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23 février 2018 5 23 /02 /février /2018 11:25

L’infaillibilité des prophètes

(Partie 2)

Il y a un prophète qui ne fut pas associé au repentir, étant donné qu’il n’eut rien à se reprocher. Il s’agit de Joseph le Véridique à qui le texte sacré tresse des lauriers : [Nous avions décidé de le préserver du mal, et de la turpitude, car il comptait parmi les élus que Nous avons couvés sous Notre protection].[1] Il fut donc épargné de commettre les mêmes inadvertances que ses pairs. Ce traitement de faveur n’est pas remis en question par le début du passage : [Elle fut complètement subjuguée par Yûsaf qui avait beau résisté, et qui aurait pu, lui aussi, succombé à sa beauté, s’il n’avait pas été secouru in-extremis par un signe que Son Seigneur brandissait sous ses yeux].[2]

 

Le « hamm » (que nous avons traduit ici par « succombé » ndt.) est un nom générique qui reflète le désir à divers degrés partant de la pensée furtive, comme le souligne l’Imâm Ahmed, à la décision ferme, voire, dans certains cas, à l’obsession.

 

Le Prophète (r) met en lumière ce phénomène dans un hadîth que s’accordent à rapporter el Bukhârî et Muslim : « La mauvaise pensée est sans effet sans la faire suivre par un acte, et elle vaut même une récompense à condition d’y renoncer pour plaire à Dieu. Cependant, en la mettant à exécution, elle est comptée pour un seul péché. »[3] Ainsi, la mauvaise pensée qui n’est pas suivi dans les actes est sans conséquence, dans le sens où elle ne vaut ni une récompense – dans la mesure où le Visage d’Allah n’est pas le moteur dans la décision d’y renoncer – ni un péché. Revenons à Yûsaf qui a refoulé l’émotion lui ayant traversé l’esprit en vue de plaire à Dieu, sinon il n’aurait reçu aucun secours. Ce fut sa fidélité sincère au Très-Haut qui le sauva de l’ignominie. S’il n’avait eu aucune envie, elle ne se serait pas interposée comme un rempart pour évacuer l’infamie. Le fils de Ya’qûb (u) mérita donc une récompense pour avoir été en lutte avec ses pulsions : [Sous l’emprise des impulsions du Démon, au souvenir de Leur Seigneur, les humbles serviteurs reviennent à la raison].[4]

 

Des annales apocryphes racontent que le frère de Benjamin, entre autre, ouvrit son pantalon pour s’installer entre ses cuisses ; et que juste au moment de commettre l’irréparable, il eut la vision de son père en train de se mordre les doigts, rongé par le dépit. Ces histoires, qui n’ont aucune origine scripturaire, s’inspirent de références juives célèbres pour leurs blasphèmes contre les hommes de Dieu sur lesquels, pour défendre leurs vils intérêts, ils n’hésitent pas à mentir. Toutes les sources musulmanes sur le sujet remontent à ces références fallacieuses qu’aucun texte prophétique ne recoupe.

 

Or, on pourrait penser qu’un passage de la sourate Yûsaf met à mal notre démonstration. Il s’agit du Verset : [Mais, à quoi bon vouloir blanchir une âme qui, par nature, est encline vers le mal, à moins qu’elle ne soit touchée par la grâce de Mon Seigneur].[5] Celui-ci ne reproduit pas les confessions de Joseph, mais de la femme du grand Intendant d’Égypte. Il suffit de remonter quelques lignes plus-haut pour dissiper les doutes qui persistent encore sur la chose. Alors, reprenons depuis le début : [Et au roi d’ordonner : qu’on m’amène cet homme ! L’émissaire se rendit à la prison où il trouva Joseph qui refusa de le suivre sans prendre ses précautions : retourne auprès de ton maitre et demande-lui d’interroger les femmes de la cour qui se sont coupées le doigt à la suite d’un complot que Mon Seigneur Omniscient connait en détail • Le roi s’adressa alors aux dames du palais : racontez-moi ce qu’il s’est passé avec Yûsaf le jour où vous avez tenté de le séduire : que Dieu nous garde, s’exclamèrent-elles ! Nous n’avons jamais rien remarqué d’inconvenant chez lui. Prise au dépourvu, l’épouse du grand intendant prit la parole : il est temps d’éclairer la vérité au grand jour. Le jeune homme est innocent, et c’est moi qui ai voulu user sur lui mes charmes • Si je tiens à faire mes aveux, c’est pour que mon mari sache que je n’ai jamais sali sa couche, et, de toute façon, Dieu déjoue toujours la trahison • Mais, à quoi bon vouloir blanchir une âme qui, par nature, est encline vers le mal, à moins qu’elle ne soit touchée par la grâce de Mon Seigneur qui, heureusement, est Absoluteur et Tout-Miséricordieux].[6]

 

Du début à la fin, les propos reviennent à la femme du grand Intendant. Joseph, qui était encore dans sa geôle, n’a pas assisté à la scène, et, à ce moment-là, il n’a pas encore rencontré l’homme qui tenait les rênes du Pouvoir ; et, donc, jusqu’à présent, il n’a pas eu l’occasion de se justifier devant lui ni de répondre à ses questions. Le grand intendant, qui manquait cruellement de jalousie, avait pris sa femme en flagrant délit en train d’attirer dans ses bras leur jeune valet qui lui résistait ; mais cette dernière le rassura : [c’est pour que mon mari sache que je n’ai jamais sali sa couche]. Elle fut bien obligée d’avouer qu’elle fut subjuguée par la beauté hors du commun de celui que leur maison abritait depuis sa tendre enfance, mais que jamais, toutefois, elle ne trahit son mari en son absence. Elle tenait à le préciser. Une fois la vérité rétablie, le souverain renvoya, pour la seconde fois, chercher Yûsaf : [Sur ces mots, le roi réitéra son ordre : ramenez-le moi ici que je lui réserve une place de choix au sein de mon cercle familier. Après avoir échangé avec lui, il confirma sa décision : à partir d’aujourd’hui, tu jouiras d’un rang digne dans la hiérarchie du royaume qui t’accordera toute sa confiance].[7]  

 

Les exégètes qui n’admettent pas ce bon déroulement des évènements font légion. Ils font intervenir Yûsaf au beau milieu de la conversation, et, souvent, ils n’envisagent aucun autre scénario qui est aussi infondé qu’inadmissible. Nous avons démontré ailleurs qu’aucun argument n’intercède en leur faveur.[8]  

 

[L’infaillibilité des prophètes avant la prophétie]

 

Cette démonstration détruit à la base l’allégation selon laquelle Allah ne choisirait pour la prophétie que des hommes n’ayant jamais eu aucun blâme sur la conscience. Les râfidhites, entre autres, défendent cette opinion. Une tendance similaire, tout aussi bancale, assume que tous les prophètes étaient soumis à Dieu avant leur avènement. Celle-ci part du principe que les péchés, ces marques de l’imperfection, ne siéent pas au statut de prophète. Cependant, elle oublie que le repentir sincère gomme cette imperfection pour faire accéder à un degré de plénitude. En occultant cette donnée, on arrive forcément à une conclusion grossière. Le repenti, en effet, ne fait l’objet d’aucun reproche ni d’aucune punition. Les effets de ses actes répréhensibles sont automatiquement effacés à partir du moment où il les répare à la suite d’un regret véritable. Le seul inconvénient serait de remettre sa décision de se réformer à plus tard. Là oui, il est condamnable, et il risque même de le payer. Plus il retarde l’échéance plus il s’expose à une sanction, mais à compter de l’instant où il prend la bonne résolution, son péché n’a plus d’effet.

 

Cet inconvénient n’a pas lieu d’être avec les Apôtres de Dieu puisqu’ils se repentent aussitôt de leurs erreurs. Celles-ci provoquent en eux un tel effroi qu’ils se précipitent aussitôt vers Leur Seigneur. Ils n’attendent jamais pour revenir vers Lui, comme ils n’oseraient jamais récidiver ni se complaire dans la faute. Leur infaillibilité se situe ici. Il arrive certes que l’un d’entre eux prenne du temps pour réaliser la gravité de son affront. Ce fut le cas de Yûnas (r) qu’Allah remit très vite à l’ordre avec l’épisode de la baleine qui lui servit d’expiation, bien qu’il y ait divergence sur sa chronologie. L’exemple de Jonas vaut uniquement selon l’hypothèse la plus notoire qui situe cet évènement après son avènement. Pour ceux qui le positionnent avant, il est sans intérêt pour notre présente réflexion.

 

En outre, il est éventuellement plus méritoire de faire amende honorable de ses péchés et de son impiété que de n’avoir rien à se reprocher du départ. Le cas échéant, et étant donné que le meilleur des hommes est désigné pour revêtir l’habit du berger messianique, le vertueux qui fait amende honorable sera préféré au vertueux sans tache. Les frères de Joseph, les pères des douze tribus d’Israël, reçurent la prophétie malgré les déboires qui les opposèrent à leur cadet. Lût, pour sa part, rallia la religion de son oncle : [Loth, qui crut en lui, exprima ouvertement la décision de fuir vers Son Seigneur].[9] Puis, ayant accédé à la prophétie, il eut la mission de diffuser la Parole de Dieu au peuple de Sodome.

 

Dans ce registre, le Coran nous relate l’histoire de Shu’aïb : [Les notables de son peuple que l’orgueil avait aveuglé, menacèrent à leur tour : Shu’aïb, nous vous chasserons de nos terres, tes prosélytes et toi, à moins que vous ne reveniez à nos coutumes ! Jamais, rétorqua-t-il, voudriez-vous vraiment nous y entrainer par la force ? • À nous plier à vos coutumes, nous ne ferions là que fomenter un mensonge à l’encontre de Notre Seigneur qui nous en a délivrées. Nous nous l’interdisons formellement, à moins que, dans Sa Science qui embrasse toute chose, Allah en décide autrement ; Lui à qui nous abandonnons entièrement notre confiance, alors : Seigneur, tranche entre notre peuple et nous pour que la vérité éclate au grand jour, Toi, le meilleur arbitre].[10] 

 

Cette menace était récurrente chez les ennemis de Dieu : [Les impies accueillirent le discours de leurs messagers par des menaces : nous vous chasserons de nos terres, à moins que vous ne reveniez à nos coutumes ! La révélation du Seigneur intervint alors pour lancer un décret : Nous allons anéantir les tyrans ! • Et Nous vous ferons régner à leur place, en récompense à la crainte que vous inspire le jour où vous comparaitrez devant Moi, et que vous inspirent Mes menaces].[11] 

 

Il faut garder à l’esprit que l’important est de bien finir, peu importe qu’on ait mal commencé. Et « bien finir » est un signe de la plénitude découlant de la demande de pardon qui est imposé à chacun depuis le début de l’Humanité jusqu’à la fin du monde : [Il en fut ainsi afin que la sentence d’Allah s’exécute contre les hommes et les femmes hypocrites et idolâtres, et que Son Pardon touche les croyants et les croyantes, car Il est Absoluteur et Tout-Miséricordieux].[12]

 

[1] Yûsaf ; 24

[2] Yûsaf ; 24

[3] Rapporté par Bukhârî (n° 7501), et Muslim (n° 128, 129, 130), selon Abû Huraïra (t).

[4] Les remparts ;  201

[5] Yûsaf ; 53

[6] Yûsaf ; 50-53

[7] Yûsaf ; 54

[8] Voir : majmû’ el fatâwâ (15/138-156).

[9] L’araignée ; 26

[10] Les remparts ; 88-89

[11] Ibrâhîm ; 13-14

[12] Les coalisés ; 73

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