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26 mai 2020 2 26 /05 /mai /2020 11:24

REFUTATIONS DES ARGUMENTS JUDEO-CHRETIENS SUR ISMAÏL (AS), SA PARTICULARITE ET SON SACRIFICE 2/4

 

(Article de Nordine Bennecer)

 

Les anciennes références juives et le statut de la langue arabe

Nous savons que Jésus, d’un point de vue coranique n’a été ni tué ni crucifié et la Bible, malgré les vaines tentatives des chrétiens, confirme ce point.

Il s’exprimait en araméen et cette langue a supplanté l’hébreu. Ces 2 langues ont pour origine des peuples qui sont sortis du sud de la péninsule arabique : le Yémen et pour ont souche le peuple Himyarite. Himyarite a pour racine trilitère HMR qui signifie « rouge » et a donné le nom à la mer qui borde leurs rivages.

De cette contrée sont sortis de nombreux peuples qui ont essaimé et colonisé toute le croissant fertile ainsi que le nord de l’Afrique. Le dernier en date est le peuple arabe qui a, à son tour supplanté les araméens. Nous parlons alors de famille chamito-sémitique, dont le bassin géographique est la péninsule sud-arabique et la corne de l’Afrique.

Leibniz propose dans l’ouvrage « Nouveaux essais sur l’entendement humain », de donner aux langues chamito-sémitiques le nom de langues arabiques.

Reynold A. Nicholson, orientaliste et éminent traducteur et connaisseur de la langue arabe, explique dans son ouvrage, « A Literary history of the Arabs » :

« Ce terme (les sémites) inclut les Babyloniens, les Assyriens, les Hébreux, les Phéniciens, les Araméens, les Abyssins, les Sabéens et les Arabes ; la langue arabe est donc, en un sens la plus jeune des langues sémitiques. Elle est la seule à être plus proche que toutes les autres de l'archétype original, le "Ursemitisch", dont ils sont tous issus, tout comme les Arabes. Ces derniers, en raison de leur situation géographique et de l'uniformité monotone de la vie dans le désert, ont préservé le caractère sémitique plus purement et l'ont montré plus distinctement que tout autre peuple de la même famille".

La « Ursemitich » est la langue d’Ibrahim AS dont la langue arabe serait la plus proche, bien plus que n’importe quelle autre langue chamito-sémitique. Comment ignorer cette caractéristique inhérente à la langue arabe ?

Les langues arabe et hébreu sont très proches et c’est ce qui a permis entre autres, aux rabbins du 9ème au 14ème siècle, c’est-à-dire à l’âge d’or du judaïsme, de considérer que l’étude de la Thora devait se faire en langue arabe de par la proximité géographique et la parenté des peuples.

C’est l’argument défendu par Yehouda Ibn Quraysh considéré comme un pionnier de la philologie hébraïque des IXe et X ème siècle. Dans son célèbre livre « Ar Risala » il reconnaît la parenté commune des diverses langues sémitiques et le fait qu'elles partagent, bien que leur développement soit différent, les mêmes règles linguistiques (« qurb al-mujâwara fil bilâd wal muqâraba fil nasab »).

En effet, les grammairiens de l'hébreu ont emprunté une large part de leur méthodologie, de leurs concepts et de leur terminologie à leurs prédécesseurs arabes.

L'ouvrage de Becker (de 1998) montre à quel point le rabbin et linguiste andalou du XIe siècle Ibn Janâh (de son vrai nom Abou el Walid Marwan), considéré comme la plus importante autorité rabbinique du Moyen Âge en matière de philologie hébraïque, est proche de ses sources arabes, qu'il recopie parfois mot à mot. Il est profondément influencé par la tradition grammaticale arabe.

Becker a réexaminé la question à partir des manuscrits et a montré que certains passages du « Koutoub al lougha'' du rabbin Saâdiya Gaôune étaient copiés mot à mot du Kitâb al-muqtadab d'al-Mubarrad (mort en 898) ainsi que d'autres ouvrages. (Kessler-Mesguich, Sophie, « Hébreu, arabe et araméen chez quelques auteurs juifs (Xe-XIe siècles) et chrétiens (XVIe-XVIIe siècles) », article issu de « Dix Siècles de Linguistique Sémitique »).

Pour ceux qui doutent de la pertinence de nos arguments, invitation vous est faite de constater combien le mimétisme avec la langue et la culture arabes est flagrant, il va même jusqu’aux vêtements. Les juifs du XIXe siècle voulant revenir aux origines du peuple hébreu considérait à juste titre qu’il fallait revenir aussi à la tenue vestimentaire et à l’hexis corporelle des arabes. (Voir l’illustration de Jérôme Becker dans la référence suivante : https://fr.wikipedia.org/wiki/Becker).

Il affirmait sans réserve la légitimité de la comparaison avec l’arabe, car « de toutes les langues, l'arabe est, après l’araméen, la plus proche de la nôtre » (Sefer hâ-riqmâ, éd. Wilenski 1964, p. 18). Il affine aussitôt sa description en précisant que : « l'araméen est plus proche de l'hébreu pour le lexique, l'arabe plus proche quant aux structures grammaticales ».

Cela signifie que lorsque l’on étudie un texte, celui-ci doit respecter la structure grammaticale de la langue arabe et ne pas s’en écarter. Si c’est le cas, alors, il est à rejeter car considéré comme un ajout réalisé par une personne non-familière de la langue sémite. C’est ce que nous trouvons ci et là dans la Bible où nous relevons des passages dont la structure grammaticale est occidentale et non-arabe.

À partir du VIIe siècle, l'arabe supplante l'araméen, et l'étude de la Bible passe désormais par des traductions littérales en arabe.

Cela était tellement ancré qu’il y eût une querelle entre l’école rabbinique de Fès et celle de Tiaret ; cette dernière considérait que même si l’étude devait se faire en arabe, il ne fallait pas pour autant abandonner l’hébreu. (Kessler-Mesguich, Sophie, « Hébreu, arabe et araméen chez quelques auteurs juifs (Xe-XIe siècles) et chrétiens (XVIe-XVIIe siècles) », article issu de « Dix Siècles de Linguistique Sémitique »). 

Saâdiya Gaôune, premier grammairien de l’hébreu justifie le recours à l’arabe par le fait « que les phénomènes sont clairs, visibles, patents alors que l’hébreu est parfois obscur ». Il faut comprendre que les juifs avaient perdu leur Temple, leur langue et leur culture dont ils n’ont conservé que des mots sans prise avec leur culture disparue.

Les opposants au recours à l’arabe sont les rabbins occidentaux et principalement Menahem ben Saruq (qui donne le nom de Sirugues, dont l’origine sépharade est commune avec Romain Sirugues, alias Karim el hanifi), d’origine espagnole qui refuse toute immixtion de l’arabe dans l’étude biblique.

Pourtant, « son contradicteur Dunas ben labrat laisse entendre que Saruq aurait malgré tout recours à l’arabe ». (Kessler-Mesguich, Sophie, « Hébreu, arabe et araméen chez quelques auteurs juifs (Xe-XIe siècles) et chrétiens (XVIe-XVIIe siècles) », article issu de « Dix Siècles de Linguistique Sémitique »). 

 

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commentaires

R
I thoroughly enjoyed this. It was so clear and succinct. Big thanks!
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S
Ceci est un article génial.Merci! Vraiment cool.
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