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13 avril 2018 5 13 /04 /avril /2018 12:50

 

Plusieurs éléments aident l’individu à endurer ce genre de malheur, notamment :

 

1- Il doit considérer qu’Allah (I) est le Créateur des actes, des mouvements et des non mouvements, et de la volonté de Ses créatures. Il suffit qu’Il veuille une chose pour qu’elle soit et qu’Il ne le veuille pas pour qu’elle ne se réalise pas. Le moindre atome qui évolue dans le monde céleste ou terrestre ne peut se déplacer sans Son Consentement et Sa Volonté. Les hommes ne sont que des instruments, il doit plutôt se tourner vers Celui qui les a utilisés contre lui, et faire abstraction du mal qui provient d’eux pour s’épargner ainsi les regrets et les peurs.

 

2- Il doit contempler ses péchés et se convaincre qu’Allah (I) a utilisé ses ennemis contre lui en punition à ses propres fautes, comme le révèle le Verset : [Tout malheur qui vous frappe n’est que le fruit de vos actes bien que, pour beaucoup d’entre eux, Il n’en tienne pas rigueur].[1] En se mettant à l’esprit que ses malheurs sont le fruit de ses péchés, sa seule préoccupation sera de demander pardon au Seigneur. Il va se repentir de ses péchés qui sont à l’origine de l’acharnement des autres contre lui, de leurs critiques, et de leur médisance.[2] Qui s’acharne à la parole contre ceux qui lui ont fait du mal sans se remettre en question s’enfonce davantage, contrairement au repenti qui tire partie de son malheur. ‘Ali ibn Abî Tâlib (t) est l’auteur de cette maxime remarquable : « Il ne faut espérer qu’en Allah et ne craindre que ses péchés. »[3] Selon une autre annale rapportée par un ancien, le malheur survient à cause des péchés, et il se dissipe grâce au repentir.[4]

 

3- Il doit envisager la récompense qu’Allah a réservé à celui qui pardonne à son prochain et qui prend son mal en patience comme l’exprime le Verset : (Sauf que la riposte doit être proportionnelle à l’offense subie, mais il vaut mieux pardonner et se réconcilier pour jouir du salaire de Son Seigneur qui n’aime pas les injustes).[5]

 

Il y trois façons de réparer les tords que l’on subit : soit en se faisant justice à outrance, soit en se faisant équitablement justice, ou soit en pardonnant et en renonçant à ses droits. Le Verset a énuméré ces trois catégories d’individus : il a d’abord cité les modérés, puis l’élite, et enfin les injustes. Le jour de la Résurrection, il sera hélé : « Que tous ceux à qui le salaire appartient à Allah se présentent ! » Seuls ceux qui font preuve d’indulgence et de réconciliation (ou qui réparent les préjudices ndt.) vont se présenter.[6] De plus, il devient plus facile de prendre son mal en patience, de fermer les yeux en vue de gagner son salaire que de se venger et de se faire justice soi-même pour en définitive laisser échapper la récompense prévue.

 

4- Il doit considérer qu’à travers le pardon, il gardera un cœur blanc envers ses frères, loin de cultiver en lui la haine, la vengeance, et l’esprit de rancune en souhaitant le mal à autrui. La clémence est beaucoup plus mielleuse et profitable à court et à long terme que le soulagement et les bénéfices procurés par la vengeance. Il sera ainsi concerné par le Verset : (Allah aime les bienfaiteurs),[7] et Il aura gagné l’amour du Seigneur. Il est comparable au créancier à qui l’on rend plusieurs dinars en remboursement à un seul dinar ; il exulte à l’idée de bénéficier des faveurs d’Allah.

 

5- Il doit savoir que la vengeance engendre un sentiment de bassesse qui émane des tréfonds de la conscience. En revanche, un sentiment de fierté remplit, grâce à Dieu, le cœur de celui qui accorde des excuses à ses « bourreaux » : « Allah rend fier celui qui pardonne. »[8], nous dit un hadîth.  Il est donc plus avantageux de gagner la fierté à travers le pardon que de la gagner à travers la vengeance. La vengeance certes offre une certaine fierté en apparence, mais laisse des traces non négligeables sur la conscience avec ce sentiment de bassesse qui hante inlassablement l’esprit. À l’inverse, la clémence, qui est un sentiment de bassesse au départ, procure à terme une fierté intérieure qui va se traduire dans les actes.

 

6- Cet élément est des plus bénéfiques ! Il doit considérer en effet que la rétribution est de même nature que les actes. Lui-même est injuste et fait des péchés ; en récompense à son pardon et à sa tolérance, Allah lui fera rémission de ses fautes, sans lui en tenir rigueur. Dans la mesure où il se convint de pardonner à celui qui lui a fait du tord, et qu’il fait preuve de bienfaisance à son égard, Allah va rétribuer son geste par une récompense de même nature ; Il va lui pardonner et sera Bienfaisant envers lui ; Il va l’aider à pardonner, comme Il va le soutenir dans sa patience. Cet avantage suffit amplement à toute personne douée de raison !

 

7- Il doit prendre en compte le temps énorme qu’il risque de perdre à vouloir se venger. L’envie de punir le coupable va confiner à l’obsession. Il va laisser échapper bon nombre de ses intérêts qu’il ne pourra jamais récupérer. Cet inconvénient peut devenir plus pénible que le préjudice subit en lui-même. Par contre, le pardon va l’aider à évacuer son esprit pour concentrer ses efforts sur ses intérêts propres ; ce qui en soi est plus utile que la vengeance.

 

8- Le Messager d’Allah (r) n’a jamais vengé sa personne. Pourtant, il est le meilleur des êtres et le plus honorable auprès du Seigneur ; lui causer du tord revient à causer du tord à Dieu, un crime sévèrement puni par la religion. Il est le plus noble, le plus pur, et le plus vertueux des hommes. Il jouit des plus hautes qualités, et il est le plus chaste de toutes les créatures. Malgré cela, il n’a jamais crié vengeance. Comment l’un d’entre nous peut-il se sentir blesser dans son amour propre, alors que chacun sait ce qu’il vaut réellement ! Chacun connaît ses propres défauts et ses points faibles. Celui qui se connaît vraiment sait pertinemment qu’il ne mérite pas de se faire justice lui-même ; sa personne lui est si insignifiante qu’il néglige de la défendre.

9- S’il subit un mal pour avoir fait la morale aux autres (ordonner le bien et interdire le mal), il doit absolument patienter. Dans ce cas précis, il ne lui est pas légitimé de se venger, car il a choisi de se sacrifier pour la cause d’Allah qui lui réserve sa récompense. La loi ne prévoit aucune réparation en faveur des guerriers qui ont sacrifié leurs biens et leur vie sur le sentier de Dieu qui en a fait l’achat. Le prix de cette transaction ne revient pas aux humains, mais au Créateur des cieux et de la terre qui se charge de dédommager quiconque se sacrifie pour lui.

Or, s’il subit un mal en raison d’un malheur, il ne doit s’en prendre qu’à lui-même. Cela a au moins le mérite de lui préoccuper l’esprit et de le dissuader de dire : pourquoi suis-je l’objet d’un tel préjudice ? Si des raisons matérielles sont à l’origine de son mal, il doit se faire une raison et le supporter. Un marchand doit endurer la canicule, la pluie, la neige, les difficultés du voyage, l’éventuel rencontre de brigands, sinon il vaut mieux ne pas se lancer dans le négoce. Il est notoire que tout investissement dans une quelconque entreprise n’est pas sans risque. Cela réclame, pour arriver à ses fins, une certaine persévérance qui sera proportionnelle à l’ambition de départ.

 

10- Il doit considérer que sa patience lui fera gagner le soutien d’Allah qui l’aimera davantage, et qui sera satisfait de lui. Le Seigneur va l’écarter des ennuis comme aucune créature n’est capable de le faire, conformément au Verset : (et soyez patients, car Allah accorde toujours Son soutien aux patients).[9]

 

11- Il doit considérer que la patience est la moitié de la foi, alors pourquoi sacrifier un élément de sa foi sous prétexte de se défendre ? À travers la patience, il préserve et protège en même temps sa foi lui faisant bénéficier de l’aide d’Allah, cet éternel soutien en faveur des croyants.

 

12- Il doit considérer que la patience lui permet de se dominer et d’avoir le dessus sur son âme. Ainsi dominée, celle-ci perd tout espoir de le dompter par les chaines des passions, et de le propulser dans les abîmes. À écouter son âme et à lui obéir, elle va le mener vers les périls sauf si une Miséricorde venant de Son Seigneur vient l’en délivrer. L’homme patient tire bénéfice d’assujettir son âme et son démon, et le jeu en vaut vraiment la chandelle. C’est l’occasion de montrer sa force intérieure, de raffermir ses armées, de se consolider, et de s’épanouir, en vue de repousser toute invasion.

 

13- Il doit savoir qu’Allah va indubitablement lui donner la victoire en récompense à sa patience. Allah se porte Garant de Son serviteur patient qui Lui remet le sort de ses ennemis iniques. Il n’a rien à gagner à se faire justice lui-même, car il sera livré à lui-même. Toute victoire acquise contre ses ennemis sera les fruits de ses seuls efforts, alors qu’Allah est le plus grand des vengeurs et des sauveurs ; est-Il comparable à ce vengeur faible et impuissant ?

 

14- La patience va pousser son adversaire à se remettre en question et lui demander des excuses. Sans compter que les autres se positionneront du côté de la victime pour prendre sa défense. Le Seigneur dit bien : (Rend le mal par le bien, et tu verras ton ennemi acharné se muer en véritable ami • Cette grandeur d’âme n’est donné qu’à ceux qui sont doté de patience, et qu’à ceux qui jouissent d’un haut rang).[10]

 

15- La vengeance va enclencher une réaction disproportionnée de son ennemi qui risque, comme c’est souvent le cas, de redoubler d’animosité, de se renforcer, et de tramer différents moyens pour lui causer du tord. La patience et le pardon le mettent à l’abri d’un tel préjudice. Il est plus sage de contenir un mal afin d’éviter des représailles aux conséquences peu louables. Souvent, la vendetta laisse des séquelles irréversibles dont on aurait pu largement se passer. Les dommages collatéraux (pertes humaines, matérielles, et la chute du pouvoir) qu’engendrent des réactions en chaine auraient pu être évités grâce à un simple pardon.

 

16- La vengeance devient très vite un réflexe si tant est que la patience est éliminée d’emblée dans ses options. Le danger est de passer de victime en attente du triomphe à oppresseur en attente de la punition. La colère fait perdre toute lucidité ; on en oubli ses principes et même ses bonnes intentions du départ. On cherche coûte que coûte à porter préjudice à son oppresseur peu importe qu’on aille au-delà de ce qu’il mérite. On ouvre ainsi la porte à tous les dérapages.

 

17- Le préjudice subit est un bon moyen d’effacer ses péchés ou de s’élever en rang dans la hiérarchie des vertueux, contrairement à la situation où l’on privilégie la vengeance au dépend de la patience.

 

18- Le pardon et la patience sont deux des armes les plus infaillibles face à son adversaire. Ceux-ci inspirent une certaine crainte de la part de l’ennemi qui, humilié dans son fort intérieur, appréhendera le regard des autres. Tant que la victime reste passive, elle jouit d’un atout auprès des autres qui ne resteront pas les bras croisés. À la moindre réaction agressive de sa part, tous ces avantages partent en fumée. Certains individus aiment qu’on leur réponde s’ils viennent à insulter ou faire du mal à quelqu’un. La réponse de leur adversaire les soulage et elle leur enlève un poids.

 

19- Le pardon donne l’impression à l’ennemi que l’on a pris le dessus et que l’on a gagné la bataille, d’où ce sentiment d’infériorité qui génère dans son esprit. Ce mérite et cet honneur suffisent en eux-mêmes pour inciter au pardon.

 

20- Le pardon et la clémence sont des œuvres pie qui vont susciter d’autres actions de même nature grâce au principe des réactions en chaine. La piété de la victime ne peut que s’améliorer dans ses conditions. Le bien récolte un autre bien en récompense, et le mal récolte un autre mal en punition. Le pardon est donc à l’origine du succès et du bonheur éternel, mais la vengeance fait perdre cet avantage.

 

Que les prières d’Allah et Son Salut soient sur Mohammed, ainsi que sur ses proches,

et tous ses Compagnons !

                           

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

[1] La concertation ; 30

[2] L’auteur a dit ailleurs : « L’individu ne doit pas s’en remettre à lui-même ni se préoccuper de la critique des autres. Il doit plutôt Implorer Allah de lui venir en aide dans l’exercice du culte… » Majmû’ el fatâwâ (14/227).

[3] Rapporté par Abû Na’îm dans el Hulia (1/75).

[4] Voir : Fath el Bârî (2/497).

[5] La concertation ; 40

[6] Plusieurs annales tournent autour de ce thème, mais elles sont toutes aussi faibles les unes que les autres.

[7] La famille de ‘Imrân ; 134

[8] Rapporté par Muslim (n° 2588).

[9] Le butin ; 46

[10] Les Versets détaillés ; 34-35

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