question ou bien passer par un traducteur). Les six piliers du dogme n’offrent aucune circonstance atténuante à celui qui n’y donne pas foi. Les adeptes des autres confessions ne sont pas considérés musulmans, bien que beaucoup d’entre eux soient ignorants. La plupart des Juifs et des chrétiens aujourd’hui sont des suiveurs. Pourtant, ils ne sont pas excusables. Il est inadmissible d’en douter, au risque de se vouer soi-même à la mécréance.

 

Par ailleurs, les textes scripturaires de l’Islam n’acceptent aucun scepticisme, qui est une forme d’ignorance, dans les questions touchant aux fondements de la foi. Ne serait-ce que de douter de la pertinence de la Résurrection est une annulation de l’Islam à l’unanimité des savants. Il n’est pas pertinent pour prendre la défense de cette catégorie d’individus de mettre en avant qu’ils ne comprennent pas le message céleste. Le Coran lui-même ne leur accorde pas cette excuse.[2]

 

Or, ce constat ne va nullement à l’encontre du principe imposant un savoir minimum pour l’iqâma el hujja. La preuve, c’est que aimmat e-da’wa établissent que le rôle d’établir la preuve céleste contre les hommes revient aux savants et aux prédicateurs. Sinon, ils n’auraient aucune utilité. La présence du Coran dans les maisons ne suffit pas en soi.[3] ‘Alî ibn Abî Talib dit bien : « La terre ne sera jamais dépourvue d’individus qui établissent la preuve céleste, pour ne donner aucune excuse aux hommes. »[4] Selon un hadîth : « Il y aura toujours une partie de ma communauté maintenue sur la vérité… »[5] Le Prophète (r) prédit également : « Allah ne reprend pas le savoir en l’enlevant de la poitrine des hommes, mais Il le reprend en faisant mourir les savants. Et lorsqu’il n’y aura plus de savants, les hommes se tourneront vers les chefs de file des ignorants qui émettront des opinions sans aucune science ; égarés, ils égareront les autres. »[6]

 

« Les savants sont comme les étoiles dans le ciel qui permettent de guider les hommes sur terre et sur mer dans les ténèbres de la nuit. Quand les étoiles disparaissent, ceux qui cherchent leur chemin vont droit à l’égarement.»[7]

 

Ibn Sahmân est l’auteur des paroles : « Je pense wa Allah a’lam, que seule la personne compétente est à même de faire l’iqâma el hujja, et que celui qui n’en est pas capable, comme l’ignorant, qui ne connait pas les règles de la religion et qui ne connait pas les paroles des savants dites sur le sujet, ne peut l’établir. »[8]

 

La bonne conception des textes est relative, elle varie d’une personne à une autre, bien que les textes en eux-mêmes soient clairs. Le rôle des savants est justement de rendre leur compréhension accessible aux gens simples.

 

La divergence règne entre savants traditionalistes sur la façon dont se matérialise l’iqâmat el hujja dans la pratique

 

Certains savants de aimmat e-da’wa ont signalé dans leurs ouvrages qu’il existe une divergence sur la façon dont se matérialise la hujja. La divergence porte sur un point subsidiaire, non dogmatique. Tous reconnaissent l’iqâmat el hujja en tant que principe, mais chacun à des points de vue différents dans sa mise en pratique et dans son application sur des cas particuliers. Sheïkh ibn Bâz ramène les deux opinions sur le sujet, comme nous l’avons vu précédemment. C’est la raison pour laquelle il ne convient pas de taxer les partisans traditionalistes de la partie adverse d’innovateurs ni d’apostats. Ce point est d’une extrême importance ; il remet en question à lui tout seul toutes les tendances ultras (ghulât).

 

La présence du Coran est-il suffisante pour l’iqâmat el hujja ?

 

Certains passages d’aimmat e-da-wa laissent à penser que la présence des textes (Coran et sunna) est suffisante pour établir la hujja contre les hommes. Ishâq ibn ‘Abd e-Rahmân est peut-être celui qui défend avec le plus de vigueur cette tendance. Néanmoins, certains éléments nous mènent à relativiser son discours, en plus de ceux que nous allons évoqués plus loin.

  • Lui-même établit que la référence se confine dans le Coran, la sunna, et le consensus et que la parole d’un savant ne peut faire autorité.
  • Ce dernier rapporte des paroles de Mohammed ibn ‘Abd el Wahhab sur l’iqâma el hujja contre les adorateurs des tombes dans son propre livre où il ne voit pas le ‘udhr bi el jahl.[9] Or, comme nous l’avons vu, cela ne peut se faire que par l’intermédiaire des savants, ou à défaut d’en avoir, des personnes compétentes.
  • Il établit également qu’il règne un consensus d’aimmat e-da-wa sur la question à laquelle il adhère.[10] Or, nous avons vu que d’autres savants du Najd réclament un savoir minimum.
  • C’est ce qui nous pousse à conclure qu’il parle d’un contexte bien précis, et qui est celui de son époque dans les territoires où l’influence de la da’wa de son aïeul battait à son plein, contrairement à ses débuts. C’est ce qui peut notamment expliquer la confusion au premier abord que fait régner les textes du premier homme de la da’wa najdite lorsqu’on les confronte entre eux. Il est possible qu’ils relatent en réalité deux phases différentes de sa prédication[11] ; soit avant et après qu’il ait établi les preuves célestes contre ces contemporains qui eurent accès à son message, bien qu’on peut les interpréter autrement wa Allah a’lam !
  • Une citation d’Ishâq ibn ‘Abd e-Rahmân vient conforter cette hypothèse. Celle-ci concorde exactement avec la conclusion que nous avons apportée dans l’article Éclaircissement. Voici ce qu’elle dit en parlant du fameux passage de tarîq el hijrataïn : « … ibn el Qaïyim fait uniquement exception à ceux qui n’ont pas accès à la vérité, bien qu’ils la recherchent activement. C’est de ces derniers dont fait allusion les textes des grands spécialistes comme Sheïkh el Islam et son élève. »[12] Il s’attaque ainsi au cœur des revendications d’ibn Jarsîs prétendant, en s’appuyant sur des textes de ces deux Imams, que tous les ignorants sans détail sont excusables. Ainsi, comme nous l’expliquions, l’ignorance n’est pas une excuse en elle-même, mais l’incapacité d’avoir accès à la vérité, à condition, bien sûr, de la rechercher.

 

D’autres savants, comme ibn Bâz et Mohammed ibn Ibrahim,[13] rejoignent Ishâq ibn ‘Abd e-Rahmân sur sa conception de la hujja. Une fatwâ de la lajna dâima va dans ce sens.[14] Notons qu’ibn Bâz parle de ceux qui se détournent de la vérité. En cela, il rejoint notre hypothèse sur ce point, wa Allah a’lam !

 

N.B. Nous disons cela dans la mesure où nous nous faisons une bonne opinion du Sheïkh ibn Bâz, mais dans les faits, il semble rejoindre la position de San’ânî qui assimile les quburites à des mécréants d’origine.

 

Je disais sur un forum le jour où on m’a mis sous les yeux en 2008 ce qui semble être la nouvelle opinion de Sheïkh el ‘Abbâd :

 

Akhi ! Tu ne fais rien pour faire avancer le débat, Sheïkh Sâlih Âl Sheïkh a le même discours qu’ibn Bâz, donc cela ne pose aucun problème, j'ai répondu en partie à cette question dans un texte précédent que tu n'as pas lu ou que tu n'as pas tenu compte.

 

J’ajoute ici que les mu'tazilites ont la même position que les kharijites, concernant l'auteur des grands péchés et non du shirk akbar dans l'au-delà, mais que sur terre il n'est ni musulman ni mécréant.

 

Pour l'opinion d'ibn Bâz, en fait ils ne sont pas formels sur le statut de l'auteur du shirk akbar dans l'au-delà, mais que sur terre, ils ne sont pas musulmans ; et il est là le scoop que tu ne veux pas entendre et qui est lié au sujet qui a introduit notre discussion sur la divergence qui règne entre traditionaliste sur le statut sur terre d'un musulman qui fait du shirk akbar. Pour mieux comprendre la réponse, et il est là le scoop, il faut savoir que j'ai téléphoné à Sheikh ‘Abd el Mâlik Ramadhanî sur le texte de Sheïkh el ‘Abbâd que tu m’as donné, étant donné qu'il est proche de lui...

 

Il m'a dit qu'en effet, Sheïkh a une risâla qui va dans se sens, mais, que :

 

  • Elle date de plusieurs années, elle n'est donc pas nouvelles, même si je ne la connaissais pas ;
  • C’est en fait une autre opinion du Sheïkh el ‘Abbâd, non l'explication du texte que je t'ai donné ; en cela, cette explication qu'il impute à ibn Taïmiya, à ibn el Qaïyim, et à Mohammed ibn 'Abd el Wahhab est toujours valable, wa bi Allah e-tawfik ;
  • Mais, là n'est pas le plus surprenant, c'est que Sheïkh ‘Abd el Mâlik m'a informé qu'il avait discuté avec le Sheïkh sur le sujet, et m'a révélé un indice d'une extrême importance. Il m'a dit qu'à ses yeux, ils étaient des kuffars asliyins, et on sait désormais ce que pense Sheïkh ‘Abd el Latîf de cette opinion ;
  • Maintenant akhî, grâce à toi, on comprend mieux l'opinion d’ibn Bâz ; pourquoi, parce que Sheïkh el ‘Abbad dit qu'il explique les paroles d’ibn Bâz ; c'est pour cela qu'il pense, que, vraisemblablement, ils ont le même statut que ahl el fatra, et donc qu'ils ne sont pas musulmans ;
  • Sheïkh ‘Abd el Malik m'a dit, et c'est d'ailleurs facile à deviner, que cette opinion, n'est pas celle d’ibn Taïmiya, et qu'il n'a jamais trouvé, malgré de longues recherches, aucune parole de savants des 3 premiers siècles allant dans ce sens, comme je l'ai démontré à maintes reprises avec des paroles d’ibn Taïmiya à l’appui.

Ainsi, la question qui se pose d'elle-même, c'est comment conjuguer entre les paroles d’Abd e-Latîf disant que l'opinion des partisans des mécréants d'origine est faible (shâdhdh) et le fait que, certains savants de aimmat da’wa dont Abd e-Latîf lui-même, et plus tard, Sheïkh ibn Bâz et Sheïkh Sâlih Âl Sheïkh comme tu l'as amené plus haut, disent que les quburyuins sont des mécréants d'origine.[15]

 

Il est possible de conjuguer entre les 2 discours en disant que pour ces savants les ghulât quburyins sont des mécréants d'origine, mais cela ne remet nullement en question, l'autre thèse, pour les raisons suivantes :

  1. Cela veut dire que les non ghulât ou les musulmans dont de nombreux savants qui ont fait du shirk par erreur ou ta-wîl n’entrent pas dans cette catégorie, wa Allah a'lam, et sont donc des musulmans ;
  2. Ils considèrent que ces ghulât ne sont pas des musulmans et n'entrent pas dans les 72 sectes, c'est exactement le discours des savants sur la secte jahmite qu'ils voient étrangère à l'islam ; cela dit, au même moment ces savants n'ont pas kaffar certains jahmites, comme l’établit ibn Taïmiya a maintes reprises... Donc, ce discours est relatif ;
  3. Ce discours n'est pas celui d’ibn Taïmiya ni des savants des 3 premiers siècles, s'il est vrai qu'à la première époque, il n'y avait pas de ghulât quburyins, ce n'est pas le cas à l'époque d’ibn Taïmiya, l'auteur d’el istighâtha.

Ainsi, tout devient plus clair, grâce à Dieu, et il devient beaucoup plus facile de conjuguer entre les discours des savants. Mais, car, il y a un mais, pour ceux, qui ne serait pas convaincus de la thèse que je défends, ils doivent faire la démarche suivante, comme je l'ai souligné dans Éclaircissement : prouver soit qu’ibn Taïmiya les rejoint dans leur opinion, et ayhât, soit qu’ibn Taïmiya s'est trompé en s'appuyant pour cela sur des paroles des savants des 3 premiers siècles, et sans se baser sur des textes qui ont une portée générale, et avec lesquels tout le monde est d'accord et ayhât !

 

Wa li Allah el fadhl wa el minna !

 

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

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[2] Voir : kashf e-shubhataïn d’ibn Sahmân (p. 91-93).

[3] Voir : mish e-zhalâm d’Abd e-Latîf ibn ‘Abd e-Rahmân (p. 123-124).

[4] Rapporté par Abû Na’îm dans el huliya (1/80).

[5] Rapporté par Muslim (1920).

[6] Rapporté par el Bukhârî (100) et Muslim (2673), selon ‘Abd Allah ibn ‘Amr ibn el ‘Âs.

[7] Hadîth rapporté par Ahmed (12600), selon Anas (t).

[8] Manhâj el haqq wa el ittibâ’ d’ibn Sahmân (p. 85).

[9] Voir : hukm takfîr el mu’ayin Ishâq ibn ‘Abd e-Rahmân (p. 18)

[10] Idem. (p. 20)

[11] Sheïkh ‘Abd el Karîm el Khudhaïr corrobore cette thèse. C’est ce qui explique, nous dit-il, la confusion qui règne sur les écrits du Sheïkh Mohammed ibn ‘Abd el Wahhâb, qui, à priori, semblent se contredirent. Il lui arrive, en effet, d’accorder l’excuse de l’ignorance à certains, là où ailleurs, il est intransigeant sur leur cas. En réalité, il est possible d’accorder entre ses positions, car elles varient en fonction du contexte et des cas rencontrés. Voir : http://www.khudheir.com/text/4072

[12] ‘aqîda el muwahhidîn wa e-radd ‘alâ e-dhullâl el mubtadi’în (p. 164).

[13] Voir respectivement : majmû’ fatâwâ wa maqâlât mutanawwi’a (4/26-27 et 7-136-140), et fatâwâ wa rasâil Mohammed ibn Ibrahim Âl e-Sheïkh (1/246).

[14] Fatâwâ e-lajna e-dâima (1/764-766).

[15] Les tenants du kufr as ne sont pas à l'abri de la contradiction, comme je l'ai expliqué avec la parole d'Abd e-Latîf. Ensuite, ils sont exposés à des problèmes qu'eux-mêmes ne sont pas capables de résoudre ; notamment, ils partent du principe que les ghulat quburyin font du shirk depuis tout petit, comme l'a fait remarqué Sheïkh el ‘Abbad à Sheïkh ‘Abd el Mâlik, et qu'ils se transmettent cette croyance, de pères en fils, mais comment faire avec le nouveau converti et le bédouin qui vit loin des villes ? À l'unanimité des savants, ils restent musulmans !

 

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Publié par mizab - dans Takfir
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