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28 juillet 2017 5 28 /07 /juillet /2017 13:57

Le takfîr à la hâte

(Partie 1)

Personne n’aime autant qu’Allah offrir des excuses à ses créatures à qui il envoya le Livre sacré, et des messagers avertisseurs du châtiment et annonciateurs de la bonne nouvelle…[1]

 

Mieux vaut relâcher un coupable que condamner un innocent !

 

Plusieurs anciens prônent de trouver jusqu’à soixante-dix excuse à son frère ayant commis une erreur. ‘Omar ibn el Khattâb encourageait à se faire une bonne opinion du musulman, et cela, dans la mesure du possible. ‘Omar ibn ‘Abd el ‘Azîz disait : « L’homme le plus raisonnable est le plus enclin à accorder des excuses aux autres. »[2] Ibn Taïmiya insiste souvent sur la règle : les traditionalistes sont les plus savants des hommes et les plus cléments des hommes. En cela, il n’a rien inventé, comme à son accoutumé, car un Verset va exactement dans ce sens : [Seigneur, Tu embrasses toute chose de Ta Miséricorde et de Ta science].[3] 

 

Sheïkh Sâlih el ‘Uthaïmîn souligne qu’il n’y a pas de place pour les sentiments dans les questions qui touchent à la religion. Le Seigneur (I) nous dit bien : « Ma Miséricorde devance Ma Colère ! »[4] Comment peut-on être coupable d’un péché quand on n’a même pas conscience que s’en est un ![5]

 

À ses yeux, avant de condamner toute personne de kâfir, il incombe de prendre en considération deux paramètres :

  1. L’énoncé explicite des Textes que telle parole ou tel acte relève du kufr.
  2. Que le statut en question (takfîr) soit applicable à une personne en particulier de sorte que les conditions pour le faire soient remplies et que toute restriction y faisant obstacle soit exclue.[6]

 

Les dangers du takfîr

 

Le takfîr est une disposition légale qui émane exclusivement d’Allah et de Son Messager (r)[7] ; seuls les textes du Coran et de la sunna juge que l’auteur de tel acte est un mécréant. Ce droit n’appartient qu’à Allah seul et à personne d’autre.[8] Nous ne faisons le takfîr que pour des péchés qui font l’objet d’un consensus des musulmans ou d’une preuve infaillible.[9]

 

Sheïkh el Islâm ibn Taïmiya établit à sujet : « Cet usage était en vigueur chez les savants traditionalistes qui ne vouaient pas leurs opposants à la mécréance, quand bien même, ces mêmes opposants ne se gênaient pas pour les sortir de l’Islam. Le takfîr est, en effet, une disposition légale. »[10]

 

Ibn el Qaïyim – qu’Allah lui fasse miséricorde – est l’auteur des vers suivants :

 

Le kufr est le droit d’Allah, et de Son Prophète

Il est fixé – non l’avis d’un tel – par la loi

Quand le Seigneur et Mohammed le décrète

C’est que tel acte fait sortir de la foi

 

C’est en sortant de la religion les musulmans à cause des péchés qu’on en arrive à autoriser moralement leur sang et leurs biens ; les tenants de cette tendance décrète mécréants les pays musulmans, et ils confinent les limites de la terre musulmane à l’endroit où ils vivent.[11]

 

E-Tahâwî affirme : « Nous ne sortons de la religion aucun adepte de la qibla à cause des péchés, à condition de ne pas les autoriser moralement. »[12]

 

Ibn ‘Abd el ‘Izz souligne : « Le domaine du takfîr ou du non takfîr, a suscité d’énormes divisions et malheurs. »[13]

 

El Ghazâlî – qu’Allah ait son âme – met en garde : « Il incombe de prendre le plus de précautions possibles dans le domaine du takfîr, car autoriser moralement le sang et les biens des fidèles affiliés à l’Islam, qui adhèrent ouvertement à l’attestation de foi est une grossière erreur, en sachant qu’il vaut mieux laisser en vie mille mécréants par erreur, que de verser le sang d’un seul musulman par erreur.. »[14]

 

Ailleurs, il renchérit, comme le rapporte ibn Taïmiya : « Le takfîr est une disposition légale qui débouche sur la mise à mort, la réquisition des biens, et l’enfer éternel. Au même titre que n’importe quel statut dans la religion, celle-ci oscille entre la certitude à la forte probabilité, quand elle ne suscite pas l’hésitation. Dans ce dernier cas, il est plus sain de s’abstenir, en sachant que le takfîr à la hâte est souvent le lot d’individus empreints d’ignorance. »[15]

Ibn Taïmiya explique qu’un émir à plus intérêt à pardonner par erreur que de punir par erreur.[16] Il ne convient pas de punir qui que ce soit ni d’affirmer que telle chose est vraie ou fausse en se basant sur de simples conjectures.[17]

 

Ainsi, comme l’établit ibn Taïmiya, Lorsque la foi est avérée chez un individu avec certitude, on ne peut la lui retirer sur une simple suspicion. La seule chose qui permet de le faire, c’est d’établir toutes les preuves contre lui et de dissiper de son esprit toute ambigüité (iqâmat el hujja wa izâlat e-shubha).[18] À ses yeux, je cite : « Le takfîr ne peut s’avérer pour des choses où plusieurs hypothèses sont possibles. »[19]

 

 

[1] Hadîth rapporté par el Bukhârî (n° 7416) et Muslim (n° 2760).

[2] Voir : mudârât e-nâs d’ibn Abî e-Duniya (p. 49).

[3] L’Absoluteur ; 7

[4] Rapporté par el Bukhârî (n° 3194), et Muslim (n° 2571).

[5] Voir : Liqâ-ât el bâb el maftûh de Sheïkh el ‘Uthaïmîn (33/question nº 12).

[6] Voir : El qawâ’id el muthlâ fî Sifât Allah wa Asmâihî de Sheïkh el ‘Uthaïmîn (p. 88) et minhâj e-ta-sîs (p. 186).  

[7] Sheïkh Husaïn Âl e-Sheïkh au cours d’un sermon du vendredi.

[8] Sheïkh D. Sâlih ibn Humaïd au cours d’un sermon du vendredi.

[9] Sheïkh D. ‘Abd e-Rahmân e-Sudaïs au cours d’un sermon du vendredi.

[10] E-radd ‘alâ el Bakrî (2/492). Ibn Taïmiya, en effet, dit ouvertement qu’il n’a pas kaffar el Bakrî qui, lui, ne s’est pas gêné pour le faire. Voir : e-radd ‘alâ el Bakrî (2/494).

[11] Majmû’ el fatâwâ d’ibn Taïmiya (19/73).

[12] El ‘aqîda e-tahâwîya (p. 19).

[13] Sharh el ‘aqîda e-tahâwîya (p. 316).

[14] El iqtisâd fî el i’tiqâd (p. 269) ; fath el Bârî (12/300).

[15] Ibn Taïmiya reprend à son compte cette dernière phrase dans e-sab’îniya p. 345. Pour la citation entière, voir : el jâmi’ li sîrat ibn Taïmiya de ‘Azîr e-Shams et ‘Alî el ‘Imrân (p. 544).

[16] Extrait du hadîth : « Dans le doute, renoncez aux peines ! Il vaut mieux pardonner par erreur que de punir par erreur. » La première partie est devenue une règle de fiqh, bien que les termes ne remontent pas au Prophète, mais ils viendraient plus probablement des Compagnons. En outre, sa chaine narrative est controversée ; voir : irwâ el ghalîl (n° 2355), et dha’îf el jâmi’ e-saghîr (n° 259) tous deux de Sheïkh el Albânî.

[17] Majmû’ el fatâwâ (10/378-386).

[18] Majmû’ el fatâwâ (12/393).

[19] Voir : e-sârim el maslûl (3/963).

 

 

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Publié par mizab - dans Takfir
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