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9 juin 2020 2 09 /06 /juin /2020 11:00

Le tâghût chez ibn Taïmiya 2/4

 

Extraits du traité de l’amour révérenciel d’ibn Taïmiya.

 

[…]

 

Si l’association est à l’origine du mal, le bien tire ses racines dans le culte sincère et exclusif dédié au Créateur des cieux et de la terre. Les hommes doivent leur présence sur terre à la réalisation de cet objectif pour lequel fut consacré la révélation des Livres sacrés véhiculés par les apôtres de Dieu : (Nous avons révélé à tous les messagers que Nous avons envoyé avant toi qu’il n’y a d’autre dieu digne d’être adoré en dehors de Moi, alors adorez-Moi)[1] ; (Nous avons envoyé à chaque peuple un Messager porteur du message : rendez le culte à Allah et éloignez-vous de toute inspiration maléfique).[2]

L’adoration dans son essence est la somme des sentiments de ferveur et d’humilité éprouvés à leur paroxysme. L’adorateur est donc fervent et soumis, contrairement au fervent non soumis, qui aime uniquement pour des raisons d’intérêt, le faisant accéder à d’autres bienfaits. Contrairement aussi aux soumis non fervents dans les sentiments, à l’exemple des sujets d’un tyran. Ces deux types de comportement ne réunissent pas les conditions les propulsant au degré de l’adoration absolue. Chaque être encensé envers qui l’on dédit une ferveur non adressée à Dieu, se voit attribuer une part d’adoration. C’est ce que le hadîth authentique nous enseigne en substance : « Malheur à l’adorateur du dinar, malheur à l’adorateur du dirham, malheur à l’adorateur de la khamîsa (vêtements de luxe tapissé de carrés rouges et noirs, ndt.), et malheur à l’adorateur de la khamîla (velours ndt.) ! Qu’il ne puisse retirer l’épine qui lui pique le pied ! Il est toujours satisfait quand on lui donne, mais dès qu’on lui refuse quoi que ce soit, il se met aussitôt en colère. »[3]

 

Or, la communauté musulmane est celle qui correspond avec le plus d’exactitude aux critères de la vraie unicité. Shaddâd ibn aws mettait déjà en garde de ne pas gâcher cet avantage : « Ô peuple arabe ! Ô peuple arabe ! Ce qui m’inquiète au plus haut point, c'est que vous sombriez dans l'ostentation et les passions subtiles. » EN commentaire à cette citation, Abû Dâwûd explique : « Les passions subtiles, c'est l’ambition du pouvoir. »

Un Propos prophétique rapporté par Tirmidhî, via Ka'b ibn Mâlik, prévient : « Deux loups affamés au milieu d’un enclot ne sont pas pires pour le troupeau que l’avidité suscité par la richesse et les honneurs. »[4]

Tirmidhî précise que : « ce Propos est bon et authentique. »

 

Cette cupidité est proportionnelle à la force du sentiment positif ou négatif. Le Seigneur déclare : [La plupart d’entre eux ajoutent foi en Allah, sauf qu’ils Lui partagent l’adoration avec des associés].[5]

 

Un jour, le Prophète (r) fit cette annonce à ses Compagnons : « L'association dans cette communauté est plus subtile que le pas d'une fourmi.

  • Messager de Dieu, interpella Abû Bakr embarrassé, par quel moyen remédier à un mal qui est plus subtil que le pas d'une fourmi – voici à peu près qu’elle fut sa question ?
  • Ne veux-tu pas plutôt, le rassura-t-il, que je t'enseigne une formule (ou des paroles) à même de te préserver en grande partie de la petite, mais aussi de la grande association ? Il te suffit de prononcer : Ô Allah ! Je me réfugie auprès de Toi contre l'association commise consciemment de ma part, et je T'implore le pardon pour celle que je commets sans m’en rendre compte ! »[6]

 

L’Élu a recommandé à son ami inséparable de mettre une barrière entre lui et l'association, avec l’aide d’Allah, par un acte de pénitence ; il s’avère donc que repentir et unicité sont les deux ingrédients d’une religion parfaite : (Sache que nul dieu n’est digne d’être adoré en dehors d’Allah, alors implore le pardon pour tes péchés et en faveur des croyants et des croyantes)[7] ; (Alif-Lâm-Ra. Ce livre renferme des Versets composés à la perfection pour exposer dans tous ses détails la Loi émanant d’un Dieu Sage et parfait Connaisseur • Qui vous prescrit de n’adorer que Lui, et moi, je suis pour vous un avertisseur contre un dur châtiment et un annonciateur de la bonne nouvelle • Alors, revenez à Votre Seigneur repentants, puis implorez-Lui Son pardon).[8]

Un hadîth relate le témoigne de Satan : « Moi, avoue-t-il, j'ai causé la ruine des fils d'Adam à cause des péchés, mais eux, ont causé ma ruine grâce à l'attestation de foi et au repentir. Pour réagir à ce désastre, j'ai diffusé en eux les passions spirituelles si tant est que désormais ils n’éprouvent plus le besoin de se repentir de leurs errements puisqu’ils pensent agir bien. »[9]

 

C’est exactement ce qu’il se produit dans les faits. Les passions qui assujettissent l’individu au point de se transformer en idole ne suscitent plus chez lui le moindre remord étant donné qu’il leur a conféré un caractère légal. Cette pseudo légitimité l’élève à ses yeux dans les échelons de la vertu : (Les mécréants sont-ils aussi aveugles pour ériger en toute impunité Mes serviteurs les plus fidèles au rang de protecteurs souverains ? Nous leur avons plutôt réservé la Géhenne pour demeure éternelle • Dis-leur : voudriez-vous que Nous mettions à votre connaissance quelle est la pire des déconvenues possibles ? C’est celle d’un homme dont tous les efforts sur terre ont été voué à la ruine alors qu’il pensait œuvrer au service de la bonne cause)[10] ; (Hé Hâmân ! Bâtis-moi une tour qui me fera atteindre les voies • les voies du ciel d’où je verrais le fameux Dieu de cet homme, Moïse que je soupçonne d’être un menteur. Voilà comment Pharaon, emporté par son arrogance, fut outrageusement induit en erreur, et son stratagème, par lequel il entraina avec lui son peuple, était voué à la ruine)[11] ; (Et souvenez-vous quand Satan encouragea les troupes païennes à redoubler d’énergie : nul n’est en mesure de vous vaincre aujourd’hui, avec moi à vos côtés. Mais, dès que les deux armées furent confrontées l’une en face de l’autre, il tourna les talons, et s’écria : je n’ai aucun lien avec vous, car j’ai sous les yeux ce qu’il vous est impossible de voir, et grande est la crainte que m’inspire le Seigneur qui châtie avec sévérité • Et ces invectives que tinrent les hypocrites et les malades du cœur : seul le zèle qu’ils éprouvent à l’égard de leur religion a rendu ces fanatiques aussi téméraires, mais ne suffit-il pas, pour obtenir la victoire, de s’en remettre à Allah, ce Dieu Puissant et Sage)[12] ; (Les démons qui font l’objet de leur idolâtrie ont fait miroiter à bon nombre de païens que le meurtre de leurs enfants leur ferait échapper à la misère et gagner le salut, sauf que cette obscure infâmie, un nouveau leurre, les éloigna davantage du droit chemin).[13]

 

La religion parfaite est la somme du respect des obligations et des interdits. Les différents choix (faire ou ne pas faire) sont motivés par l'amour et la haine. La transgression des commandements trahit une foi faible ; la foi repose sur la croyance et la reconnaissance de Dieu qui convient à respecter Sa Volonté dans ce qu’Il aime et ce qu’Il n’aime pas. On choisit d’aimer une chose pour ce qu’elle est ou pour ce qu’elle procure.

 

Il existe une variété de choses qui exercent directement un attrait. Néanmoins, dans l’absolu, le Très Haut est le seul être qui mérite intrinsèquement de recevoir l’amour. Pareillement, on encense une chose ou un être pour ce qu’il/elle est ou pour ce qu’il/elle engendre, mais dans l’absolu le Créateur est le seul être digne d’encensement en Lui-même. Pour le reste, on aime ou on encense une création dans la mesure où Dieu le réclame. Les sentiments éprouvés pour celle-ci sont subordonnés à l’amour de Dieu ; ils sont donc éprouvés pour Dieu et dans le cadre de son adoration.

 

Encenser l’Être Bien-aimé par excellence qui accapare toutes les attentions est l’objectif suprême et ultime de la création. Tout autre amour est tributaire de celui-ci, et il se met à son service. L'amour parfait exige de synchroniser ses attirances et ses répulsions avec la Volonté de Dieu. Un hadîth nous montre la voie : « L'amour et la haine en Dieu est l’indice le plus révélateur de la foi. » Un autre texte prophétique, rapporté dans le recueil sunan, étaye cet élément : « Qui aime en Dieu, déteste en Dieu, donne pour Dieu, et s'abstient pour Dieu aurait parfait sa foi. »[14]

 

Par rapport à cela, aimer ou magnifier une créature de façon intrinsèque est une forme d’association. Et, quand bien même, cet amour, sans n’être intrinsèque, ne serait qu’un moyen de concrétiser d'autres ambitions en relation avec tout objet de vénération autre que Dieu, il n’échapperait pas à cet élan paganiste. Les intermédiaires que les païens s’approprient pour faire accéder leurs requêtes au Détenteur du Trône n’ont aucune légitimité scripturaire : (Demande donc aux messagers que Nous avons envoyé avant toi si Nous avons accordé le droit à de fausses divinités de recevoir le culte en dehors du Miséricordieux)[15] ; (Nous allons insuffler la terreur dans le cœur des infidèles en punition à leur idolâtrie qui n’est soutenue par aucune autorité émanant du Tout-Puissant).[16]

 

Les idolâtres ont beau prétexté que l’intercession dont ils se pavanent est plus propice à recevoir les faveurs de Dieu, ils n’en demeurent pas moins coupables d’idolâtrie. Cet intermédiaire qu’ils ont placé entre eux et Dieu ne fait que les éloigner de Lui davantage : (Certains hommes prennent en dehors d’Allah des idoles qu’ils aiment à l’égal d’Allah, mais les croyants aiment Allah davantage)[17] c-à-d qu'ils ont autant d’amour pour ces fameux intermédiaires que pour le Seigneur alors que les croyants véritables, grâce à leur fidélité, éprouvent un sentiment plus fort à Son égard. Plus un sentiment est partagé entre plusieurs entité moins il aura d’intensité pour chacune d’entre elles. Ce manque de fidélité est fortement condamné par les textes, notamment ce hadîth divin authentique dans lequel le Tout-Puissant met en garde : « Moi, le Dieu Riche, Je n’ai que faire d’un associé dans le culte, alors rien ne sert de M’associer qui que ce soit, car qui se rend coupable d’un tel crime récoltera en retour l’abandon qui le frappera lui et son crime (et son sort sera remis à celui qui fut l’objet de son association, ndt.). »[18]

 

À suivre…

                     

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

 

[1] Les prophètes ; 25

[2] Les abeilles ; 36

Nous avons traduit « taghût » par « toute inspiration maléfique » (N. du T.).

[3] Rapporté par el Bukhârî, ibn Mâdja, ibn Hibbân, el Baïhaqî, etc.

[4] Rapporté par e-Tirmidhî (2376) et Ahmed (3/456), selon Ka’b ibn Mâlik (t).

[5] Yûsaf ; 106

[6] Rapporté par Abû Ya'lâ et ibn Sinnî avec une chaîne narrative jugée faible.

[7] Mohammed ; 19

[8] Hûd ; 1-3

[9] Rapporté par Abû Ya'lâ et ibn Abî 'Âsim avec une chaîne narrative dont les rapporteurs sont faibles.

[10] La caverne ; 102-104

[11] L’Absoluteur ; 36-37

[12] Le butin ; 48-49

[13] Le bétail ; 137

[14] Rapporté par Abû Dâwûd, e-Tabarânî, el Baghawî, etc. avec une bonne chaîne narrative.

[15] Les ornements ; 45

[16] La famille d'Imrân ; 151

[17] La vache ; 165

[18]  Rapporté par Muslim, ibn Mâdja, Ahmed, e-Tayâlisî, el Asbahânî, etc.

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commentaires

safia 06/09/2020 12:36

j'ai aimé lire ce merveilleux article