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14 septembre 2019 6 14 /09 /septembre /2019 18:15

Le tawassul ou l’intercession indirecte

 3/3

 

[Les mesures préventives contre le paganisme]

 

Et ils ont raison. D’après el Bukhârî et Muslim, en effet, le Prophète (r) a dit : « Ne jurez que par Dieu. »[1] ; « Qui veut jurer, qu’il le fasse par Dieu ou qu’il se taise. »[2]

 

Nous trouvons également dans les recueils e-sunan : « Qui jure par un autre qu’Allah est coupable d’association. »[3] Ibn Mas’ûd et ibn ‘Abbâs sont les auteurs de cette maxime éloquente : « Je préfère mieux jurer par Dieu pour appuyer un mensonge que de jurer par un autre pour appuyer la vérité ! »[4] Il vaut mieux commettre un péché, aussi grand soit-il, tel que le mensonge que d’être coupable d’association. Cet adage va dans le sens de l’avis le plus vraisemblable des légistes selon lequel l’injonction prophétique défendant de jurer par un autre qu’Allah a valeur d’interdiction passible d’un péché. Autrement dit, le Prophète ne s’est pas contenté de déconseiller de le faire par scrupule religieux. La plupart des érudits sont d’accord avec cette idée, et les scribes relèvent les deux avis chez Ahmed et Shafi’î.

 

Ainsi, une interdiction qui atteint un tel niveau de gravité englobe sans distinction toutes les créatures, sans faire exception aux hommes de la Révélation. Il est improbable qu’on puisse les associer à Dieu d’une manière ou d’une autre : [Allah ne vous demande pas non plus d’ériger les anges et les prophètes au rang de seigneurs vénérés, car, pensez-vous qu’Il vous ramène à l’impiété une fois que vous ayez humblement goûté à la foi ?][5] ; [Dis-leur : invoquez ceux à qui vous adressez le culte en dehors d’Allah, ces faux dieux incapables de vous débarrasser du malheur ou de vous en écarter • Vous leur réservez des prières, alors qu’eux-mêmes rivalisent d’ardeurs par dévotion envers Leur Seigneur en quête de Sa Miséricorde, le plus loin possible de Son châtiment que vous feriez bien de redouter].[6]

 

En exégèse à ce dernier Verset, plus d’un ancien signale qu’Allah fit cette révélation en réfutation à un groupe d’individus qui invoquaient les anges et les prophètes. Alors que ceux-là même qui font l’objet de leur culte sont en quête du moyen les rapprochant le plus de Leur Seigneur le cœur vacillant entre la crainte et l’espoir. Une telle pratique est donc interdite.

 

Un jour, le Prophète (r) entendit de la bouche de quelqu’un : « S’il plait à Dieu, et s’il plait à toi !

  • M’aurais-tu érigé au rang d’égal à Dieu, rétorqua-t-il aussitôt ? Contentes-toi de dire : s’il plait à Dieu ! »[7]

Une autre fois, il fit la déclaration à ses Compagnons dont les propos l’importunaient à répétition : « Ne dites plus : qu’il plaise à Dieu, et qu’il plaise à Mohammed, mais dites désormais : qu’il plaise à Dieu, puis qu’il plaise à Mohammed ! »[8]

 

Il répugna avec intransigeance qu’on associe son nom à Dieu dans une simple phrase, alors à fortiori pour quelque chose de plus grave. Il n’allait surtout pas contrevenir à l’injonction coranique : [Vous les gens du Livre, venez et mettons-nous d’accord sur une juste parole qui est commune à tous ; à savoir de n’adorer qu’Allah seul sans rien Lui associer, et de ne pas nous prendre parmi les uns et les autres des seigneurs vénérés à la place d’Allah. Et s’ils s’y refusent, dites-leur : alors, soyez témoins que nous Lui sommes entièrement soumis].[9] 

 

Une autre fois, il réprimanda un bédouin qui avait prononcé à l’occasion d’un sermon en parlant d’Allah et de Son Messager : « Leur désobéissance voue au dévoiement.

  • Quel mauvais sermonneur fais-tu là, s’exaspéra-t-il, contente-toi de dire : la désobéissance à Allah et à Son Messager voue au dévoiement. »[10]

Pourtant, il aurait lui-même usé de l’expression : « Leur désobéissance… » Il ne voyait pas d’inconvénient dans l’absolu à ce qu’on associe son obéissance à celle d’Allah en tant que Messager et serviteur de ce dernier, mais il tenait simplement à lever l’amalgame qui pourrait en découler et qui viserait à l’assimiler à un rival du Tout-Puissant, ou à le mettre sur le même pied d’égalité, comme le laisse entendre l’expression : « qu’il plaise à Dieu, et qu’il plaise à Mohammed »

 

Par ailleurs, un hadîth dévoile qu’il empêcha à Mu’âdh de se prosterner à ses pieds : « Le ferais-tu devant ma tombe qui se trouverait sur ton chemin, justifia-t-il ?

  • Non.
  • Alors, ne le fais pas devant moi, car seul Allah est digne que l’on se prosterne devant Lui. »[11]

 

Un autre texte authentique nous apprend qu’il condamna un cérémonial en vogue chez les romains, le jour où, affaibli par la maladie, il fut amené à présider la prière assis alors que les fidèles se tenaient debout derrière lui : « Ne m’honorez pas à outrance à la manière des étrangers qui obéissent à leur civilité. »[12] Alors que cette position intégrait la prière rituelle, ils n’avaient pas le droit de rester debout juste pour éviter d’imiter les impies. 

 

Dans ce registre, nous avons sa supplication : « Ô Allah, que ma tombe ne serve jamais de mausolée sur lequel le culte est rendu. »[13] D’après el Bukhârî et Muslim, un autre hadîth nous enseigne : « Allah maudit les Juifs et les chrétiens qui érigèrent des lieux de culte sur les sépulcres de leurs prophètes. »[14] En commentaire à cette narration, ‘Âisha explique : « Pour éviter cela, on prit soin de ne pas surélever sa tombe de crainte qu’elle ne devienne un lieu de culte. »

 

L’Élu préconise également : « Ne faites pas de ma demeure un lieu de cérémonie, mais, consacrez-moi plutôt des prières qui me parviennent d’où que vous soyez. »[15]

Mais encore : « Ne m’encensez pas à outrance à la manière des chrétiens envers Jésus fils de Marie. Je ne suis qu’un serviteur, alors considérez-moi comme tel, soit comme le serviteur et le Messager d’Allah. »[16]

 

Cet échantillon de textes, que nous avons sélectionnés au milieu de tant d’autres, met en lumière la ferme volonté du Prophète d’éradiquer le paganisme, et tout encensement excessif dont il ferait éventuellement l’objet, à travers des mesures de prévention telles que l’interdiction de transformer sa tombe en mosquée. Cette campagne de sensibilisation vise également à corriger le langage de ses Compagnons qui n’ont désormais plus le droit d’associer sa volonté à celle de Dieu. La décision de l’enterrer à l’intérieur de sa maison, et d’aplanir sa tombe nait de cette précaution. Il devient clair que jurer au nom d’une créature relève de l’association condamnable, et Mohammed ne fait pas exception à la règle. La grande majorité des savants prohibent une telle pratique, et, par rapport à cela, invalident les serments et ses effets (l’expiation).

 

Consacrer des prières au Prophète au moment d’immoler une bête

 

Les savants ne sont pas unanimes sur la légitimité de consacrer des prières au Prophète à l’occasion de l’immolation. Mâlik, Ahmed, et autre, le désapprouvent pour éviter d’associer un autre nom à celui d’Allah lors de ce rite, et, de ce fait, de vouer son offrande, ne serait-ce que dans la forme, à un être créé. Shâfi’î, pour sa part, mais aussi Ishâq ibn Shâqilâ de l’école hanbalite n’y voient pas d’inconvénient étant donné que les prières consacrées au Prophète sont un acte de foi. Celles-ci se distinguent ainsi du serment noué en son nom qui ne relève pas de ce domaine. Par ailleurs, le sermon noué au nom de n’importe quelle autre créature est assimilé à de l’association qui, sous une forme ou sous une autre, est sévèrement interdite en Islam.

 

Il est inadmissible de partager avec un simple mortel qui qu’il soit les actes de culte décernés, en principe, exclusivement à l’Éternel, à l’exemple des rituels, des vœux, des aumônes, de la confiance, de la peur, de la crainte révérencielle, de la dévotion, des espoirs, des attentes, du secours, etc. Ainsi, tout serment noué au nom du Prophète est nul et non avenu, au même titre que ses effets, en raison de son caractère prohibé. Or, il est plus grave de jurer en son nom, ou au nom de n’importe qui d’autre, en vue de gagner les faveurs du Très-Haut, et, à fortiori, de procéder au tawassul en s’appuyant sur la personne des anges, des prophètes, des vertueux, etc.

 

En outre, Mohammed (r) constitue le plus grand moyen dans l’absolu d’accéder aux Grâces divines. Il suffit de croire à sa prophétie qui s’élève au premier rang des moyens d’intercession à même de gagner ces fameuses Grâces. Il s’agit de croire aux informations émanant de la Révélation qu’il a reçue du ciel, de se soumettre à ses Lois, d’aimer ses élus, d’haïr ses ennemis, d’adhérer à ses Commandements, de bannir Ses interdits, d’éprouver à son égard amour et contentement avec plus de zèle qu’envers sa propre famille et sa richesse. Elle est là la véritable médiation qui nous fut dictée par Dieu à travers Sa Parole : [Vous qui avez embrassé la foi, craignez Dieu, en déployant tous les moyens d’accéder à Son Contentement, investissez-vous dans Son sentier, et vous gagnerez la félicité].[17] 

 

Les « moyens » en  question représentent un intermédiaire, une intercession indirecte en vue d’atteindre un but, le contentement d’Allah. Ils se matérialisent par un acte de foi à l’adresse du Messager en croyant en ses informations, et en obéissant à ses commandements. C’est le seul moyen légal à même de solliciter l’attention d’Allah. En même temps, il n’est pas interdit de bénéficier des invocations éventuelles de l’Élu et de son intercession. C’est le seul cas de figure où le tawassul faisant intervenir le Prophète est admissible.

 

L’intercession prophétique n’a aucun effet sans concrétiser l’un des deux éléments cité ci-dessus : la fidélité à ses enseignements ou ses invocations effectives. Il y a donc une action venant soit de l’intéressé soit du Prophète. En dehors de cela, la personne du Prophète n’est d’aucune utilité pour l’individu, malgré le statut incommensurable dont il jouit auprès du Seigneur de l’Univers. Il est tout simplement, par la Grâce d’Allah, la meilleure créature n’ayant jamais existé. Il n’y a d’autre façon de tirer profit de cette faveur accordée par le Tout-Puissant que de croire en lui ou de profiter de ses prières.

 

Rien ne sert donc de l’invoquer directement ou de jurer par son nom. Déjà, l’invocation s’érige aux premiers rangs des œuvres pies.[18] De plus, il n’existe aucun texte prophétique prescrivant l’autorisation de jurer par un prophète ou un vertueux en vue d’obtenir les Faveurs d’Allah. Qui prétend le contraire en accordant un caractère obligatoire ou recommandé à une telle pratique, ne s’appuie malheureusement sur aucune preuve textuelle. Ses conjectures n’ont aucune autorité en regard de la Loi divine.

 

Dans ses conditions, l’auteur d’une telle pratique se trompe forcément. Il est possible d’accorder des circonstances atténuantes à son erreur, à condition qu’elle soit mue par un effort d’interprétation (ijtihad) ou un suivisme légal (taqlîd) qui le dédouane de toute responsabilité devant Dieu.

                           

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

 

[1] Rapporté sous cet énoncé par Abû Dâwûd (n° 3248) ; voici l’énoncé d’el Bukhârî (n° 3624), et Muslim (n° 1646) : « Qui veut jurer, qu’il le fasse par Dieu. »

[2] Rapporté par el Bukhârî (n° 2533), et Muslim (n° 1646).

[3] Rapporté par Abû Dâwûd (n° 3251), et Tirmidhî (n° 1535).

[4] Rapporté par ‘Abd e-Razzâq dans el musannif (n° 15929), selon ibn Mas’ûd.

[5] La famille d’Imrân ; 80

[6] L’ascension nocturne ; 56-57

[7] Rapporté par Ahmed dans el musnad (1/213, 224, 283, et 347).

[8] Rapporté par Ahmed dans el musnad (5/393).

[9] La famille d’Imrân ; 64

[10] Rapporté par Muslim (n° 870).

[11] Rapporté par Abû Dâwûd (n° 2140).

[12] Rapporté par Abû Dâwûd avec des termes voisins (n° 602, 5230), mais aussi Ahmed dans el musnad (2/253-256).

[13] Rapporté par Ahmed dans el musnad (2/246).

[14] Rapporté par el Bukhârî (n° 1330), et Muslim (n° 529), selon ‘Âisha.

[15] Rapporté par Abû Dâwûd (n° 2041) avec « ma tombe » au lieu de « ma demeure » qui est une autre version rapportée par Tabarânî dans el awsat (n° 8026).

[16] Rapporté par el Bukhârî (n° 3261).

[17] Le repas céleste ; 35

[18] Selon un hadîth controversé, le Prophète (r) aurait dit : « L’invocation est l’essence de l’adoration. » Selon une autre version qui elle est authentique : « L’adoration se résume dans l’invocation. »

[Rapporté par Abû Dâwûd (n° 1479), e-Tirmidhî (2969), ibn Mâja (n° 3828), selon e-Nu’mân ibn Bashîr (t) ; après l’avoir cité, e-Tirmidhî a fait le commentaire suivant : « Ce hadîth est bon et authentique. »]

Les termes du’â et da’wa (prière, invocation) renvoient dans le Coran à deux situations : l’invocation indirecte qui se traduit par les actes d’adoration (du’â el ‘ibâda), et l’invocation directe qui consiste à demander directement à Dieu (du’â el mas-ala).

Voir : majmû’ el fatâwâ (10/236-336).

 

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commentaires

R
thanks for all information you share
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A
Salam<br /> <br /> J'aimerais savoir si c'est vous qui traduissez les versets du Coran dans vos articles. Si tel est le cas, est-ce que vous accepteriez de traduire le Coran en entier ? Ce serait là un grand service rendu a la communauté, sachant qu'Allah vous a favorisé en vous accordant la guidée ainsi qu'un vocabulaire riche et précis. Et ca serait benefique pour vous en terme de hasanat récoltées apres votre mort.<br /> <br /> Vous pouvez par exemple traduire une page par semaine. Cela vous prendra environ 12 ans a ce rythme, ou alors une page toutes les 2 semaine, ce qui nous fait 24 ans. Ou alors une ligne du Coran par jour, pendant que vous marchez en allant a la mosquée.<br /> <br /> Pensez-y, s'il vous plait. C'est tres important, car la seule traduction qui existe est tres perfectible.
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