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7 juillet 2019 7 07 /07 /juillet /2019 10:59

Initiation à la science de la canonisation du Coran 3/3

 

Quand à la question : Pour quelles raisons l’écriture du codex final a-t-il suscité des divergences de lectures entre les grands spécialistes ?

 

Nous disons en réponse que les divergences en question proviennent de deux grands facteurs grâce auxquels le Législateur a fait preuve de souplesse en matière de lecture : la preuve scripturaire et la langue Arabe. Les avis personnels n’ont pas leur place dans cette équation, étant donné que les règles de la lecture obéissent à une tradition en vigueur. La règle de base sur laquelle tout le monde s’entend est l’obligation de se conformer à la vulgate officielle. Et, les différences de points diacritiques faisant passer de la lettre «  » à « tâ » entre dans la panoplie de lectures offerte par le codex ‘othmanien.

 

Pour mieux comprendre ce point, il faut savoir qu’à certains endroits, le «  » ou le « tâ » s’impose selon l’avis unanime, alors qu’ailleurs, le codex supporte les deux éventualités. Nous avons un parfait exemple avec le Verset : [wa mâ Allah bi ghâfilin ‘ammâ ya’malûn] [La vache ; 74]. Il y a deux passages où les deux lectures sont possibles, contre un seul passage qui n’admet qu’une seule lecture. Nous avons vu que deux possibilités de récitation sont comparables à deux Versets. Plus le nombre de lectures augmente plus, logiquement, le nombre de Versets augmente. Néanmoins, dans la mesure où l’écriture permet plusieurs possibilités de lectures, nous économisons le format du texte.

 

[La transmission du Coran par voie orale]

 

La transmission du Coran repose sur la mémorisation des poitrines, non sur les manuscrits disponibles, nous dit un hadîth authentique : « Mon Seigneur m’a ordonné, déclare l’Élu (r) : « Lève-toi, et avertis Quraïsh, ton peuple !

  • Seigneur, s’exclama-t-il, alors ils me fracasseront la tête !
  • Je vais t’éprouver, et éprouver les hommes par ton intermédiaire en te révélant un livre que l’eau ne peut effacer. Tu le liras à l’état de sommeil ou d’éveil, envoie tes armées, Je te fournirais le double en renfort, fais la guerre à ceux qui de désobéissent avec pour soldats ceux qui t’obéissent, et dépenses sur Mon sentier, et je t’enrichirais ! »[1]

 

Ce texte démontre clairement que le Prophète (r) lit le Coran dans n’importe quelle situation, et qu’il n’y a pas besoin pour le conserver de manuscrit que l’on pourrait effacer à l’eau, puisque ce rôle revient aux poitrines. Les Juifs et les chrétiens s’appuient sur leurs écritures pour transmettre leurs lois aux générations futures, et pour la lecture, car ils sont incapables de les réciter par cœur en entier, alors que les membres de la nation mohammadienne : « contiennent leurs évangiles dans leur poitrine. », nous relatent les annales. Une narration authentique relaté dans le recueil de Bukhârî nous enseigne que le Coran fut « regroupé » en entier dans les cœurs par plusieurs Compagnons du vivant du Bien-aimé (r). Nous comptons parmi eux les quatre « mémorisateurs » du clan médinois que sont : Ubaï ibn Ka’b, Mu’âdh ibn Jabal, Zaïd ibn Thâbit et Abû Zaïd,[2] mais aussi ‘Abd Allah ibn ‘Amr.[3]

 

Nous venons de démontrer que les « sept lectures » imputées à Nâfi’ et ‘Âsim ne correspondent pas aux « sept lettres », et cela à l’unanimité des anciens et des modernes. De la même façon que les « sept lectures » ne constituent pas une compilation d’une seule « lettre » à l’unanimité des savants de référence. Les autres lectures, qui sont véhiculées de façon certifiée par les grands lecteurs à l’instar d’el A’mash, Ya’qûb, Khalf, Abû Ja’far, Yazîd ibn el Qa’qâ’, Shaïba ibn Nassâh, etc. ont la même légitimité que les sept « canoniques » pour ceux qui, nous l’avons vu, constatent leur authenticité. Ce dernier point est également frappé d’un consensus des grands Imam au sein notamment des légistes et des lecteurs.

 

Il faut donc plutôt chercher la divergence du côté des modernes. Alors que la vulgate d’Othmân reçut l’aval d’un commun accord des Compagnons, de leurs fidèles successeurs, et des grandes références de la religion qui les ont suivis, les modernes se sont posés la question de savoir si les sept, voire les dix lectures ou autre incorporent les « sept lettres » dont parle la Révélation. Autrement dit, s’agit-il d’une seule « lettre » ou bien des sept à la fois ? Deux grandes tendances se partagent sur la question. Il y a d’un côté les grands Imams des premières générations et les savants en général, et d’un autre côté, nous avons une frange des lecteurs et des adeptes de la théologie spéculative. Dans tous les cas, tout le monde est d’accord pour dire qu’aucune contradiction de sens n’a été enregistrée entre les variantes issues des « sept lettres ». Ces variantes sont homogènes au même titre que les Versets du Coran, dans le sens où elles se confirment les unes les autres.

 

La pluralité des variantes supportées par le squelette consonantique du codex est mue par la volonté du Législateur d’offrir une panoplie de choix, sur la base, bien sûr, des textes scripturaires, non des impressions des uns et des autres. Et, selon l’opinion que ces variantes correspondent aux « sept lectures », cela ne pose aucun problème de compréhension, et à fortiori, s’il s’agit d’une seule « lettre ». Effectivement, le Législateur offre un panel suffisant de « sept lectures » adaptées aux besoins des adeptes de la religion naissante, malgré des différences matérielles sur le support écrit. Alors, à fortiori, cette opportunité est plus patente lorsque le support écrit est homogène et qu’il supporte des variantes consonantiques. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les premiers exemplaires du Coran ne comportaient pas de signes diacritiques ni de vocalisation afin de laisser le choix au lecteur. On n’y distinguait pas le «  » du «  », et les voyelles brèves n’étaient pas mentionnées en vu d’élargir les possibilités de récitation. Le « squelette » écrit proposait pour une même forme plusieurs variations phonétiques.

Ainsi, de la même manière qu’une même forme écrite renvoie à plusieurs opportunités phonétiques, un même vocable renvoie à deux significations différentes (de type complémentaire, non d’opposition, ndt.). Les Compagnons ont reçut leur instruction du Coran par l’intermédiaire du Prophète (r) chargé de leur transmettre son esprit et sa lettre. C’est ce que nous dit en substance Abû ‘Abd e-Rahmân e-Sulamî. D’ailleurs, ce dernier est celui qui rapporte le hadîth qui lui a été transmis par ‘Othmân (t) : « Le meilleur d’entre vous est celui qui s’instruit du Coran avant de l’enseigner. »[4] Lui-même a enseigné le Livre sacré durant quarante ans. Hé bien ce fameux Abû ‘Abd e-Rahmân e-Sulamî raconte : les maitres qui nous ont enseigné le Coran, à l’image d’Othmân et d’Abd Allah ibn Mas’ûd, nous ont appris qu’à leur époque, ils mémorisaient dix Versets qu’ils recevaient de l’enseignement direct du Prophète (r), et ils ne passaient pas aux dix Versets suivants avant de les avoir assimilés et mis en pratique. Ces derniers nous confièrent : « Nous avons à la fois appris le Coran et étudié ses enseignements que nous avons mis en pratique. »

 

Nous comprenons mieux désormais le hadith : « Le meilleur d’entre vous est celui qui s’instruit du Coran avant de l’enseigner. » Il fait allusion à l’instruction à la fois de la lettre et de l’esprit. Je dirais même que l’ambition qui se cache derrière l’instruction de la lettre est la compréhension du sens. Et c’est là que vient une montée de foi. Jundub ibn ‘Abd Allah tout comme, entre autre, ‘Abd Allah ibn ‘Omar nous font profiter de leur expérience : « Nous nous sommes instruit de la foi avant de nous instruire du Coran, et c’est à ce moment-là que nous avons connu une montée de foi. Alors que vous autres, vous vous instruisez du Coran avant de vous instruire de la foi. »

 

D’après Bukhârî et Muslim également, selon Hudhaïfa, le Messager d’Allah (r) nous a rapporté deux propos dont un auquel j’ai déjà assisté, et j’attends encore d’assister au second. Il nous a dit en effet : « La loyauté fut inspirée du ciel dans le cœur des hommes, tout comme le Coran leur fut révélé… »[5]  

Quoi qu’il en soit, il serait trop long ici de développer ce point. Retenons juste que le Prophète a assuré la transmission du Coran aux hommes par la lettre et par le sens. Après lui, ses Compagnons ont véhiculé aux générations futures la foi et les deux dimensions que recouvre le Livre sacré, la lettre et l’esprit qui relèvent ensemble de la Révélation insufflé à Mohammed (r), comme nous l’informe le Seigneur Tout-Puissant : [C’est ainsi que Nous t’avons révélé un Esprit émanant de Notre Ordre, alors que tu ne connaissais ni l’Écriture ni la foi, mais nous en avons fait une lumière par laquelle nous guidons sur le droit chemin les serviteurs de Notre choix ; et toi, tu conduis sans conteste sur une voie droite].[6]  

 

Pour conclure, il est autorisé de réciter lors et en dehors de la prière les diverses lectures qui sont supportés par le codex de base, et dont la transmission fut certifiée au même titre que les lectures canoniques. Le cas échéant, elles ne sont pas considéré comme « singulières », wa Allah a’lam !

 

Conclusion

 

Voir : El jawâb e-sahîh li man baddala din el Masîh (3/10-26).

 

Tous les enseignements de l’Islam qui font l’objet d’un consensus auprès de ses adeptes émanent du Prophète par le biais de chaines narratives communément transmis (mutawâtir) qui les érigent au rang d’éléments élémentaires de la religion, tels que les cinq piliers de l’Islam, la condamnation du polythéisme, de l’injustice, des jeux de hasard, de l’usure, du vin, de l’adultère, etc. Ces informations sont aussi solides que les termes du Coran d’où elles procèdent et qui ont également été véhiculés par l’intermédiaire de chaines narratives communément transmises. Les musulmans jouissent de trois sources scripturaires qui sont parvenus jusqu’à nous grâce à une succession de narrateurs dont il est impossible en temps normal qu’ils aient d’un commun accord menti délibérément. Ce sont : les termes du Coran, son sens pour les points sur lesquels règnent un consensus, et la tradition prophétique communément transmise.

 

Par ailleurs, les musulmans gardent  le Coran dans leurs poitrines avec une telle garantie qu’ils n’ont pas besoin d’exemplaires existants pour assurer sa conservation. C’est ce que nous promet le hadîth divin cité ci-dessus, et dont voici un extrait : « Je vais t’éprouver, et éprouver les hommes par ton intermédiaire en te révélant un livre que l’eau ne peut effacer. Tu le liras à l’état de sommeil ou d’éveil… »[7] Il nous dit en substance que l’eau peut effacer l’ancre des écrits, non les paroles mémorisées dans les cœurs, contrairement aux anciennes Écritures. Si les juifs et les chrétiens venaient à les perdre, ils ne pourraient plus les reconstituer grâce à un nombre de « mémorisateurs » suffisant afin de les valider. Une sommité juive ou chrétienne est tout à fait capable de falsifier des copies de l’AT et du NT sans que ses coreligionnaires les plus érudits ne s’en rendent compte. Ceux-ci seraient obligés de les confronter à leurs exemplaires existants. C’est d’ailleurs ce qui s’est produit dans les faits. Il est possible que des rabbins ou des prêtres mémorisent leur livre par cœur, sauf que leur nombre, trop limité, n’atteindra jamais le degré de « communément transmis ». On ne pourrait se fier à leur seule mémorisation aussi honnêtes soient-ils, en sachant que nous disons cela par condescendance si l’on sait que la transmission continue de la Bible par voie orale fut très tôt interrompue. C’est la raison pour laquelle, ils n’adoptent pas la science de la narration à leurs écrits, à la manière des musulmans qui ont développé cette discipline comme aucune autre civilisation ne l’avait jamais fait dans l’histoire de l’Humanité.

À l’inverse, il existe suffisamment de musulmans qui connaissent le Coran par cœur pour en assurer sa conservation. Il est impossible aujourd’hui d’y insérer le moindre changement. Il suffirait d’exposer ces manipulations à des madrassa pour enfants pour dévoiler leur supercherie, sans prendre la peine de se référer aux originaux. Il est matériellement impossible de falsifier le Coran grâce à ce double paramètre : sa conservation dans les poitrines et sa transmission communément admise. Cela ne veut pas dire qu’il n’existe pas des erreurs éventuelles introduites dans certaines copies, mais les lecteurs les détectent sans s’aider des exemplaires intacts. Cela veut dire en revanche qu’en supposant que tous les exemplaires du Coran soit éradiqués de la surface de la terre, ce serait sans conséquences sur sa conservation.

Ainsi, le Coran fut transmis par le sens et par la lettre. À partir du moment où certains éléments de l’esprit du Coran fassent consensus, leur conservation est aussi bien assuré que celle de la lettre. C’est la preuve que la falsification du Coran n’a eu lieu ni au niveau de l’esprit ni au niveau de la lettre.

 

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

[1] Hadîth rapporté par Muslim (n° 2865).

[2] Hadîth rapporté par Bukhârî (n° 5005) et Muslim (n° 2465).

Ailleurs, ibn Taïmiya note que plusieurs Compagnons connaissaient le Coran par cœur du vivant du Prophète, et que de toute façon, les uns avaient acquis ce que d’autres ignoraient, et que donc les uns compensaient ce qu’il n’y avait pas chez les autres ; sa compilation et sa conservation furent effective grâce à ces chaines narratives communément transmise.

Voir : El jawâb e-sahîh li man baddala din el Masîh (3/21).

[3] Hadîth rapporté par Ahmed (2/163).

[4] Rapporté par el Bukhârî (n° 5027).

[5] Hadîth rapporté par Bukhârî (n° 6497) et Muslim (n° 143).

[6] La concertation ; 52

[7] Hadîth rapporté par Muslim (n° 2865).

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commentaires

R
Merci beaucoup pour cet article très complet.
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