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28 juillet 2017 5 28 /07 /juillet /2017 14:11

 

D’après el Baïhaqî, j’ai entendu dire Abû Hâzim el ‘Abdawî, j’ai entendu dire Zâhir ibn Ahmed e-Sarkhasî : peu avant de rendre l’âme, Abû el Hasan el Ash’arî que j’avais hébergé sous mon toit, m’a appelé à son chevet pour me témoigner : «  Je témoigne que je ne kaffar aucun adepte de la qibla, car, bien qu’ils ont des mots différents pour le décrire, tous adhèrent au même Dieu. »

 

L’historiographe Dhahabî a cautionné ses propos qu’il a enregistrés dans son encyclopédie avant de conclure : « Je partage la même conviction. À la fin de sa vie, ibn Taïmiya, notre maitre disait : « Je ne kaffar aucun membre de la communauté, conformément aux propos prophétiques : « Seul le croyant préserve les ablutions. » Ainsi, en étant assidu à la prière qu’on fait précéder des ablutions, on est un musulman. » »[1]

 

Ibn Taïmiya insiste sur le caractère sacré du musulman : « En principe, nous dit-il, le sang des musulmans ainsi que leurs biens et leur honneur sont mutuellement sacrés (interdit, défendu). Il est interdit de les profaner sans la permission d’Allah et de Son Messager. Le Prophète (r) déclara au cours du Pèlerinage de l’Adieu : « Votre sang, vos biens, et votre honneur vous sont sacrés comme le sont ce jour-ci, cette terre où vous êtes aujourd’hui, et ce mois-ci. »[2] Il a dit également : «  Tout ce qui touche au musulman est sacré pour son frère : son sang, ses biens, et son honneur. »[3] ; « Quiconque accomplit notre prière, s’oriente vers notre direction, et mange notre viande, est musulman. Il est sous la protection d’Allah et de Son Messager. »

 

Dans ce registre, nous avons le hadîth : « Si deux musulmans se rencontrent  l’épée à la main, le tueur et la victime sont passibles de l’Enfer.

  • Cher Messager d’Allah, lui at-on demandé, pour le tueur c’est compréhensible, mais quel mal a fait la victime ?
  • Il cherchait à tuer son adversaire, at-il expliqué.»[4]

Un autre hadîth nous apprend : « Ne devenez pas mécréants après moi en brandissant vos épées les uns contre les autres. »[5] Mais encore : « L’accusation de mécréant à l’encontre de son frère s’applique inévitablement sur l’un des deux individus en présence. »[6] Tous ces propos prophétiques se trouvent dans les deux recueils authentiques. »[7]

 

Toutes ces précautions de la part d’ibn Taïmiya ne signifient nullement qu’il n’applique jamais le takfîr sur un cas particulier. Lui-même taxe d’apostats certaines adeptes du soufisme panthéiste et jahmiste comme el Hallâj, ibn Sab’în, ibn ‘Arabî, el Qunâwî, e-Tlemceni.[8] Il n’épargne pas non plus les philosophes musulmans, à l’instar d’el Fârâbî,[9] ibn Sîna, etc.[10]

 

Le Sheïkh Taqî e-Dîn distingue entre les adeptes affiliés à l’Islam qui sont des croyants non apostats et les zindîq, hypocrites.[11]

 

Sheïkh Sâlih Âl e-Sheïkh entérine le principe cité plus haut à travers ses dires : « En principe, toute personne affiliée à l’Islam est musulmane jusqu’à preuve du contraire, et la mécréance est un état nouveau qui vient interférer l’état initial, l’Islam, et qui le remet en question, sous certaines conditions et considération. Ou bien, est-ce le contraire ? Soit qu’un acte d’apostasie évidente annule d’entrée le statut de musulman à un accusé potentiel jusqu’à ce que la preuve céleste vienne définitivement tranchée sur son cas.

Bien sûr, la première hypothèse est la bonne, soit qu’il reste musulman jusqu’à ce que la preuve céleste démontre de façon claire et limpide qu’il est un apostat. Nous devons avoir autant de certitude qu’il est sorti de l’Islam que nous en avons eu lorsqu’il y est entré : « Tu l’as tué après qu’il ait dit : lâ ilâh illâ Allah ! » nous apprend le hadîth.[12] L’attestation de foi nous donnait la certitude de son affiliation à l’Islam, et pour l’en faire sortir, l’accusation doit faire le même poids. »[13]

 

Le takfîr anarchique est caractéristique aux kharijites

 

Ibn Taïmiya : « Tout au long de ma vie, jusqu’à cette heure, je n’ai jamais convié personne à suivre dans les bases de la religion (usûl) ni le madhhab hanbalî ni aucun autre madhhab. » Majmû’ el fatâwa (3/229).

Alors certes, il faut distinguer entre les grands péchés et la grande mécréance, ce que ne faisaient pas les kharijites, mais nous devons, pour nous éloigner définitivement de ces hérétiques, mettre une frontière nette entre le statut absolu d’un acte et son application sur un cas particulier.

 

Selon ibn Taïmiya, il est plus grave d’appliquer les textes de la menace divine (comme la malédiction) à grande échelle que de kaffar les auteurs des grands péchés à la manière des kharijites et des mu’tazilites ;[14] en sachant que le takfîr entre dans le domaine de la menace divine.[15]

 

Il est donc fallacieux, pour échapper à la vindicte des traditionalistes, de se cacher derrière l’idée que les kharijites se distinguent pour faire sortir les musulmans désobéissants de la religion.[16] C’est ce que chercha éperdument à établir Salmân el ‘Awda dans son fameux échange avec ibn Bâz sur la question du hukm bi ghaïr mâ anzala Allah ; en voici un extrait : « Ainsi, explique l’ancien Muftî, on s’épargne et on s’éloigne de la pensée Kharijite. Sinon, on sombre dans les mêmes travers que les Kharijites, et les mêmes confusions qui a régnées dans leur esprit, à vouloir ainsi généraliser. 

  • Vous avez évoqué la question d’exclure le désobéissant de la religion et de l’auteur d’un grand péché, lança Salmân en vue de rebondir ; il n’y a pas de divergence sur ce point.
  • Quoi qu’il en soit, lui fustigea-t-il, telle est la méthode et l’erreur des Kharijites ; ils ont tendance à tout généraliser au dépend du sens particulier que revêt un sujet précis. En résultat, ils taxent tout le monde d’apostats, alors que le Prophète (r) a dit à leur sujet : « Ils sortent de l’Islam pour ne plus jamais y revenir. » »[17]

 

À suivre…

                     

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

 

[1] Voir : siar a’lâm e-nubalâ (15/88).

[2] Rapporté par el Bukharî (1741) et Muslim (1679), selon Abû Bakra, qu’Allah l’agrée.

[3] Rapporté par Muslim (2564), selon Abû Huraïra, qu’Allah l’agrée.

[4] Rapporté par el Bukharî (31) et Muslim (2888), selon Abû Bakra.

[5] Rapporté par el Bukharî (121) et Muslim (65), selon Jarîr ibn ‘Abd Allah, qu’Allah l’agrée.

[6] Majmû’ el Fatâwa (3/283).

[7] Rapporté par el Bukharî (6104) et Muslim (60), selon ibn ‘Omar, qu’Allah l’agrée.

[8] Voir : majmû’ el fatawa (2/175), et majmu’ e-rasâil wa el masâil (4/82, 85).

[9] Voir : dar-u e-ta’ârudh (1/10) et Majmû’ el fatâwâ (2/67, 86).

[12] Usâma apprit cette règle à ses dépens, le jour où il tint un combattant ennemi à sa merci. Face à la mort, ce dernier s’empressa de faire la shahâda, mais cela n’entama en rien à la détermination d’ibn Zaïd qui le transperça de son épée. Quand le Messager d’Allah (r) eut écho de la nouvelle, il le réprimanda violemment en s’écriant : « As-tu tué un homme qui dit lâ ilâh illâ ?

  • Il l’a dit uniquement pour sauver sa vie, se défendit-il !
  • As-tu ouvert sa poitrine pour savoir si c’était vraiment son attention ? » [Rapporté par el Bukhârî (n° 4269), et Muslim (n° 96), selon Usâma ibn Zaïd (t).]

Selon une autre version, le Prophète (r) renchérit : « Que feras-tu quand lâ ilâh illâ se présentera le Jour de la résurrection ? » [Rapporté par Muslim (n° 97).]

[14] Voir : majmû’ el fatâwa (20/263-264).

[15] Idem. (3/231).

[16] La définition classique d'un kharijite est approximative, comme le démontre cet article : http://mizab.over-blog.com/2016/07/la-definition-classique-d-un-kharijite-est-approximative.html

[17] Voir : Madârik e-nazhar fî e-siyâsa de Sheïkh ‘Abd el Mâlik Ramadhânî.

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Publié par mizab - dans Takfir
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