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27 mai 2020 3 27 /05 /mai /2020 11:17

REFUTATIONS DES ARGUMENTS JUDEO-CHRETIENS SUR ISMAÏL (AS), SA PARTICULARITE ET SON SACRIFICE 3/4

 

(Article de Nordine Bennecer)

 

La comparaison avec la langue arabe permet aux rabbins de s’assurer que leur interprétation va dans la bonne direction et qu’ils ne s’écartent pas du sens de l’hébreu ancien, qui n’est qu’une copie de la langue arabe. Même les opposants y avaient recours de manière cachée et les documents laissés ou les débats avec les pro-arabes ont démontré que le recours à la langue arabe est une évidence, voire une obligation. Le conflit actuel sur la Palestine n’existait pas à leur époque et les juifs avaient vu en l’Islam la promesse faite par Dieu à Ibrahim de bénir son fils Ismaïl. Ils ont vu d’un bon œil l’arrivée des fils d’Ismaïl en Palestine avec le noble Omar (RA) qui a ordonné le nettoyage du mur des lamentations transformé par les chrétiens en déchèterie. Seul l’Islam a autorisé les juifs à revenir en Palestine pratiquer leurs rites interdit par les chrétiens. Conscient de tout cela, c’est avec raison et conviction que les juifs « arabes », bien plus que leurs coreligionnaires des contrées occidentales, ont estimé que le recours à la langue arabe est une nécessité méthodologique. Ils maîtrisaient l’arabe et le reliquat d’hébreu ancien leur permettaient de déduire que la langue arabe, mais aussi la langue berbère (c’est ce qu’en dit Moussa Ben Abdallah ben Mimoun, dit Al Maymounide) était la clé de la compréhension de leurs propres textes religieux.

Les buts de la comparaison sont expliqués dans les livres de grammaire hébreu que les spécialistes et philologues juifs ont laissé à la postérité, qu’il s’agisse de :

  • « Koutoub al lougha » de Saâdiya Gaôune (il produit le premier tableau de morphologie verbale comparée et le degré d'abstraction auquel il parvient, ce qui lui permet également de comprendre, grâce à la comparaison avec l'arabe, la valeur déclarative - estimative (Joùon 1923, 54d) de certains verbes. Ainsi, partant d’exemples arabes, il montre « c'est au niveau sémantique que se fait la comparaison » (Maman 1998, p. 91-92). A préciser qu’il reprend ce que font les linguistes et grammairiens musulmans et l’adapte à l’hébreu.
  • Des dictionnaires comme « Koutoub al alfadh » de Daoud ben Ibrahim al Fasi (Il s'agit d'un dictionnaire bilingue dont les entrées sont des mots hébreux ou araméens, la métalangue est l'arabe et le but n'est pas la comparaison linguistique mais la bonne compréhension du texte biblique. En d’autres termes, pour comprendre la bible, il faut passer par la langue arabe qui sert de « superstructure » pour embrasser la compréhension et la pertinence de la compréhension de la Bible.
  • De commentaires bibliques d’Ibn Bal’am.
  • Des traités entièrement consacrés à ces comparaisons comme la « Risala » d’Ibn Qouraish, qui explique que « la ressemblance entre l'arabe et l'hébreu est liée, dit-il à la proximité géographique et la parenté des peuples. L'étude de l'araméen, de l'arabe et de l'hébreu postbiblique sont nécessaires à la compréhension du texte biblique. ». Il utilise la notion de Tafsir pour comprendre les hapax.

Tafsir vient d'un verbe arabe signifiant « découvrir ce qui était caché » d'où expliquer, interpréter un passage du Coran. C'est le terme technique employé par Ibn Qouraish pour introduire en hébreu un équivalent arabe.

  • Du « Kitâb al-muwâzana bayna l-luga al- 'ibrâniyya wa-î- 'arabiyya », (Livre de la balance / équivalence entre la langue hébraïque et l'arabe »], du rabbin Ibn Barûn qui se veut un outil de travail exhaustif pour le traducteur de la Bible en arabe ; il est composé de deux parties, l'une consacrée au lexique et l'autre à la grammaire ; il ne reste que des fragments de chacune d'entre elles. Redécouvert et publié au XIXe siècle seulement, le « Kitâb al-muwâzana » a fait l'objet d'un article récent de D. Becker (2001) dans lequel ce dernier montre à quel point Ibn Barûn est proche des grammairiens et des lexicographes arabes : il cite le Coran, le Kitâb al- 'ayn d'al-Khalil, et s'inspire, parfois mot à mot, des traités d'al-Zaggagî (en particulier le Kitâb al-oumal) et d'Abû Bakr al-Anbâri. Par exemple, il emprunte à ce dernier un développement sur la formation des féminins. Le texte arabe est fidèlement traduit, mais chez Ibn Barûn la description est appliquée « aux deux langues » (fi l-lugatayni) et les exemples arabes sont remplacés par des exemples hébraïques.

Très fortement influencé par celui du rabbin Ibn Janâh, l'ouvrage d'Ibn Barûn (qui ne traite quasiment pas de la comparaison avec l'araméen) se distingue de ceux de ses prédécesseurs par son caractère systématique.

En conséquence, nous pouvons affirmer, au vu de ce qui est écrit ci-dessus, que le recours à la langue arabe est obligatoire car « le but est l’élucidation de termes bibliques rares ou difficiles et pour d’autres, il s’agit de comparer des mots courants afin d’en trouver le sens car disparus ». (Kessler-Mesguich, Sophie, « Hébreu, arabe et araméen chez quelques auteurs juifs (Xe-XIe siècles) et chrétiens (XVIe-XVIIe siècles) », article issu de « Dix Siècles de Linguistique Sémitique »).

C’est par l’arabe et non par le français, l’anglais, le latin ou le grec que la Bible doit être étudiée. Tout ce qu’elle contient doit donc s’inscrire dans le respect et la soumission aux règles grammaticales arabes, aussi bien dans les structures grammaticales que dans le vocabulaire. Elle est un outil de travail exhaustif pour comprendre la Bible et le meilleur moyen pour permettre aux juifs et chrétiens de « vivre » leurs textes religieux. 

Jean Pruvost dans son ouvrage « Nos ancêtres LES ARABES. Ce que notre langue leur doit » rapporte que la langue arabe était autrefois hautement considérée et cela bien avant l’avènement de l’Islam. Il cite par exemple Bruzen de La Martinière, dans son « Grand Dictionnaire géographique et Critique » la phrase suivante :

« On ne doute pas que la langue des Arabes ne soit des plus belles et des plus anciennes » (page 23).

Il rapporte la phrase suivante de César de Rochefort :

« César de Rochefort évoque celui qu’on appelait le père de la poésie latine, « Quintus Ennius le Poëte » qui « se vantoit d’avoir trois cœurs parce qu’il parloit Grec, Latin et Arabe ». Trois langues perçues comme fondatrices. Avec Quintus Ennius, on se situe trois siècles avant l’ère chrétienne, le « père des Poëtes » étant né en 239 avant J-C ». (Page 26).

« Une autre dimension s’impose ensuite, celle qui correspond, non pas l’extension de la langue arabe, mais à la nature féconde de la langue arabe, au-delà de toutes considérations politiques, nature généreuse que résument en une phrase les lexicographes du XIXe et le XXe siècle : « L’un des caractères de l’arabe est une richesse de mots vraiment étonnante… ». (Page 29).

Les citations sont nombreuses et nous pourrions en citer à foison, mais nous nous en contenterons de quelques-unes :

« C’est ainsi que se confirme la place de l’arabe médiéval comme nœud de traduction ciblant à la fois les langues occidentales et l’hébreu moderne (Sarfatti 1985, p. 257) ».

« Alors que les œuvres massorétiques font apparaître une réflexion grammaticale implicite, la réflexion grammaticale formulée explicitement naît sous les plumes de Juifs arabophones, bien versés dans la grammaire arabe. De ce fait, l’arabe est source d’inspiration pour la terminologie grammaticale de l’hébreu ». (Dotan 1990)

« L’arabe médiéval comme agent de convergence entre l’hébreu et les langues occidentales modernes ».

Kessler-Mesguich, Sophie (1957-2010) Ancienne élève de l'École normale supérieure (1976). - Agrégée de grammaire et d'hébreu. - Professeur de linguistique hébraïque à l'Université Sorbonne nouvelle (Paris). - Membre du Laboratoire d'histoire des théories linguistiques (Paris / Lyon). - Directrice du Centre de recherche français de Jérusalem (2008-2010).

Rappelons que les Juifs font partie intégrante de la culture arabe de la période préislamique jusqu’au milieu du XXe siècle. Entre le 9è et 13è siècle, les Juifs ont connu l’Age d’or de leur intégration à la littérature arabe en développant une poésie hébraïque profane directement calquée sur la poésie arabe. Ils ont pris et puisé dans « l’exceptionnalité » de la civilisation islamique pour exprimer le meilleur de leur culture qui reste attachée et tributaire de cette dernière (voir pour une réflexion plus approfondie ce qu’en dit Shlomo Pinès dans son ouvrage « La liberté de philosopher : De Maïmonide à Spinoza »).

 

Les références juives récentes

Voici une anecdote rapportée par le journaliste israélien Charles Enderlin, dans une interview diffusée sur YouTube intitulée « Le tournant sioniste des juifs de France ». Après l’indépendance de l’Algérie, un juif algérien installé en France rencontra un ashkénaze et s’en trouva surpris par son physique et sa langue. En rentrant chez lui, il relate à sa famille cette rencontre et s’étonne de la langue parlée par l’ashkénaze. Plus surpris encore est le constat qu’il ne parle même pas arabe » !

Posez-vous la question, pourquoi un juif doit nécessairement connaître la langue arabe pour affirmer sa judaïté ?

 

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commentaires

R
I thoroughly enjoyed this. It was so clear and succinct. Big thanks!
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S
Ceci est un article génial.Merci! Vraiment cool.
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