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12 septembre 2019 4 12 /09 /septembre /2019 12:43

Le tawassul ou l’intercession indirecte

 1/3

 

 Sheïkh Abû el Husaïn el Quddûrî d’obédience hanafite dans son encyclopédie du droit canonique ayant pour titre sharh el Karkhî, au chapitre des pratiques désapprouvées affirme : D’après Bishr ibn el Walîd, selon Abû Yûsaf, Abû Hanîfa – qu’Allah agrée son âme – a dit : « Allah est le seul être par lequel on appuie ses prières. Je désapprouve qu’on invoque le Seigneur par le biais des liens majestueux qui soutiennent le Trône ou par celui des créatures avec des expressions du genre : Ô Allah, je T’invoque au nom du droit qu’untel parmi les pieux, les messagers et les prophètes, concède auprès de Toi, au nom du rang élevé de la Kaaba ou des sites sacrés ! » Cette opinion fut entérinée par Abû Yûsaf qui précise malgré tout : « Le lien majestueux qui soutient le Trône n’est autre qu’Allah, donc, je ne vois aucun mal dans cette expression. »

El Quddûrî émet le commentaire suivant : « Il est donc interdit de réserver des prières par le biais de la création qui ne concède aucun droit sur le Créateur. »

 

Dans son livre ayant pour titre e-tahbîr fî ‘ilm e-tadhkîr qui porte sur l’exégèse des Noms divins,[1] Sheïkh Abû el Qâsim el Qushaïrî établit : « Le Dieu de la vérité (I) fait savoir dans le saint Coran qu’Il ne confère à la simple créature aucun nom illustre : [À Allah revient les plus beaux Noms].[2] En outre, il vaut mieux invoquer Dieu par Ses Noms que par les nôtres, sur lesquels, éphémères, nous ne pouvons reposer ; et cela, contrairement à l’Éternel qui nous a sorti du néant, et dont le soutien est beaucoup plus sûr. Donc, ne comparons pas l’incomparable.

« Qui connait réellement le Nom de Son Seigneur, oublie le sien ; qui, dans son cheminement, reste fidèle à Celui du Seigneur, se sentira familier avec lui avant même de rejoindre les jardins du Paradis, et cette puissante connaissance élève l’heureux élu dans les échelons aussi bien sur terre que dans l’autre monde. »

 

Voir : qâ’ida fî el wasîla d’ibn Taïmiya.

 

Les grandes références de la religion condamnent, à l’unanimité, à l’erreur et à l’égarement quiconque s’imagine qu’il vaut mieux consacrer une prière ou une invocation dans les mosquées érigées sur les tombes des prophètes et des vertueux que les édifices traditionnels qui rendent gloire à Dieu seul. Aux yeux de nombreux incultes, les mausolées ont pour vocation de rendre hommage à ces nobles personnages.

 

Il existe également un consensus, notamment des fondateurs éponymes des quatre écoles canoniques, qu’aucun endroit au monde n’est digne d’être embrassé ou touché, en dehors de la Pierre noire et du coin yéménite (pour ce qui est de le toucher ndt.). Il n’est pas fait exception aux tombeaux des apôtres de Dieu et des vertueux ni au Rocher du saint Temple de Jérusalem, pas plus qu’aux stations des hommes de la prophétie, à l’exemple de celle du Patriarche qui se trouve à La Mecque, etc.

 

Contrairement aux pratiques en vogue dans les rangs d’un grand nombre d’ignorants qui, à leur façon, rendent hommage à ces « symboles », à l’unanimité de la communauté, il n’existe aucun rite de ce genre que ce soit à caractère obligatoire ou simplement recommandé. Celui qui y voit un acte de piété n’est qu’un égaré hérétique marchant sur les pas des chrétiens.

 

Un autre consensus stipule que rien en regard de la Loi divine ne justifie d’invoquer un mort, voire un absent. Il n’est pas légiféré de lui soulever ses affaires, ses plaintes, de solliciter son aide contre un ennemi, d’accorder le triomphe de la religion, etc. à la manière des chrétiens qui façonnent les images de leurs saints en vue d’acquérir leur secours, de leur transmettre leurs requêtes, et de gagner leur intercession auprès de Dieu. À l’unanimité des musulmans, ces pratiques ne sont ni obligatoires ni recommandées, et quiconque croit le contraire n’est qu’un égaré hérétique.

 

En revanche, il est toléré de solliciter les prières et l’intercession du Prophète (r) de son vivant, et des pieux en général à condition qu’ils soient encore en vie, comme le voulait l’usage à l’époque des Compagnons. D’après el Bukhârî, en effet, dans son recueil e-sahîh, les années d’aridité, à l’occasion de la prière de la pluie, le Khalife ‘Omar consacrait la formule suivante : « Ô Allah, par le passé, nous sollicitions Ta Grâce par le biais des prières de Notre Prophète, et Tu nous exauçais en faisant venir la pluie ! Aujourd’hui, nous nous tournons vers son oncle afin que, par Ta Grâce, Tu nous délivres de cette calamité. »[3] Dès lors, la délivrance ne se faisait pas attendre.

 

D’après el Bukhârî et Muslim également, selon Anas ibn Malek (y), alors que la sécheresse faisait rage et que le Prophète (r) était monté sur sa chaire à l’occasion du sermon du vendredi, entré par la porte située en face de la chaire, un bédouin nomade qui s’était rapproché de l'estrade en bois, interrompit son discours : « Messager d’Allah, s’écria-t-il, nous sommes touchés par le désastre, entre nos biens qui sont ruinés, nos enfants affamés, nos bestiaux perdus, et les voies d’accès coupées et interrompues ! Alors, implore Dieu de nous donner la pluie et, par Sa Miséricorde, de nous délivrer de la sécheresse. » Aussitôt, l’Élu leva au ciel les mains si hautes que j'ai pu entrevoir ses aisselles, nota Anas, en suppliant : « Ô Allah, Délivre-nous ! Ô Allah, Délivre-nous ! Ô Allah, Délivre-nous ! » Tous les fidèles présents se mirent à lever les mains pour invoquer avec lui.

 

Par Allah, s’enthousiasma notre narrateur, ce jour-là il n’y avait pas le moindre nuage dans le ciel qui était limpide comme une vitre. Je me souviens qu’il n’y avait aucun habitat entre la Mosquée où nous étions et le monticule de Sal' situé non loin de là, et d’où se forma un nuage qui, bientôt devint aussi rond qu’un bouclier. Petit à petit, il envahit le ciel pour laisser tomber quelques gouttes. Je jure par Celui qui détient mon âme entre Ses Mains qu’il ne fallut pas longtemps avant qu’il ne pleuve des cordes de cette nuée aussi immense qu’une montagne ! À peine le Messager était-il descendu de sa chaire, que l'eau dégoulinait de sa barbe.

Certaines versions précisent qu’un vent se leva pour former d’énormes nuages d’où les eaux se déversèrent aussi abondamment qu’une outre. Une fois le sermon et la prière terminés, nous quittions les lieux avec grande peine pour rejoindre nos maisons sous une pluie battante. Les rues, devenues impraticables, s’étaient transformées en boue. L’eau coulait à flot dans les oueds, les rigoles, et les artères de la ville.

 

De lourdes trombes s’abattirent sur le sol tout le reste de la journée. Le lendemain et le surlendemain offrirent le même spectacle qui perdura jusqu’au prochain vendredi. Par Allah, le soleil resta caché toute la semaine !

 

À l’heure du sermon hebdomadaire, un bédouin, probablement le même, se leva, dans des circonstances identiques à la semaine précédente, et protesta : « Messager d’Allah, nous sommes touchés par le désastre, entre Les maisons qui sont détruites, les voies coupées, les bestiaux perdus, les voyageurs bloqués, et les biens inondés ! Alors, implore Allah de faire cesser la pluie. »

Plein de compassion, le meilleur des Hommes accueillit cette réclamation avec un large sourire. Puis, dans un élan d'humilité, il leva ses mains, et implora : « Ô Allah, envoie la pluie aux alentours, non sur nous ! Ô Allah, envoie-la sur les sommets des montagnes, les buttes, les plateaux, les gorges, les oueds, et la steppe ! » À peine fit-il signe en direction des nuages, qu'ils se dispersèrent, et s’entrouvrirent pour former un cercle en laissant un vide au milieu à la manière d’une fosse profonde. 

Dans une version, Anas précisa : J'ai vu les nuages se dissiper de part et d’autre, et se déchirer comme un vêtement pour constituer une espèce de couronne autour de Médine. La pluie se déversait désormais sur les alentours de la ville sans qu’aucun goûte ne vienne mouiller son sol. Nous sortîmes en plein soleil, émerveillés par ce miracle par lequel le Très-Haut honora son Prophète en réponse à ses invocations. Le courant alimenta l’oued de Qanat un mois durant. Chaque habitant de la région qui rendait visite à la Ville Sainte y allait de son témoignage vantant les vertus de ces précipitations abondantes.[4]

 

En outre, le Jour de la résurrection, sous la demande pressente des croyants l’Élu intercédera auprès de Son Seigneur afin de soulager la longue attente qui pèsera sur la place du rassemblement, et d’activer l’heure du grand jugement.[5] Il interviendra ensuite en faveur des grands pécheurs affiliés à sa nation, et implorera Allah de sauver de l’Enfer tout être qui décèlera dans son cœur la foi la plus infime, ne serait-ce que le poids d’une graine de blé.[6] De nombreux textes authentiques corroborent ce principe.

 

Après la mort de l’Élu (r), les Compagnons se tournèrent vers son oncle el ‘Abbâs pour obtenir de lui qu’il prie en faveur de ses concitoyens. Personne à Médine n’eut l’idée d’interpeller directement le neveu d’el ‘Abbâs une fois qu’il fut mis en tombe. Il était d’usage de solliciter son intercession tant qu’il était vivant. À compter du jour où il rejoignit l’autre monde, elle n’avait plus lieu d’être.

 

Damas, la nouvelle Capitale de l’Empire ne dérogea pas à cette usage sous l’ère de Mu’âwiya. Dans la volonté de mettre un terme au desséchement qui s’était abattu dans la région, le Khalife organisa un rassemblement des fidèles à l’extérieur de la ville. Là, il grimpa sur sa chaire qui lui fut installé pour la circonstance et demanda avec empressement : « Où est Yazîd ibn el Aswed el Jurashî ? » Quand le concerné se leva au milieu de la foule, le fils d’Abou Sofiane l’invita à se rapprocher. Après quelques enjambées entre les fidèles, il rejoignit le Commandeur des croyants qui le fit asseoir en bas de son estrade avant d’implorer : « Ô Allah, nous demandons solennellement au meilleur d'entre nous d'intercéder auprès de Toi, l'élite des vertueux, j’ai nommé Yazîd ibn el Aswed. Yazid ! Lève tes mains, et invoque Ton Seigneur. »

 

L’homme s’exécuta. La ferveur gagna la foule qui l’imita dans ses prières. Dès lors, un énorme nuage en forme de bouclier fut poussé en direction de la cité omeyade par un vent d’Ouest. Des cordes tombées du ciel se déversèrent sur la terre lézardée avec une telle abondance que les fidèles peinèrent à rejoindre leurs demeures.[7]

 

La chronique raconte également qu’un jour, Dhahhak ibn Qaïs présida la prière de la pluie devant une multitude dévorée par le remord et la contrition. Son regard se tourna vers Yazîd ibn el Aswed qu’il interpella : « Lève-toi, s’écria-t-il, toi, humble pleureur, chez qui le souvenir du Seigneur rend les yeux si fébriles ! » Ce dernier invoqua Dieu en réitérant sa formule à trois reprises. Le ciel se mit aussitôt à lâcher ses eaux en trombes, et les inondations recouvrirent bientôt une terre abimée par des mois de sécheresse.[8]

 

Les légistes établissent qu’il est recommandé de choisir, pour solliciter la pluie, un homme pieux et religieux, de la lignée hachémite de préférence, par respect envers l’usage du Calife Omar qui eut recours, pour l’occasion, à l’oncle du Prophète (r).

 

À suivre…

                     

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

[1] Celui-ci fut publié sous le nom de : sharh Asmâ Allah el husna.

[2] Les remparts : 180

[3] Rapporté par el Bukhârî (n° 964).

[4] Rapporté par el Bukhârî (n° 967), et Muslim (n° 897).

[5] Voir notamment Bukhârî (n° 3194), et Muslim (n° 2751).

[6] Voir notamment el Bukhârî (n° 6560), et Muslim (n° 184), selon Abû Sa’îd el Khudrî (t).

[7] Rapporté par ibn ‘Asâkir dans târîkh Dimashq (18/120).

[8] Idem.

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