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5 mars 2017 7 05 /03 /mars /2017 17:27

 

 

Dialogue entre un quiétiste et un chrétien flic

(Partie 5/2)

 

Intéressons-nous dors et déjà aux propos prophétiques ;

 

Méthodologie du hadîth

 

Avant de voir la paille dans l’œil de son frère, il faut voir la poutre (ou le tronc) dans son œil. [Abû Huraïra, voir : el Adab el Mufrad (p. 211 ; Silsilat el Ahâdîth e-sahîha (hadîth n° 33) ; Mt 7:3].

 

Voir : http://www.leveltruth.com/books/TRANSLATIONS/MISGODED%20IN%20FRENCH.pdf

 

Le Coran commande aux croyants d’obéir au messager d’Allah et de suivre son exemple. Pour cette raison, les premiers Musulmans ont préservé les enseignements de Muhammad et son exemple dans les recueils de hadîth. Aucun détail n’était négligé, et depuis cette lointaine époque, les dévots ont modelé leurs vies sur celle du Prophète (r). Du rapport des hadîth nous savons non seulement combien de fois Muhammad se brossait les dents (jamais moins de cinq fois par jour), mais dans quel ordre il le faisait (latéralement, en commençant du côté droit). Nous savons jusqu’au moindre détail comment il mangeait, buvait, dormait, s’habillait, et se comportait que ce soit de façon habituelle ou occasionnelle. Mais le plus important est que nous savons comment il vivait la religion qu’il a communiquée, et de ceci, plusieurs précédents sociaux et légaux ont été établis.

 

Il n’est pas surprenant qu’après sa mort, des "suiveurs" impies ont essayé de modifier la religion pour qu’elle soit plus proche de leurs propres désirs au moyen de la falsification des hadîths. Contrairement à ce que nous pourrions à prime abord supposer, ceci a fortifié, au lieu de faiblir, les rapports de hadîth. Tout comme la fausse monnaie oblige les gouvernements à adopter de plus hauts standards de production et d’authentification, les faux hadîths ont obligé les Musulmans à approfondir l’analyse des annales prophétiques. De la même façon que des experts peuvent différencier les devises valables des devises contrefaites, les érudits musulmans peuvent distinguer les hadîths valables des faibles ou fabriqués.

 

Le processus de l’authentification des hadîths est devenu l’étalon d’or de l’enregistrement des rapports historiques, en son temps et pour les siècles à suivre. Certainement, ce processus est demeuré sans rival en Occident. Jusqu’au jour présent, nous ne savons vraiment pas comment la vie était en Angleterre et en Europe au tournant du premier millénaire, à cause de l’absence de rapports fiables et d’informations vérifiables. Mais à travers les rapports de hadîth, nous connaissons les plus intimes détails concernant Muhammad et sa vie dans l’Arabie du début du septième siècle.

 

Ce qui suit est une brève vue d’ensemble des standards mis en place de l’authentification des textes scripturaires imputés au sceau des prophètes : Les hadîths individuels sont classés dans une de deux grandes catégories – sahîh (authentique) et dha’îf (faible).

Les hadîths sahîh sont alors subdivisés en quatre catégories secondaires, qui sont toutes acceptées. Tandis que les hadîths faibles sont subdivisés en plus de trente catégories secondaires, qui sont toutes rejetées. Afin que l’un d’entre eux soit entériné, son sanad (sa chaîne de narrateurs) doit être ininterrompue depuis sa source en amont jusqu’au Messager (r). Chaque narrateur doit être irréprochable au niveau de sa probité et de son honnêteté, mais aussi au niveau de sa mémoire et de la précision du récit qu’il rapporte. Son contenu doit n’avoir aucun défaut interne, et ne contredire ni aucun texte valide ni le Coran. Chacune des exigences susmentionnées a une multitude de facteurs disqualifiant montant au total à vingt-cinq catégories.

 

Par exemple, un narrateur mentalement déséquilibré est disqualifié d’emblé, tout comme un non Musulman (plus porté à bouleverser la religion), un immature, un innovateur, un menteur (ou même accusé d’être menteur), un débauché notoire (coupable d’un grand péché ou de péchés mineurs commis de façon répétée), ou quelqu’un qui a échoué à donner le bon exemple et à se montrer digne des valeurs morales. La précision est invalidée par la distraction, comme le rapport d’une même histoire avec des versions qui varient d’une occasion à une autre, même si cela ne change pas son sens intrinsèque. Les annales reconstruites après avoir été perdues dans un désastre naturel comme le feu, ne sont pas retenues ; et un narrateur qui contredit un récit ayant un degré d’authenticité plus élevé a trouvé sa collection entière de hadîth remise en question.

 

Même de simples défauts internes dévalorisent un hadîth. Par exemple, un enseignant récite un hadîth, et explique un mot sans que l’élève comprenne que l’explication ne fait pas partie du hadîth ; si cet élève récite ultérieurement le hadîth en entier avec l’explication, sa narration sera rejetée. Une erreur aussi simple que la transposition de deux noms dans la chaîne de transmission (et à fortiori la perte d’un nom) jette le discrédit sur son auteur, même si le texte lui-même demeure inchangé.

 

Les hadîth sont en outre subdivisés selon le sanad (chaîne de narration) en mode de transmission mutawâtir et ahad. Un hadîth mutawâtir récité par un nombre suffisamment important de narrateurs (un minimum de quatre, mais ordinairement dix ou plus) rend improbable un mensonge, du début à la fin de la chaîne narrative. Pourquoi serait-il improbable que plusieurs individus se concertent pour forger un mensonge ? Pour des raisons matérielles, telles que la distance qui les sépare géographiquement et qui consolide l’idée qu’ils ne sont jamais rencontrés les uns et les autres. Il y a le cas où les érudits en question soient si moralement irréprochables, que le mensonge est incompatible avec leur réputation.

 

Tout hadîth transmis à travers les âges par une chaîne de narration inférieure au degré de «mutawâtir » est classifié d’ahad, qui se divise lui-même en trois catégories secondaires. Un hadîth récité par mille témoins fiables à chaque chaîne du sanad, à l’exception d’une seule étape qui comprend moins de quatre narrateurs, est automatiquement transféré à la classe ahad.[1] Les deux classifications – l’une selon l’authenticité et l’autre selon le mode de transmission – sont largement complémentaires, car un hadîth authentique avec une chaîne narrative mutawâtir mérite plus de considération  qu’un hadîth faible avec un sanad ahad. Il semblerait enfin que les hadîths fabriqués aient peu de chance de passer à travers les mailles de l’un de ces deux filtres d’authentification, et d’échapper à la vigilance des deux en même temps relève quasiment de l’impossible.

 

Qu’en est-il pour la compilation de la Bible ?

 

Nous n’avons de puissance et de force que pour la vérité” dit un auteur célèbre du Nouveau Testament...

 

Cet état de la société occidentale fut fondamental en prélude à mon propos pour replacer le discours anti islam dans son contexte historique, je ne parle pas de la haine refoulée de l’intellectuel chrétien en proie aux assauts scientifiques de la critique moderne dans diverses sciences ! L’islam devient dans ses conditions un exutoire pour verser ses frustrions et masquer ses relents xénophobes, en faisant ainsi une pierre deux coups : projeter ses propres tares sur l’autre et discréditer son ennemi historique. Encore une fois, Michel Orcel pointe du doigt cette nouvelle islamophobie chrétienne : « On exerce son agressivité sur un objet haï en tentant de le démolir de façon à la fois symbolique et rationnelle. La psychanalyse aurait là-dessus son mot à dire. Que peut signifier pour Mingana, Prémare, Gillot ou autres Gallez cette tentative de disqualifier, de discréditer, l’islam et le Coran en les historicisant ? Je l’ignore, mais il va de soi qu’il y a souvent là-dessous du « règlement de compte »…

 

Généralement la recherche se nourrit mieux d’amour, d’empathie, que de haine, mais, quels que soient son objectif et sa forme, la recherche scientifique n’est jamais « idéale » : elle est toujours enracinée dans un milieu, une époque, et plus encore dans une histoire personnelle. J’ai montré comment un universitaire aussi sérieux que Rémy Brague était capable de tomber dans de véritables paralogismes lorsqu’il s’agit de l’islam. Or Brague ne fait pas mystère de ses croyances chrétiennes… »[2]

 

Si cela est clair, remontons aux origines de la Bible, ou comment l’hôpital en arrive à se moquer de la charité, qui, bien ordonnée, devrait commencer par soi-même !

 

N.B. J’ai longtemps hésité avant de publier l’étude suivante, car Karim Hanifi dont j’ai sollicité l’avis, m’a déconseillé de le faire, bien qu’elle s’inspire en grande partie de ses anciens travaux. Après un stand by de trois ans pour se plonger sur le sujet à fond, ce qui en soi est méritoire, il a revu certaines de ses positions à la baisse concernant la Bible. Il semble désormais rejoindre la position d’ibn Taïmiya selon laquelle la Bible est plus falsifiée sur le fond (au niveau de l’interprétation) que sur la forme, ce qui, il y a quelques années, me value les « foudres » de ses coreligionnaires sur Mejliss el kalam où j’avais exposé cette tendance. Karim promet de clarifier ses positions à l’avenir à travers une longue série de vidéos qui devraient s’étaler sur au moins deux ans. Ses conclusions semblent inédites dans la sphère francophone (les anglo-saxons sont en avance même dans ce domaine !). En attendant, loin d’être un spécialiste, j’estime qu’il reste malgré tout intéressant d’exposer son ancien avis, à plus d’un titre :

  • Le commun des chrétiens mis à l’écart de ces conflits de clercs n’ont pas accès à certaines réalités liées à leurs références scripturaires (quoi qu’aujourd’hui internet fasse des miracles !) ;
  • Cette opinion est partagée par un nombre non négligeable de sommités occidentales qu’on ne peut soupçonner, pour la plupart, de parti pris, bien qu’ils ne soient pas toujours les spécialistes attitrés de la Bible, selon Hanifi (ils comptent, malgré tout, des traducteurs, des commentateurs de la Bible, mais aussi des spécialistes profanes) ;
  • Celle-ci rejoint une tendance très forte du côté des autorités musulmanes qui se sont au non spécialisées dans la critique de la Bible ;
  • Il s’agit surtout, dans le cadre d’une polémique, de placer l’adversaire face à ses contradictions, et de le réfuter avec ses propres références, indépendamment de savoir qui a tort et qui a raison, quoi que, comme c’est souvent le cas, la vérité est partagée entre les deux camps, voire ni avec les uns ni avec les autres, mais du côté d’une troisième voie (il est possible toutefois de leur concéder en partie leurs conclusions et de renvoyer dos à dos les uns et les autres) ; procédé si cher à ibn Taïmiya qui maitrise l’art chirurgical de sépare le bon grain de l’ivraie ;
  • Il est intéressant de pointer du doigt le conflit catholiques/protestants non pour les départager dans un premier temps, mais pour démontrer que l’infaillibilité de la Bible ne fait pas l’unanimité au sein même des fervents adeptes des deux côtés qui s’attaquent à coup d’anathèmes mutuelles ; un peu comme les orientalistes qui utilisent en leur faveur l’opposition sunnites/shiites, à la différence où le Coran est réellement intouchable, comme nous allons, plus tard, le démontrer. Par exemple, un auteur à la plume enflammée comme Jean leDuc, reconnait, dans un pamphlet acerbe, que les nuances d’une version à une autre sont fondamentales : qu’on en juge : « il existe une grande différence entre le christianisme du Texte Reçu et celui du texte blasphématoire de la Critique Textuelle compilé par Westcott et Hort. Ces différences ou variantes sont loin d'être insignifiantes, nous dit Barry Burton (Let's Weigh the Evidence: Which Bible is the real Word of God ?): "Le fait réel est que les doctrines essentielles de la Foi chrétienne sont attaquées : la doctrine de la Trinité, de la Divinité de Christ, son Incarnation, l'intégralité et l'inspiration de la Parole de Dieu, et le salut par la grâce par le moyen de la foi en Christ. Existe-t-il d'autres modifications ? OUI. Il existe entre 5,000 et 36,000 changements, dépendant quelle version vous regardée". »[3] Karim lui-même note un nombre élevé de « changements » dans la Néo-Vulgate ; bien que la grande majorité d’entre eux ne soient pas significatifs, ceux-ci, malgré tout, ébranlent à la base la foi chrétienne.[4]

 

Si cela est clair, Bart Ehrman, célèbre docteur en théologie, historien et spécialiste du Nouveau Testament nous met dans l’ambiance (il incombe de relativiser ses formules chocs qui ont plus pour but de sensibiliser un public incrédule que de s’encombrer de détails « incongrus » ; procédé qui s’inscrit dans une vieille tradition américaine du spectacle) : « Non seulement nous n'avons pas les originaux, mais nous n'avons pas les premières copies des originaux, nous n'avons même pas les copies des copies des originaux, ni même les copies des copies des copies des originaux. Ce que nous avons sont des copies faites plus tard - beaucoup plus tard. Dans la plupart des cas, ce sont des copies rédigées de nombreux siècles plus tard,… »[5]

 

Le problème ne s’arrête pas là, car les copies que nous possédons posent un autre souci qui n’est pas sans gravité : celles-ci diffèrent les unes des autres. Bart Ehrman continue : « … et toutes ces copies sont différentes de l’une à l’autre, et cela dans de milliers d'endroits. Comme nous le verrons plus tard dans ce livre, ces copies différentes les unes des autres en tant d'endroits que nous ne savons même pas combien il existe de différences. »[6]

 

Tandis que les hadîth sont préservés mot-à-mot, Ehrman conclut que la Bible est un livre très humain, criblé d'erreurs, dont les plus flagrantes sont les additions et les suppressions scripturales (qu’elles soient intentionnelles ou non).[7]

 

Heinz Zahrnt corrobore cette théorie : « Les temps de la doctrine non historique d'inspiration verbale comme maintenue par l'Ancienne théologie protestante appartiennent au passé. Dorénavant la Bible est comprise comme un livre historique, écrit et transmis par des hommes et ainsi sujet aux mêmes lois de tradition, aux mêmes erreurs, omissions et altérations que n'importe quelle autre source historique. Les hommes qui l'ont produit n'étaient ni automates, ni instruments de Dieu, mais des écrivains individuels, des hommes en chair et en os, qui avaient leurs propres buts et tendances déterminés en écrivant, qui ont vécu restreints par les horizons limités de leur temps et ont été moulés par les idées de leur environnement. »[8]

 

Selon l’expression maintenant célèbre de Bart D. Ehrman, « Peut-être est-il plus facile de démontrer ce point en termes comparatifs : il y a plus de différences dans nos manuscrits qu’il n’y a de mots dans le Nouveau Testament. »[9]

 

À suivre…

                     

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

[4] Il faut distinguer, comme le fait remarquer Hanifi, entre l’Évangile révélée à Jésus et les textes historiques qui lui sont greffés, de la même manière qu’il incombe de distinguer entre la Thora de Moïse proprement dite et les narrations qui s’y rattachent.

[5] Misquoting Jesus : The Story Behind Who Changed the Bible and Why par Bart D. Ehrman page 10.

[6] Idem.

[7] Ehrman, Bart D. Misquoting Jesus and Lost Christianities.

[8] Zahrnt, Heinz. 1817. The Historical Jesus. (Translated from the German by J. S. Bowden). New York: Harper and Row. p. 42.

[9] Ibid., The New Testament: A Historical Introduction to the Early Christian Writings. p. 12.

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