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28 avril 2018 6 28 /04 /avril /2018 10:43

 

La canonisation du Coran à la lumière de la science moderne

(Partie 2)

L’approche historico-critique est bien entendu un dénominateur commun des orientalistes depuis les travaux de Ignaz Goldziher. Néanmoins, s'il est bien clair que l'histoire de Mahomet a été sacralisée à des fins de légitimation religieuse, dans un contexte marqué par la canonisation de la tradition islamique, on ne peut plus, pour autant, tomber dans les dérives ultra-critiques du courant « sceptique » représenté par Wansbrough et ses élèves (Gerald R. Hawting et Patricia Crone, entre autres). Certains d'entre eux, notamment Patricia Crone, sont revenus sur leurs thèses quant à l'historicité de Mahomet.

 

Rattrapée par les faits, Patricia Crone, en effet, est revenue en partie sur sa thèse notamment dans deux articles :

- Le premier a été publié en 2007  « Qurays and the Roman army: Making sense of the Meccan leather trade» dans le Bulletin of the School of Oriental and African Studies 70, n°1, 2007, pp 63-88 ;

- Le second en 2008 : What do we actually know about Mohammed?

En outre, même son maître John Wansbrough ne l'a pas suivi, pourtant chef de file de l'école de la critique radicale de l'Islam.

 

Depuis 2007, P.Crone admet l'existence d'un site préislamique, et, il est vrai qu’elle n’a plus vraiment le choix avec les découvertes archéologiques récentes, notamment les graffitis qui témoignent de l’existence des chemins de Pèlerinage à la Mecque.

 

Par ailleurs, la chercheuse Américaine Estelle Whalen a démontré de manière solide que les inscriptions du Dôme prennent le contre-pied aux conclusions de Patricia Crone et de Michel Cook. Whalen a publié une étude rappelant les sources oubliées par ces islamologues engagés (Oublis volontaire ?) : « Forgotten Witness : Evidence For The Early Codification Of The Qur'an » Ces inscriptions du Dôme du Rocher, finement analysées par Christel Kessle et Oleg Grabar, avaient été exécutées sur l’ordre du Calife Abdel Malik Ben Marwan…

 

Voir : http://lechemindroit.webs.com/Origine%20Aramo-Syriaque%20du%20Coran.pdf

http://www.academia.edu/17252221/R%C3%A9ponse_%C3%A0_la_th%C3%A8se_dEdouard-Marie_Gallez-MAJ_2018

 

L’origine du Coran

 

Le “Projet Amari”, lancé en Italie à la fin des années 90, était d’étudier l’ensemble des manuscrits coraniques en style Higazi, en rassembler les textes pour les comparer avec la version actuelle du texte coranique pour pointer les différences éventuelles. Il ressort de ce travail que :“(Le Coran du premier siècle ainsi reconstitué) contient 16 mots qui sont orthographiés différemment de la version officielle du Coran qui est celle du Roi Fouad d’Égypte de 1919….“

Voir : http://mizab.over-blog.com/2017/03/l-inerrance-coranique-partie-1.html

http://mizab.over-blog.com/2017/04/l-invention-de-la-mecque-partie-6/1.html

 

Un certain nombre d’érudits non-musulmans qui ont étudié la question de la compilation et de la préservation de la dernière Révélation ont conclu à son authenticité.  À  la fin de son ouvrage étoffé sur la compilation du Coran, John Burton affirme que le corpus coranique, tel que nous le connaissons aujourd’hui, est :

« … un texte qui nous est parvenu exactement sous la même forme que celle dans laquelle il a été arrangé et approuvé par le Prophète. (…)  Ce que nous tenons aujourd’hui dans nos mains, c’est le moushaf de Mohammed. »

 

John Burton, The Collection of the Quran, Cambridge: Cambridge University Press, 1977, p.239-40.

 

Kenneth Cragg décrit la transmission du Coran de l’époque de la révélation à nos jours comme « un texte qui a traversé les siècles en une succession ininterrompue de dévotion. »

Kenneth Cragg, The Mind of the Quran, London: George Allen & Unwin, 1973, p.26.

 

Schwally, quant à lui, affirme que :

« En ce qui concerne la révélation, nous pouvons être certains que la transmission de son texte a été faite en respectant avec exactitude la disposition qu’en avait faite le Prophète. »

Schwally, Geschichte des Qorans, Leipzig: Dieterich’sche Verlagsbuchhandlung,1909-38, Vol.2, p.120.

 

Voir : https://www.islamreligion.com/fr/articles/18/comment-le-coran-ete-preserve-partie-2-de-2/#_ftnref11691

 

Le Professeur François Déroche est considéré comme le premier spécialiste mondial des corans anciens, titulaire de la chaire de paléographie et de codicologie à l’université de La Sorbonne (Paris) sa conclusion personnelle est sans équivoque :

 

Il est certain que, par rapport au christianisme et à fortiori par rapport au judaïsme, le laps de temps qui s’est écoulé entre la révélation et la mise par écrit est effectivement extraordinairement court. J’écarte bien sûr la théorie de Wandsborough qui voit dans le Coran une série de logia prophétiques dont la mise par écrit remonterait au mieux à la fin du deuxième siècle et au plus probable dans le courant du troisième siècle (de l’hégire).

 

Au cours d’une interview qu’il accorda à Oumma.com, il admet sans ambages :

 

Pour moi, maintenant, les problèmes sont plutôt ceux du deuxième siècle que ceux du premier. Pour le premier siècle, nous avons maintenant déblayé un certain nombre de questions ; nous ne les avons pas résolues, mais nous avons proposé un certain nombre de théories qui sont contestables et qui seront sans doute contestées. Elles sont là justement pour offrir le point de départ d’une discussion. En revanche, par comparaison, le siècle suivant, qui est un siècle important pour l’histoire de l’islam, est un peu une “Terra Incognita” dans laquelle, pour l’instant, nous n’avons pas de point de repère.

 

Donc, pour le premier siècle (de l’Hégire), est-ce que pour vous, les choses correspondent à peu près à la tradition musulmane, ou quelles en sont les différences principales ?

 

Je ne peux pas aller aussi loin que la tradition musulmane. Pour moi, ce que je peux dire à l’heure actuelle c’est que nous avons des témoins anciens que l’on peut dater prudemment de la seconde moitié du premier siècle de l’hégire, fin du septième siècle de l’ère chrétienne. Des témoins anciens d’un texte coranique qui est grosso modo celui que nous avons maintenant existent bien. Je dis grosso modo, non pas tant pour le contenu mais pour l’orthographe, pour la division en versets, qui sont légèrement différents. Certaines des trouvailles de Sanaa montrent une organisation différente des sourates, dans une des rares publications que nous ayons. Mais ça montre bien, justement, que ce que nous savons par les textes a été une réalité : des sources signalent qu’il y a eu des classements concurrents des sourates, que le classement que nous connaissons maintenant l’a emporté mais qu’il n’était pas le seul au départ. Mais dans l’ensemble, je dirais que la silhouette du codex Higazi, pour l’appeler de manière un peu simpliste, même s’il a été copié à Foustat, à Damas ou a Couffa, a quand même pas mal pris tournure.

 

Voir : https://oumma.com/voyages-aux-sources-du-saint-coran-partie-4-et-fin

 

Le reste n’est que de la poudre aux yeux jetés dans la mare aux poissons noyés !

 

C’est cette préservation même que plusieurs considèrent comme preuve de la sainteté du Coran. Dr. Laura Vaglieri ajoute cet élément d’authenticité à sa liste d’évidences : «  Nous avons encore une autre évidence de l’origine divine du Coran dans le fait que son texte est demeuré pur et inaltéré à travers les siècles jusqu’à aujourd’hui… »[1]

 

Arthur J. Arberry, Professeur d’arabe à l’Université de Cambridge de 1947 à 1969, souligne pour sa part : «  À part certaines modifications orthographiques de la méthode d’écriture plutôt primitive originellement, visant à rendre facile et sans ambiguïté la tâche de la récitation, le Coran comme imprimé au vingtième siècle est identique à celui tel qu’autorisé par Othman plus de 1300 ans plus tôt. »[2]

Sir William Muir, Orientaliste du dix-neuvième siècle et auteur d’une biographie de Mohammed, écrit : « La recension d’Othman nous a été transmise inaltérée… Il n’y a probablement dans le monde aucune autre œuvre qui soit demeurée douze siècles avec un texte aussi pur. »[3]

 

Pour Adrien Brockett, La transmission du Coran après le décès de Mohammed était essentiellement statique, plutôt qu’organique. Il y avait un seul texte, et rien d’important, pas même une matière prétendument annulée, ne pouvait être omis et rien n’y pouvait être ajouté. Ceci s’applique même aux premiers califes… La transmission du Coran a toujours été orale, juste comme elle a toujours été écrite.[4]

 

Il y a de cela un siècle, F. F. Arbuthnot constatait que, d’un point de vue purement littéraire, le Coran est un spécimen de l’Arabe le plus épuré, avec son style mi vers mi prose. Les grammairiens auraient adapté plusieurs règles à certaines structures et expressions qui y sont employées. Par ailleurs, bien que plusieurs tentatives aient été entreprises pour produire une œuvre qui lui soit égale en termes d’éloquence rhétorique, nulle n’a encore réussi jusqu’à présent à relever un tel défi. Il est donc évident qu’un texte final et complet du Coran a été préparé au cours des vingt années suivant le décès (en 632 A.D.) de Mohammed, et que celui–ci est demeuré le même, sans aucun changement ni altération par les enthousiastes, les traducteurs, ou les interpolateurs, jusqu’au jour d’aujourd’hui. Il est regrettable qu’on ne puisse guère en dire autant d’aucun des livres des Ancien et Nouveau Testaments.[5]

 

Conclusion

 

Il est intéressant de conclure par un texte d’un chercheur chrétien qui pointe les compromissions opérées par les tenants des trois grandes religions pour tenir la dragée haute à la domination du matérialisme outrancier :

 

« Notons que dès que le système idéologico-religieux moderne est devenu dominant en Occident aux xixe et xxe siècles, on a rencontré dans toutes les grandes traditions religieuses (judaïsme, christianisme, islam, etc.) des figures influentes et des mouvements qui tentèrent de développer une fusion syncrétique des principes moraux monothéistes et du prestige de la cosmologie matérialiste. Cette fusion syncrétique a comme but d’éviter une capitulation totale devant la cosmologie matérialiste et permet de diminuer certaines tensions intellectuelles et sociales face à un système de pensée dominant et perçu comme irréfutable. Cette fusion se fait évidemment au prix d’une perte de cohérence du système monothéiste, mais, pour les intervenants, cela semble un moindre mal devant la possibilité d’un abandon total des bénéfices esthétiques et moraux de la religion traditionnelle. Cette stratégie permet aussi d’acquérir le prestige du système idéologico-religieux dominant. De ce fait, on peut rencontrer alors des théologiens, rabbins ou imams auxquels on peut affixer les étiquettes suivantes : modernes, tolérants, ouverts, libéraux, progressistes, etc. Dans chacune des grandes religions mondiales on peut noter des figures influentes ainsi que des écoles de pensée qui ont contribué ou contribuent à de telles fusions syncrétiques. »
Paul Gosselin, La Fuite de l'Absolu, Volume I.

                     

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

 

 

[1] Vaglieri, Dr. Laura Veccia. Traduit de l’Italien par Dr. Aldo Caselli, Haverford College, Pennsylvania. Publié originalement en Italien sous le titre de Apologia dell’ Islamismo (Rome, A. F. Formiggini, 1925). 1980. An Interpretation of Islam. Zurich: Islamic Foundation. pp. 41–42.

[2] Arberry, Arthur J. 1964. The Koran Interpreted. London: Oxford University Press. Introduction, p. ix.

[3] Muir, Sir William. 1923. The Life of Mohammad. Edinburgh: John Grant. Introduction, pp. xxii–xxiii.

[4] Rippin, Andrew (editor). 1988. Approaches to the History of the Interpretation of the Qur’an. Chapter: “Value of Hafs and Warsh Transmissions,” by Adrian Brockett. Oxford: Clarendon Press. pp. 44–45.

[5] Arbuthnot, F. F. 1885. The Construction of the Bible and the Korân. London: Watts & Co. pp. 5–6.

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commentaires

R
Merci beaucoup pour cet article très complet.
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