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11 mars 2017 6 11 /03 /mars /2017 10:00

 

L’inerrance coranique

(Partie 4)

 

Les variantes bibliques ont-elles une incidence sur le crédo chrétien ?

 

L’absurdité soutenue par le pouvoir ne sera jamais capable de tenir tête contre les efforts de la raison. – Joseph Priestley

 

Il est absolument faux de dire que les variantes textuelles ne remettent pas en cause les dogmes chrétiens et qu’elles sont sans importance. À ce sujet, l’expert renommé du criticisme, le Professeur Bart Erhman nous enseigne : « On m’a souvent objecté (surtout parmi les évangéliques conservateur) que toute doctrine chrétienne importante ne serait être affectée par quelque variante textuelle que ce soit. À cela je répondrais ce qui suit :

a/ Il est tout simplement faux de prétendre que les doctrines importantes ne sont pas concernées. Exemple : Dans tous le Nouveau Testament, le seul passage ou l’on expose clairement la doctrine de la Trinité se trouve dans la traduction du Roi Jacques (1 Jean 5 : 7-8) ; On ne la trouve pas dans la majorité des manuscrits grecs du Nouveau Testament. Tout porte à croire pourtant que la Trinité est une doctrine chrétienne assez importante...

c/ Mais surtout, certaines variantes textuelles sont effectivement très importantes, mais pour des raisons autres, qui ne concernent pas les ‘doctrines cardinales du christianisme’.

  1. Certaines variantes affectent la manière d’interpréter des livres entier du Nouveau Testament ;
  2. Certaines variantes (y compris celles dont on vient de parler) sont terriblement importantes pour savoir ce que l’on racontait sur Jésus du temps des premiers chrétiens.

d/ Enfin, je dois avouer ne pas croire les chrétiens évangéliques conservateurs quand ils prétendent que les variantes textuelles dans le Nouveau Testament ne sont pas significatives. Si c’était le cas, pourquoi certains séminaires conservateurs comme celui de Dallas (dirigé par l’un des critiques les plus virulents en la matière) et le séminaire théologique baptiste de la Nouvelle Orléans financent-ils des projets de recherche de plusieurs millions de dollars pour analyser les manuscrits grecs du Nouveau Testament ? Si les variantes entre les manuscrits ne comptent pas, pourquoi les étudie-t-on ? Si elles sont totalement insignifiantes, pourquoi consacrer toute sa carrière à les examiner ? Si elles sont si négligeables, pourquoi dépenser des millions de dollar pour faire des recherches ? Quel sont les arguments de ces universitaires quand ils demandent des fonds pour leur projet : ‘‘Nous aimerions que vous investissiez 500 000 dollars pour nous permettre d’étudier certains manuscrits du Nouveau Testament parce que nous pensons qu’ils n’ont vraiment aucune importance’’ ?

Il est évident, à mon avis, que les manuscrits sont effectivement importants. Ils influencent la manière d’interpréter le nouveau Testament ; Ils comptent pour connaître le Jésus historique ; ils comptent pour connaître l’histoire de l’Eglise chrétienne après la mort de jésus. Si on prétend le contraire, c’est sans doute qu’on veut se duper soit même ou essayer de rassurer ceux qui pourrait être troublés par les faits historiques. »[1]

 

Bart Ehrman explique que ces énigmes liées à la rédaction de la Bible ne sont un mystère pour personne dans les milieux savants, et cela depuis longtemps bien qu’elles soient inconnues par la masse.[2] « … ces fait sont connus des spécialistes depuis presque un siècle, et on les enseigne partout dans les séminaires traditionnel et les écoles de théologie des Etats-Unis. Par conséquent, la majorité des pasteurs savent tout cela. Pour des raisons qui leur appartiennent, ils choisissent de n’en rien dire. Et donc bien des gens dans la rue et sur les bancs des églises considèrent qu’il s’agit là de faits nouveaux. »[3]

 

« Les changements intentionnels de leur coté, ont tendance à être plus difficiles à identifier. Précisément parce que, étant réalisés de façon délibérée, ils peuvent paraître cohérents. Et vu qu’ils sont cohérents, il y aura toujours des critiques qui soutiennent qu’ils sont l’option la plus cohérente, c'est-à-dire qu’ils ne sont pas des modifications, mais bien les mots originaux. Ceci n’est pas un débat entre des chercheurs qui croient que le texte fut modifié et ceux qui croient qu’il ne le fut pas. Tous les experts savent que le texte a été modifié, la seule chose à débattre et de savoir quelle option constitue une modification et laquelle au contraire peut être considérée la forme la plus ancienne du texte à notre disposition. À cet égard, il y a des moments où les opinions des chercheurs ne coïncident pas. »[4]

 

Les causes d’altération

 

La vérité qui rend les hommes libres est en sa plus grande partie la vérité que les hommes préfèrent ne pas entendre.

– Herbert Agar

 

  1. Falsification pour harmoniser : certains scribes ont falsifié certains passages du Nouveau Testament pour les harmoniser[5] ;
  2. Correction des erreurs et des difficultés historiques et géographiques[6] ;
  3. Amalgame des lectures[7] ;
  4. Falsifications pour des raisons théologiques.[8] Frédéric GODET donne un exemple avec l’épisode de la femme adultère,[9] tout comme Bruce Metzger, grand théologien protestant,[10] et le grand théologien catholique Raymond Brown, aux yeux de qui – je cite –, il : « … n’aurait pu y figurer qu’après un changement dans la répugnance de l’Eglise à pardonner l’adultère (Le Pasteur d’Hermas, Mandat 4,1)… »[11]

 

Voir : http://blog.decouvrirlislam.net/Home/christianisme/bible/la-falsification-des-manuscrits-du-nouveau-testament/les-modifications-intentionnelles

http://blog.decouvrirlislam.net/Home/christianisme/bible/la-falsification-des-manuscrits-du-nouveau-testament/partie3les-interpolations

 

Le révérend Charles Anderson Scott dit pour sa part : « Il est fort probable qu’aucun des évangiles synoptiques (Matthieu, Marc, Luc) n’existait dans la forme que nous leur connaissons avant la mort de Paul. Si les documents [du Nouveau Testament] étaient disposés dans leur véritable ordre chronologique, les épîtres de Paul viendraient avant les évangiles synoptiques. »[12] Cette affirmation est confirmée par le professeur Brandon, qui dit : « Les écrits chrétiens les plus anciens qui aient été préservés sont les lettres de Paul. »[13]

Dans la seconde moitié du deuxième siècle, Dionysius, l’archevêque de Corinthe, écrivait : « Comme les frères souhaitaient me voir écrire des épîtres, je me suis exécuté ; mais les apôtres du diable y ont introduit toutes sortes d’éléments indésirables, modifiant des mots et en ajoutant d’autres. Un malheur les attend. Il ne faut donc pas s’étonner de voir ces mêmes personnes tenter d’apporter des altérations de toutes sortes aux textes sacrés du Seigneur, puisqu’ils ont fait de même avec d’autres ouvrages qui ne sont même pas comparables. »

Voir : http://www.islamreligion.com/fr/articles/592/les-erudits-chretiens-reconnaissent-les-contradictions-dans-la-bible-partie-3-de-7/

Ce phénomène s’est perpétré à travers l’Histoire…

 

Victor Tununensis, un évêque africain du sixième siècle, rapportait, dans sa Chronique (en l’an 566), que lorsque Messala était consul à Constantinople (en 506), il « censura et corrigea » les évangiles des Gentils rédigés par des personnes considérées comme illettrées par l’empereur Anastase. Ce qui signifie que ces textes furent modifiés dans le but de les rendre conformes au christianisme du sixième siècle qui différait du christianisme des époques précédentes.[14]

 

Ces « corrections » ne se limitent absolument pas aux premiers siècles suivant la mort de Jésus. Sir Higging écrit : « Nous ne pouvons nier que les moines bénédictins de St-Maur étaient très versés en latin et en grec, en plus d’avoir un réel talent pour ces langues. En outre, ils étaient très nombreux. Dans l’ouvrage de Cleland intitulé « Life of Lanfranc, Archbishop of Canterbury », il écrit : « Lanfranc, un moine bénédictin et archevêque de Canterbury, ayant découvert que les Écritures avaient été passablement corrompues par des copistes, sappliqua à les corriger lui-même et il fit de même avec les écrits des pères, de façon conforme à la foi orthodoxe, secundum fidem orthodoxam. »[15]

 

En d’autres termes, les Écritures chrétiennes furent réécrites dans le but de les rendre conformes aux doctrines des onzième et douzième siècles, procédé auquel n’échappèrent pas les écrits des premiers pères de l’Église, afin que tout soit uniformisé. Sir Higgins continue : « Le même ecclésiaste protestant nous offre ce passage remarquable : « L’impartialité exige de moi cette confession : les orthodoxes ont bel et bien altéré certains passages des évangiles. »

L’auteur poursuit en racontant comment fut entreprise une vaste campagne à Constantinople, à Rome, à Canterbury et dans le monde chrétien en général, visant à « corriger » les évangiles et à détruire tous les manuscrits datant d’avant cette période.

 

Theodore Zahan a illustré les conflits amers au sein des églises établies dans ses « Articles of the Apostolic Creed » (articles de la foi apostolique). Il raconte comment les catholiques romains ont accusé les Grecs orthodoxes d’avoir remanié les Écritures par ajouts ou omissions, ce qui aurait été fait selon eux, à la fois de bonne et de mauvaise foi. Les Grecs orthodoxes, de leur côté, ont accusé les catholiques romains de s’être exagérément éloignés du texte original dans plusieurs passages. En dépit de leurs divergences, cependant, ils unissent leurs forces pour condamner les chrétiens non-conformistes qui « dévient de la vraie voie » et les accusent d’hérésie. Ces « hérétiques », de leur côté, condamnent les catholiques pour avoir « remanié la vérité de fond en comble comme des faussaires ». L’auteur conclut : « Les faits n’étayent-ils pas ces accusations ? »

 

St-Augustin lui-même, homme reconnu et estimé à la fois par les protestants et les catholiques, a affirmé qu’il y avait des doctrines secrètes dans la religion chrétienne et que : « ... il y avait de nombreuses vérités dans la religion chrétienne qu’il n’était pas approprié que le commun des mortels sache, et certaines choses qui étaient carrément fausses mais pratique que le commun des mortels y croit. »

Sir Higgins admet : « Il n’est pas injuste de supposer que ces vérités non divulguées recèlent une partie des mystères chrétiens modernes et je crois que nul ne peut nier que l’Église, dont les plus hautes autorités appuyaient de telles doctrines, n’hésiterait pas à remanier à nouveau les écrits sacrés. »[16]

 

Même les épîtres attribuées à Paul n’ont pas tous été rédigés par lui. Après des années de recherches, les catholiques et les protestants ont convenu que des treize épîtres attribuées à Paul, seuls sept ont réellement été rédigés par lui. Ce sont : Romains, Corinthiens (1 et 2), Galates, Philippiens, Philémon et Thessaloniciens.

 

  1. diverses dénominations chrétiennes ne sont pas même arrivées à un accord sur la définition d’un livre « inspiré » par Dieu. On enseigne aux protestants qu’il y a 66 livres réellement « inspirés » dans la Bible, tandis qu’on enseigne aux catholiques qu’il y en a 73. Cela sans compter les nouvelles sectes chrétiennes et leurs livres plus « modernes », comme les Mormons, entre autres. Durant plusieurs générations, les tous premiers chrétiens ne suivaient ni les 66 livres des protestants ni les 73 livres des catholiques, mais croyaient en des livres qui furent, des années plus tard, reconnus comme des fabrications et des apocryphes.

Voir : http://www.islamreligion.com/fr/articles/595/les-erudits-chretiens-reconnaissent-les-contradictions-dans-la-bible-partie-4-de-7/

 

Alors, la Bible originale ?

 

Aucun spécialiste de la Bible, en ce monde, n’affirmera jamais que c’est Jésus qui a rédigé cet ouvrage. Tous sont d’accord sur le fait que la plus grande partie de la Bible a été rédigée par ses fidèles, après son départ. Le docteur W. Graham Scroggie de la Moody Bible Institute, une prestigieuse mission évangélique située à Chicago, le confirme : « Oui, la Bible est d’origine humaine, bien que certains aient affirmé le contraire, plus par zèle que par érudition. Les livres qui composent la Bible ont été pensés par des hommes, rédigés dans le langage des hommes, écrits par la main des hommes et leur style est caractéristique de celui des hommes... C’est un livre humain, mais aussi divin. »[17]

 

Un autre érudit chrétien, Kenneth Cragg, l’évêque anglican de Jérusalem, renchérit : « Dans le Nouveau Testament... [il y a des textes] condensés et révisés, des reproductions de choix et des témoignages. Les évangiles ont survécu à leurs auteurs et sont demeurés présents dans l’esprit de l’Église. Ils représentent à la fois l’expérience et l’histoire... »[18]

 

« C’est un fait connu que l’Évangile original fut transmis oralement et que de cette tradition orale ont découlé toutes sortes de variantes. Il est également vrai que lorsque les faits historiques du christianisme furent mis par écrit, ils continuèrent, oralement, à être l’objet de variantes diverses, volontaires ou non, ce qui eut une influence sur les scribes et les rédacteurs. »[19]

 

« En fait, chaque livre du Nouveau Testament, à l’exception des quatre épîtres de Paul, est, de nos jours, plus ou moins sujet à controverse et diverses insertions y sont maintenues. »[20]

 

Le docteur Lobegott Friedrich Konstantin Von Tischendorf, un des plus inflexibles défenseurs chrétiens de la trinité, dut lui-même admettre : « Plusieurs passages [du Nouveau Testament] ont subi de si profondes modifications de sens qu’ils nous laissent dans une douloureuse incertitude sur ce que les apôtres avaient réellement écrit. »[21]

 

Après avoir énuméré plusieurs exemples d’affirmations contradictoires dans la Bible, le docteur Frederic Kenyon déplore : « En plus des contradictions flagrantes comme celles [que je viens d’énumérer], il n’y a guère de versets dans lesquels nous ne retrouvons pas de variantes [dans les copies des anciens manuscrits à partir desquels la Bible a été assemblée]. Personne ne peut se dire indifférent à ces ajouts, omissions ou altérations. »[22]

 

Voir: http://www.islamreligion.com/fr/articles/584/les-erudits-chretiens-reconnaissent-les-contradictions-dans-la-bible-partie-1-de-7/

 

Selon Ehrman, Le Credo des Apôtres était dérivé de formules de croyance conçues au quatrième siècle.[23] Cet ancien évangéliste, « titulaire de la chaire des études religieuses » en Caroline du Nord, commence par relever les contradictions entre les évangiles canoniques. Au moment de la rédaction du Nouveau Testament, les textes ont proliféré, attestant un pullulement de communautés chrétiennes dont les orientations idéologiques divergeaient. Si l’on s’attache à la transmission des textes, on constate une multiplicité de variantes, dont les contenus ne se concilient pas. Enfin, le passage à l’écriture s’est fait à une époque éloignée de l’origine. Tout ceci rend difficile d’établir ce qui remonte authentiquement à Jésus de Nazareth.[24]

 

Jésus de Nazareth justement qui sera au cœur de notre prochain article qui s’attache à débarrasser du mythe le Jésus historique !

 

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

 

 

 

 

[1] Bart Ehrman ; « La Construction de Jésus : aux sources de la religion chrétienne », H&O éditions, 2010, pp 250 à 254

[2] Idem. p.33

[3] Bart Ehrman, La construction de Jésus : aux sources de la religion chrétienne, éditions H&O, 2009, p.154

[4] Misquoting Jesus : The Story Behind Who Changed the Bible and Why par Bart D. Ehrman Chapitre 3

[5] Bruce M. Metzger, The Text Of The New Testament : Its Transmission, Corruption, and Restoration , Seconde Edition, Oxford 1968 pp197

[6] Misquoting Jesus : The Story Behind Who Changed the Bible and Why par Bart D. Ehrman Chapitre 3

[7] Bruce M. Metzger, The Text Of The New Testament : Its Transmission, Corruption, and Restoration , Seconde Edition, Oxford 1968 pp200

[8] Misquoting Jesus : The Story Behind Who Changed the Bible and Why par Bart D. Ehrman Chapitre 6

[9] Frédéric GODET, docteur en théologie, professeur à la faculté de l'Église indépendante de Neuchâtel, Commentaire sur l'Évangile de Saint Jean, Deuxième partie : le développement de l'incrédulité en Israël. Premier cycle, troisième section : la lutte à son plus haut degré d'intensité à Jérusalem. III : Dans et après le grand jour de la fête, Le récit de la femme adultère, 1902, pages 921-923.

[10] Commentaire de Bruce Metzger du Greek New Testament » 2ème édition, p.188-189

[11] Raymond E.Brown, ‘Que sait-on du Nouveaux Testament’, Bayard 2011, p419

[12] History of Christianity in the Light of Modern Knowledge, Rev. Charles Anderson Scott, p.338.

[13] “Religions in Ancient History,” S.G.F. Brandon, p. 228.

[14] The Dead Sea Scrolls, the Gospel of Barnabas, and the New Testament, par M. A. Yusseff, p. 81.

[15] History of Christianity in the light of Modern knowledge, Higgins p.318.

[16] The Dead Sea Scrolls, the Gospel of Barnabas, and the New Testament, M. A. Yusseff, p.83.

 

[17] W Graham Scroggie, p. 17.

[18] The Call of the Minaret, Kenneth Cragg, p 277.

[19] Peake’s Commentary on the Bible, p. 633.

[20] Encyclopaedia Brittanica, 12th Ed. Vol. 3, p. 643.

[21] Secrets of Mount Sinai, James Bentley, p. 117.

[22] Our Bible and the Ancient Manuscripts, Dr. Frederic Kenyon, Eyre et Spottiswoode, p. 3.

[23] Ehrman, Bart D.2003, Last Christianities, Oxford University Press, p.260 -note finale N. 1 à Chapitre 1.

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