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12 février 2017 7 12 /02 /février /2017 12:08

 

 

Dialogue entre un quiétiste et un chrétien flic

(Partie 4/1)

 

« C'est une très méchante manière de raisonner que de rejeter ce qu'on ne peut comprendre. » François René de Chateaubriand

« Le Génie du Christianisme »

Qui ignore haït.

 

« L'homme simple croit tout ce qu'on dit, Mais l'homme prudent est attentif à ses pas. » [Proverbes 14,6]

 

« Le premier qui défend sa cause paraît juste ; arrive la partie adverse, et elle lui demande des preuves. » [Proverbes 18,17]

 

« Celui qui répond avant d'avoir écouté fait un acte de folie et s'attire la confusion. » [Proverbes 18,13]

 

« Un aveugle peut-il conduire un aveugle ? Ne tomberont-ils pas tous deux dans une fosse ? » [Luc 6, 39]

 

Nous avons vu dans la nouvelle série d’articles avec laquelle nous opérons un tir croisé qu’aux yeux du jeune journaliste Thomas Deltombe nous sommes passés depuis la fin du deuxième millénaire de ce qu’il appelle « racisme vulgaire » au « racisme distingué ».[1] En parallèle, s’est développé le racisme des clercs qui se camoufle derrière la recherche universitaire pour laisser libre court à leurs relents xénophobes, mais pas seulement.

 

Michel Orcel se charge de fustiger cette « nouvelle islamophobie chrétienne » dans deux ouvrages où il pointe les buts inavoués de cette « islamophobie savante » qui tarde à donner son nom.[2]

 

Pour lui, si, depuis le concile de Vatican II l’Eglise reconnaît l’islam comme une religion authentiquement abrahamique, des savants contemporains, chrétiens ou proches de l’Eglise – dont certains tiennent un discours proche de l’extrême droite politique - utilisent les armes nouvelles que leur fournissent des sciences comme la philologie, la linguistique ou l’histoire des religions, pour jeter le discrédit sur l’islam. Discrédit scientifique (en s’en prenant avant tout aux origines linguistiques et à la constitution du corpus coranique) et discrédit moral (morale sexuelle, violence, etc.).  Le constat est sans appel chez notre essayiste qui : « à la faveur des recherches sur l’état de l’islamologie contemporaine […] a découvert avec effroi qu’une bonne part de ce qu’on nomme aujourd’hui l’islamophobie savante est intimement liée à l’Eglise. »[3]

 

Ce dernier souhaite rendre à l’Islam sa dignité en réfutant les thèses de l’islamophobie chrétienne, car « à travers quelques-uns de ses représentants […] une religion qui se réclame d’un Dieu d’amour use de procédés retors et de bassesses pour discréditer un rameau concurrent de sa propre foi mérite qu’on lui rappelle les balbutiements de sa propre histoire, ses manipulations et ses violences. ».

 

Finalement, pour Michel Orcel, les éléments externes à la Tradition musulmane, viennent le plus souvent corroborer celle-ci. Que ce soit sur l’existence du Prophète de l’Islam ou bien sur la « constitution » du Coran, « il semble bien que l’islam soit mieux loti que le christianisme » pour lequel les plus anciens témoignages et textes (biographiques et dogmatiques) date de prés d’un siècle après la mort de Jésus. De même, nier l’existence de la Mecque et de la Kaaba avant l’époque des califes Omeyyades comme le font certains tenant de l’hyper-criticisme (pour ne pas dire certains « révisionnistes »), pour l’auteur « cela relève aujourd’hui non de l’hypothèse scientifique, mais de l’idéologie et presque de la mauvaise foi, tant sont nombreux les indices et témoignages contredisant cette thèse ».[4]

 

Nous allons développer chacun de ses points, mais dors et déjà intéressons-nous à une « branche » de l’islam qui, à juste titre, remue énormément les passions à l’orée du troisième millénaire, le salafisme.

 

Qu’est-ce que le traditionalisme ?

 

« La religion se résume à deux principes : Nous devons uniquement adorer Allah et uniquement l’adorer selon Sa loi. »[5]

 

Déjà, entendons-nous sur la définition de l’islam : « L’Islam, c’est se soumettre à Allah à travers Son unicité et Son obéissance, tout en renonçant à l’association et à ses adeptes. »[6]

 

Ibn Taïmiya définit les traditionalistes comme suit : « Ils représentent ceux qui s’attachent au Livre d’Allah, à la Tradition de Son Messager (r), au consensus des premiers et devanciers parmi les Émigrés mecquois, les Auxiliaires médinois, et leurs fidèles successeurs. »[7]

 

Le signe distinctif des traditionalistes, c’est de prendre les textes et le consensus en référence.[8] Ces derniers suivent fidèlement les pieux Prédécesseurs, et considèrent que le Messager (r) est la source, la référence essentielle sur laquelle se fondent les enseignements canoniques islamiques. Quant aux innovateurs, ils ne s’inspirent ni du Coran ni de la sunna et ni des annales remontant aux pieux Prédécesseurs. Ils se tournent plutôt vers la pensée, la langue, et la philosophie, la base de leur raisonnement.[9]

 

‘Alî ibn Abî Tâlib (t) : « Si on devait insérer la raison dans la religion, il serait plus logique lors des ablutions d’essuyer le dessous des chaussons que le dessus, mais c’est bien le contraire que j’ai vu faire le Prophète (r). »[10]

 

Qu’est-ce que l’innovation ?

 

Sheïkh el Islam ibn Taïmiya établit : « La bid’a (l’innovation ndt.)[11] par laquelle nous pouvons considérer que son auteur est un mubtadi’ (innovateur ndt.) correspond à toute initiative connue chez les savants traditionalistes pour être contraire au Coran et à la sunna à l’exemple de la bid’a des kharijites, des râfidhites, des qadarites, et des murjites. »[12]

 

L’innovation incarne : « tout ce qui va à l’encontre du Coran, de la sunna, et du consensus des anciens dans le domaine de la croyance ou de l’adoration. »[13] Ou, en d’autres termes : « tout ce qu’Allah n’a pas légiféré dans le domaine de la religion… Quiconque prend pour religion ce qu’Allah n’a pas légiféré relève de l’innovation, quand bien même celle-ci serait motivée par une erreur d’interprétation involontaire des textes. »[14]

 

« Le terme ahl e-sunna désigne les personnes qui reconnaissent la légitimité des trois premiers Khalifes. Il englobe ainsi toutes les sectes de l’Islam à l’exception des râfidhites. Il peut par ailleurs désigner les adeptes du hadîth et de la sunna pure. Dans ce cas, il inclut uniquement les personnes qui admettent les Attributs divins, la particularité incréée du Coran, la vision d’Allah dans l'au-delà, le destin, et les autres points notoires du crédo traditionaliste. »[15]

 

Le traditionalisme incarne l’orthodoxie musulmane et la tendance médiane

 

Allah a envoyé Son Prophète Mohammed (r) à l’humanité par un effet de Sa miséricorde : (C’est par pure miséricorde que Nous t’avons envoyé à l’humanité).[16] Il a fait de sa nation une « nation médiane » : (Ainsi, Nous avons fait de vous une nation médiane afin que soyez les témoins contre l’humanité et que le Messager soit le témoin contre vous).[17] C’est-à-dire qu’ils sont justes et qu’ils ne dévient pas de la vérité ; ils ne penchent ni vers le rigorisme ni vers le laxisme, mais ils restent sur la voie de la modération et du juste milieu.

 

L’Islam interdit à la fois l’excès de rigueur et le manque de rigueur. Il commande la modération et le juste équilibre dans toute chose. Parmi les particularités les plus caractéristiques de cette religion, c’est son équité. Elle condamne l’injustice et prône de juger selon la balance de la justice.

 

Le plus grand exemple de modération au niveau des paroles, des actes, et des convictions, c’est celle que l’Islam nous apporte. Et les traditionalistes en sont les plus grands représentants. Ils incarnent l’Islam à tous les niveaux, car ils prenent le Prophète (r) et les nobles Khalifes en exemple. Ils se conforment aux enseignements du Coran et de la sunna, selon la compréhension des anciens de cette communauté. Ils sont en premier lieu concernés par cette fameuse modération, Bien que celle-ci vise, avant tout, la communauté musulmane dans son ensemble.

 

Ils sont le modèle parfait pour la communauté qu’Allah a rendu « médiane » en l’occurrence. Elle est la meilleure nation parvenue aux hommes étant donné qu’elle est la seule tendance à se conformer parfaitement au Livre d’Allah (Y) et à la Tradition de Son Messager (r). Tous les autres groupes affichent peu ou prou une opposition au Coran et à la sunna dans la croyance ou le discours.[18] Les traditionalistes, l’élite des musulmans s’inscrivent au milieu des autres tendances ; ils méritent donc leur statut de « groupe sauvegardé » et de « secte sauvée ».[19]

 

Une formule laconique empruntée à Sheïkh el Islam explique ce principe à merveille : « Ils se trouvent au milieu entre les différentes tendances comme l’Islam est au milieu entre les autres croyances. »[20] Ailleurs, ibn Taïmiya développe ce point : « Leur tendance est médiane dans le domaine des Noms d’Allah (I) entre les mu’attila (les négateurs ndt.) jahmites et les mushabbiha (assimilateurs ndt.).[21] Leur tendance est médiane dans le domaine des Actions d’Allah (I) entre les qadarites (partisans du libre libre ndt.),[22] et les jabarites (déterministes ndt.).[23] Dans le domaine du mauvais devenir de l’homme (el wa’îd : la menace ndt.), ils sont entre les murjites[24] et les wa’îdiya[25] parmi les qadarites[26] et autres. Concernant les diverses catégories d’individus dans le domaine de la foi et de l’appartenance à la religion, ils sont entre les harûrites[27] et les mu’tazilites d’un côté et les murjites et les jahmites de l’autre. Concernant les Compagnons du Prophète (r), ils sont entre les râfidhites et les kharijites. »[28]

 

À suivre…

                     

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

[3] Dans une interview, Orcel met mieux en lumière sa pensée : « Il ne fait pas de doute qu’il existe en France une double islamophobie : celle de l’extrême-droite catholique (je l’ai dénoncée dans mon dernier ouvrage ; n’oublions pas de la distinguer de la masse des fidèles et des clercs, qui manifestent une remarquable ouverture et une vraie volonté de partage) et celle d’un laïcisme militant, très ancré à droite et souvent pro-sioniste. Comme je l’ai montré, il n’est pas rare que les deux collaborent… »

https://www.facebook.com/Linventiondelislam/posts/258526954245023

[5] El ubûdiya (p. 31).

[6] Nous la devons à ibn Taïmiya qui fut cité par ibn ‘Abd el Wahhâb dans e-thalâtha el usûl.

[7] Majmû’ el fatâwâ d’ibn Taïmiya (2/375).

[8] Majmû’ el Fatâwâ (3/346-347).

[9] Cet extrait est retranscrit en résumé : voir notamment : muwafaqat sarîh el ma’qûl li sarîh el manqûl en annotation à manhâj e-sunna (1/222).

[10] Rapporté par Abû Dâwûd (n° 162-164).

[11] Sheïkh Ibrahim  e-Ruhaîlî a retenu la définition suivante de l’innovation : toute voie inventée dans la religion qui vient s’opposer à la Législation avec l’intention pour celui qui l’emprunte d'amplifier l’adoration d’Allah.

[12] Majmû’ el fatâwâ (35/414).

[13] Majmû’ el fatâwâ (414/35).

[14] El istiqâma (1/42).

[15] Minhâj e-sunna (2/163).

[16] Les Prophètes ; 107

[17] La vache ; 143

[18] Sheïkh el Islam ibn Taïmiya dit à ce sujet : « La vérité pure, celle qui n’est entachée par aucune souillure, se trouve avec les gens de la tradition et de l’union. Ce constat notoire a été possible après des études approfondies sur les différentes croyances et les principes des différentes tendances. » Voir : Tarîq el wusûl ilâ el ‘ilm el ma-mûl (p. 22).

[19] Voir : Wasatiya ahl e-sunna baïna el firaq (p. 287).

[20] El fatâwâ (4/140).

[21] Ils reconnaissent les Noms et les Attributs divins à outrance au point de faire ressembler Allah à Ses créateurs. (N. du T.)

[22] Ils dénient qu’Allah puisse avoir une action quelconque sur le libre arbitre des êtres humains. En d’autres termes, ils prétendent qu’Allah ne crée pas les actions de l’homme (N. du T.)

[23] Ils reconnaissent l’action d’Allah sur l’homme à outrance à tel point de dire que ce dernier n’a aucun libre arbitre, et qu’Il est entre les Mains d’Allah comme un automate. (N. du T.)

[24] Ils assument que l’auteur des grands péchés va directement au Paradis sans passer éventuellement par un séjour en Enfer. (N. du T.)

[25] Ce sont les kharijites et les mu’tazilites. Ils disent que l’auteur des grands péchés séjourne éternellement en Enfer. (N. du T.)

[26] Ces derniers n’admettent pas qu’Allah puisse à la fois être le créateur des actes de l’homme et à la fois le châtier en Enfer. Comme ils pensent que cela est une forme d’injustice, ils ont tous simplement renié le Pouvoir d’Allah sur les actions de l’homme en disant que l’homme crée ses propres actions. Ils sont comparables ainsi aux manichéens, ceux qui croient au Dieu du bien et au Dieu du mal. (N. du T.)

[27] Une secte des kharijites ayant pris pour repaire sous le Khalifat d‘Alî, la montagne de Harûra en Iraq. (N. du T.)

[28] Majmû’ el fatâwâ (3/141).

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