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20 janvier 2017 5 20 /01 /janvier /2017 08:51

Un vent païen souffle sur la Trinité

(Partie 1)

 

Adolphe-Napoléon Didron, écrivain catholique et archéologue admet que : « La croix et le Christ ont reçu une adoration similaire, sinon égale ; ce bois sacré est adoré presque au même titre que Dieu lui-même. »

 

Prologue

 

Ibn Muraï, un élève d’ibn Taïmiya en parlant de l’œuvre de son maitre : « Par Allah, à l’avenir, in shâ Allah, le Seigneur donnera le triomphe à cette œuvre, entre les mains d’hommes qui vont la retranscrire, la propager, l’expliquer, mettre en lumière ses sens profonds, et éclaircir ses passages obscurs ; des hommes qui, aujourd’hui, ne sont pas encore dans le ventre de leurs mères. »[1]

 

Harrân était la ville natale d’ibn Taïmiya. À l’âge de six ans, il prit la route de Damas au sein de sa famille pour échapper aux invasions mongoles. Il est intéressant de comparer cet événement avec l’annonce prophétique disant : « Il y aura émigration après émigration, et les hommes (dans une version : les meilleurs hommes) vont se réfugier sur la terre d’émigration d’Ibrahim. »[2] Le Patriarche a dû fuir l’Iraq pour se réfugier sur les terres du Shâm. Les mauvais événements sont souvent précurseurs à des évènements heureux. Est-ce une bonne nouvelle à une époque où bon nombre d’Irakiens se sont installés en Syrie en vue d’échapper aux invasions… anglo-saxonnes ?

 

Ibn Taïmiya (m. 728/1358) prédisait que si les Juifs parviennent à fonder un empire en Iraq ou ailleurs, les rafidhites seront parmi leurs plus grands alliés. Ces derniers s’allient constamment avec les mécréants parmi les païens, les Juifs, et les chrétiens pour combattre les musulmans, et ils leur viennent toujours en aide.[3]

 

Ibn Taïmiya était un hérésiographe hors pair, et un spécialiste en hadîth qui n’avait rien à envier aux plus grands de son époque, comme el Mizzî et, avant lui, ‘Abd el Ghanî el Maqdisî.[4] Il maitrisait sur le bout des doigts toutes les matières dans lesquelles il plongeait, à tel point de devenir, comme il le disait lui-même, plus fort que ses adversaires dans leurs propres domaines. En figh, les adeptes des quatre écoles se tenaient devant lui, comme des élèves, lorsqu’il expliquait leur propre tendance. En tafsîr, il était une mer sans rivage. Il jonglait avec la philosophie des anciens et connaissait avec une précision chirurgicale les points forts et les points faibles des personnages tels qu’Aristote, Platon, mais aussi ibn Sina, ibn Rushd et consorts. Jamais l’humanité n’a connu un homme plus versé dans la philosophie qu’ibn Taïmiya, il faudra bien qu’un jour l’Histoire redonne à cet homme la place qui lui sied dans la Bibliothèque universelle. E-Suyyûtî, qui s’oppose pourtant à ibn Taïmiya dans certains points dogmatiques, disait sans exagération que sa culture tant religieuse que philosophique avait atteint des limites que personne ne pouvait rejoindre ni de loin ni de près (traduction très approximative) ; personne n’a jamais réussi comme lui a conjugué entre la raison et la religion. Il a avalé les principaux livres de philosophie, des adeptes du kalam, et… la Bible. Il comprenait l’hébreu et le turc et, ayant lu plusieurs manuscrits des psaumes de David, il pouvait y distinguer les différences entre les versions. Il avait une grande connaissance des rites sabéen, perse, de la magie, de l’astrologie, de l’astronomie, etc.[5] Même e-Subkî, l’un de ses détracteurs les plus acharnés reconnaissait son érudition.[6]

 

Véritable encyclopédie ambulante, son bagage scientifique ne se limitait pas à l’orthodoxie musulmane. Ses adversaires se sont très tôt rendu compte qu’il maitrisait mieux qu’eux leurs propres tendances. Mais, son registre ne s’arrêtait pas là ; il s’est également penché sur les ouvrages philosophiques et a acquis dans ce domaine une maitrise telle qui lui permit de fustiger les fondements mêmes de la philosophie comme personne d’autres ne l’avait jamais fait avant lui et ne pourra sans doute jamais le faire sans revenir, à tous le moins, à ses écrits ; domaine qu’il dominait également mieux que leurs propres adeptes, et cela dans une large mesure. Son génie s’est révélé dès les premières années de sa vie.

 

Déjà très jeune, à Damas, un juif qu’il croisait sur le chemin de l’école et qui avait repéré son intelligence hors du commun, lui posait tous les matins des questions pièges auxquelles il répondait non seulement sur le champ mais avec une facilité déconcertante. Un jour, ce même juif lui annonça que lui et toute sa famille s’était convertis à l’Islam tant il fut émerveillé par cet enfant prodige qui sur sa route, détruisait quotidiennement les fondements de sa religion les plus ancrés en lui.

 

Par ailleurs, dans son article paru en anglais, Les musulmans et les grandes écoles philosophiques (en 1927), Sulaïmân e-Nadawî avance que les travaux des deux philosophes anglais John Mill et David Hum aboutissent aux mêmes conclusions que Sheïkh el Islam dans sa réfutation de la logique aristotélicienne[7] ; ces deux philosophes fondateurs du pragmatisme moderne, et donc à la pointe de la pensée occidentale se sont-ils inspirés de ses travaux ? Mystère et boule de gomme !

 

Le doyen damascène maitrise sur les doigts les œuvres des anciens tels qu’Aristote et Platon ; il fait même un parallèle entre eux, et jongle avec leurs idées en se permettant notamment, comme il le fait couramment contre ses adversaires, de démolir les paroles des uns par celles des autres, et de les classifier en fonction de leur proximité à la vérité…

 

Il assimile parfaitement les écrits des commentateurs des pionniers avec lesquels il rétorque également leurs idées… Il connaît les œuvres des philosophes de culture musulmane tel que Fârâbî, ibn Rushd, e-Kandî, celles des philosophes bâtinites (ésotériques) ismaéliens comme ibn Sînâ, des philosophes soufis comme ibn ‘arabî et el Hallâj, et el Ghazâlî dans une moindre mesure, des adeptes du kalam comme abû el Ma’âlî el Juwaïnî, el Âmûdî, et e-Râzî. il démontre la pertinence de certaines critiques que ces derniers auteurs émettent à l’encontre des philosophes sur la théorie de l’accident. En revanche, il leur arrive de s’attaquer à certains principes de la logique grecque qui sont irréfutables aux yeux d’ibn Taïmiya… bref, si l’on pouvait résumer cet homme en deux ou trois mots, on pourrait dire qu’ibn Taïmiya est le symbole de l’objectivité, du pragmatisme, et du relativisme…

 

Deux anecdotes : Ibn Taïmiya reconnaît avoir fondé une idée dans un domaine déterminé selon la logique du Kalam qui puise ses racines dans la philosophie grecque. Il ne faisait en cela, que suivre une idée reçue en vogue à son époque ; mais, dit-il, dès que la vérité qui est basée sur la lumière de la Révélation, m’est venue, je me suis tourné vers elle sans hésitation, et j’ai tourné le dos à celle de mes ancêtres (traduction libre).

 

Il confie ailleurs qu’aux environs de la puberté, il polémiqua avec une personne cultivé sur la théorie de l’accident ; celle-ci dut chercher de l’aide auprès de son fils contre cet enfant dont l’argumentation était si puissante qu’elle paralysa ce renfort désemparé.

 

L’un de ses biographes relève le fait incroyable que le nombre d'ouvrages qu’il composa au cours de sa vie était si élevé qu’en temps normal il aurait fallu y consacrer largement plus de temps ! Dhahabî soutenait que le hadith qu'ibn Taïmiya ne connait pas n’existait pas ! Selon lui, les 100 exégèses du Coran qui avait enrichit sa lecture l’élevait au rang des meilleurs, si ce n’est du meilleur exégète(s) de tous les temps, après les Compagnons bien sûr !

 

Dans son livre ayât ashkarat, il ramène 14 voire 15 tafsîr d’un Verset recensé par ibn el Jawzî ; ensuite il les démonte un par un en démontrant qu'ils sont tous aussi faux les uns que les autres, avant de ramener la bonne opinion qui a échappé à la plupart des spécialistes !

Un jour, il était assis avec le grand linguiste ibn Hiyyan qui n'arrêtait pas de rabâcher : « Sibawaïh a dit... Sibawaïh a dit…

  • Ton Sibawaïh n’a pas la révélation infuse du Coran, lui fustigea-t-il dans un élan de colère ! Son livre renferme 70 erreurs que ni toi ni lui ne pouvez comprendre ! »

 

Un orientaliste allemand disait que les musulmans négligent dans leur patrimoine une perle qui devrait, en principe, faire leur fierté ! Malgré tout, le Sheïkh Taqî e-Dîn n’est qu'un homme. En cela, il est sujet à l'erreur, et n’atteindra jamais ni le mérite ni le rang des Compagnons !

 

Le sujet

 

Ibn Taïmiya explique qu’Hélène, la mère de l’Empereur Constantin, qui convoqua le concile de Nicée, était également originaire de Harrân, l’ancienne cité des sabéens. Les savants et les moines chrétiens se sont rendus compte que les Romains et les Grecs n’allaient pas se détacher facilement du paganisme. C'est pourquoi, ils leur ont concocté une religion à mi-chemin entre celle des prophètes et celle des païens.[8]

 

L’arianisme plus attaché à la prophétie et au principe de l’unicité, a été déclarée hérétique par l’Église en 325 au concile de Nicée. Il doit son nom à son auteur, Arius, lequel a été impliqué dans une controverse avec son évêque, à propos de la divinité du Christ (319). Selon Arius, les trois personnes de la Trinité ne peuvent se confondre, car seul Dieu le Père, qui n’est ni créé ni engendré, porte la marque divine authentique. Le Fils n’est pas de la même substance divine que le Père ; il n’existe pas de toute éternité mais a été créé, comme toute créature. Il existe donc par la volonté du Père. En d’autres termes, la relation du Fils au Père n’est pas naturelle, mais adoptive.

 

Pour répondre à cette théorie, les évêques définissent, au premier concile œcuménique de Nicée, la croyance trinitaire, établissant que le Fils de Dieu est « engendré et non créé » et consubstantiel (du grec homoousios, « de la même substance ») au Père. Avant cette date, aucune doctrine n’a été universellement adoptée par toutes les Églises, et le statut de dogme accordé à la nouvelle croyance est confirmé par les condamnations prononcées contre l’arianisme à la suite de ce concile.

 

Voici le Symbole de Nicée-Constantinople : « Nous croyons en un seul Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, de toutes choses visibles et invisibles. Nous croyons en un seul Seigneur, Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles, Dieu venu de Dieu, engendré et non créé, d’une même substance que le Père et par qui tout a été fait ; qui, pour nous les hommes et pour notre salut, est descendu des cieux et s’est incarné par le Saint-Esprit dans la vierge Marie et a été fait homme. Il a été crucifié sous Ponce Pilate, il a souffert et il a été mis au tombeau. Il est ressuscité des morts le troisième jour, conformément aux écritures : il est monté aux cieux où il siège à la droite du Père. De là, il reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts et son règne n’aura pas de fin. Nous croyons en l’Esprit-Saint, qui règne et donne la vie, qui procède du Père (par le Fils), qui a parlé par les prophètes. »

 

Or, ibn Taïmiya explique que les chrétiens ne suivent en fait ni le nouveau ni l’ancien Testament, car ils ont innové une religion qui ne s’accorde avec les enseignements d’aucun prophète. Ils ont composé le « symbole » à l’Empereur Constantin, et quarante ouvrages qui traitent du droit canoniques, et certains enseignements prophétiques. La plupart des textes qu’ils composèrent s’opposent à la prophétie, et sur de nombreux points les chrétiens sont revenus au crédo des religions païennes qui ont la particularité d’adorer des divinités en parallèle à Dieu, et de démentir la Révélation. La religion chrétienne entachée par le paganisme a transformé le monothéisme et la Loi de l’Évangile. C’est pourquoi, il règne une confusion énorme dans l’esprit de la plupart de ses adeptes au sujet de la provenance de leurs sources. Ils ne font même pas la différence entre les éléments de la Thora que le Messie a abrogés et ceux qu’il a entérinés, avant de pouvoir la faire avec les lois qu’ils ont inventées.

 

Jésus ne leur a jamais prescrit d’encenser des images qu’ils auraient façonnées et encore moins d’invoquer les personnages qu’elles représentent. Aucun prophète avant lui n’a prévu pour ses adeptes une chose pareille. Il n’a jamais été question dans la Loi d’un prophète d’invoquer les anges et de solliciter leur intercession et encore moins de vouer le culte aux tombeaux des saints et des prophètes avant de pouvoir le faire à leur statut, ce qui est le principe même du paganisme (association) contre lequel les messagers ont mis leurs peuples en garde.[9] Ces pratiques sont à l’origine du paganisme ayant corrompu les générations qui vivaient entre Adam et Nûh.

 

Le Coran nous relate que les contemporains de Noé défendaient becs et ongles leurs idoles avec des formules du genre : (Ne délaissez pas vos divinités, ne délaissez pas Wadd, Suwâ’, Yaghûth, Ya’ûq, et Nasra • Ils en ont égaré énormément).[10] Bon nombre d’exégètes, à l’image d’ibn ‘Abbâs, affirment que ces statuts représentaient des membres vertueux du peuple du premier messager venu aux hommes. Après leur mort, leurs descendants ont encensés leurs tombes et ils leur ont façonnés des images avant de les adorer. ‘Îsâ lui-même et les savants chrétiens après lui n’ont pas manqué de rappeler cette réalité. Le Messie n’a ordonné à personne de l’adorer ; il n’a jamais revendiqué qu’il était Dieu ni prescrit la trinité et l’incarnation que les chrétiens ont innovés. Il n’a jamais dit qu’il avait proscrit toutes les interdictions qu’Allah a défendu aux juifs dans la Thora et qu’il autorisait ainsi de consommer de la nourriture impure comme le porc ou autre. Les chrétiens se sont ainsi autorisés de manger de la viande impure et ils ont transformé la Thora et l’Évangile. Le Messie n’a jamais prescrit de prier en direction de l’Orient ni d’encenser la croix ou encore de ne plus se circoncire, de se consacrer à la vie monacale ou de se vouer aux enseignements qu’ils ont innovés après son ascension.

 

Ainsi, étant donné que la religion chrétienne avait atteint ce degré de corruption, certains lettrés à l’instar d’Abû ‘Abd Allah e-Râzî en ont conclu que : « Seule une portion infime des chrétiens qui se trouvait avant l’avènement de Mohammed (r) ont vraiment profité de la religion du Christ. La religion que la plupart des chrétiens connaissaient n’avait aucun lieu avec Jésus. »[11]

 

À suivre…

                     

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

[1] Voir : el jâmi’ li sîra Sheïkh el Islâm (p. 156).

[2] Rapporté par Ahmed (1/83, 198, 199).

[3] Manhâj e-Sunna (3/378).

[4] Voir : sheïkh el Islam ibn Taïmiya mohadithan qui est une thèse ès magistère du D. ‘Adnân Shalash. 

[5] Voir : Sheïkh el Islam ibn Taïmiya min arâ el falâsifa qui est une thèse ès doctorat du D. Sâlih el Ghâmidî (p. 39-57).

[6] Voir : dhaïl tabaqât el hanâbila d’ibn Rajab (2/392-393), e-saïf e-saqîl (p. 16), et e-Tabaqât el Kubra li e-shâfi’iya (10/176) tous deux de Subkî.

[7] Voir : l’introduction de radd ‘alâ el muntiq.

[8] Voir : e-rad ‘alâ el muntiqyîn (p. 335).

[9] Malheureusement, certains milieux shiites et soufis notamment ont été contaminés par ses pratiques chrétiennes et païennes qui reposent sur le culte des saints.

[10]h ; 23, 24

[11] Extrait d’el jawâb e-sahîh li man baddala dîn el Masîh d’ibn Taïmiya (5/résumé des pages 58 à 113 avec certaines modifications).

 

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commentaires

Abou hanane 09/02/2017 22:20

BArakALLAH ou fik pour tout ton travail.

mizab 09/02/2017 22:24

Wa fik baraka Allah !

Jazaka Allah kheir pour les encouragements !

dzwinner 21/01/2017 20:17

Salam aleyka, la3alaka bi khayr. Il n'existe plus de savants comme ça qui réfutent tous le monde???

dzwinner 21/01/2017 20:59

Merci, je t'enverrai un mail incha Allah.

mizab 21/01/2017 20:47

Non, justement, je ne sais pas comment cela marche, voici la mienne :

citizenkan@hotmail.fr

dzwinner 21/01/2017 20:33

incha Allah pourquoi pas, tu as mon adresse mail???

mizab 21/01/2017 20:31

Amin, wa anta kadhalik !

Si tu veux, on peut échanger par email !

dzwinner 21/01/2017 20:26

Qu'Allah te récompense akhi !
C'est sur mais à cette époque on en aurait bien besoin, un grand savant polymathe nous ferait un grand bien. J'attaquerai la partie 2 incha Allah.