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28 mai 2020 4 28 /05 /mai /2020 11:12

REFUTATIONS DES ARGUMENTS JUDEO-CHRETIENS SUR ISMAÏL (AS), SA PARTICULARITE ET SON SACRIFICE 4/4

 

(Article de Nordine Bennecer)

Plus récent que les rabbins du moyen-âge, citons le père de l’hébreu moderne, Eliyasar ben Yehouda qui nous rapporte que pour reconstituer la langue hébreu, il s’est appuyé sur la langue arabe dont toutes les structures grammaticales de l’hébreu ont été reprises de la langue arabe ainsi que 70% du vocabulaire ; il y a aussi des apports de la langue berbère que l’on constate dans la langue. La seule difficulté est que l’hébreu est prononcé de manière occidentale ce qui rend cette langue sémite inaudible… pour un sémite. Je disais plus haut que :

« La difficulté tient au contexte de la Palestine qui cristallise les oppositions entre les juifs et les arabes. Cette opposition politique rejaillit sur toute relation qui pourrait unir ces 2 peuples et conduit à penser qu’il y a une opposition culturelle, linguistique, civilisationnelle « naturelle, évidente » qui coule de source. C’est fût un argument utilisé par les ashkénazes du début du siècle lorsqu’il s’est agi de caractériser la manière de prononcer la langue hébreu reconstituée ». 

En effet, la question de la prononciation s’est posée et Eliezer Ben Yehouda plaide pour un accent oriental de la langue, arabe et sépharade. Il est considéré comme le rénovateur de la langue hébraïque, et était un grand admirateur des Arabes palestiniens et de leur langue, et cette admiration s’étendait également aux sépharades palestiniens du vieux Yishuv, qu’il nommait « communauté naturelle » contrairement aux ashkénazes orthodoxes qui, selon lui n’étaient pas « des êtres humains naturels ».

Ben Yehouda écrit dans son ouvrage « He-halom ve-shivro » :

« Pourquoi le nier ? Les Sépharades ont fait sur moi une bien meilleure impression. La plupart d’entre eux ont un maintien digne, ils sont beaux et même splendides dans leurs vêtements orientaux, leurs manières respectables, leur comportement civilisé […].

Leur hébreu est courant, naturel, riche en vocabulaire, en expressions idiomatiques et leur façon de parler la langue est si originale, si douce et si orientale ! (Ben Yehouda Eliezer, Le rêve traversé, Paris, Desclée de Brouwer, 1998, p. 121) » Et lorsque s’ouvre le débat sur l’accent et la prononciation à adopter dans le nouvel hébreu, à avoir prononcer à l’ashkénaze, à la sépharade, ou opter pour un compromis entre les deux, Ben Yehouda plaide pour l’accent sépharade : « beaucoup plus agréable et plus adéquat ».

De la même façon, lorsqu’il s’agit d’inventer de nouveaux mots pour l’hébreu moderne, Ben Yehouda s’oppose aux influences non-sémitiques et se fait l’avocat des racines arabes pour enrichir la langue hébraïque.

Dans la préface à son monumental dictionnaire de l’hébreu, il écrit : « En comparant les racines de notre langue avec celles de l’arabe […] Le lecteur se rend compte combien ces deux langues sont proches à la fois dans leur nature et leur esprit, et ce, au point qu’on peut les prendre l’une pour l’autre (Ben Yehouda Eliezer, Complete Dictionary of Ancient and Modern Hebrew, p. 10.) ».

En dépit de l’échec des propositions de faire résonner l’hébreu moderne comme de l’arabe ou de faire de l’arabe la langue vernaculaire de la communauté juive, la langue arabe continue de servir la renaissance de l’hébreu. À la fin des années trente, début des années quarante, quelques pédagogues de l’hébreu soutenaient encore avec force que l’étude de la grammaire arabe était un des meilleurs moyens pour les Juifs d’acquérir une connaissance approfondie et de mieux comprendre leur propre langue, l’hébreu.

Il faut comprendre que la Bible doit être lue à l’aune de la langue arabe. De nombreux théologiens juifs et chrétiens se torturent le cerveau à apprendre des langues anciennes disparues pour tenter de comprendre leurs textes alors qu’ils pourraient aisément apprendre uniquement la langue arabe et travailler correctement leurs textes comme ont pu le faire les rabbins du moyen-âge. Mais lorsque l’orgueil est l’étalon de mesure de l’esprit humain, alors tout raisonnement logique et scientifique disparaît pour faire place à l’obscurantisme. Voici où ils en sont !

Au cours de son histoire l’hébreu a toujours été une langue poreuse, ouverte à de multiples strates lexicales, orthographiques et autres variations grammaticales.

Ami’el Alcalay écrit :

« Aucun doute que l’effet le plus dévastateur du processus de socialisation vécu par les Juifs arabes après leur arrivée en masse a été la « désarabisation ». Cela fut surtout ressenti dans la perte de l’arabe comme langue maternelle, et l’obligation dans laquelle les nouveaux immigrants se sont trouvés d’adopter les structures syntaxiques et prononciations non-sémitiques du nouvel hébreu. » (Ami’el Alcalay, “After jews and Arabs: Remaking Levantine Culture », p. 51).

Dror Mishani, universitaire et célèbre auteur de romans policiers écrit à ce propos :

« L’hébreu n’a jamais été uniquement « blanc ». Les Juifs des pays arabes et d’Afrique du Nord lisaient l’hébreu, priaient en hébreu, écrivaient des poèmes d’amour et de nostalgie en hébreu. Mais à leur arrivée en Israël ils ont rencontré un hébreu différent : un hébreu rénové, modernisé à Varsovie et à Tel Aviv, Jérusalem et Odessa, Rishon le-Tsiyon et Berlin, un hébreu cristallisé autour du leadership du mouvement sioniste et de ses écrivains, l’hébreu de Bialik et de Brenner, de Katznelson et de Ben Gourion. Mishani Dror » (« Le mizrahi en tant que perturbation linguistique », p. 86-87).

La relation mizrahi (juifs « arabes ») à la langue parlée en Israël se complique à cause des relations ambivalentes de l’hébreu moderne avec les dimensions théologiques de la langue. L’hébreu moderne est une langue essentiellement séculière. L’hébreu ancien, de la Thora, est basé sur le compagnonnage de l’arabe ; elle est son modèle, sa référence, son recours pour comprendre ses propres textes et tout en l’hébreu ancien respire l’odeur arabe. L’hébreu actuel est une langue séculière, non-religieuse, à l’opposé de l’ancien hébreu qui est la langue liturgique pour comprendre la tradition religieuse juive.

Comprenons que l’hébreu actuel est déconnecté des réalités sémites et qu’il n’est pas la langue dans laquelle s’exprimait Moussa (AS). Il est différent, séculier et donc non liturgique, bien loin des subtilités et nuances qui font des langues sémites une exceptionnelle particularité dans le monde des langues.

En conséquence de quoi, nous dirons que le recours à la langue arabe est obligatoire car ce n’est qu’avec elle que se comprend la bible. Que ce soit la génétique, la proximité géographique, la proximité spirituelle, tout relie la langue liturgique hébreu à la langue arabe. Nul ne peut comprendre réellement la bible s’il n’a pas recours à celle-ci.

Des savants musulmans de renom et experts de la langue arabe pouvaient, comme le Sheikh Ibn Taymiyya, lire les Psaumes en hébreu et en faire l’exégèse.

Zayd Ibn Thabit RA, scribe du prophète Mohammed (SAWS), appris l’hébreu en 15 jours et le syriaque en 17 jours. Le peu de temps passé à apprendre « 2 langues étrangères » nous renseignent sur la proximité linguistique de ces langues dont Nicholson disait :

« Ce terme (les sémites) inclut les Babyloniens, les Assyriens, les Hébreux, les Phéniciens, les Araméens, les Abyssins, les Sabéens et les Arabes ».

 

Exemples de termes bibliques issus de l’hébreu ancien et correspondance en arabe :

Le beau-père de Moussa AS est appelé dans la bible « Réuel » (composé de Ré-u El) ce qui signifie « pasteur de Dieu » et comment dit-on cela en arabe ? Ra’î = pasteur et « il » pour la divinité.

Idem pour Malkisedek, roi de Salem et serviteur d’El Elion. Malkisedek = Al malik Sadiq, c’est-à-dire le roi véridique et El Elion = le très haut = en arabe El ‘Ali et pour la terminaison « on », il s’agit d’un son muet qui ne se prononce pas. C’est une erreur que de le prononcer et une ignorance de la langue « Ursémitique ».

C’est ce que font aussi les subsahariens musulmans en prononçant des prénoms arabes avec les lettres finales qui ne se prononcent pas : Alioune, Fatimata, Aminata, Mouhamadou, Khadijatou ou Kadidiatou… on retrouve cette pratique chez les ashkénazes dans les noms tels que Barûn qui se prononce « Barr » et qui signifie en arabe « le fils de ». La forme francisée de ce nom est Baroin, le fameux « spécialiste » de la laïcité.

Schéol dont la traduction exacte n’existe pas en hébreu ; elle est issue de l’Ancien Testament et signifie « le séjour des morts situé sous la terre. Lieu sombre, pays de l’oubli dont personne ne remonte ». C’est l’idée d’oubli où tout est embrasé et correspond au mot arabe « Shaâla » qui contient l’idée de brasier qui consume et dont il ne reste rien.

Shekel qui est la monnaie officielle de l’Israël. Ce nom issu de la bible évoque cette monnaie comme une unité de masse par la pesée et le poids. Ibrahim (AS) payait avec des « sicles », qui a donné le nom de shekels ; en comparant avec l’arabe, l’idée de pesée faire référence à « thaqala », à « thiql » qui est la pesée, le poids d’un objet et c’est de cette manière que payaient les gens autrefois, en pesant de l’or ou de l’argent ; ils utilisaient dans le système islamique les graines de caroubier qui ont le même poids et c’est ce qui a donné le nom de carat.

Marie de Madeleine ou Magdala qui sonne si bien français que l’on penserait qu’elle est soit lorraine soit picarde. Son nom « Magdala vient de l’hébreu ancien et/ou araméen que l’on retrouve parfaitement en arabe : Madg ou Majd (seule prononciation diffère selon un critère géographique) signifie la gloire ; c’est la gloire d’Allah !

Hakeldema traduit dans la bible comme le champ du sang dans lequel Judas d’Iscariote se rompit le corps. Et comment dit-on cela en arabe : haqel = champ et demm = sang ; seule le « a » de « dema » est muet mais la prononciation de mots sémites par des gens qui ne connaissent pas cette langue conduit à tout prononcer ; c’est comme si un étranger de la langue française prononçait le mot « haricots » : « HHaricottesse ».

Judas d’Iscariote, qui signifie judas originaire du village. Le village en arabe se dit « al qariah » mais s’écrit avec les lettres muettes (ah décidément) « al qariote ».

Thomas, viendrait de l’araméen Toéma qui signifie « jumeau » et comment dit-on cela en arabe ? Towwama.

Nous pouvons démontrer par exemple que le verset (Génèse 22.2) où Dieu dit à Ibrahim AS : « prends ton fils, ton unique, Ishaq, que tu aimes » est falsifié car il ne correspond pas à la structure syntaxique sémite (et c’est sans compter sans l’incohérence linguistique ou l’impossibilité grammaticale d’avoir le mot « unique » avec « Ishaq » qui signifie le deuxième). Avant d’expliquer, nous donnerons l’exemple de la non-crucifixion de Jésus dans le Coran où il est dit « ma qatalouhou » et qui signifie ils ne l’ont pas tué.

C’est une phrase négative construite sur le modèle sémite : particule de négation (ma) + verbe (qatala) + sujet (houwa). En français, la même phrase négative s’exprime par : sujet (ils) + verbe (tué) + particule de négation (ne pas), c’est-à-dire le contraire de la langue arabe, donc de l’hébreu ancien. Imaginons qu’une personne ignorante de la structure grammaticale sémite vienne manipuler cette proposition, elle reproduira alors la structure de sa propre langue (ici occidentale) qu’elle plaquera sur la langue arabe. Nous aurions alors en arabe une reproduction du système grammatical français (par exemple) et au lieu d’avoir « ma qatalouhou », nous aurions « houm qatalouhou ma », ce qui est monstrueusement ridicule et misérablement illustratif de l’ignorance de son auteur, n’est-ce pas ?

C’est exactement la même traduction que nous avons en hébreu avec Ishaq qui a été ajouté comme l’explique le Sheikh Ibn Taymiyya. En effet, pour que la phrase soit acceptable dans cette forme, il aurait fallu supprimer « Ishaq » mais cela aurait conduit à désigner directement Ismaïl (AS). D’où l’ajout d’Ishaq (AS) après « ton unique » mais cela est totalement déconnecté des règles grammaticales sémites.

En effet, en arabe, le verset est traduit comme suit :

 « Khoudh ibnaka elwahid Ishaq elladhi touhibouh ». Le nom Ishaq ne peut être placé ici et après une virgule car celle-ci n’existe pas (tout comme les lettres majuscules d’ailleurs) ; pour que l’expression soit correcte, Ishaq doit être placé juste après le verbe « khoudh », mais cela ne se peut, car Ishaq serait accolé directement au mot « unique » (elwahid) et le montage grossier serait plus que manifeste. Nous y reviendrons plus tard inchaAllah lorsque nous aborderons cet argument pour le déconstruire en le reliant à la fable de l’unique pour chaque mère, comme l’explique Thomas Römer, l’invention du dialogue entre Dieu et Ibrahim.

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commentaires

R
I thoroughly enjoyed this. It was so clear and succinct. Big thanks!
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S
Ceci est un article génial.Merci! Vraiment cool.
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