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22 février 2018 4 22 /02 /février /2018 11:54

 

L’infaillibilité des prophètes

(Partie 1)

 

Voir : majmû’ el fatâwâ (10/236-336).

 

[Il est le Dieu Absoluteur et Affectueux • Détenteur du Trône et Tout-Glorieux • Qui fait à sa guise tout ce qu’Il veut][1] ; [car Ton Seigneur ne lèse aucune de Ses créatures].[2]

 

Selon un hadîth divin rapporté de source sûre, Allah (I) proclame : « Moi, Je déclare la guerre à qui s’en prend à l’un de Mes élus. Rien n’a plus grâce à Mes Yeux que l’observance de Mes commandements. À partir de là, plus Mon serviteur s’adonne aux œuvres volontaires pour tendre vers Moi davantage plus il trouve grâce à Mes Yeux, et plus Je l’aime. Et quand Je l’aime, je suis son ouïe par laquelle il entend, sa vue par laquelle il voit, sa main par laquelle il prend, et son pied par lequel il marche. Partout, Je guide ses sens et ses membres. Ses vœux sont exaucés et ses peurs dissipées à la faveur de la protection qu’il Me sollicite. Rien ne me fait autant hésiter que de reprendre Son âme, car Il déteste la mort, et Moi, Je déteste le voir souffrir, sauf que la mort est inéluctable. » [3]

 

[Ceux qui n’invoquent rien ni personne en dehors d’Allah, qui, à moins d’un motif légitime, n’attentent pas à la vie sacrée par l’ordre d’Allah, et qui s’abstiennent de forniquer ; qui se rend coupables de ces crimes encoure la punition céleste • Un double châtiment l’attend dans l’autre monde où il sera frappé d’opprobre pour l’éternité • Mis à part ceux qui font acte de repentance pour embrasser la foi et la vertu ; en récompense, Allah transforme leurs fautes passées en bonnes actions, car Il est Absoluteur et Tout-Miséricordieux][4] ; [Allah ne prodigue Son Absolution qu’à ceux qui font le mal sous l’emprise de l’ignorance, mais qui s’en repentent suffisamment tôt ; à ceux-là Il accorde Son Pardon, car Il est un Dieu Sage et Omniscient].[5]

 

En exégèse à ce Verset, Abû el ‘Âliya explique : « J’ai questionné les Compagnons du Messager d’Allah (r) au sujet de ce Verset, et tous m’ont répondu que tout pécheur est ignorant, et insensé, et que : [suffisamment tôt] ; correspond à la mort qui est la date butoir du repentir. »[6]

 

Il existe un article de foi, frappé d’un consensus de la communauté, octroyant l’infaillibilité aux prophètes pour tout ce qui touche à la transmission du message et de la Révélation. Nous croyons d’une foi ferme à tous leurs enseignements : [Dites : Nous avons cru en Allah, aux lois qui nous furent révélées, à celles qui furent envoyées à Ibrâhîm, Ismâ’îl, Ishâq, Ya’qûb, et aux tributs d’Israël ; comme nous croyons à celles que reçurent Mûsâ et ‘Îsâ de la part de Leur Seigneur , ainsi que tous les autres prophètes sans opérer entre eux la moindre distinction, et c’est à Allah que nous sommes entièrement soumis • Et si les gens du Livre se plient à votre croyance, ils seront sur le bon chemin, et s’ils s’en détournent, c’est qu’ils seront éloignés davantage de la vérité, mais Allah te suffit contre leur rébellion, Lui le Dieu Entendant suprême et Omniscient][7] ; [mais la vertu est de croire en Allah, au Jour du jugement dernier, aux anges, aux Livres, et aux Prophètes][8] ; [Le Messager a cru au Livre qui lui fut révélé de la part de Son Seigneur, au même titre que les croyants : tous croient en Allah, à Ses anges, à Ses Livres, et à Ses messagers, sans n’opérer la moindre distinction entre ces derniers ; ils disent : nous entendons et obéissons ! Accorde-nous Ton pardon, Seigneur, car c’est vers Toi que ce fera Notre retour].[9] 

 

Par contre, le commun des mortels, y compris les plus vertueux d’entre eux qui ne sont pas à l’abri de l’erreur, ne jouissent pas de ce privilège. C’est pourquoi, l’outrage proféré contre la personne d’un prophète est passible de la peine de mort à l’unanimité des légistes ; alors qu’un individu ordinaire qui fait l’objet d’un affront n’est pas logé à la même enseigne. La sanction encourue par le coupable n’est pas aussi sévère.

 

Nous parlons ici de l’infaillibilité des prophètes dans les domaines qui touchent à la transmission du message, et sur lequel règne un consensus. En dehors de ceux-ci, les choses sont beaucoup plus aléatoires. Il est établit qu’en vertu de leur condition humaine, les prophètes ne sont pas à l’abri de l’erreur ou du faux pas, à condition que cela ne remette pas en cause la prophétie. Toutefois, les érudits ne se sont pas mis d’accord sur l’origine de la preuve qui établit ce point : est-elle d’ordre rationnelle ou textuelle ? Ils divergent également sur la gravité des fautes auxquelles ils sont sujets : relèvent-elles des péchés véniels ou capitaux ? Sont-ils immunisés contre une catégorie de péchés en particulier ? Aussi, ils n’ont pas une opinion homogène sur l’étendue de cette « immunisation » : sont-ils empêchés catégoriquement de commettre un péché, ou bien sont-ils empêchés d’être maintenus dans l’erreur sans que n’intervienne la Révélation pour rectifier le tir ? Peut-on dire carrément que cette fameuse infaillibilité est restreinte au domaine de la transmission du message ? Avant son avènement, est-il possible qu’un prophète soit coupable d’un péché ou même d’impiété ?

 

Nous avons développés tous ces points ailleurs, mais, en un mot, en accord avec les annales des anciens sur le sujet, la grande majorité des musulmans s’accordent à dire que, dans l’absolu, les hommes de Dieu ne sont pas maintenus dans la transgression sans que n’intervienne la Révélation pour les corriger. Les tenants de cette opinion réfutent ceux qui envisagent l’hypothèse du contraire, et qui ne voient pas d’inconvénient à ce que la Révélation ferme les yeux sur les infractions commises par ses ambassadeurs. À y regarder de près, les arguments des pro-infaillibilité de tout bord défendent cet avis à des degrés différents.

 

En aucun cas, les arguments de l’autre tendance n’étayent l’idée que les prophètes aient éventuellement à leur passif une tache que la Révélation n’aurait pas signalée. Les pro-infaillibilité, en effet, soulignent que nous devons légalement prendre les prophètes en exemple. Cela n’est possible que dans la mesure où ils sont les auteurs potentiels de défaillances qui sont propres à leur condition d’être humain. Ils sont nos exemples pour leurs actions que le Législateur a validées, non celles auxquelles ils ont renoncé une fois qu’elles furent frappées d’une interdiction. C’est exactement le même principe pour les lois abrogées que nous ne sommes plus tenus de suivre. Il est inadmissible de les considérer encore en vigueur, et, à fortiori, de les imposer à grande échelle.

 

Les pro-infaillibilité ultra partent également de la logique rationnelle que toute faiblesse détectée chez un prophète entame son statut d’homme parfait. Pour eux, plus une créature est comblée par Dieu moins elle est excusable de Lui désobéir, et moins elle aura envie de le faire. Nous leur concédons volontiers ce raisonnement, mais à condition qu’elle soit maintenue dans son mauvais choix ou qu’elle daigne y renoncer. Ce qui n’est pas le cas ici, en sachant que non seulement la rédemption validée par le Tout-Miséricordieux tire un trait sur le passé, mais elle élève le repenti à des degrés supérieurs dans la hiérarchie des élus.

Le Dâwûd (u) repenti s’éleva plus haut dans les sphères de la piété, nous apprend un ancien en substance. Un autre nous explique que si Allah n’appréciait pas au plus haut point la repentance, Il n’aurait jamais daigné que ses créatures préférées enfreignent Sa loi.

 

Selon Anas ibn Mâlik (t), le Messager d’Allah (r) a dit : « Allah est extrêmement heureux d’accueillir le repentir de son serviteur. Il l’est plus encore qu’un voyageur désespéré, au beau milieu du désert, après avoir perdu sa monture et ses provisions. Épuisé par une longue  recherche, sans trop y croire, il revient sur ses pas, à l’endroit où il l’a perdue. Là, il s’allonge à l’ombre d’un arbre dans l’attente de la mort. Exténué de soif, il s’endort, et à son réveil, il trouve son chameau à ses pieds. Il agrippe aussitôt sa lanière, et emporté par la joie, il s’écrit sans s’en rendre compte : « Ô Allah, Tu es Mon serviteur, et moi Ton seigneur ! » » Rapporté par el Bukhârî et Muslim.[10]

 

[1] Les constellations ; 14-16

[2] Les Versets détaillés ; 46

[3] Rapporté par el Bukharî (n° 6502), selon Abû Huraïra (t).

[4] Le discernement ; 70

[5] Les femmes ; 17

[sous l’emprise de l’ignorance] : autre traduction possible : [ouvertement] ; ou encore [de façon insensée].

[6] Rapporté par Tabarî dans son recueil d’exégèse.

[7] La vache ; 136-137

[8] Les fourmis ; 14

[9] La vache ; 285

[10] Rapporté par el Bukhârî (6309) en résumé, et Muslim (n° 2747) à qui revient l’énoncé.

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