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13 mars 2017 1 13 /03 /mars /2017 09:37

 

La légende de Jésus de Nazareth

(Partie 2)

Bart D. Ehrman, auteur de The New Testament : A Historical Introduction to the Early Christian Writings, et peut-être la voix contemporaine la plus compétente en la matière nous rappelle que « Le point de vue de Paul n'était pas universellement accepté ou, pourrait-on dire, n'était pas même largement accepté, » et qu'il y avait des leaders chrétiens proéminents, y compris le plus proche disciple de Jésus, Pierre, « Qui l'ont contredit avec véhémence à ce sujet et qui considéraient les idées de Paul comme une corruption du message véritable du Christ. »[1]

 

Commentant les opinions de quelques premiers Chrétiens dans la littérature Pseudo Clémentine, Ehrman écrit, « Pierre, et non Paul, est l'autorité véritable pour comprendre le message de Jésus. Paul a corrompu la vraie foi sur base d'une brève vision, qu'il a sans doute mal interprétée. Paul est ainsi l'ennemi des apôtres, non leur chef. Il est en dehors de la vraie foi, un hérétique qui doit être banni, non un apôtre à suivre. »[2]

 

D'autres élèvent Paul à la sainteté. Joel Carmichael s’oppose clairement à eux : « nous sommes dans un univers loin de Jésus. Si Jésus est venu "seulement pour accomplir" la Loi et les Prophètes ; s'il pensait que "pas un iota, pas un point" ne "passerait hors de la Loi," que le commandement cardinal était "Écoutez, Ô Israël, le Seigneur Notre Dieu, le Seigneur est un," et que "Nul n'est bon sauf Dieu" … Qu'aurait-il pensé du travail effectué par la main de Paul ? Le triomphe de Paul signifiait l'oblitération finale du Jésus historique ; il nous arrive embaumé dans le Christianisme comme une mouche dans l'ambre ! »[3]

 

Plusieurs auteurs ont souligné la disparité entre les enseignements de Paul et de Jésus, mais le meilleur d'entre eux, pour éviter tout commentaire inopiné, s'est contenté d’exposer les différences. Dr. Wrede commente en effet : « Chez Paul, le point central est un acte divin, dans l'histoire, mais transcendant l'histoire, ou une pluralité d’actes, qui octroie à toute l'humanité un salut tout prêt. Toute personne qui croit en ces actes divins – l'incarnation, la mort, et la résurrection d'un être céleste, reçoit le salut. Et ceci, qui pour Paul représente la somme de la religion, est le squelette de l'édifice de sa piété, sans lequel elle s'effondrerait – A-t-on affaire à une continuation ou à un remodelage de l'évangile de Jésus ? Où peut-on y trouver cet évangile-là que Paul dit avoir compris ? De ce qui est tout pour Paul, combien Jésus lui-même en sait-il ? Rien du tout. »[4]

 

Et à Dr. Johannes Weiss de renchérir : « Ainsi la foi en Christ telle que maintenue par les églises primitives et par Paul était quelque chose de nouveau en comparaison de ce que Jésus a prêché ; c'était un nouveau type de religion. »[5]

Baigent et Leigh résument nettement la situation : « Dans toutes les vicissitudes qui suivent on doit souligner que Paul est, en fait, le premier hérétique "chrétien", et que ses enseignements – qui sont devenus les fondations du Christianisme ultérieur – sont une flagrante déviation de la forme "originale" ou "pure" louée par l'avant-garde …

Eisenman a démontré que Jacques émerge comme le conservateur du tronc original des enseignements, le défenseur de la pureté doctrinale et de l'adhérence rigoureuse à la Loi. La dernière chose qu'il aurait pu avoir en tête aurait été de fonder une "nouvelle religion". Mais c’était précisément ce que Paul était en train de faire…

Cependant, comme les choses avaient transpiré, la tendance générale du nouveau mouvement s'est graduellement agglutinée durant les trois siècles suivants autour de Paul et de ses enseignements. Ainsi, à l'horreur posthume indubitable de Jacques et de ses associés, une religion entièrement nouvelle était née de fait – une religion qui devait peu à peu s’éloigner des fondations originelles. »[6]

 

Jacques, le frère cadet de Jésus et chef de la nouvelle Église, réprimande Paul et ses enseignements blasphématoires : « Or, ils sont au courant de bruits qui courent à ton sujet : ton enseignement pousserait tous les Juifs qui vivent parmi les païens à abandonner Moïse ; tu leur dirais de ne plus circoncire leurs enfants et de ne plus suivre les règles. » (Actes 21 : 21). Ensuite, il avertit Paul de la réunion de l'assemblée pour décider sa punition : « Que faire ? Ils vont sans doute apprendre que tu es là. » (Actes 21 : 22). Ainsi il lui enjoint de se repentir, de se purifier du sacrilège, et dorénavant de se conformer « à l'observance de la loi. » (Actes 21 : 23-24).

 

Jésus avait prévenu : « Mes bien-aimés, n’ajoutez pas foi à tout esprit, mais éprouvez les esprits pour voir s’ils sont de Dieu ; car beaucoup de prophètes de mensonges se sont répandus dans le monde… »[7] ;

« Gardez-vous des faux prophètes, qui viennent à vous vêtus en brebis, mais qui au-dedans sont des loups rapaces. C’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. Cueille-t-on des raisins sur un buisson d’épines, ou des figues sur des charbons ? Ainsi, tout arbre produit de bons fruits, mais l’arbre malade produit de mauvais fruits. Un bon arbre ne peut pas porter de mauvais fruits, ni un arbre malade porter de bons fruits. Tout arbre qui ne produit pas un bon fruit, on le coupe et on le jette au feu. Ainsi donc, c’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. »[8]

 

La crucifixion et la résurrection

 

On rapporte que Jésus a enseigné le message d'Osée 6 : 6, « Je désire la miséricorde, et non le sacrifice. »

 

Joel Carmichael, auteur de The Death of Jesus (La mort de Jésus), « Qui auraient pu être les témoins ? … non seulement (les disciples) ‘’tous abandonnent’’ Jésus et prennent la fuite ; encore plus surprenant, ils ne réapparaissent pas durant le procès de Jésus, ni ne sont présents à son exécution, ni ne sont ceux qui l'enterrent. »[9]

La New Catholic Encyclopedia admet, « Les quatre évangélistes diffèrent peu dans les mots décrivant l'inscription (au sommet de la croix), ce qui montre qu'ils étaient en train de citer par mémoire et par évidence de ouï-dire. »[10]

 

Les disciples ont tous déserté Jésus au jardin de Gethsemane, comme enregistré par Marc 14 : 50 : « Et tous l'abandonnèrent et prirent la fuite. » la "Pierre" (sur laquelle Jésus a promis de bâtir son église - Matthieu 16: 18-19) trois fois renia avoir connu Jésus. Jésus a-t-il dit "pierre" ? Peut–être ce qu'il voulait vraiment dire était "Satan" et "une offense," comme il l'a déclaré à peine cinq versets plus loin (cette réflexion du Dr. Laurence B. Brown n’engage que lui). En tous les cas, Pierre n'était pas l'un des auteurs des évangiles. Alors où étaient-ils ? Matthieu 27 : 55 et Luc 23 : 49 nous disent que les "observateurs" n'étaient pas présents à la crucifixion, alors nous ne pouvons que deviner ! Concernant la prétendue résurrection, les quatre évangiles (Matthieu 28, Marc 16, Luc 24, et Jean 20) ne sont pas d'accord sur ce qui est arrivé après la crucifixion.

 

Plusieurs Chrétiens du second et troisième siècles croyaient que Jésus n'était pas mort.[11] Et pour ceux qui l’ont vu : « leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître » (Luc 24 : 16). Marie-Madeleine n'a pas réussi à reconnaître Jésus hors du tombeau, « croyant avoir affaire au gardien du jardin … » (Jean 20 : 15).

 

Parmi les Chrétiens des premiers temps, les Corinthiens, les Basilidiens, les Pauliciens, les Cathares et les Carpocratiens tous croyaient que la vie de Jésus avait été épargnée. Les Basilidiens croyaient que Simon de Cyrène a été crucifié à sa place, ce qui n'est peut-être pas une suggestion déraisonnable, vu que Simon portait la croix de Jésus (voir : Matthieu 27 : 32, Marc 15 : 21 et Luc 23 : 26). Typiquement, toutes les sectes dissidentes susmentionnées ont été jugées comme ayant été des Gnostiques et/ou des hérétiques par l'Église. L’Histoire, comme on le dit si bien, est écrite par les vainqueurs. En l’occurrence, note Ehrman, « les vainqueurs dans les luttes pour établir l'orthodoxie chrétienne non seulement ont gagné leurs batailles théologiques, mais ils ont aussi réécrit l'histoire du conflit ... »[12]

 

Le concept de Jésus Christ mourant pour les péchés de l’humanité se trouve dans les épîtres de Paul (eg., Romains 5 : 8-11 et 6 : 8-9), et nulle part ailleurs.

« Mais maintenant morts [i.e., ayant souffert] à ce qui nous tenait captifs, nous avons été affranchis de la loi, de sorte que nous servons sous le régime nouveau de l’Esprit, et non sous le régime périmé de la lettre. » (Romains 7 : 6).

 

Jacques a enseigné que la foi seule n’était pas suffisante pour le salut. Dans le passage parfois intitulé "Sans œuvres, la foi est morte" (Jacques 2 : 20), l’auteur condamne d’une façon sarcastique ceux qui reposent uniquement sur la foi pour obtenir le salut : « Tu crois que Dieu est un ? Tu fais bien. Les démons le croient, eux aussi, et ils frissonnent » (Jacques 2 : 19). Le Dr. Laurence B. Brown paraphrase très bien cette notion dans un langage moderne : « Tu crois en Dieu ? Et alors ? Satan aussi croit en Dieu. En quoi serais-tu différent de lui ? » Jacques clarifie que « l’on doit sa justice aux œuvres et pas seulement à la foi » (Jacques 2 : 24). Pourquoi ? Parce que « de même que, sans souffle, le corps est mort, de même aussi, sans œuvres, la foi est morte » (Jacques 2 : 26).

 

« Si tu veux entrer dans la vie éternelle [c’est-à-dire le salut], garde les commandements. » (Matthieu 19 : 17).

 

Le péché originel et la rédemption

 

« Laissez faire ces enfants, ne les empêchez pas de venir à moi, car le Royaume des cieux est à ceux qui sont comme eux » (Matthieu 19 : 14).

 

Au sujet de l’Alliance de l’Ancien Testament, Encyclopedia Judaica explique que : « La relation du pacte définie de cette manière porte en elle ses responsabilités, de la même façon que les individus élus sont responsables de certaines tâches et sont appelés à assumer des rôles particuliers… Israël est tenue par ce choix d’honorer « pourvu qu’ils gardent Ses décrets, et qu’ils observent Ses lois » (Ps. 105 : 45). »[13]

 

Or, comme le souligne Suzanne La Follette : « Il n’y a rien de plus humainement inné que la tendance à transgresser ce qui est devenu coutumier en ce qui a été divinement ordonné. »[14]

 

Si cela est clair, nous trouvons cette notion de salut acquis non par les actes, mais grâce à un statut chauvin, intrinsèque (être membre du peuple élu) ou à une croyance précise qui ne réclame aucun effort (donner foi au rachat des péchés par la crucifixion, aux douze imams, etc.) ; crédo qui place ses adeptes dans une situation favorable, privilégiée, les poussant à se reposer sur leurs lauriers, et par voie de conséquence, à un certains laxisme ; la forme extrême étant l’ésotérisme (voire le gnosticisme) qui est commun aux trois religions, en passant par l’ascétisme (le soufisme ultra chez les musulmans adeptes du monisme panthéisme) et qui prône une émancipation de la Loi vers un libertinage perçu comme une relation spéciale avec le divin.  

 

La déstabilisation de la religion naissante par une cinquième colonne toucha également la religion musulmane

 

Du côté des juifs, ‘Abd Allah ibn Saba était l’homme de la situation. Afin de semer la discorde sous le Khalifat de ‘Uthmân, il propagea très vite au sein des musulmans qu‘Ali était en fait l’héritier légitime de Mohammed (r) de la même manière que Josué fut l’héritier de Moïse dans les anciennes écritures. Il insuffla notamment le concept de la ruj’a (le retour) : selon lui, le Prophète de l’Islam (ou ‘Ali) est plus à même de revenir sur terre à la fin des temps que Jésus. Originaire du Yémen et de confession juive, il s’est converti hypocritement à l’Islam dans le but de corrompre cette religion naissante et ses adeptes de la même façon que Paul le juif à corrompu la religion chrétienne. L’historiographe el Maqrîzî souligne qu’ibn Saba a innové à l’époque du troisième Khalife, le concept de la wasiya (élire un héritier) de la part du Prophète envers son cousin ‘Ali, et celui de la ruj’a.[15]

 

C'est pourquoi un orientaliste allemand en arrive à la conclusion suivante : « La tendance shiite, celle que l’on affilie à ‘Abd Allah ibn Saba puise plus ses origines chez les  juifs que chez les Iraniens. »[16] Un autre orientaliste constate que la ruj’a est directement influencée par les croyances juives et chrétiennes empruntées au paganisme, et avec lesquelles les sabéites ont cherché à pervertir une nation naissante dont la croyance était saine.[17] Ibn Saba lui-même comme nous l’apprend l’hérésiographe el Baghdâdî avoue, selon e-Sha’bî (m 104/736), s’être inspiré de la Thora pour donner crédit à la wasiya.[18]

Des siècles plus tard ibn Taïmiya dira : « Les savants mentionnent qu‘Abd Allah ibn Saba le zindîq (libre-penseur ndt.) est à l’origine du râfidhisme. Il s’est converti en apparence, mais il cachait au fond de lui ses convictions juives dans le but de pervertir l’Islam de la même façon que Paul le chrétien d’origine juive a perverti la religion chrétienne. »[19]

 

Il parle de Paul de Tarse contre lequel le Messie a mis en garde ses disciples. Paul qui innova des enseignements contraires à la Thora qu’il abrogea sans scrupules, à l’encontre des attentes de Jésus, et de ses enseignements ; Paul qui prétendit être l’auteur de miracles ; Paul qui attribua, à contre-courant du message de Jésus lui-même et de toute la prophétie, la divinité au Christ ; Paul qui dans un élan laxiste, innova le principe de rédemption et du rachat des péchés des hommes ; Paul qui revivifia avec force le paganisme avec le dogme de la Trinité en gestation.[20]

 

Voir : http://mizab.over-blog.com/article-les-sept-preuves-de-la-prophetie-66678231.html

 

À suivre…

                     

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

 

[1] Ehrman, Bart D. Lost Christianities. pp. 97–98.

[2] Ibid., p. 184.

[3] Carmichael, Joel. p. 270.

[4] Wrede, William. 1962. Paul. Translated by Edward Lummis. Lexington, Kentucky: American Theological Library Association Committee on Reprinting. p 163.

[5] Weiss, Johannes. 1909. Paul and Jesus. (Translated by Rev. H. J. Chaytor). London and New York: Harper and Brothers. p. 130.

[6] Baigent, Michael and Richard Leigh. 1993. The Dead Sea Scrolls Deception. Simon & Schuster. pp. 181– 187.

[7] Première Épître de Jean ; 4.1

[8] Mathieu ; 7.15-20

[9] Carmichael, Joel. pp. 202–206.

[10] New Catholic Encyclopedia. Vol 4, p. 486.

[11] Ehrman, Bart D. Lost Christianities. p. 2.

[12] Ehrman, Bart D. 2003. Lost Scriptures: Books that Did Not Make It into the New Testament. Oxford University Press. p. 2.

Quels points de vue alternatifs ont été brûlés en cendres dans la destruction d'un nombre estimé de 250 à 2000 actes, épîtres, et évangiles que le concile de Nicée a exclus de la canonisation, et pourquoi la prétendue crucifixion fut-elle débattue par les Chrétiens du premier siècle. En d'autres mots, qu'est-ce qu'ils savaient que nous ne connaissons pas ?

[13] Encyclopaedia Judaica. Vol 5, p. 499 (under “Chosen People”).

[14] LaFollette, Suzanne. 1926. Concerning Women. “The Beginnings of Emancipation.”

[15] El khutat d’el Maqrîzî (2/356, 357).

[16] Voir : Les kharijites et les shiites (p. 170, 171).

[17] Voir : el ‘aqîda wa e-sharî’a fî el islâm (205).

[18] El farq baïna el firaq (235).

[19] Majmû’ el fatâwa (28/483).

[20] Voir : Tabâshîr e-tawrât wa el injîl bi el islâm wa rasûlihi Mohammed du D. Nasr Allah ‘Abd ‘Ahmân Abû Tâlib (357-359).

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