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3 mars 2017 5 03 /03 /mars /2017 14:28

Dialogue entre un quiétiste et un chrétien flic

(Partie 5/1)

 

« Le démon peut citer l’Ecriture pour son propre objectif. »

Shakespeare, William. The Merchant of Venice. Act I, Scene 3.

 

Il est surprenant, et des surprises il y en a

D’être près de son bien-aimé inabordable

Telle la chamelle dans le désert mourant de soif

Alors que l’eau portée sur son dos est bien palpable

 

Ainsi, nous ne pouvons reprocher à l’orthodoxie musulmane de faire la chasse à l’hérésie, grâce à cette flamme qui maintient son crédo en vie et qui s’inspire du législateur, comme nous l’avons vu, l’auteur des paroles : « … Je dirais alors les mêmes paroles que le pieux serviteur : [J’étais un témoin contre eux aussi longtemps que j’étais au milieu d’eux, mais après m’avoir rappelé vers Toi, c’est Toi qui les surveillais, Toi qui est Témoin de toute chose • Si Tu les châties, ils ne sont que Tes créatures, mais si Tu leur pardonnes, tu es certes, le Fort et le Sage].[1]

 

Le jour de la résurrection, quand le Prophète (r) assistera à cette scène terrible où des membres de sa communauté seront propulsés en Enfer, il aura la même réplique que le pieux serviteur, qui n’est autre que ‘Îsâ ibn Mariam (u), lorsqu’Allah l’interpellera en ces termes : [Ô ‘îsâ fils de Mariam ! Est-ce toi qui demandas aux hommes : prenez-nous ma mère et moi pour des divinités en dehors d’Allah].[2] Ce Verset condamne la croyance chrétienne qui repose sur la Trinité, et le dogme selon lequel Jésus est le fils de Dieu, ou Dieu Lui-même. Allah lui dira le Jour de la résurrection : [Ô ‘îsâ fils de Mariam ! Est-ce toi qui demandas aux hommes : prenez-nous ma mère et moi pour des divinités en dehors d’Allah. Il répondra : Gloire à toi !] ; Il purifie le Seigneur d’une telle allégation : [Il ne m’appartenait pas d’avancer ce que je ne suis pas en droit de dire] ; car Allah (Y) est le Seul digne de recevoir l’adoration. Jésus et sa mère n’en ont aucune part, ni aucune autre créature ; la divinité revient à Allah Seul.

 

[Si je l’avais dit, Tu l’aurais su ; Tu sais ce qu’il y a en Moi, et je ne sais pas ce qu’il y a en Toi ; Tu es certes le Connaisseur de l’inconnu] : Voici un autre argument démontrant qu’il (u) n’est pas à l’origine de ce dogme, sinon, Allah l’aurait su, Lui qui connait toute chose ; [Je ne leur ai rien dit d’autre que ce Tu m’as ordonné] ; ‘Îsâ n’est qu’un simple messager, il ne rapporte rien de lui-même : [adorez Allah qui est Mon Seigneur et le Vôtre] ; le Messie n’est qu’un simple serviteur qu’on ne peut confondre avec le Créateur, comme le font les chrétiens : [J’étais un témoin contre eux aussi longtemps que j’étais au milieu d’eux] ; au cours de sa vie (r), il prêchait l’unicité et interdisait l’association. Il n’a jamais eu un autre discours.

 

[Il n’appartenait pas à un simple humain à qui Allah a offert le Livre, la Loi, et la prophétie, de dire à ses semblables : soyez mes serviteurs, non ceux d’Allah] : aucun prophète n’a tenu un tel discours : [Mais soyez des docteurs de la loi pour avoir enseigné le Livre et pour l’avoir étudié • Et Il ne vous ordonne pas de prendre pour seigneurs les anges et les prophètes][3] ; un prophète ne peut en aucun cas appeler à la mécréance : [vous enjoindrait-il  la mécréance une fois que vous vous soyez soumis ?][4]

 

Un hadîth décrit la scène : « Moi, je vous attendrais à mon bassin. Des hommes en seront repoussés comme des chameaux égarés, et je leur crierais : « Venez ! » On me fera savoir : « Ils ont changé [la religion] après toi. » Je leur lancerais alors : « Éloignez-vous de moi ! »[5]

 

Le Messie aura la même réaction :

 

21 Ceux qui me disent : Seigneur, Seigneur ! n'entreront pas tous dans le royaume des cieux, mais celui-là seul qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux. 22 Plusieurs me diront en ce jour-là : Seigneur, Seigneur, n'avons-nous pas prophétisé par ton nom ? n'avons-nous pas chassé des démons par ton nom ? et n'avons-nous pas fait beaucoup de miracles par ton nom? 23 Alors je leur dirai ouvertement : Je ne vous ai jamais connus, retirez-vous de moi, vous qui commettez l'iniquité.
 

Voir : Mathieu 7. 21, 22 : http://saintebible.com/lsg/matthew/7.htm

 

Juste avant, le fils de Marie met en garde contre les faux prophètes et les imposteurs :

 

15 Gardez-vous des faux prophètes. Ils viennent à vous en vêtements de brebis, mais au dedans ce sont des loups ravisseurs. 16 Vous les reconnaîtrez à leurs fruits. Cueille-t-on des raisins sur des épines, ou des figues sur des chardons ? 17 Tout bon arbre porte de bons fruits, mais le mauvais arbre porte de mauvais fruits. 18 Un bon arbre ne peut porter de mauvais fruits, ni un mauvais arbre porter de bons fruits. 19 Tout arbre qui ne porte pas de bons fruits est coupé et jeté au feu. 20 C'est donc à leurs fruits que vous les reconnaîtrez.

 

Ces faux prophètes en manque de notoriété et de pouvoir : « Deux loups au milieu des moutons ne sont pas plus nuisibles pour la religion de l’individu que son attachement aux biens et aux honneurs. »[6] Selon el Khallâl, Sufiân [vraisemblablement e-Thawrî] a dit : « L’amour du pouvoir est plus alléchant aux yeux d’un homme que l’or et l’argent, et quand on aime le pouvoir on est à l’affût des défauts des autres. »[7]

 

Le Messager d’Allah (r) prédit : « À la fin des temps, il y a aura un peuple qui va mélanger la religion avec les choses de ce bas monde. Ils feront passer aux yeux des gens la peau de chèvre pour du poil doux. Leur langue sera plus mielleuse que le sucre, mais ils auront des cœurs de loups. Allah (U) révèle : « Osez-vous mentir sur Moi ? Osez-vous vous ériger contre Moi ? Par Moi ! Je jure que Je vais envoyer une épreuve à ces gens-là ébahissant le plus posé d’entre eux. » »[8]

 

Il prophétise également selon une version du hadîth de Hudhaïfa (t) cité dans la partie précédente : « Après moi, il y aura des émirs qui ne suivront pas ma voie et qui ne seront pas fidèles à ma tradition. Il y en aura parmi eux qui auront des cœurs de démon dans une carapace humaine.

  • Que dois-je faire, Messager d’Allah, si je parviens à cette époque ?
  • Obéis à l’émir, même s’il te frappe le dos et s’il prend ton argent, fais-lui obéissance. »[9]

 

Il nous apprend en filigrane que l’orthodoxie musulmane condamne la révolte contre les autorités en place ; ce crédo est à la croisée des chemins entre le salafisme et le kharijisme. Nous développerons ce point plus en détail dans notre tir croisé avec les revenants, mais dors et déjà sachons que, selon le chercheur Hervé Bleuchot, Ibn Taymîya, un tenant du traditionalisme, est d’un loyalisme politique sunnite très fort et il n’envisage pas la question de la destitution de l’imam. C’est par le bon conseil que le musulman exerce son contrôle sur l’imam, c’est pour lui un devoir, vis-à-vis de l’imam autant que vis-à-vis de tous les responsables.[10]

 

Le corpus traditionaliste

 

Le corpus traditionaliste se constitue des textes scripturaires (Coran, sunna) et du consensus. Nous reviendrons sur l’infaillibilité du Livre sacré, mais notre discours porte ici sur la conservation de la sunna, qui est comparable, dans une certaine mesure à celle des évangiles ; toute proportion gardée, bien sûr, car la science du hadîth interdit formellement de recevoir une information d’un anonyme, ce qui fait cruellement défaut à la Bible. À titre de comparaison, un propos prophétique jugé faible par les spécialistes en la matière a un degré d’authenticité bien plus élevé que l’évangile le plus crédible. Jamais dans l’Histoire de l’Humanité une civilisation n’avait été aussi méticuleuse et rigoureuse dans la préservation de son patrimoine fondateur. La méthode est aussi, voire plus sévère sous certains aspects que l’instigation moderne…

 

Allah (I) révèle : [C’est Nous qui avons révélé le Rappel, et c’est à Nous à qui il revient de le garder].[11]

 

Sufiân e-Thawrî : « Les anges sont les gardiens du ciel, et les traditionnistes sont les gardiens de la terre. »[12]

 

Yazîd ibn Zarî’ : « Toute religion a des cavaliers, qui sont, pour la nôtre, les spécialistes de la narration. »[13]

‘Abd Allah ibn el Mubârak : « Pour moi, la narration fait partie de la religion, car, sans elle, chacun pourrait dire ce qu’il veut. »[14]

 

Mohammed ibn Sirîn : « Avant, personne ne questionnait sur la narration, mais après la fitna (troubles ndt.), les savants se sont mis à dire : citez-nous vos hommes ! Depuis, ils prennent le hadîth des traditionalistes et mettent de côté ceux des innovateurs. »[15]

 

Il disait également : « Le savoir fait partie de la religion, alors regardez de qui vous le prenez. »[16]

 

Qu’est-ce qu’un thiqa ?

 

Allah (I) révèle : [Quand une nouvelle vous vient d’un pervers, vérifiez-la].[17]

 

La condition pour accepter la parole d’un narrateur, c’est qu’il soit de confiance (e ‘adl), au même titre que le témoin ; mais il doit également être intellectuellement irréprochable (e-dhabt), de sorte qu’il rapporte avec exactitude ce qu’il mémorise et que sa mémoire ne lui fasse pas défaut. Si en plus de cela, il se distingue par un savoir étendu et par une multitude de narration, il prend le statut de hâfizh.[18]

 

Ainsi, pour devenir thiqa (crédible), on ne regarde pas que l’aspect moral, mais également et surtout les aptitudes intellectuelles, selon l’opinion de la grande majorité des traditionnistes.[19] Bon nombre de spécialistes en usûl et en fiqh, à qui il faut ajouter certains traditionnistes à l’instar d’ibn Hibbân et d’ibn ‘Abd el Barr, se fient en grande partie à la crédibilité morale pour définir un thiqa, sans n’être aussi pointilleux sur la crédibilité intellectuelle.[20]

 

Pourtant, il est possible d’être moralement crédible, mais sans remplir les conditions de narration. Abû e-Zinâd est l’auteur des paroles : « J’ai rencontré à Médine cent savants de confiance chez qui on ne prend pas le hadîth, sous prétexte qu’ils n’en ont pas la compétence. »[21]

 

Par ailleurs, il y a deux façons de reconnaitre qu’un narrateur est moralement de confiance ; soit grâce au témoignage des spécialistes en critique du hadîth, soit grâce à sa réputation.[22] On ne peut se fier à quelqu’un sur de simples apparences.[23] Contrairement aux assertions d’ibn Hibbân, ce n’est pas parce qu’on a reçu aucune critique qu’on est forcément crédible. Au meilleur des cas, on est anonyme, ce qui est loin d’être une marque de confiance.[24]

 

Voir : http://mizab.over-blog.com/article-le-jarh-wa-ta-dil-a-la-loupe-partie-1-103460523.html

http://mizab.over-blog.com/article-l-abecedaire-du-jarh-wa-ta-dil-partie-1-102778595.html

 

Tandis que la science de la vérification de l'authenticité des hadîth est considérée comme une merveille de la préservation de rapports historiques, la Bible ne satisfait pas plusieurs des standards les plus basiques dans ce domaine. Les auteurs de la plupart des livres de la Bible (évangiles inclus) sont inconnus, le laps de temps où ils ont été écrits est mal défini, et nombre d'informations sont de source ambiguë. Le Saint Coran et plusieurs traditions de hadîth satisfont le plus haut degré de vérification d'authenticité. Malheureusement, ceci ne s'applique pas à la majorité des versets de la Bible.[25]

 

À suivre…

                     

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

[1] Le repas céleste ; 116-118

[2] Le repas céleste ; 116

[3] La famille d’Imrân ; 79-80

[4] La famille d’Imrân ; 79-80

[5] Rapporté par Muslim (n° 349).

[6] Rapporté par e-Tirmidhî (n° 2376) et Ahmed (3/456), selon Ka’b ibn Mâlik (t).

[7] Tabaqât el Hanâbila (2/14).

[8] Rapporté par e-Tirmidhî (n° 2404) et el Baghawi dans sharh e-sunna (14/394).

[9] Rapporté par Muslim (n° 1847).

[11] El hijr ; 9

[12] Sharaf ashâb el hadîth d’el Khatîb el Baghdâdî (p. 80).

[13] Sharaf ashâb el hadîth d’el Khatîb el Baghdâdî (p. 81).

[14] El ‘ilal e-saghîr d’e-Tirmîdhî (5/340) ; voir également : Sahîh Muslim (1/15).

[15] Sahîh Muslim (1/15).

[16] Sahîh Muslim (1/14).

[17] Les appartements ; 6

[18] El mawqizha d’e-Dhahabî (p. 67-68).

[19] ‘ulûm el hadîth d’ibn Salâh ; voir : e-taqyîd wa el idhâh d’el ‘Irâqî (p. 136).

[20] Tahrîr qawâ’id e-jarh wa ta’dîl d’Amr ibn ‘Abd el Mun’im (p. 11).

[21] Sahîh Muslim (1/15).

[22] ‘ulûm el hadîth d’ibn Salâh ; voir : e-taqyîd wa el idhâh d’el ‘Irâqî (p. 137).

[23] E-nuzha du Hâfizh ibn Hajar (p. 142).

[24] El mawqizha d’e-Dhahabî (p. 78).

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