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21 janvier 2018 7 21 /01 /janvier /2018 10:40

L’histoire des gharânîq

Voir : majmû’ el fatâwâ (10/236-336).

 

L’infaillibilité des envoyés de Dieu est liée à tout ce qui est en relation avec la prophétie. Un nabi (prophète) reçoit la Révélation du ciel, tandis qu’un rasûl (messager) est, en plus de cela, porteur d’un message aux hommes. Ainsi, tout messager est forcément un prophète, mais le contraire n’est pas vrai. Les musulmans s’accordent à dire que les deux sont immunisés contre l’erreur pour tout ce qui a trait à la prophétie et à une mission éventuelle.

 

Or, l’avis des érudits n’est pas aussi tranché pour la question de savoir s’il est possible que Satan insère des paroles venimeuses dans le discours d’un annonciateur de la bonne nouvelle. Certes, Allah ne livre jamais l’un de ses apôtres à lui-même sans le corriger ; Il vient toujours à sa rescousse en frappant de nullité les versets sataniques introduits sournoisement dans son sermon. Malgré toutes les précautions prises par les tenants de cette opinion pour évacuer tout amalgame, une partie des savants ne se laissent pas convaincre pour autant par la pertinence de cette hypothèse. Pourtant, celle-ci est corroborée par un texte controversé, mais aussi par plusieurs narrations imputés aux anciens et allant dans le sens du Livre sacré.

 

Un jour, nous raconte ce fameux texte, le Prophète (r) récita la sourate les étoiles en présence des païens mecquois. Arrivé à : [Voyez vos idoles e-Lât et el ‘Uzza et Manât la troisième du lot],[1] Satan insuffla dans sa récitation : « Ces sublimes déesses (gharânîq) • et leur précieuse intercession. » Ils pensèrent alors, à leur grande joie, que le Messager d’Allah (r) s’était résolu à cautionner leurs idoles, de simples intermédiaires qui faisaient monter leurs requêtes au Seigneur. Après la lecture du dernier Verset : [alors, prosternez-vous devant Allah, et adorez-Le],[2] le Prophète (r) se prosterna, et les musulmans l’imitèrent dans un premier temps avant de se faire rejoindre par les païens que fit exulter cette parole insufflée par Satan. Le sénile el Walîd ibn el Mughîra n’avait plus la force pour se prosterner avec le groupe. Il se contenta de poser une poignée de terre sur son front.

 

La nouvelle courut alors que les païens s’étaient réconciliés avec lui. Celle-ci parvint aux oreilles des musulmans émigrés d’Abyssinie qui prirent aussitôt le chemin du retour. Arrivés à La Mecque, ils déchantèrent, et déplorèrent que leurs concitoyens s’acharnaient toujours autant contre l’Élu (r). Les pressions qu’ils faisaient subir aux musulmans ne s’étaient pas atténuées. Entre temps, le Messager d’Allah (r), qui avait rétablit la vérité, irrita les païens qui redoublèrent d’animosité. Ils n’en démordirent pas moins, et il en fut très contrarié de peur que le Tout-Puissant lui en fasse endosser la responsabilité. La Révélation vint pour le soulager : [Il n’y a pas eu de prophète avant toi ni de messager sans que Satan n’insuffle, dans sa lecture, son venin].[3]

 

Plus d’un moderne jette le discrédit sur l’histoire des gharânîq en s’attaquant à sa chaine narrative.[4] Et pour ceux d’entre eux qui ne remettent pas en question son authenticité,[5] ils précisent que le Prophète (r) n’a pas prononcé ces versets forgées, mais que c’est Satan qui les a insufflés à l’oreille de son assemblée. Sauf qu’ils ne résolvent pas le problème que pose la présence de ces « insufflations » sataniques au cœur de la lecture coranique. Ces derniers ont une façon à eux d’interpréter le passage : [Il n’y a pas eu de prophète avant toi ni de messager envoyé par Nos soins sans que Satan n’insuffle, dans sa lecture, son venin].[6] Selon eux, Iblis n’a cherché qu’à influencer ses pensées.

 

[1] Les étoiles ; 19-20

Il s’agit des plus prestigieuses idoles de la péninsule arabique.

[e-Lât] : sans redoublement du « t » à la fin est le nom d’une idole qui se trouvait à Tâif. Cet espèce de gros cube sculpté dans la roche portait une maison habillée d’un tapis, pour imiter la ka’ba. Bordée d’une grande esplanade, elle était gardée par des chambellans qui lui rendait le culte. Cette idole était la fierté des habitants de Thaqîf et des tribus avoisinantes (ou sous leur tutelle ndt.). Une lecture du Verset donne : [Avez-vous vu e-Lâtt] ; avec un dédoublement du « t » qui forme le participe actif du verbe latta yaluttu. Il s’agissait d’un homme pieux qui imbibait (latta) d’huile ou du beurre fondu (saman) la semoule d’orge ou de blé (sawîq) pour confectionner des repas aux pèlerins étrangers. Après sa mort, on fit construire au-dessus de sa tombe une maison sur laquelle on fit tomber des tapis pour l’ériger en divinité.

[el ‘Uzza] : représentaient plusieurs arbres de salam, qui se trouvaient dans la vallée wâdî nakhla entre La Mecque et Tâif. Entourés d’un édifice et de tapis, ils disposaient également de gardiens. Divinisé par les Quraïshites, mais aussi plus généralement par les habitants de La Mecque et de ses environs, le site était habité par les démons qui s’adressaient aux hommes dans le but de les détourner de la voie de Dieu. Les incultes attribuaient ces voix aux arbres ou à l’édifice qui les ornait.

[Manât] : était un gros rocher dans un lieu non loin de la montagne de Qudaïd située entre La Mecque et Médine, à el Mushallil plus exactement qui se situe à une distance plus proche de Médine, et qui servait d’idole pour les tribus Khuzâ’a, el Aws et el Khazraj.

À l’avènement de l’Islam, après la conquête des Lieux saints de La Mecque, le Messager d’Allah (r) envoya el Mughîra ibn Shu’ba et Abû Sufiân ibn Harb à Tâif pour détruire e-Lât. Les deux hommes mirent son ordre à exécution. Khâlid ibn el Walîd eut, pour sa part, la mission de détruire el ‘Uzza et de couper les arbres qui l’ornaient. Il en profita pour tuer la djinniya qui hantait les lieux et qui s’adressait aux visiteurs en vue de les égarer. Il la fit disparaitre de la surface de la Terre, qu’Allah soit loué ! Alî ibn Abî Tâlib se dirigea quant à lui, vers Manât pour la détruire et la réduire à néant. [Pour plus de détails, voir : zâd el ma’âd (4/413-415).] (Sheïkh el Fawzan).

[2] Les étoiles ; 62

[3] Le pèlerinage ; 52

[4] Sheïkh el Albânî a consacré  l’analyse technique de ce hadîth dans une épitre intitulée nasb el majânîq li nasf qissat el gharânîq. Il en ressort qu’à yeux, il est apocryphe.

[5] Cette histoire est rapportée par ibn ‘Abbâs avec une chaine narrative qui remonte au Prophète (r) sans interruption (mutassil) ; elle est rapportée également par certains tâbi’îns (successeurs des Compagnons ndt.) avec des chaines narratives qui remontent au Prophète sans passer par les Compagnons, et qui sont donc interrompues (mursal). Certains savants, à l’image d’ibn Kathîr, remettent en question son origine. Ce dernier explique que ses chaines narratives sont soit mursal (interrompue au niveau des Compagnons ndt.) soit munqati’ (interrompue au niveau de n’importe quel autre élément de la chaine ndt.) et suspectes aux yeux de certains grands spécialistes. Néanmoins, le Hâfizh ibn Hajar a une autre opinion dans fath el Bârî. Pour lui, rapporté par différentes voies qui se renforcent les unes les autres grâce à des hadîth-témoins, ce récit a une origine. (Sheïkh el Fawzan).

[6] Le pèlerinage ; 52

« sa lecture » : c’est-à-dire en arabe tamannî comme ici : [Une partie d’entre eux sont des vulgaires illettrés qui ne connaissent du livre que la lecture, et qui se livrent à de viles conjectures] [La vache ; 78] ; [amânî (la lecture ou des conjectures ndt.)] ils sont plus portée par la lettre que par l’esprit des saintes Écritures. Le poète utilise tamannî dans ce sens-là pour faire les éloges de ‘Uthmân (t) à travers les vers :

Il a lu (tamannâ) le Coran au début de la nuit

Et juste avant l’aube, il rencontra le destin

Il s’agit de la nuit de son assassinat (t) qu’il consacra à la prière et à la lecture du Coran. Juste avant l’aube, les kharijites firent irruption chez lui (t) pour le tuer.

Le passage qui nous intéresse de ces vers, c’est l’expression tamannâ qui signifie dans ce contexte précis lire le Coran. Tammanî a donc le sens de « lecture ». Le Prophète lisait donc le Coran.  [sans que Satan n’insuffle, dans sa lecture (umniya), son venin] : umniya, autrement dit dans sa lecture du Coran.

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