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15 mars 2017 3 15 /03 /mars /2017 09:21

 

La légende de Jésus de Nazareth

(Partie 4)

La Trinité, un lent processus…

 

« La théologie de l’incarnation apparait plus de soixante-dix ans après la mort de Jésus, et la théologie trinitaire prend son essor au cours du IIe siècle. » – Frédéric Lenoir

 

Le cardinal John Newman révéla (dans son livre Essays and Sketches) l’origine d’une bonne part de l’enseignement de son Église : « Le phénomène admis par tous est le suivant : on doit chercher une grande partie de ce qui est généralement reçu comme la vérité chrétienne, dans ses notions essentielles et dans ses différentes parties, dans les philosophies et les religions païennes. Par exemple, on retrouve à l’est comme à l’ouest la croyance en une trinité, la cérémonie du lavage des pieds, le rite du sacrifice. La doctrine de la Parole divine est platonicienne ; celle de l’Incarnation est indienne. »

 

De nombreux biblistes, y compris des trinitaires, reconnaissent que la Bible ne contient pas de doctrine formelle de la Trinité. Voici, par exemple, ce qu’on lit dans L’Encyclopédie des Religions : « Aujourd’hui, exégètes et théologiens s’accordent à reconnaître que la Bible hébraïque ne renferme pas de doctrine de la Trinité. (...) Bien que la Bible hébraïque appelle Dieu le père d’Israël et qu’elle personnifie Dieu en employant des termes tels que Parole (davar), Esprit (rouah), Sagesse (hokhmah) et Présence (shekhinah), ce serait forcer l’intention et l’esprit de l’Ancien Testament que de lier ces notions à la doctrine de la Trinité apparue plus tard.

« En outre, exégètes et théologiens admettent que le Nouveau Testament ne contient pas non plus de doctrine explicite de la Trinité.

Dieu le Père est source de tout ce qui est (Pantokrator), ainsi que le père de Jésus Christ ; ‘Père’ n’est pas un titre donné à la première personne de la Trinité, mais un synonyme de Dieu. (...)

« Dans le Nouveau Testament, il n’y a pas de conscience réflexive de la nature métaphysique de Dieu (la ‘trinité immanente’) ; on n’y trouve pas non plus le langage technique dans lequel cette doctrine a été par la suite exposée (hupostasis, ousia, substantia, subsistentia, prosôpon, persona). (...) Il est incontestable que cette doctrine ne peut être prouvée par le seul appui des Écritures. »

 

Relativement à l’historique de cette doctrine, voici ce qu’on peut lire dans la Nouvelle Encyclopédie britannique : « Le mot Trinité ne figure pas dans le Nouveau Testament. La doctrine qu’il désigne n’y est jamais énoncée explicitement. (...)

« Cette doctrine a pris forme progressivement, sur plusieurs siècles et à travers bien des controverses. (...)

« Ce n’est pas avant la fin du IVe siècle que la distinction entre les trois et leur unité ont été rassemblées dans une même doctrine orthodoxe d’une seule essence et de trois personnes. »

 

On lit à peu près la même chose dans la Nouvelle Encyclopédie catholique (angl.) sur l’origine de la Trinité: « Les exégètes et les théologiens, y compris un nombre sans cesse croissant de catholiques, reconnaissent qu’il ne convient pas de parler de la doctrine trinitaire dans le Nouveau Testament sans faire d’importantes réserves.

Les spécialistes de l’histoire des dogmes et les théologiens systématiques reconnaissent, chacun de leur côté, que lorsqu’on parle d’une doctrine trinitaire achevée, on passe de la période des origines du christianisme à celle, disons, du dernier quart du IVe siècle.

C’est seulement à ce moment que ce que l’on pourrait appeler le dogme définitif de la Trinité, ‘un seul Dieu en trois personnes’, est devenu partie intégrante de la vie et de la pensée chrétiennes. (...)

« La formule elle-même ne reflète pas la conscience immédiate qu’on en avait à l’époque des origines ; elle est le produit de trois siècles de formation doctrinale. »

 

De l’aveu même d’une encyclopédie catholique, le dogme de la trinité chrétienne est un ajout tardif : « La formulation « un Dieu en trois personnes » n’a pas été solidement établie ni sans doute pleinement intégrée à la vie chrétienne et à sa profession de foi avant la fin du IVe siècle. Pourtant, c’est précisément cette formulation qui a prétendu la première au titre de dogme de la Trinité. Chez les Pères apostoliques, on ne trouve rien qui rappellerait même de loin ce point de vue. »[1]

 

Le premier à mentionner quelque chose qui se rapproche de la « trinité » est Théophile d’Antioche, dans ses discours à Autolyque, vers l’an 180. Il utilisa le mot « Τριας / Trias », qui signifie « trois », pour désigner Dieu lui-même. Mais c’est Tertullien qui, plus tard, va utiliser le mot « trinité » pour la première fois et développer pleinement le concept de « trois personnes divines ».

C’est cependant au 4ème siècle, sous l’empereur romain Constantin, que le dogme de la trinité fut fixé, aux Conciles de Nicée en 325, et de Constantinople en 381. Il faut savoir que Constantin était un adorateur de Mithra, un dérivé des cultes babyloniens, égyptiens, etc. déjà cités. En déclarant le christianisme (catholique romain) religion de l’empire, il a fait un syncrétisme des religions païennes et de la foi chrétienne.

 

Voir : http://www.michelledastier.com/dieu-nest-pas-une-trinite-par-nicolas-k/

 

Mea culpa

 

Comme George Bernard Shaw l’a affirmé dans la préface de sa pièce de théâtre, Saint Joan : « Les Églises doivent apprendre l’humilité aussi bien qu’elles l’enseignent. »[2]

 

L’auteur de ces lignes impute à Ed­ward Gibbon une citation qui, en réalité fut écrite par son éditeur Peter Hecler en préface à son fameux ouvrage l’Histoire du christianisme, et que nous reproduisons ici : « S'il est vrai que le christianisme a triomphé du paganisme, il n'en demeure pas moins que le paganisme a réussi à corrompre le christianisme. L'église de Rome a remplacé le déisme pur des premiers chrétiens, par l'incompréhensible dogme de la Trinité. Pareillement, de nombreuses doctrines païennes inventées par les Égyptiens et idéalisées par Platon ont été adoptées parce que considérées comme dignes de foi. »[3]

 

La faute à un site chrétien datant de 1998 qui allait induire en erreur tout un auditoire qui, pour sa défense, pouvait difficilement vérifier une citation traduite de l’Anglais. Bien sûr, cette erreur est inintentionnelle, et surtout, elle n’a aucune incidence sur la pensée de Gibbon, bien que, d’un point de vue purement éthique, il faille rendre à César…

 

http://www.heraldmag.org/bookstore/booklet_doctrine.htm

 

D’autres passages du même ouvrage qui sont bien, cette fois, de la plume de Gibbon, entérine cette idée, ce qui somme toute est naturel étant donné que la préface est sensé résumer, reprendre les idées de l’ouvrage qu’elle présente ; et, quand elle n’est pas d’accord avec l’auteur, elle le précise en principe.

 

Quoi qu’il en soit, lorsque Gibbon résume ces querelles intra religieux, il montre le rôle déterminant des contingences temporelles ; et, par ce moyen il montre que ce sont des raisons purement humaines qui ont fixé l'orthodoxie de la foi chrétienne, et non pas la révélation divine : « Tels furent la naissance, les progrès et les révolutions des disputes théologiques qui troublèrent la paix de la chrétienté sous les règnes de Constantin et de ses fils. Mais comme ces princes prétendaient étendre leur despotisme sur les opinions comme sur la fortune et sur la vie de leurs sujets, le poids de leur suffrage entraînait souvent la balance ecclésiastique et les prérogatives du roi du ciel étaient fixées, changées ou modifiées dans le cabinet d'un roi de la terre. » (DC, p. 578)

 

Après les miracles, c'est le culte des saints et des reliques qui attire les foudres de Gibbon : « Dans la longue période de douze cents ans qui s'écoula entre le règne de Constantin et la réformation de Luther, le culte des saints et des reliques corrompit la simplicité pure et parfaite de la religion chrétienne, et on peut observer déjà quelques symptômes de dépravation chez les premières générations qui adoptèrent et consacrèrent cette pernicieuse innovation. » (DC, p. 847)

 

Gibbon, formé aux modèles classiques de l'historiographie, cherche souvent ses causes dans la psychologie. Il attribue, par exemple, à la cupidité le culte des reliques : « Le clergé, instruit par l'expérience que les reliques des saints avaient plus de valeur que l'or et les pierres précieuses, s'efforça d'augmenter les trésors de l'Église. » (DC, p. 847)

 

Ainsi que Gibbon avait vu dans le paganisme de Julien un culte déjà transformé par rapport au vieux paganisme, et cela à cause de la force du fait chrétien, il voit, dans le succès du culte des saints, un reflux du polythéisme : « On ne peut disconvenir que les ministres de la religion catholique n'aient imité le modèle profane qu'ils étaient impatients de détruire. Les plus respectables prélats s'étaient persuadés que des paysans grossiers renonceraient plus facilement au paganisme s'ils trouvaient quelque ressemblance, quelque compensation dans les cérémonies du christianisme. La religion de Constantin acheva en moins d'un siècle la conquête de tout l'empire romain ; mais elle se laissa bientôt corrompre par les artifices de ceux qu’elle avait voulu convertir (en bas de note, il parle ouvertement d’imitation du paganisme). »[4] (DC, p. 850)

 

Gibbon situe les origines du phénomène : « L'Egypte, mère féconde de toutes les superstitions, donna l'exemple de la vie monastique. » (DC, p. 1081)

 

L'analyse des derniers troubles religieux permet encore à Gibbon d'élaborer deux reproches majeurs au christianisme : « Si l'équité avait pu se faire entendre, les catholiques auraient été forcés de condamner leur propre conduite passée ou d'approuver la sévérité dont ils étaient les victimes ; mais ils persistaient à refuser aux autres l'indulgence qu'ils réclamaient pour eux-mêmes. Au même moment où ils tremblaient sous la verge de la persécution, ils vantaient la louable sévérité avec laquelle Hunneric faisait brûler vifs ou bannissait (...) » (DC, p. 1100) Il reproche donc au christianisme son absence de ce qu'on appelle aujourd'hui le pluralisme. Il est intéressant de noter que cette impasse dans les rapports entre religion et démocratie alimente encore de nos jours le débat.

Le second reproche majeur suggéré dans le récit de Gibbon, c'est qu'il y aurait dans le christianisme une pulsion innée à la violence : « (...) mais le crime et la punition disparurent peu à peu chez les peuples chrétiens ; une heureuse ignorance suspendit les querelles théologiques, et l'esprit d'intolérance, ne trouvant plus d'hérétiques ou d'idolâtres à persécuter, fut réduit à s'exercer contre les juifs. » (DC,p. 1108)

 

Voir : http://www.persee.fr/doc/ista_0000-0000_2009_ant_1135_1_2717

 

Selon Gibbon, l’Église primitive était viscéralement iconoclaste

 

Jésus a-t-il prédit la persécution des unitariens ? « On vous exclura des synagogues. Bien plus, l'heure vient où celui qui vous fera périr croira présenter un sacrifice à Dieu. Ils agiront ainsi pour n'avoir connu ni le Père ni moi » (Jean 16:2-3).

 

Notre historien souligne : « Le texte mémorable, qui affirme l'unité des Trois qui rendent témoignage au ciel, est condamné par le silence universel des pères orthodoxes, les anciennes versions, et les manuscrits authentiques… Une interprétation allégorique, dans la forme, peut-être, d'une note marginale, a envahi le texte des bibles latines, qui ont été renouvelées et corrigées au cours d'une obscure période de dix siècles. Après l'invention de l'imprimerie, les éditeurs du Testament Grec ont cédé à leurs propres préjugés, ou à ceux de leurs temps, et la fraude pieuse, qui a été embrassée avec un zèle égal à Rome et à Genève, a été infiniment multipliée dans chaque pays et en chaque langue de l'Europe moderne. »[5]

 

À ses yeux, les premiers chrétiens étaient possédés d’une incomparable répugnance envers l’utilisation et l’abus de l’utilisation des images, et cette aversion peut être attribuée à leur origine juive, et leur hostilité envers les Grecs. La Loi de Moïse avait proscrit toutes représentations de la Déité ; et ce précepte était fermement établi dans les principes et les pratiques du peuple élu. L’intelligence des apologistes chrétiens était braquée contre les idolâtres stupides, qui se prosternaient devant l’œuvre fabriquée de leurs propres mains, les images de cuivre jaune et de marbre, qui, si elles avaient été douées de sens et de mouvement, auraient dû plutôt commencer du haut de leur piédestal par adorer les puissances créatives de leurs artistes.[6]

 

Le citoyen de la Couronne britannique enchaine : « Au début, l’expérience fut exécutée avec prudence et scrupule ; et les images vénérables étaient discrètement permises pour instruire les ignorants, ranimer les indifférents, et gratifier les préjugés des prosélytes païens. Au moyen d’une procession lente mais inévitable, les honneurs de l’original ont été transférés à la copie ; les chrétiens dévots priaient devant l’image d’un saint ; les rites païens de génuflexion, de luminaires et d’encens, s’infiltrèrent de nouveau à l’intérieur de l’Église catholique. »[7]

 

« Avec le temps, poursuit l’écrivain londonien, L’adoration des images s’était infiltrée à l’intérieur de l’Église par degrés imperceptibles, et chaque pas insignifiant donnait du plaisir à l’esprit superstitieux, en tant que producteur de confort et innocent du péché. Mais au début du huitième siècle, dans la pleine magnitude de l’abus, les Grecs plus timorés furent réveillés par une appréhension, que, sous le masque du Christianisme, ils avaient restauré la religion de leurs pères ; ils entendirent, avec peine et impatience, le nom d’idolâtres ; l’accusation incessante des juifs et des Mahométans, qui dérivaient de la loi et du Coran une haine immortelle aux images gravées et à toute adoration y étant reliée. »[8]

 

L’Église catholique a répondu au Synode de Constantinople de 754 EC qui bannissait les images en convoquant un second Concile de Nicée en 787 EC. Ce concile a rétabli l’adoration des images sur la base que « l’adoration des images est acceptable à l’Écriture et la raison, aux pères et aux conciles de l’Église… »[9] Les communautés religieuses qui ont objecté à l’adoration des idoles chrétienne ont été « purifiées » par les armées catholiques. Commençant par le massacre des Chrétiens Unitariens au milieu du neuvième siècle, l’Impératrice Théodora gagna la douteuse distinction d’être la personne « qui a restauré les images à l’Église Orientale [i.e., Orthodoxe de l’Est]. »[10]

 

Conclusion de Gibbon

 

« Tu ne te feras pas d'idole, ni rien qui ait la forme de ce qui se trouve au ciel là-haut, sur terre ici-bas ou dans les eaux sous la terre... » (Exode 20: 4-5)

 

« Les Mahométans ont uniformément résisté à la tentation de réduire l’objet de leur foi et de leur dévotion au même niveau des sens et de l’imagination des hommes. « Je crois au Seul Dieu, Allah, et à Mohammed, le messager d’Allah, » est la simple et invariable profession de l’islam. L’image intellectuelle de la Déité n’a jamais été dégradée par aucune idole visible ; les honneurs du prophète n’ont jamais transgressé la mesure de la vertu humaine ; et ses préceptes vivants ont contenu la gratitude de ses disciples à l’intérieur des frontières de la raison et de la religion. »[11]

 

… Les lignes conduisent du tout premier christianisme juif jusqu’au septième siècle, en fait à l’islam… Les analogies entre l’image coranique de Jésus et une Christologie avec un cachet juif-chrétien, sont étonnantes. Ces parallèles sont irréfutables et invitent à une réflexion historique et systématique plus intensive.

– Hans King, Islam, Past, Present and Future (2007, One World Publications pp 37, 44).

                     

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

 

 

[1] New Catholic Encyclopedia (1967), tome XIV, p. 299.

[2] Shaw, George Bernard. 1924. Saint Joan. Preface.

[4] Autre traduction : « mais les vainqueurs se laissèrent bientôt subjuguer par les artifices de ceux qu’ils avaient assujettis »

[5] Gibbon, Edward, Esq. Vol. 4, Chapter XXXVII, pp. 146–7.

[6] Gibbon, Edward, Esq. Vol. 5, Chapter XLIX, p. 359.

[7] Gibbon, Edward, Esq. Vol. 5, Chapter XLIX, p. 361.

[8] Ibid., p. 365.

[9] Gibbon, Edward, Esq. Vol. 5, Chapter XLIX, p. 397.

[11] Gibbon, Edward, Esq. Vol. 5, Chapter L, p. 533.

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commentaires

PouletBio 15/03/2017 10:35

La trinité dans le nouveau testament:
http://www.foicatholique.com/2010/04/la-trinite-dans-le-nouveau-testament.html

Constantin, Nicée et la trinité:
http://www.foicatholique.com/2010/04/lempereur-constantin-nicee-et-la.html

mizab 15/03/2017 11:15

Je reviendrais longuement sur la Trinité, mais après en avoir fini avec le djihad, l'esclavage, la polygamie, et l'anachronique pédophilie, autant dire dans au minimum deux mois...

D'ici-là, merci pour la lecture, et bonne lecture !