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19 février 2018 1 19 /02 /février /2018 12:22

Le prophète Jonas

(Partie 1)

 

Voir : majmû’ el fatâwâ (10/236-336).

 

[Nul dieu n’est digne d’être adoré en dehors de Toi, gloire à Toi, je suis coupable d’injustice][1] 

 

« Voici l’invocation de mon frère Dhû e-Nûn : « Nul dieu n’est digne d’être adoré en dehors de Toi, gloire à Toi, je suis coupable d’injustice… » Allah soulage tout serviteur en détresse qui la formule. »[2]

D’après les deux recueils e-sahîh, l’Élu (r) met en garde : « Personne n’a le droit de dire qu’il est mieux que Jonas fils d’Amitthaï. »[3] Une version chez el Bukhârî précise : « Prétendre qu’on est mieux que Jonas fils d’Amitthaï est un mensonge. »[4]

 

Le Coran relate l’histoire de Jonas (u) qui avait quitté son peuple en colère : [Endure avec patience le décret de Ton Seigneur, et ne sois pas comme Jonas, qui, dans le ventre du poisson, emporté par un profond remord, appela au secours Son Seigneur][5] ; [Jonas fut également l’un de nos envoyés • Le jour où, dans sa fuite, il prit la mer sur un navire chargé à ras bord • En pleine tempête, il fut désigné par le sort pour être jeter par-dessus bord • Là, il fut avalé par un poisson énorme, et mérita bien son sort • Il fallut pour s’en sortir qu’il glorifie Son Seigneur • Sinon, son ventre lui aurait servi de tombeau jusqu’à la résurrection des corps • Il fut, finalement vomis, exténué, non loin du bord].[6]

 

Yûnas, qui s’était rendu coupable d’un acte répréhensible, eut la bonne idée d’entamer sa rédemption par les éloges à l’adresse du Tout-Puissant. Il concéda que nul dieu n’était digne d’être adoré en dehors de Lui, car Lui seul est absolument digne d’adoration au détriment des idoles. Il n’était pas à la remorque de ses passions pour évacuer ainsi tout parasite dans sa relation avec Son Créateur. Les passions, en effet, entament la pureté du culte. Les annales retracent le récit du fils d’Amitthaï (u) qui fut envoyé par Dieu aux habitants de Ninive. Ceux-ci refusèrent dans un premier temps son ministère. Il leur annonça alors qu’ils seront bientôt frappés par un dur châtiment du ciel, et que la promesse de Dieu était inéluctable. Finalement, ils se repentirent, et furent épargné du courroux qui planait sur leur cité. Le prophète hébreu se sentit quasiment vexé, et pour échapper à la raillerie populaire qu’il redoutait plus que jamais, dans un élan de colère, il fuit son pays.[7] 

 

Il paya son insouciance qui le mena dans la gueule d’un grand cétacé. Ce fut dans les entrailles du mammifère qu’il se remit réellement en question. Il convoqua toute son énergie pour célébrer le Dieu unique, et confirma, du plus profond de son âme, qu’il renonçait aux fausses divinités ; celles-ci doivent leur succès à la main mise sur l’individu des passions, d’un tyran, d’un gourou, etc. Il cria haut et fort que ces faux dieux n’avaient aucune emprise sur lui : [gloire à Toi, je suis coupable d’injustice].[8] Ce genre d’expressions exprime la déception à la suite d’une mauvaise impression (qui est liée au savoir) ou d’un projet mal maitrisé (qui est lié aux intentions).

 

Adam (u), quant à lui, procéda autrement. D’emblé, il reconnut sa faute : [nous nous sommes fait du tort à nous-mêmes].[9] Celui-ci n’était pas sous l’emprise d’une idole qui l’aurait mis en conflit avec les ordres de Dieu. Il ne fit que donner crédit aux allégations du Diable qu’il ne soupçonna à aucun moment de mentir tant ses propos semblaient sincères : [Croyez, je vous jure, que mes conseils sont pour vous une aubaine • Il les séduisit promptement par sa ruse].[10] Il leur avait tendu un piège qui les fit tomber dans la faute. Dès qu’ils ouvrirent les yeux, ils se plaignirent à Dieu de leur manque de vigilance : [nous nous sommes fait du tort à nous-mêmes].[11] À aucun moment, ils ne rivalisèrent avec Lui pour assouvir leurs passions ou un vil intérêt. Ils convoquèrent donc la Seigneurie divine à même d’ajuster leur savoir et leurs intentions afin qu’à l’avenir, ils soient mieux armés pour résister aux malices d’Iblis. Ils reconnurent leur faiblesse devant Leur Seigneur Créateur qui est le Seul capable de la compenser.

 

Dhû e-Nûn, pour sa part, admit qu’il manqua à ses devoirs envers la divinité en tournant le dos, énervé, à ses concitoyens dont il avait anticipé les moqueries. Sa réaction, qui interféra avec la mission qui lui fut conférée, réclamait réparation. Il se précipita donc à afficher son amour exclusif pour la divinité unique à travers l’attestation de foi qui efface les souillures du cœur menant au culte des passions « Les vils passions, nous dit un texte d’origine obscure, est, sous la voute céleste, l’idole la plus abominable qui soit aux Yeux d’Allah. »[12] L’homme au poisson (r) se rattrapa. Il arracha à la base la mauvaise graine des passions qui germe dans le cœur pour se transformer en idole et gangréner le vrai culte. Il coupa toute emprise d’une idole qui l’aurait mis en conflit avec les ordres de Dieu. Il s’orienta de toute son âme vers Celui qui ne partage Sa gloire avec rien ni personne. Il renonça à détourner son cœur vers des dieux étrangers pour appartenir sans réserve à l’Éternel Tout-Puissant. Il compta dans le cercle privilégié des élus et des plus grands esclaves d’Allah.

 

Par ailleurs, ce genre de réaction provient éventuellement de quelqu’un qui, inconsciemment, s’insurge contre les décrets et les commandements divins, le destin et la loi canonique. Car, il appréhende mal la sagesse qui se cache derrière les mystères de la création et qui met en lumière la Miséricorde céleste. Il est donc perturbé. Deux remèdes s’imposent à lui : renoncer aux mauvaises pensées et aux mauvaises pulsions. Il doit se convaincre que le destin et la loi émane de la Volonté du Tout-Puissant qui épanche sur la création Sagesse et Justice. Pour cela, il procède à une introspection et ravale son égo. Il soumet aux décrets divins ses passions qu’il dompte pour les empêcher de rivaliser avec le Créateur suprême : [Non, jure Ton Seigneur par Lui-même ! Ils ne prétendront jamais à la foi sans te soumettre leurs litiges, avec pour volonté d’accueillir ton jugement à cœur ouvert, en s’y pliant sans réserve ni le moindre ressentiment].[13]

 

[1] Les prophètes ; 87

[2] Rapporté par Tirmidhî (n° 3505), et Nasâî dans sunan el kubrâ (n° 10491, 10492), selon Sa’d ibn Abî Waqqâs (t), et authentifié par el Albânî dans silsilat el ahâdîth e-sahîha (n° 1744) et sahîh el jâmi’ (n° 2605).

[3] Rapporté par Bukhârî (n° 3416), et Muslim (n° 2376), selon Abû Huraïra (t).

[4] Rapporté par Bukhârî (n° 4604).

[5] La plume ; 48

[6] Les rangées d’anges ; 139-145

[7] Voir pour l’explication de cet épisode el bahr el muhît (6/333-335).

[8] Les prophètes ; 87

[9] Les remparts ; 23

[10] Les remparts ; 21-22

[11] Les remparts ; 23

[12] Hadîth forgé rapporté par Tabarânî dans el mu’jam kabîr (n° 7502), et ibn Abî ‘Âsim dans e-sunna (n° 3), selon Abû Umâma (t) ; voir l’analyse del Albânî dans la recension de ce dernier ouvrage zhilâl el janna (n° 3).

[13] Les femmes ; 65

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