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24 janvier 2017 2 24 /01 /janvier /2017 15:14

 

 

Un vent païen souffle sur la Trinité

(Partie 5)

 

• Le Prophète de l’Islam nous apprend à travers un hadith que cette communauté ne peut s’accorder à sombrer  dans l’erreur mais vous me direz vous que ce n’est pas le cas ici, puisque les rationalistes, qui – sauvés qu’ils furent par les grecs – comme leur nom l’indiquent sont très peu imprégnés de la lumière de la Révélation, sont parvenus après au moins deux générations à percer le mystère qu’enveloppait un Verset du Coran ! Sans entrer dans les implications d’une telle allégation, il convient de préciser ici, un certain nombre de choses :

  1. Le deuxième khalife disait déjà à son époque : « Méfiez-vous de ceux qui s’en remettent à leur raison, comme l’apprentissage du hadith leur fut pénible, ils s’accoudèrent sur la raison. » ;
  2. Le prophète Mohammed était un illettré, il n’a jamais eu accès grâce à Dieu à l’héritage grec ;
  3. Quand les rationalistes parlent de taqlîd (aveugle) ils n’entendent pas par là le sens classique du terme. Celui-ci signifie de se soumettre à l’opinion de certains hommes au dépend des références scripturaires de l’Islam, et plus précisément au dépend du modèle par excellence qui s’incarne en la personne de Mohammed (r). Non ! selon eux, un muqallid, c’est justement le contraire. C’est un homme qui vieux jeu, ne se laisse pas abusé par la philosophie grecque que véhicule… les mu’tazilites, trop attaché qu’il est à la lumière du Wahy. L’Imam Ahmed disait à ce sujet : « Méfies-toi d’adopter une opinion qui ne fut précédée par aucun ancien. » ;
  4. L’explication d’ibn Hazm concernant thâlithu thalâtha, ne provient pas du fait qu’il fut en Andalousie familiarisé à un univers chrétien. En cela, il serait beaucoup plus érudit que (je ne veux pas parler de Tabarî ou d’ibn Kathîr pour ne pas soulever les passions) que certains de ses contemporains vivant en Orient ! Vous devez savoir qu’el Baghawî qui est un exégète du 6ème siècle, donc avant ibn Kathîr, affirme que le Verset concerne les deux tendances chrétiennes dont j’ai fais allusion dans un message précédent. D’un côté en l’occurrence les Jacobites, les Melkites, et les Nestoriens (encore une fois, je ne veux pas entrer dans les détails) et de l’autre côté les marqasiya. Sa thèse est déjà moins restrictive comme vous pouvez le constater que celle d’ibn Hazm.
  5. Mais, me direz vous, el Baghawî, est un savant médiéval qui n’échappe pas à sa condition de muqallid. Alors faisons un saut dans le temps pour nous rapprocher du siècle des Lumières avec e-Shawkânî. J’espère qu’en le citant je n’offusque personne ! car il est loin d’être un muqallid dans le sens classique du terme ou médiévale, c’est comme vous voulez ; il était en effet un savant indépendant de la trempe d’ibn Hazm, mais en plus modéré. Malheureusement, il n’a pas vécu au milieu des chrétiens. C’est pourquoi, dans son aveuglement, il avance que le fameux verset s’adresse aux deux tendances. Shawkânî devait certainement habiter dans une maison en argile comme il en existe encore actuellement au Yémen, mais cela ne l’a pas empêché de compter dans sa bibliographie… les quatre évangiles !
  6. Pour en arriver à l’ère de l’automobile, et donc à l’essor de la pensée, ibn Sa’dî certifie que le verset concerne bien les marîmâniya.
  7. Ha ! Me direz-vous, mais que devient ibn Taïmiya dans cette affaire, lui qui incarne les savants médiévales du taqlîd (ou peut-être est-ce que je me trompe). Hé bien, une fois n’est pas coutume, il nous rapporte un passage extraordinaire sur la question. Il faudrait l’écrire avec de l’ancre en or tant il fait figure de témoin historique. Il faut préciser dors et déjà qu’ibn Taïmiya est venu dans le temps après ibn Hazm et qu’il avait accès à ses écrits. Mais ce n’est pas la chose la plus surprenante que nous allons lire. Le texte en question est extrait de sa réfutation sans pareil, à la chrétienté et qu’il a intitulé : el jawâb e-Sahîh li man baddala dîn el Masîh (2/10-15) :

 

• Ibn Taïmiya a dit dans : el jawâb e-sahîh li man baddala dîn el Masîh (2/10-15) « Allah révèle à deux endroits du Coran : (Ceux qui disent qu’Allah est le Messie le fils de Mariam ont mécru)[1] ; (Ceux qui disent qu’Allah est le troisième de « trois » ont mécru)[2] (et ne dites pas « trois » ; cessez, cela vaut mieux pour vous)[3] ; (Les chrétiens dirent : « Le Messie est le fils d’Allah).[4] Les chrétiens ont donc avancé ses trois opinions à la fois, bien que certains savants s’imaginent que certains versets s’adressent à une catégorie et que les autres s’adressent à une autre. Certains exégètes, en effet, à l’instar d’ibn Jarîr e-Tabarî, e-Tha’labî et bien d’autres relatent parfois la tendance Jacobite disant que Jésus est Dieu ; parfois, celle des Nestoriens disant qu’il est le Fils de Dieu ; d’autres fois celle des Marîmâniya (la mariolatrie) disant que Dieu est le troisième de trois dieux[5] ; et d’autres fois enfin celles des Melkites disant qu’il est Allah. Ils interprètent le Verset thâlithu thalâtha en disant qu’il s’agit du Père, du Fils, et du Saint-Esprit.

 

En vérité : ces Versets font allusion à la fois à toutes ces tendances auxquelles adhèrent les sectes chrétiennes les plus connues que sont les Melkites, les Jacobites, et les Nestoriens. Toutes reconnaissent les trois hypostases : le Père, le Fils, et le Saint-Esprit. Autrement dit, ils prétendent qu’Allah est le troisième de trois (dieux), que Jésus est le fils de Dieu, et que Jésus est Dieu. Toutes s’accordent à dire que la nature divine s’est unifiée (ou a fusionné) avec la nature humaine par l’intermédiaire de la Parole. Toutes reconnaissent le symbole de Nicée disant : « Nous croyons en un seul Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, de toutes choses visibles et invisibles. Nous croyons en un seul Seigneur, Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles, Dieu venu de Dieu, engendré et non créé, d’une même substance que le Père et par qui tout a été fait ; qui, pour nous les hommes et pour notre salut, est descendu des cieux et s’est incarné par le Saint-Esprit dans la vierge Marie et a été fait homme. [Il a été crucifié sous Ponce Pilate, il a souffert et il a été mis au tombeau. Il est ressuscité des morts le troisième jour, conformément aux écritures : il est monté aux cieux où il siège à la droite du Père. De là, il reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts et son règne n’aura pas de fin. Nous croyons en l’Esprit-Saint, qui règne et donne la vie, qui procède du Père (par le Fils), qui a parlé par les prophètes.] »

 

Ainsi, concernant les Versets : (ne dites pas « trois ») ; et : (Ceux qui disent qu’Allah est le troisième de « trois » ont mécru) ; ils les interprètent selon leur fameuse conception de la Trinité, celle dont fait mention leur symbole. Aux yeux de certains savants, le Verset disant qu’Allah est le Messie serait la parole des Jacobites, tandis que thâlithu thalâtha serait celle des chrétiens qui adhèrent au Père, au Fils, et au Saint-Esprit ; ils font trois dieux de ses trois hypostases ; il est possible de désigner chacune d’entre elles comme étant un dieu et un Seigneur. Une autre tendance avance qu’il s’agit en fait de Jésus et de sa mère auxquels les chrétiens attribuent la divinité.

 

Au sujet du Verset (Ceux qui disent qu’Allah est le troisième de « trois » ont mécru), e-Suddî commente : « Il correspond aux paroles des chrétiens disant qu’Allah est Jésus et sa mère conformément au Verset : (Est-ce toi qui a demandé aux hommes : « Vouez la divinité à moi et à ma mère en dehors d’Allah). » Il existe une troisième tendance qui, au demeurant, est la plus étrange d’entre toutes et qui est celle d’Abû Sakhr (mort en 189 h. ndt.). Il affirme en effet que le Verset concerne à la fois les Juifs disant que ‘Uzaïr (probablement Esdras ndt.) est le fils d’Allah et les chrétiens disant que c’est Issa. Sa’îd ibn el Batrîq (qui fut un grand historiographe chrétien de la première époque ndt.) parle d’une secte chrétienne ayant le nom de marîmiya, et qui prétend que Marie est une divinité, ainsi que Jésus.

 

La première opinion reste cependant la plus vraisemblable étant donné que tous les chrétiens adhèrent à leur symbole. Tous disent : thâlithu thalâtha. Le Verset en question condamne la Trinité, et dans l’autre Verset : (et ne dites pas « trois » ; cessez, cela vaut mieux pour vous), il est fait juste avant mention de Jésus, mais sa mère n’y est pas citée… »

 

L’auteur de tahdhîb e-lugha, le linguiste el Azharî estime que ahad et hid sont des synonymes auxquels seul le contexte peut apporter des nuances. Dans el jawâb e-sahîh (4/479), ibn Taïmiya relève l’unanimité des linguistes « médiévales » sur la question. Tout comme ces deux phonèmes, wahîd qui est une forme accentuée de hid désignant le superlatif s’applique tant à Dieu qu’à ces créatures comme en témoigne le Verset suivant qui parle d’el Walîd ibn el Mughîra: (Laisse-moi m’occuper de celui que j’ai créé wahîdâ).[6] Pour ahad (ayant le sens de un ou d’aucun selon le contexte), nous avons l’exemple du Verset suivant où il s’applique aux païens : (Si l’un (ahadûn) des païens te demande…).[7]

 

Pour retomber sur les mêmes pieds que les grecs, les rationalistes musulmans, comme à leur habitude, donnent une interprétation philosophique de ahad et hid. Selon eux, ces deux termes signifient que Dieu est (simple et) indivisible. Ainsi, ils ne font pas la différence entre Dieu le Créateur et Dieu la divinité. On retrouve ce genre d’amalgame dans leur conception de la Parole de Dieu, car ils ne font pas la distinction entre la Parole Universelle d’Allah comme la création de Jésus et la Parole textuelle d’Allah comme le Coran. Ils marchent ainsi sur les pas de leur père spirituel, Jahm ibn Safwân.

 

Malheureusement, ils ne font ainsi que compliquer le débat avec les chrétiens en les éloignant plus de la vérité… or, quand le Coran ou même la Bible dit que Dieu est un, comme dans le Verset suivant : (Notre dieu et le vôtre est un, et nous lui sommes soumis),[8] il signifie qu’il mérite Seul la divinité ! Plus proches de la pensée occidentale, les mu’tazilites sont un outil parfait de l’orientalisme ayant pour mission d’émanciper les musulmans de… leur religion ! Une autre difficulté demeure. En effet, les linguistes musulmans surtout après la période médiévale n’ont pas été épargné par l’influence de l’i’tizâl, c’est pourquoi il faut être muni d’une passoire pour piocher dans les dictionnaires arabes, wa Allah a’lam !

 

hid est le premier chiffre cardinal et el hid est le premier chiffre ordinal. hid aurait six emploies dans la langue comme le souligne e-Râghib el Asfahânî. Mais j’aimerais porter l’attention ici sur l’explication que nous offre l’auteur de mufradât alfâdh el Qur-ân, –livre que je recommande d’ailleurs à tout arabophone – du terme ahad.

 

Il nous apprend en effet : « Ahad a deux emplois : parfois il est employé à la forme négative et parfois à la forme affirmative. Concernant la première, sa négation concerne les êtres doués de la parole et porte sur tous les membres d’un sujet déterminé qu’ils soient peu ou nombreux ou qu’ils soient ensembles ou séparés.

On dit par exemple : il n’y a personne dans la maison dans le sens où il n’y a ni une ni deux personnes ni plus, que celles-ci soient rassemblées dans un même endroit ou bien dispersées dans la maison. Il n’est pas possible de l’employer dans ce sens-là à la forme affirmative. La négation peut, en effet, porter sur des éléments complètement opposés, ce qui n’est pas le cas avec la forme affirmative. Si l’on disait : il y a dans la maison personne, cela reviendrait à dire qu’il y a une personne seule mais aussi plusieurs personnes regroupées ou séparées, ce qui est manifestement impossible.

Cette négation concerne également un nombre supérieur à un. Il est possible de dire en effet : aucun d’entre vous n’est meilleur que l’autre, comme dans le Verset suivant : (Aucun d’entre vous ne peut lui échapper).[9]

 

Quant à la forme affirmative, il est possible de recenser trois emplois différents du terme ahad.

  1. Le chiffre un ajouté aux dizaines. Par exemple onze (ahad ‘ashar) vingt et un (ahad wa ‘ishrîn) ;
  2. Quant il est mudhâf ilaïhi ou si lui-même est mudhâf en prenant le même sens que le mudhâf ilaïhi comme dans le Verset suivant : (Quant à l’un de vous deux, il servira du vin à son maître).[10] on dit également el yawm el ahad pour désigner dimanche qui est le premier jour et yawm el Ithnaïn désigne lundi le deuxième jour.
  3. Il est utilisé comme attribut ayant un sens absolu. Dans ce cas, il désigne uniquement Dieu comme dans le Verset : (Dis : Lui, c’est Allah l’Ahad (le Seul, l’Unique, l’Un)).

 

Wa Allah a’lam !

 

                     

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

 

[1] Le Repas Céleste ; 17

[2] Le Repas Céleste ; 73

[3] Les femmes ; 171

[4] Le repentir ; 30

[5] Dans un autre passage, il impute cette tendance à ibn Hazm voir : 4/256.

[6] El Mudaththir ; 11

[7] Le repentir ; 7

[8] L’araignée ; 46

[9] La vérité ; 47

[10] Yûsaf ; 41

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