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14 février 2017 2 14 /02 /février /2017 12:31

 

Dialogue entre un quiétiste et un chrétien flic

(Partie 4/3)

 

Leur voie (manhaj) se résume dans les points suivants :

 

  1. Ils limitent la référence dans le domaine du dogme au Coran, et à la sunna, expliqués à la lumière de la compréhension des pieux Prédécesseurs.
  2. Ils s’inspirent dans leurs arguments pour établir la croyance, des textes de la Tradition authentique sans faire la différence à ce niveau-là entre les hadîth mutawâtir (rapportés par un grand nombre de rapporteurs ndt.) et les hadîth âhâd (rapportés par un nombre limité de rapporteurs, voir un seul ndt.).
  3. Ils se soumettent aux enseignements de la Révélation sans les confronter à la raison. ils ne cherchent pas non plus à s’initier dans le domaine de l’inconnu dans lequel la raison n’a pas sa place.
  4. Ils ne s’initient pas dans les sciences de la scolastique, ou de la théologie spéculative (kalâm) et de la philosophie.
  5. Ils refusent catégoriquement toute interprétation erronée.
  6. Ils conjuguent entre les textes pour traiter n’importe quelle  question.[1]

 

La croyance puise ses fondements à une source unique : le Coran et la sunna sans tenir compte des passions, des pseudos arguments ou conceptions erronées (shubha). En suivant une telle méthode, on porte une haute considération aux textes scripturaires de l’islam, car on sait pertinemment qu’ils ne contiennent que la vérité et la raison saine.

 

L’Imam el Barbahârî établit : « Sache – qu’Allah te fasse miséricorde – que la religion vient uniquement d’Allah (I). Elle n’est pas laissée à l’initiative des opinions ou de la pensée des hommes. Ses enseignements relèvent uniquement d’Allah et de Son Messager. Tu ne dois donc rien suivre en te fondant sur tes passions au risque de renier ta religion et de sortir de l’Islam, car il n’y a aucun argument en ta faveur. Le Messager d’Allah (I) a en effet exposé la Tradition à sa nation et l’a expliqué à ses Compagnons. Ces derniers représentent l’union (el jamâ’a) ; ils sont la grande majorité (e-sawâd el a’dham) ! Ils sont la grande majorité ! Ils détiennent la vérité et en sont les adeptes. »[2]

 

Il a expliqué juste avant ce passage : « Les fondements sur lesquels se base l’union qui représentent les Compagnons de Mohammed (r) ; ils sont ahl e-sunna wa el jamâ’a. Celui qui ne s’inspire pas d’eux, s’égare et innove, alors que toute innovation est égarement… » Il a dit plus loin : « ‘Omar ibn el Khattâb (t) disait : il n’y a pas d’excuse à sombrer dans l’égarement en voulant faire une bonne action, il n’y en a pas non plus à se priver d’une bonne action en pensant qu’elle relève de l’égarement. Les choses ont bien été expliquées, les preuves ont été établies, et il n’existe plus d’excuse. La raison, c’est que la Tradition et l’union ont parfaitement édifié la religion dans son ensemble et l’ont expliqué aux hommes ; il ne leur reste désormais plus qu’à la suivre. »[3]

Qu’est-ce qu’un innovateur ?

 

« Quiconque va à l’encontre du Coran clair, de la sunna répandue, ou du consensus des anciens de la communauté, de sorte qu’il ne soit pas excusable, sera traité comme un innovateur. »[4]

 

Ainsi, l’innovateur est celui qui est connu pour être des gens des passions et de l’innovation, quand bien même son erreur serait pardonnable et qu’il ne mériterait aucune punition. Il reste, malgré tout, un égaré animé par ses passions. Il est capable de délaisser la vérité qui va à leur encontre. Il est possible au même moment qu’il ne sache pas qu’il s’oppose au Messager (r), mais il n’en décèle pas moins de l’hypocrisie et de l’innovation qui sera fonction de son degré d’affront envers Allah et Son Messager,[5] et de son éloignement du Coran et de la sunna.[6]

 

En outre, il se caractérise pour suivre quelqu’un d’autre que le Messager d’Allah (r), parmi ses pères et ses ancêtres, et envers qui il fonde ses sentiments d’amour et de haine ; il aime tous ceux qui sont en accord avec lui, et déteste tous ceux qui sont en désaccord avec lui.[7] Il n’est pas enclin à se cramponner au Coran, à la sunna, et au consensus.[8] Les innovateurs ne rapportent pas leurs litiges aux textes scripturaires de l’Islam ; ils sont déchirés par des conflits qui sont souvent verbaux, mais qui peuvent aller jusqu’aux mains.[9] Leur signe distinctif est de délaisser le chemin des anciens.[10] Ils ne suivent que des conjectures et leurs passions,[11] et, surtout, ils ne prennent pas en référence les textes et le consensus des anciens.[12]

 

La mise en garde contre les innovateurs

 

Selon ‘Âisha, le Messager d’Allah (r) a dit : « Toute innovation qui ne fait partie de notre ordre sera refusée. » Une version précise : « Toute action non conforme à notre ordre sera refusée. »[13]

 

« Quiconque aime et déteste pour Allah, donne et refuse de donner pour Allah aura parfait sa foi. »[14]

 

« Tous les prophètes avant moi avaient des apôtres et des Compagnons qui s’inspiraient de leur Tradition et qui se conformaient à leurs enseignements. Puis, après le départ de chaque prophète, viennent de nouvelles générations qui disent ce qu’elles ne font pas et qui font ce qu’on ne leur pas ordonné de faire. Quiconque les combat de sa main est un croyant, quiconque les combats de sa langue (ses paroles ndt.) est un croyant, et quiconque les combats de son cœur (par les sentiments ndt.) est un croyant. En deçà de cette limite, il n’y a plus la moindre foi. »

 

Selon ibn Mas’ûd (t), le Messager d’Allah (r) affirme : « Un groupe de gens vont sortir à la fin des temps. Ils seront jeunes en âge et ils accuseront un manque de maturité. Ils prononceront les plus belles paroles qui soient, mais ils sortiront de la religion comma la flèche transperce sa proie. Celui qui les rencontrera devra les combattre, et Allah lui offrira sa récompense le Jour de la résurrection. »[15]

 

Les personnes en question dans ce hadîth, ce sont les kharijites. Les Compagnons les ont en effet combattus sous le commandement d’Alî ibn Abî Tâlib (t) à la bataille de Nahrawân.

 

Conformément aux textes cités ci-dessus et à bien d’autres, les grandes références parmi les anciens ont mis en garde contre l’innovation et ses partisans. Leurs ouvrages regorgent de réfutations et de mise en garde contre les innovateurs et leurs agissements.

 

1- Muslim nous rapporte dans son recueil e-sahîh, l’anecdote de Yahyâ ibn Ya’mar et Humaïd ibn ‘Abd e-Rahmân selon laquelle Yahyâ raconta à ‘Abd Allah ibn ‘Omar (t) : « Certains gens ont fait leur apparition chez nous ; ils lisent le Coran, s’empreignent des sciences, etc. Ils disent pourtant que le destin n’existe pas et que seul le hasard décide des événements.

  • Si vous rencontrez ces gens-là, répondit-il, alors dites-leur que je n’ai aucun lien avec eux et qu’ils n’ont aucun lien avec moi. Par Celui au nom duquel ‘Abd Allah ibn ‘Omar jure ! Si l’un d’entre eux dépensait l’équivalent d’Uhûd en or, Allah n’accepterait pas sa dévotion, tant qu’il ne croira pas au destin. »

 

2-  Selon ‘Omar ibn el Khattâb (t) : « Prenez garde aux pourvoyeurs de la « raison » qui sont les ennemis de la Tradition. Ils ont recourt à la raison, car il leur est trop difficile d’apprendre le hadîth. Ses fourvoyés contaminent les autres. »[16]

 

3- D’après e-Dârimî, e-Lâlakâî, et d’autres savants, selon Abû Qilâbâ : « Tout groupe qui innove une innovation, à terme, voit obligatoirement l’épée. »[17]

 

4-  Ayyûb e-Sakhtiyânî a dit : « Les gens des passions sont tous des kharijites. » Ce dernier renchérit : « Si leurs noms sont différents, ils s’accordent toutefois à voir l’épée. »[18]

 

5- Selon Sufiân e-Thawrî : « L’innovation est plus aimée par Satan que les péchés. Les péchés sont sujets au repentir, contrairement à l’innovation. »[19]

6- Il rapporte également selon Qatâda : « Imbécile ! Si quelqu’un innove dans la religion, il faut absolument le dénoncer aux gens afin de les mettre en garde. »

 

7- Selon el Hasan : « Les gens des passions sont au même niveau que les Juifs et les chrétiens. »[20]

 

8- ‘Omar ibn ‘Abd el ‘Azîz : « Si tu vois un groupe s’entretenir à l’écart des gens sur les choses de leur religion, sache alors que leur action est fondée sur l’égarement. »

 

9- ‘Abd Allah ibn ‘Omar (t) : « La chose qui m’a rendu le plus heureux dans l’Islam, c’est que rien parmi les passions n’a réussi à pénétrer dans mon cœur. »

 

10- Selon ‘Abd Allah ibn Mas’ûd (t) : « Il y a des gens qui délaissent une partie infime de la sunna (en ayant montré une phalange) ; si je les délaisse, ils vont nous ramener la catastrophe ! »

 

Ces annales expriment explicitement qu’il est permis de critiquer les innovateurs et de les dévoiler aux gens. Les anciens considèrent même une telle initiative comme un devoir et l’un des piliers sur lesquels la religion repose. Ce djihad par la plume est aussi, voire plus honorable que le combat sur le champ de bataille.

 

Sheïkh el Islam ibn Taïmiya nous dit : « Les opposants comme les chefs de file des innovateurs, les auteurs des opinions ou de pratiques contraires au Coran et à la sunna, il incombe à l’unanimité des musulmans, de les dévoiler à la nation et de mettre en garde contre eux. On demanda à l’Imam Ahmed : « Vaut-il mieux, à tes yeux, faire la prière la nuit, le jeûne le jour, et des retraites spirituelles ou bien parler sur les innovateurs ?

  • En priant la nuit, en jeûnant le jour, et en se retirant dans les mosquées, on est le seul à en profiter ; tandis qu’en parlant sur les innovateurs, on en fait profiter tous les musulmans. Nul doute que cela vaut mieux ! » 

 

Il a expliqué que cet intérêt revient à la communauté entière dans le domaine de la religion. Cette initiative est du même ordre que la guerre sur le chemin d’Allah puisqu’elle permet de purifier le chemin d’Allah, Sa religion, et Sa législation. À l’unanimité des savants, il incombe à une partie de la communauté de défendre les musulmans contre les méfaits et la rébellion de ces gens-là. Si Allah ne faisait pas brandir cet étendard pour les affronter, la religion serait directement en péril.

 

Les dommages seraient même plus considérables que ceux occasionnés par l’épée des envahisseurs ; lorsque l’ennemi s’empare des terres musulmanes, il ne corrompt pas les cœurs et les convictions si ce n’est que par voie de conséquence, tandis que ces gens-là les détériorent d’emblée. »[21]

Il explique ailleurs : « Si un innovateur appelle à des convictions contraires au Coran et à la sunna, et que l’on craint qu’il égare les gens avec ses mauvaises idées, il faut le dévoiler aux gens afin de les prévenir à qui ils ont à faire. L’ambition à travers cela, c’est de prodiguer le bon conseil et de plaire au Visage d’Allah (I). Il ne s’agit pas de le faire pour des raisons passionnelles (jalousie, haine, rivalité, conflit de pouvoir). Il ne faut pas sous couvert de prodiguer le bon conseil, s’acharner contre son frère et assouvir ses envies de vengeance, ce qui en soi est une œuvre du Diable. »[22]

 

Les pieux Prédécesseurs parmi les Compagnons, les tabi’în, et leurs fidèles successeurs s’accordent de façon unanime à condamner l’innovation et ses partisans et à mettre en garde contre eux.[23] Ce principe est conforme aux enseignements du Coran et de la sunna. Par conséquent, il incombe de les suivre dans cette initiative.

 

Sheïkh el Islam ibn Taïmiya a émis deux conditions autorisant à médire sur les innovateurs : avoir de la science et une bonne intention.

 

Voici son propos : « D’autre part, celui qui parle de ses choses avec science, doit absolument avoir une intention saine. Si, bien que son discours soit vrai, il veut à travers cela semer le désordre sur terre, il est comparable au guerrier qui se sacrifie au combat pour défendre son clan ou par ostentation. Cependant, s’il fait cela pour Allah afin de lui rendre le culte sincère et exclusif, il compte dans les rangs des combattants sur le sentier d’Allah parmi les héritiers des prophètes et les successeurs des messagers.

Ce registre ne va pas en opposition avec les paroles du Prophète (r) disant : « La médisance c’est dire sur ton frère ce qui lui déplait. » Le frère n’est autre que le croyant ; si le frère du croyant est sincère dans sa foi, il ne peut être affecté par la vérité aimée d’Allah et de Son Messager, quand bien même elle serait contre lui ou l’un de ses proches. Il doit plutôt établir la justice, en se faisant le témoin d’Allah aux dépens mêmes de sa propre personne, de l’un de ses parents ou de ses proches.

À partir du moment où il éprouve une certaine répulsion envers la vérité, cela dénote une certaine baisse de foi de la même façon que sa fraternité diminue proportionnellement à sa baisse de foi. Il ne doit pas tenir compte du mauvais sentiment qu’il éprouve en raison de sa foi faible ; et cela, étant donné qu’il doit absolument faire devancer l’amour d’Allah et de Son Messager à son mauvais sentiment envers les choses aimées d’Allah et de Son Messager, comme le formule le Verset : (alors qu’Allah et Son Messager sont plus à même de recevoir l’agrément).[24] »[25]

 

À suivre…

                     

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

 

[1] Les points précédents sont le résumé de l’étude : Durûs fî el manhaj de Sheïkh ‘Abd Allah el ‘Ubaïlân. Ces fameuses règles sont le fruit d’une étude exhaustive (istiqrâ) de la voie des anciens dans le domaine du dogme.

[2] Sharh e-sunna (p. 66).

[3] Idem. (p. 65).

[4] Majmû’ el fatâwâ (24/172).

[5] Majmû’ el fatâwâ (13/63).

[6] Majmû’ el fatâwâ (12/464).

[7] Majmû’ el fatâwâ (3/346-347).

[8] Majmû’ el fatâwâ (12/465).

[9] Majmû’ el fatâwâ (17/311-313).

[10] Majmû’ el fatâwâ (4/155).

[11] Majmû’ el fatâwâ (10/370-371).

[12] Majmû’ el fatâwâ (13/62-63).

[13] Rapporté par el Bukhârî (n° 2697) et Muslim (n° 1718) ; les termes du deuxième hadîh reviennent à el Bukhârî.

[14] Rapporté par Abû Dâwûd.

[15] Rapporté par Muslim dans Kitâb e-zakât.

[16] Rapporté par ibn Abî Shaïba.

[17] Rapporté par ‘Abd e-Razzâq dans el musannif (10/151), et e-Lâlakâî dans Sharh usûl i’tiqâd ahl e-sunna (1/143).

[18] Rapporté e-Lâlakâî dans Sharh usûl i’tiqâd ahl e-sunna (1/143).

[19] Rapporté par e-Lâlakâî. Les paroles de Sufiân sont à prendre dans le sens où cela arrive rarement puisque les innovateurs sont convaincus de la légitimité de leur innovation et que celle-ci les rapproche d’Allah. Le hadîth suivant vient conforter cette idée ; celui selon lequel le Prophète (r) a dit : « Allah empêche l’auteur de l’innovation de se repentir jusqu’au jour où il la délaisse. »  [Rapporté par ibn Abî ‘Âsim dans e-sunna (n° 37) et el Baïhaqî dans shu’ab el îmân (n° 7238)]. Bien que controversé, celle-ci remonte au Prophète (marfû’) et elle est ramenée également par el Hasan, mais sans passer par un Compagnon (mursal).

[20] Dans le sens où ils sont fortement accrochés à leur courant au moment où ils délaissent l’usage (sunan) de la religion, non qu’ils soient des mécréants.

[21] Majmû’ el fatâwâ (28/231-232).

[22] Majmû’ el fatâwâ d’ibn Taïmiya (voir : 28/ 221).

[23] Voir el i’tisâm de e-Shâtibî (1/142-143) et les paroles précédentes de Sheïkh el Islam ibn Taïmiya ayant informé qu’il incombe à une partie de la communauté, à l’unanimité des savants, de repousser les méfaits et la rébellion des innovateurs.

[24] Le repentir ; 62

[25] Majmû’ el masâil wa e-rasâil (5/281).

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commentaires

Angelilie 15/02/2017 13:24

beau blog. un plaisir de venir flâner sur vos pages. une belle découverte et un enchantement. au plaisir

mizab 15/02/2017 17:06

Le plaisir est partagé, merci pour les encouragements !