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9 mars 2017 4 09 /03 /mars /2017 10:24

 

L’inerrance coranique

(Partie 2)

L’auto-canonisation du Coran

 

Voir : http://islamland.com/uploads/books/GOD%5C'ED%20IN%20FRENCH.pdf

 

Le mot Coran ne fait pas référence à un livre, mais à une révélation. La tradition islamique maintient que cette révélation a été transmise verbalement au prophète Mohammed par l’ange de la révélation, Gabriel. Et qu’ainsi elle a été retenue – comme tradition orale préservée jusqu’à ce jour dans les cœurs et les esprits des dévoués hâfizh (ceux qui mémorisent ou « protègent » le Coran), dont le nombre actuel est estimé, d’une façon conservatrice, à pas moins de trente millions.

Le Livre sacré des musulmans était aussi enregistré par les scribes, qui transcrivaient chaque élément de la révélation au moment même où ils l’entendaient. À l’encontre du Nouveau Testament, dont tous premiers livres étaient écrits plusieurs décennies après le ministère de Jésus, le Saint Coran est le seul livre scriptural enregistré au moment de sa révélation et préservé de façon intégrale jusqu’aujourd’hui. Les matériaux d’écriture étaient rares, ainsi le Saint Coran fut originalement inscrit sur des feuilles de palmiers, des lambeaux de cuir, l’os plat de l’épaule de grandes bêtes, et n’importe quoi d’autre immédiatement disponible. Ce registre volumineux et peu commode devait, par ordre d’Abou Bakr (le premier Calife),[1] être copié et rassemblé en un moushaf (livre) officiel, et ce deux ans environ après le décès de Mohammed.

 

Ce projet était surveillé par Zaïd ibn Thâbet, un des scribes dévoués de Mohammed. Entre quatre et huit copies furent complétées durant le règne du Calife Othman, et chaque copie fut dédiée à l’un des territoires du monde islamique. Deux de ses livres existent toujours –  l’un à Tashkent, Ouzbékistan, et l’autre à Istanbul, en Turquie – et servent encore de gabarits. Chaque exemplaire du Coran, partout au monde, peut être authentifié par rapport à ces « originaux » pour démontrer l’intégrité et la préservation du livre sacré de l’islam. C’est cette préservation même que plusieurs considèrent comme preuve de la sainteté du Saint Coran. Dr. Laura Vaglieri ajoute cet élément d’authenticité à sa liste d’évidences : « Nous avons encore une autre évidence de l’origine divine du Coran dans le fait que son texte est demeuré pur et inaltéré à travers les siècles jusqu’à aujourd’hui… »[2]

 

Arthur J. Arberry, Professeur d’arabe à l’Université de Cambridge de 1947 à 1969, souligne pour sa part : « À part certaines modifications orthographiques de la méthode d’écriture plutôt primitive originellement, visant à rendre facile et sans ambiguïté la tâche de la récitation, le Coran comme imprimé au vingtième siècle est identique à celui tel qu’autorisé par Othman plus de 1300 ans plus tôt. »[3]

Sir William Muir, Orientaliste du dix-neuvième siècle et auteur d’une biographie de Mohammed, écrit : « La recension d’Othman nous a été transmise inaltérée… Il n’y a probablement dans le monde aucune autre œuvre qui soit demeurée douze siècles avec un texte aussi pur. »[4]

 

Pour Adrien Brockett, La transmission du Coran après le décès de Mohammed était essentiellement statique, plutôt qu’organique. Il y avait un seul texte, et rien d’important, pas même une matière prétendument annulée, ne pouvait être omis et rien n’y pouvait être ajouté. Ceci s’applique même aux premiers califes… La transmission du Coran a toujours été orale, juste comme elle a toujours été écrite.[5]

Des milliers de sahâba (Les musulmans qui ont vécu et interagi avec le prophète Mohammed) ont unanimement approuvé l’enregistrement écrit du Saint Coran. Tous ces Compagnons ont mémorisé des portions du Coran et plusieurs étaient des hâfizh, ayant mémorisé le Coran dans sa totalité. Lorsque la Parole d’Allah fut rassemblée en un livre, plusieurs d’entre eux possédaient des copies personnelles de leur propre enregistrement. Certaines de ces copies étaient incomplètes et d’autres (comme celles d’Abdullah ibn Massoud, Ubay ibn Ka’ab et Ibn Abbas), bien que correctes pour une certaine lecture, ne permettaient pas d’effectuer les multiples lectures qui constituent un des miracles du Coran. Par conséquent, ces enregistrements partiels ne furent pas reconnus, même par leurs propriétaires, comme ayant été complets ou faisant autorité.

 

Le seul enregistrement écrit du Coran ayant été unanimement accepté fut le moushaf, rédigé par Zaïd ibn Thâbet par ordre d’Abou Bakr. Pour éviter la confusion et la possibilité de division au cours des générations futures, toutes les autres copies personnelles (ainsi que les fragments d’os, les peaux de bêtes, et les papyrus gravés de l’Écriture) furent volontairement remises aux autorités qui se chargèrent de les détruire. Si cela n’avait pas été accompli, les nouvelles générations auraient probablement été en proie à l’ignorance ou à la fierté, préférant l’un des ouvrages partiels, hérités dans une famille ou une tribu, à la révélation achevée et intégrale.

 

La solidarité tribale et le schisme religieux en auraient potentiellement résulté. Les pieux prédécesseurs de la première époque semblent avoir reconnu et éliminé ce risque en préservant uniquement la révélation in extenso, rejetant les fragments et morceaux qui, éventuellement, seraient devenus sources de dispute. Les musulmans aiment souligner que pas un seul des contemporains de Mohammed n’a été en désaccord avec le texte du moushaf officiel. Pas un seul sahâbi (sing. de sahâba) n’a prétendu qu’un passage avait été omis ni qu’un passage non-Coranique avait été inséré.

 

Notons également que les textes qui avaient été rassemblés et détruits étaient des rapports incomplets, non différents. Leurs propriétaires y ont volontairement renoncé, parce que le moushaf rédigé par Zaïd ibn Thâbet était entier, sans la moindre omission. En outre, comme susmentionné, le Coran a été primordialement préservé non par écrit, mais dans la mémoire des dévots. Ceux qui l’avaient mémorisé vérifiaient, confirmaient le modèle officiel, validaient sa précision et sa totalité. Pas un seul hâfizh n’était en désaccord, et ils étaient des milliers. L’existence de quelques individus ayant mémorisé le Coran après 1400 ans est extraordinaire, mais que dire de dizaines de millions ?

 

Le Coran s’érige en norme linguistique

 

Il y a de cela un siècle, F. F. Arbuthnot constatait que, d’un point de vue purement littéraire, le Coran est un spécimen de l’Arabe le plus épuré, avec son style mi vers mi prose. Les grammairiens auraient adapté plusieurs règles à certaines structures et expressions qui y sont employées. Par ailleurs, bien que plusieurs tentatives aient été entreprises pour produire une œuvre qui lui soit égale en termes d’éloquence rhétorique, nulle n’a encore réussi jusqu’à présent à relever un tel défi. Il est donc évident qu’un texte final et complet du Coran a été préparé au cours des vingt années suivant le décès (en 632 A.D.) de Mohammed, et que celui–ci est demeuré le même, sans aucun changement ni altération par les enthousiastes, les traducteurs, ou les interpolateurs, jusqu’au jour d’aujourd’hui. Il est regrettable qu’on ne puisse guère en dire autant d’aucun des livres des Ancien et Nouveau Testaments.[6]

 

Le Saint Coran existe en une seule forme écrite mais en dix lectures ou récitations différentes (bien que complémentaires), et en sept dialectes différents. Une personne peut se demander comment ceci est possible. La réponse se trouve dans les subtilités de la langue arabe qui, à l’encontre des langages non-sémitiques, maintient une extraordinaire flexibilité due au fait que l’alphabet ne contient pas de voyelles courtes.

 

Les voyelles courtes, les voyelles les plus communes en arabe, sont désignées par des marques diacritiques (signes distinctifs, tels qu’une barre oblique ou un cornet) placées au-dessus ou en-dessous des consonnes. Par exemple, la lettre arabe équivalente au B en français sera prononcée ba si une barre oblique est placée au-dessus de la lettre, mais bi si la barre est placée en-dessous.

 

D’autres formulations peuvent rendre la lettre bou, baan, biin, bououn, baa, bii, bouou, bai, baou, etc. Lorsque les mots sont écrits avec leurs marques diacritiques, nous comprenons facilement leur prononciation correcte et leur sens. Cependant, lorsque l’arabe est écrit sans accent, nous devons compter sur le contexte pour déterminer le sens correct de chaque mot, car les mots ayant une orthographe identique peuvent avoir des sens différents selon la façon dont les voyelles sont formulées.

 

Par exemple, dans la phrase « un grain de poussière est entré dans mon œil, » le mot arabe pour « œil » peut être formulé en voyelles pour signifier un espion, une personne importante ou un haut fonctionnaire, ou même aucune personne. En fait, ce seul mot peut avoir plus de trente sens, y compris des possibilités aussi diverses qu’un puits artésien ou un actif immobilisé. Mais en général, un seul sens est habituellement logique dans un contexte donné. Rarement, des sens multiples peuvent s’appliquer, mais il est extrêmement rare que tous les sens possibles puissent s’appliquer dans le contexte où un mot est écrit. Imaginez une phrase contenant un ou quelques mots qui ont de multiples sens similaires possibles, chacun ayant une articulation logique. Alors ça c’est une langue riche !

 

Dix récitations et sept dialectes

 

Il n’est pas étonnant que le Coran puisse exister en dix récitations officiellement reconnues de même qu’en sept dialectes. Pour accommoder cette diversité, le moushaf original du Coran est sans marques diacritiques, permettant des différences de prononciation et de sens selon les règles permettant de savoir comment assigner les accents aux voyelles, dans un texte dépourvu de voyelles. Ce qui est étonnant, cependant, c’est qu’en dépit des plusieurs possibilités linguistiques, toutes les récitations sont non seulement raisonnables, mais elles se complètent l’une l’autre. Nulle part ne se trouve une seule phrase, et encore moins un mot, d’une récitation qui contredit une autre.

Par exemple, les mots arabes pour propriétaire et roi diffèrent par seulement l’accent d’une voyelle, et cependant les deux termes sont appropriés pour décrire Allah. Le résultat est qu’une récitation coranique, à une personne douée d’une connaissance détaillée de l’arabe, ne communique pas une seule leçon spécifique, mais plutôt évoque un kaléidoscope d’images et de compréhension.

 

Les manuscrits originaux de l’Ancien Testament sont similairement dépourvus de voyelles. Selon Encyclopaedia Britannica : « Vu que les textes omettaient traditionnellement les voyelles en écriture, les Massorètes[7] ont introduit les signes voyelles pour garantir une prononciation correcte. Parmi les systèmes variés de vocalisation qui furent inventés, celui façonné dans la cité de Tibériade, en Galilée, éventuellement pris le dessus. En outre, des signes d’accentuation et de pause ont été ajoutés au texte pour faciliter la lecture publique des Écritures dans la synagogue. »[8]

 

D’une façon similaire, les exemplaires modernes du Coran sont principalement rédigés selon la récitation de Hafs ‘an Aassim (Hafs d’après Aassim), devenue la plus populaire de la pluralité de récitations acceptées au sein des Musulmans. Une différence importante entre ces deux exemples est que le texte massorète de l’Ancien Testament « gagna de l’influence » de « parmi les systèmes variés de vocalisation qui furent inventés » (et faisons une pause devant le mot « inventés »), tandis que la récitation Hafs ‘an Aassim du Saint Coran est l’une des récitations « reconnues » à partir de l’original.

 

La Préface de la Revised Standard Version of the Bible note, concernant l’Ancien Testament : « Les signes voyelles, qui ont été ajoutés par les Massorètes, sont aussi acceptés en principe, mais où une lecture plus probable et plus convaincante peut être obtenue en présumant de différentes voyelles, ceci a été effectué. »[9]

 

La Préface de la RSV continue : « Parfois il est évident que le texte a souffert dans la transmission, mais aucune des versions ne fournit une restauration satisfaisante. Ici nous pouvons seulement suivre le meilleur jugement des érudits compétents concernant la reconstruction la plus probable du texte original. »[10]

 

Le Coran a été maintenu inchangé jusqu’à ce jour, tandis que (pour donner de nouveau une citation de la Préface de la RSV) « pour le Nouveau Testament, nous avons un grand nombre de manuscrits grecs, préservant plusieurs formes disparates du texte. »[11]

 

À suivre…

                     

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

 

[1] L’Islam n’a ni clergé ni un équivalent papal, mais il a certainement des officiers (i.e., juges, gouverneurs, etc.) qui servent à gouverner la nation islamique. Le calife est le plus haut de ces officiers, mais ceci ne lui donne pas de pouvoir sur la religion. Au contraire, ses décrets sont sujets à l’approbation des érudits religieux.

[2] Vaglieri, Dr. Laura Veccia. Traduit de l’Italien par Dr. Aldo Caselli, Haverford College, Pennsylvania. Publié originalement en Italien sous le titre de Apologia dell’ Islamismo (Rome, A. F. Formiggini, 1925). 1980. An Interpretation of Islam. Zurich: Islamic Foundation. pp. 41–42.

[3] Arberry, Arthur J. 1964. The Koran Interpreted. London: Oxford University Press. Introduction, p. ix.

[4] Muir, Sir William. 1923. The Life of Mohammad. Edinburgh: John Grant. Introduction, pp. xxii–xxiii.

[5] Rippin, Andrew (editor). 1988. Approaches to the History of the Interpretation of the Qur’an. Chapter: “Value of Hafs and Warsh Transmissions,” by Adrian Brockett. Oxford: Clarendon Press. pp. 44–45.

[6] Arbuthnot, F. F. 1885. The Construction of the Bible and the Korân. London: Watts & Co. pp. 5–6.

[7] Les scribes juifs du septième au onzième siècle qui ont conçu les marques diacritiques pour standardiser la prononciation, la division des versets, et la notation des voyelles dans l’Ancien Testament.

[8] Encyclopaedia Britannica. CD-ROM.

[9] The Bible, Revised Standard Version. Preface, p. iv.

[10] The Bible, Revised Standard Version. Preface, pp. iv-v.

[11] Ibid., Preface, p. iv.

 

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