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10 mai 2020 7 10 /05 /mai /2020 02:53

LE SACRIFICE DU FILS D’IBRAHIM (AS) 1/4

(Article de Nordine Bennecer)

Ismaïl ou Ishaq (AS)

La question du sacrifice du fils d’Ibrahim (AS) a suscité des interrogations chez de nombreux auteurs musulmans. En effet, il s’agissait de connaître avec exactitude le nom de l’enfant sacrifié et des convertis à l’Islam, qu’ils soient d’origine juive ou chrétienne ont pour certains, eu tendance à tirer « la couverture de leur côté » et ont privilégié Ishaq (AS) car correspondant à ce que leur disait la bible.

La principale méthode utilisée en Islam pour démontrer qu’il s’agissait de l’un ou de l’autre enfant, consistait et consiste toujours à faire des recoupements de versets et/ou de hadiths.

Actuellement, l’étude philologique, grammaticale et linguistique permet de solutionner ce problème. Mais pourquoi parler de problème ?

Avant toute chose, chez les musulmans, ce n’en est pas un car quel que soit le nom de l’enfant, ce sont le sacrifice, la soumission et le dévouement à l’injonction divine d’Ibrahim (AS) qui priment. Il importe peu qu’il s’agisse d’Ismaïl ou d’Ishaq (AS) car les deux sont bénis et fils d’Ibrahim (AS).

En revanche, chez les juifs et les chrétiens, la donne est différente ; ils affirment qu’il s’agit d’Ishaq (AS) et non pas d’Ismaïl (AS). Cela est liée à l’idée de leur filiation à Ishaq (AS) en qui doit se réaliser la promesse divine de bénir toutes les familles de la terre dans la descendance d’Ibrahim (AS). 

Nous savons que les prophètes des fils d’Israël ne sont venus que pour leur propre peuple et non pas pour l’humanité entière. Même Jésus (AS) a affirmé qu’il n’était « envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël » (Matthieu 15 24)). La mission universelle de ce dernier est aussi affirmée dans la finale de Marc dont on sait qu’elle est un ajout tardif et qui, selon Bart Ehrman comporte en plus une faute d’orthographe.

 

En outre, l’étude des structures grammaticales des versets de la bible démontrent des ajouts d’auteurs occidentaux dans l’expression des évènements rapportés, sans compter les nombreux anachronismes du type camélidés présents au temps d’Ibrahim et des générations suivantes (AS).

En revanche, dans le Coran, l’approche grammaticale couplée au recoupement de versets permettent d’apporter la solution et de démontrer avec une entière certitude qu’Ismaïl (AS) fût l’enfant proposé au sacrifice.

 

L’absence du nom d’Ismaïl (AS)

La principale critique du texte coranique selon ses détracteurs est l’absence supposée du nom d’Ismaïl (AS). Ce constat illustre la légèreté de leurs auteurs car en littérature, nous savons que l’absence d’un élément ne signifie son absence. En l’espèce, il s’agit d’un procédé rhétorique permettant d’aborder le sujet de manière différente, de donner un éclat particulier et de l’intelligence au texte. En effet, parmi les arts de l’esprit, la maîtrise savante de la poésie, de l’expression littéraire et de l’emploi de figures de styles, dénotent indéniablement un marqueur de supériorité linguistique. Tout chercheur doit nécessairement en maîtriser les codes pour appréhender correctement les textes étudiés.

Pour illustrer le propos, prenons la phrase suivante :

« Ibrahim (AS) a vu ses enfants jouer ». Elle ne contient pas le nom des enfants ; s’agit-il d’Ismaïl et d’Ishaq (AS) ? Celui qui ne connaît pas les règles grammaticales dira que ce ne sont pas ces derniers car leurs noms ne figurent pas.

La grammaire nous commande de lire la phrase et de relever l’emploi du pronom possessif (ses) pour les enfants, ce qui signifie qu’il s’agit des enfants d’Ibrahim (AS) et que le possessif nous renseigne sur l’identité des enfants.

C’est le cas dans le Coran car la première idée qui vient à tout chercheur sincère et dévoué lorsqu’il dit qu’il manque une chose dans un récit est qu’il doit y avoir une « alarme » interne, un signal qui retentit au mot manque ; il doit penser au mot élleipsis, mot grec qui signifie « manque » et qui a donné le mot ellipse.

L’ellipse est une figure de style qui consiste en l’omission volontaire d’un ou de plusieurs éléments nécessaires à la compréhension d’un texte. Cela permet de réduire le texte, de ne pas l’alourdir avec les répétitions et de faire appel à l’intelligence du lecteur par le biais de « clés » linguistiques pour reconstituer le récit dans toute sa pertinence.

C’est ce que nous relevons dans le récit coranique :  une ellipse coranique. Sa particularité est la possibilité d’une reconstitution de l’intégralité du discours initial à partir des conjonctions de coordination « fa » et « wa », du rôle et de la fonction des mots halim et âlim et du recours au pluriel duel qui permet d’économiser le nombre de mots employés. C’est une structure elliptique qui couvre l’intégralité du récit. Le procédé elliptique consiste à réduire le temps pour raconter un récit (on parle d’ellipse temporelle), mais aussi à utiliser des mots « valises » pour réduire le texte tout en maintenant les occurrences des mots (on parle d’ellipse narrative et c’est ce dont il est question ici).  C’est là une autre preuve du génie littéraire du Coran qui propose une structure elliptique contenant différents procédés de réduction et/ou d’économie de mots qui concerne l’ensemble du récit du sacrifice. Sinon, en nommant l’enfant sacrifié, nous aurions une répétition lourde et maladroite et c’est un des buts de l’ellipse narrative.

 

De qui le « FA » est-il le nom ?

Cette question nous renvoie à l’analyse grammaticale du texte coranique, notamment la sourate « As-Saffat » qui retrace une partie de cette histoire.

Celle-ci débute par l’invocation d’Ibrahim (AS) au verset 100 dans lequel il invoque Allah pour avoir une descendance et il dit « Mon Dieu, fais-moi don d’une progéniture qui soit parmi les pieux ».

A noter que d’autres traductions et interprétations sont possibles.

Il n’a pas d’enfant et il souhaite transmettre le don de prophétie à celui qui sera son héritier. Il est âgé et sa première épouse l’est aussi et elle est stérile. Or, comme l’explique le rabbin Rachi dans l’exégèse du verset 3 du chapitre 16 de la genèse, « au bout de 10 ans sans enfant, l’homme est tenu d’épouser une autre femme ».

Cela signifie qu’Ibrahim (AS) doit obligatoirement épouser une seconde épouse. Celle-ci lui permettra de réaliser le dessein du mariage qui est d’avoir une descendance et c’est ce qu’il va faire.

À la suite de l’invocation d’Ibrahim (AS), Dieu répond dans le Coran : « Fa bacharnahou bighoulamine halim » ; cette réponse est restituée hâtivement dans les traductions par la phrase : « et nous lui annonçâmes la naissance d’un enfant longanime ».

Arrêtons-nous sur le premier mot « Fa » et entrons dans les détails afin « d’extirper » les sens contenus dans ce mot puis d’en délivrer le contenu sémantique et par là même, de proposer une nouvelle traduction.  

Le « fa » est une conjonction de coordination qui a 3 fonctions.

  1. Elle est un récapitulatif : elle reprend la proposition précédente à laquelle elle est rattachée, en l’espèce, l’invocation d’Ibrahim (AS).
  2. Elle est un justificatif : elle apporte la réponse à ce qui précède et constitue une relation de cause à effet entre l’invocation d’Ibrahim (AS) et l’annonce de la bonne nouvelle. Il s’agit donc de justifier l’annonce en la liant à l’invocation précitée.

Nous pourrions ici traduire en disant que « c’est parce tu m’as invoqué pour avoir une descendance (récapitulatif) que je t’annonce la bonne nouvelle (justificatif).

Cette construction grammaticale est identique à l’invocation de Moussa (AS) lorsqu’il a fui l’Egypte et aidé des bédouines à abreuver leurs animaux. Il dit dans la sourate El Qassas, verset 24 (Les récits) : « Rabbi inni lima ounzilta ilayya min khayrin faqir ». C’est une invocation traduite généralement comme suit : « Dieu, fais descendre sur moi le bien que tu m’as prescrit ». Cette invocation, en termes de construction grammaticale est identique à celle d’Ibrahim (AS).

Puis le Coran ajoute à cette invocation « Faja’athou ihdahouma… » ; le fa a une fonction identique à celle de l’invocation d’Ibrahim (AS) car il récapitule et justifie la suite, c’est-à-dire, que c’est parce Moussa (AS) a invoqué Dieu pour recevoir du bien (récapitulatif) que la bédouine est venue (justificatif) et elle représente le bien que Dieu lui a destiné. Il crée une relation de cause à effet.

 

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commentaires

R
I thoroughly enjoyed this. It was so clear and succinct. Big thanks!
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S
Ceci est un article génial.Merci! Vraiment cool.
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A
As salam alaykoum<br /> <br /> Le dua ce n'est pas plutot "anzalta illayya" au lieu de "ounzilta ilayya" ?<br /> <br /> http://quran.ksu.edu.sa/index.php?l=fr#aya=28_24&m=tajweed&qaree=shuraym&trans=fr_ha<br /> <br /> As salam alaykoum
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