Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
6 juin 2020 6 06 /06 /juin /2020 17:48

Réfutations des arguments judéo-chrétiens sur Ismaïl (as), sa particularité et son sacrifice II 3/4

(Article de Nordine Bennecer)

Dans le Coran, lors de l’annonce d’Ishaq dans sourate As-Saffat, il est écrit : « wa bacharnahou bi Ishaq nabiyyan mina salihine ». Le mot Ishaq est placé juste après le verbe et c’est de cette manière qu’il aurait fallu l’écrire aussi dans la Bible/

 « Prends Ishaq ton fils ton unique celui que tu aimes » aurait été la forme grammaticale correcte, mais cette proposition se heurte à 3 problèmes dont les falsificateurs avaient pleinement conscience :

  1.  Thomas Römer est « gentil » avec les siens lorsqu’il évoque « l’inversion par précision » des deux enfants dans ce verset et il consent malgré tout à reconnaître que seul Ismaïl possède cette caractéristique d’enfant unique. Les rabbins tentent de nous convaincre avec émotion qu’il « s’agit de l’unique pour chaque mère » et ainsi Ishaq est aussi un enfant unique pour Sarah.

Là aussi, il faut revenir au sens des mots et Confucius disait à juste titre que « Lorsque les mots perdent leur sens, les hommes perdent leur liberté. ». Il avait compris que le but d’une falsification était d’asservir les hommes en les privant de réflexion par des modifications sémantiques.

Cette histoire d’enfant unique pour chaque mère est à rejeter totalement car elle s’oppose au sens des mots et c’est ce qui explique le ton mélancolique des rabbins lorsqu’ils racontent cette histoire. En touchant la fibre émotionnelle lorsque l’on raconte des histoires, l’être humain met sa raison en « off » et ne réfléchit plus…

Dieu s’adresse à Ibrahim et non pas à ses épouses ; l’ordre lui est donné de prendre son fils ; il s’agit du fils d’Ibrahim et non pas de celui de Sarah. D’un point de vue grammatical, pour que la falsification eût été acceptable, il aurait fallu écrire : « Prends le fils, l’unique… » de manière à ne pas rattacher l’enfant, uniquement à Ibrahim et l’ordre aurait été donné à Ibrahim de prendre l’enfant de Sarah car il est nommé ; or, le pronom possessif rattache l’enfant à Ibrahim, et cet enfant unique (« ton unique ») est celui d’Ibrahim. Seul Ismaïl est l’unique d’Ibrahim.

  1. Le mot « unique » interdit toute référence à Ishaq car lorsqu’Ibrahim a été obligé de prendre une seconde épouse, il l’a fait conformément à une loi qu’il l’y obligeait. La Bible nous rapporte une histoire identique avec Jacob qui a fait de même avec Rachel, son épouse stérile. Celle-ci lui a demandé de « visiter » sa servante Bilha pour avoir des enfants et ils seront les siens.

En offrant sa servante à son mari, l’objectif est que l’enfant de la seconde épouse soit aussi l’enfant de la première (celle qui est stérile). Il y a donc un lien de filiation qui se crée par ce biais, de la même manière que celui qui existe en Islam avec l’allaitement d’un nourrisson par une femme qui n’est pas sa mère biologique. Un lien de filiation se crée avec la mère dite « de lait » et il comporte les mêmes interdictions que s’il s’agissait de la mère biologique.

Sarah est aussi la mère d’Ismaïl qui est son premier enfant d’un point de vue légal et la naissance d’Ishaq ne modifie en rien cela, ni n’annule cette filiation tout comme on ne peut annuler une filiation « de lait ».

En d’autres termes, Ismaïl est l’enfant unique d’Ibrahim, de Hajer et de Sarah.

La nécessaire connaissance de la culture sémite et de ses codes permet de comprendre la trame qui se joue et les falsifications en coulisse…

  1. Le dernier argument que nous allons présenter se suffit à lui-même et élimine, pour ceux qui douteraient encore, l’option « Ishaq (AS) » du récit sacrificiel.

Pour cela, il faut définir le mot « unique » et lui donner ses occurrences afin de l’appliquer à l’un des deux enfants. La Bible nous renseigne sur celles-ci et il est curieux…qu’aucun théologien n’en parle, même si elles sont connues.

 

Le mot « unique » se dit en hébreu « Yachiyd » et les théologiens juifs retiennent deux sens, tous deux issus de la Bible :

 

  1. « Jephté retourna dans sa maison à Mitspa. Et voici, sa fille sortit au-devant de lui avec des tambourins et des danses. C’était son unique enfant (Yachiyd) ; il n’avait point de fils et point d’autre fille.

La définition retenue est que l’enfant unique est celui en dehors duquel il n’y en a pas d’autre de même nature (1) et/ou de même genre (2), autrement dit, il s’agit de celui en dehors duquel il n’existe pas d’autre enfant (nature de l’objet désigné par « unique »), qui soit masculin (genre de l’objet désigné par « unique »). S’il s’agit d’Ishaq, on doit se demander s’il existe en dehors de lui un autre enfant de sexe masculin ? Il existe Ismaïl et selon cette acception, cela ne peut s’appliquer à Ishaq. Seul Ismaïl a été l’enfant en dehors duquel il n’existait pas d’autre enfant de sexe masculin, et cela pendant 13 ans. Il remplit donc la première occurrence.

  1. Les falsificateurs du verset qui nous intéresse ont « omis » un sens tout aussi important au mot « Yachiyd » et ce mot s’est lexicalisé. Pour cela, appuyons-nous sur le Coran qui nous donne la méthodologie à employer grammaticalement pour comprendre les différentes occurrences d’un mot.

Le Coran nous renseigne sur les significations du mot « el yaqine », définit comme la « certitude de ce qui vient immanquablement » et c’est là son premier sens. Ce mot a aussi une autre acception que l’on trouve dans la sourate El Hijr :

« Waâboud rabbaka hatta yatiyaka lyaqine » que l’on traduit par « et adore ton seigneur jusqu’à ce te vienne la mort ».

La certitude signifie aussi la mort et c’est un autre sens du mot « yaqine », d’où son remplacement dans la traduction par le sens second car plus adapté. Idem pour le mot « wafat » que l’on traduit par la mort mais il signifie aussi le sommeil. Ce sens se trouve aussi dans le Coran.

Vous l’aurez compris, les exemples sont nombreux et ils ont pour but de faire comprendre qu’un mot sémite est par nature polysémique, d’ailleurs nous trouvons dans les traductions grecques de la Bible l’emploi de plusieurs mots pour traduire un seul mot d’hébreu ancien.

C’est le cas pour le mot « Yachiyd » qui en plus de signifier « unique », signifie « celui qui est abandonné » et le contexte du récit va nous renseigner sur le choix du sens choisi.

C’est un sens connu des théologiens mais ils refusent et l’ignorent pour ne pas l’appliquer à Ismaïl (AS).

Dans Psaumes 25. 16, il est écrit : Regarde-moi et aie pitié de moi, car je suis abandonné (abandonné est la traduction du mot Yachiyd) et malheureux ». Plus loin, dans 68. 7, il est écrit : « Dieu donne une famille à ceux qui étaient abandonnés » (abandonné est la traduction du mot Yachiyd).

Le mot « unique » a donc deux occurrences dans la Bible :

  1. Celui en dehors duquel il n’en existe pas d’autre de même nature et de même genre.
  2. Celui qui est abandonné.

Il convient donc de traduire le verset de la Genèse en employant la méthodologie sémite qui consiste à prendre en compte toutes les occurrences d’un mot pour les appliquer à la traduction en fonction du contexte.

Dans toutes les hypothèses et selon les deux acceptions du mot « Yachiyd », seul Ismaïl correspond totalement aux significations du mot : Il est celui qui a été l’enfant unique pendant 13 ans, en dehors duquel il n’en existait pas d’autre de même sexe, mais il est aussi celui qui a été abandonné par son père dans le désert d’Arabie à la suite du commandement divin et par la préscience et l’omniscience de Dieu de bénir toutes les familles de la terre en Ibrahim, par son fils Ismaïl.

Nous pourrions alors proposer une autre traduction qui tienne compte des deux sens du mot « Yachiyd » et qui est :

« Prends ton fils, celui que tu as abandonné, celui que tu aimes ». Genèse (22.2). Le prénom a été ajouté de façon à écarter Ismaïl mais il ne devait exister aucun prénom dans la version originale. En effet, le fils unique est Ismaïl et il est l’enfant abandonné. Pourquoi le nommer s’il n’en existe qu’un seul ?

Les deux sens s’appliquent exclusivement à Ismaïl (AS) et la structure grammaticale sémite s’oppose au montage grossier du verset de la Genèse en l’appliquant à Ishaq (AS). En manipulant les occurrences, les falsificateurs ont ouvert « un boulevard » aux chrétiens car si le mot « unique » concerne Ishaq, c’est-à-dire le deuxième enfant, alors nous pouvons accepter de conceptualiser la trinité dans l’unité divine et même plus, la multiplicité bouddhiste dans un Dieu unique. Pourquoi pas, si un signifie deux, alors il peut signifier trois ou plus si affinités…

Nous allons poursuivre en relevant un autre pan « dissimulé » du sacrifice du fils d’Ibrahim en entrant dans le « scenario » de cet événement.

 

Partager cet article
Repost0

commentaires

S
j'ai aimé lire ce merveilleux article
Répondre