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21 février 2018 3 21 /02 /février /2018 10:10

 

Nous avons donné un exemple des trois façons de s’adresser à Dieu : directement par une demande, ou indirectement en mettant en avant soit la situation du demandeur soit les qualités du Seigneur.

 

Il reste un point à soulever

 

Pourquoi Jonas, « l’homme au poisson », s’est-il contenté de décrire sa situation plutôt que d’implorer directement le Tout-Puissant de le sauver ?

 

En réponse : nous disons que la situation réclamait de confesser sa faute qui est à l’origine de ses déboires. Les péchés sont la cause de tous les malheurs. Il cherchait donc en première intention à se tirer d’affaire ; sa rédemption s’inscrit en second plan. Il en avait lourd sur la conscience, et n’osait crier au secours, alors qu’il s’était embourbé tout seul dans ce guêpier. Il devait dans un premier temps confesser son injustice dans l’espoir d’atténuer le courroux divin. Il n’est pas besoin, en pareil cas, de demander pardon, si ce n’est qu’en seconde intention, car il y avait urgence.

 

Par instinct, l’individu s’agrippe à tout ce qui est à même de le sauver, et émet dans son esprit un ordre de priorité : du plus urgent au moins urgent. En principe, l’expiation des péchés est un rempart contre des châtiments à venir, mais là, le mal était fait. L’appel au secours, qui s’impose instantanément à l’esprit, est le moyen le plus pressant et le plus efficace pour s’en sortir sain et sauf.

 

D’ailleurs, le fils d’Amitthaï exalta spontanément Son Seigneur : [gloire à toi].[1] Il laissait entendre que, dans Sa grandeur infinie, Allah – exalté soit-Il – n’était injuste envers personne, et qu’il ne châtiait jamais un innocent. Il méritait son sort. Allah dit bien : [Nous n’allions pas les léser, mais ils se firent du tort à eux-mêmes][2] ;  [Nous n’avons pas sévi injustement contre eux, mais ils furent eux-mêmes les partisans de leur ruine][3] ; [Nous n’avons pas sévi injustement contre eux, mais ils se firent du tort à eux-mêmes][4] ; nous avons vu plus haut que le Coran enregistre les aveux du père de l’Humanité et de sa tendre épouse : [Seigneur, pleurèrent-ils, nous nous sommes fait du tort à nous-mêmes, et sans Ton pardon et Ta miséricorde, nous serons perdus à jamais].[5] 

 

Dans un hadîth authentique que rapporte Muslim, l’ami d’Allah (r) imite ses pairs. Il s’agit de la formule d’introduction de la prière : « Ô Allah ! Tu es le Roi ; nul dieu n’est digne d’être adoré en dehors de Toi ! Tu es Mon Seigneur, et moi Ton serviteur, je me suis fait du tort à moi-même, et je reconnais mes fautes, alors fais-moi absolution de tous mes péchés que Tu es seul à pardonner ! »[6]

 

Le recueil d’el Bukhârî relate cette autre prière : « Voici la meilleure formule de repentir : Ô Allah ! Tu es Mon Seigneur ; nul dieu n’est digne d’être adoré en dehors de Toi ! Tu m’as créé, et moi Ton serviteur reste fidèle, autant que faire se peu, à la promesse et au pacte que je T’ai noués ; préserve-moi du mal perpétré par mes propres mains ! Je reconnais que tu m’as prodigués d’énormes bienfaits, et je reconnais mes fautes, alors pardonne-moi, car personne d’autre que Toi ne pardonne les péchés ! 

Tout fidèle qui, le matin, la récite avec conviction, entrerait au Paradis s’il venait à mourir ce jour-là, et tout fidèle qui, le soir, la récite avec conviction, entrerait au Paradis s’il venait à mourir cette nuit-là. »[7]

 

« nul dieu n’est digne d’être adoré en dehors de Toi ! » : cette attestation de foi (tahlîl), qui établit la divinité unique, suppose qu’Allah soit doté du Savoir, du Pouvoir, de la Miséricorde, et de la Sagesse absolus. Il étend Ses faveurs sur Ses créatures qui, en retour, lui rendent le culte exclusif, car Il détient les Attributs parfaits qui suscitent en eux l’amour suprême couplé à la soumission suprême, les deux piliers de l’adoration.

 

« gloire à Toi » : le fidèle encense le Seigneur et le sanctifie d’avoir des défauts comme l’injustice ; glorifier Dieu (tasbîh) revient à le purifier de toute imperfection. C’est ce que nous dit en substance une narration de Mûsâ ibn Abî Talha qui fait dire au Prophète (r) – sans passer par un Compagnon – : « Gloire à Allah purifie Dieu de toute lacune. »[8]  Décrire Dieu par ce qu’Il n’est pas n’est pas un éloge en soi, sauf si cette négation sous-entend une qualité. En l’occurrence, affirmer qu’Allah n’a pas de défaut insinue qu’Il est parfait et qu’Il détient les meilleurs Noms.

 

Le Coran reprend ce procédé qui insiste parfois sur ce que Dieu n’est pas afin d’établir le contraire. Par exemple : [Allah est tel que nul dieu n’est digne d’être adoré en dehors de Lui ; Lui, le Vivant et le Subsistant sur qui ni somnolence ni sommeil n’ont de prise].[9] S’Il n’est sujet ni à la somnolence ni au sommeil, c’est qu’Il est le Vivant et le Subsistant par excellence. Autre exemple : [Nous avons créé les cieux, la terre, et l’espace qui les sépare en six jours sans n’éprouver la moindre fatigue].[10] Allah n’est pas pris par la fatigue, car Il a le Pouvoir absolu.

 

Le tasbîh, qui a des connotations d’encensement, a donc pour fonction d’exalter Dieu de tout défaut.

 

« gloire à Toi » : purifie Dieu de l’injustice, car, dans Sa grandeur, il ne s’abaisse pas à des actes aussi infâmes qui sont le lot des créatures en proie à leurs besoins et à leur ignorance. Allah n’éprouve aucun besoin, car Il est le Riche par excellence, et Il n’est pas soumis à l’ignorance, Lui qui détient le Savoir absolu. Il est Autonome, alors que toute chose dépend de Lui, et c’est ce qui Lui vaut le statut de Grandissime !

                     

Par : Karim Zentici

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[1] Les prophètes ; 87

[2] Les abeilles ; 118

[3] Hûd ; 101

[4] Les ornements ; 76

[5] Les remparts ; 23

[6] Rapporté par Muslim (n° 771), dans sa longue version, selon ‘Alî ibn Abî Tâlib (t).

[7] Rapporté par Bukhârî (n° 6306), selon Shaddâd ibn Aws (t).

[8] Rapporté par Tabarânî dans e-du’â (n° 1753), avec une chaine narrative jugée faible par les spécialistes en raison du chainon manquant au niveau des Compagnons.

[9] La vache ; 255

[10] Qâf ; 50

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