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9 novembre 2011 3 09 /11 /novembre /2011 09:07

Hydrangeas

Calomniez… calomniez…

Il en restera toujours quelque chose !

(Partie 3)

 

7- Ibn Taïmiya ne faisait pas le sermon du vendredi à la grande mosquée de Damas, contrairement à ce que laisse entendre ibn Battuta. Il y avait simplement une chaise sur laquelle il sermonnait les fidèles au milieu d’une assemblée pleine, et qu’il utilisait notamment le vendredi entre la prière du jumu’a et celle du ‘asr. À l’époque où ibn Battuta visita Damas, c’est l’imam des shâfi’îtes de l’époque, Jalâl e-Dîn Mohammed ibn ‘Abd e-Rahmân el Qazwînî, qui remplissait cette fonction. Comment cela a-t-il pu échapper à notre historien ?[1]

 

8- Apparemment ibn Battuta n’est pas le premier à lancer cette accusation. Abû ‘Alî e-Sukûnî l’aurait devancé. Le problème, c’est que la date de son décès ne fait pas l’unanimité des chercheurs. Il est cependant plus vraisemblable qu’elle remonte à 717 h. Donc, avant l’affaire de 726 h. Pour la raison que nous avons évoquée dans le point précédent, cette accusation n’a pas plus de valeur historique que celle d’ibn Battuta. En revanche, il existe un autre accusateur dont la version colle plus à la réalité que ses deux prédécesseurs. Son auteur est Abû ‘Alî e-Dimashqî dont voici l’histoire : « Nous étions assis dans la cour intérieure de la grande mosquée omeyyade dans l’assemblée d’ibn Taïmiya au milieu de laquelle il faisait un rappel et un sermon. Il en vint à évoquer l’istiwâ d’Allah sur Son Trône. Il déclara notamment « Allah est établi sur Son Trône comme moi actuellement. ».[2] Or, cette histoire s’écroule également pour la raison suivante :

 

9- La suite de l’histoire nous indique qu’elle ne tient pas debout. Toute la populace en effet se serait levée contre lui pour le faire descendre de sa chaise et le frapper très fort avec les mains et les scandales, etc. Passons sur le fait qu’ibn Battuta déforme cette version des faits, ce qui rend son discours encore moins plausible, mais arrêtons-nous sur les dernières paroles d’Abû ‘Alî e-Dimashqî. Un tel événement n’aurait pu échapper aux oreilles des détracteurs d’ibn Taïmiya qui cherchaient éperdument à lui mettre les autorités à dos pour moins que cela. Ils étaient à l’affut de tous ses faits et gestes et cherchaient la moindre faille pour le discréditer aux yeux de la population et plus particulièrement du sultan. Faute d’argument, ils durent avoir recours au mensonge pour le faire jeter dans la citadelle de Damas. Cette dernière condamnation portait sur la question des pèlerinages des tombeaux saints et prétendait qu’il interdisait de visiter la tombe du Prophète (r) une fois à Médine ; alors que, nuance, il interdisait de consacrer un voyage spécialement pour la visiter. Or, ils n’ont jamais retenu l’argument d’Abû ‘Alî e-Dimashqî contre lui, bien qu’il soit de taille, et l’historiographie n’en a jamais fait mention. Ainsi, cette anecdote s’écroule d’elle-même wa Allah a’lam ! De plus :

10- Toutes les œuvres d’ibn Taïmiya (manuscrites ou imprimées) entre nos mains prennent la défense de leur auteur. Que ce soit celles où il étale son crédo, qui est, en fait, le crédo des anciens, comme el hamawiya, el wâsitiya, el asfahâniya, où celles où il répond à ses détracteurs, comme jawâb el i’tirâdhât el masrîya ‘alâ futiya el hamawiya, dont malheureusement une partie seulement nous est parvenue[3] ; que ce soit ses longues réfutations, ou encore ses fatâwas ; rien des accusations qu’on lui colle n’y apparait. Ibn Taïmiya est l’un des plus grands savants ayant exposé avec le plus de clarté le dogme traditionnaliste qui reconnait les Noms et les Attributs divins sans les assimiler avec la création ; ils les reconnaissent sans faire de tashbîh (qui consiste à les assimiler à la création) et ils épargnent Allah de tout défaut sans faire de ta’tîl (qui consistent à les renier) comme le formule le Verset : [Rien ne Lui ressemble, Lui qui est l’Entendant et le Voyant].[4] [Rien ne Lui ressemble] s’oppose au tashbîh, et [Lui est qui l’Entendant et le Voyant] s’oppose au ta’tîl. Ainsi, ibn Taïmiya reconnait la Main d’Allah, Son Visage, Son istiwâ sur le Trône, Sa descente au premier ciel d’une façon qui Lui convient et sans en faire la description. Il ne cherche pas à l’assimiler aux attributs des créatures comme l’établit la tendance des salafs (les anciens) à laquelle adhèrent les khalafs (les nouvelles générations). Il ne dit pas que Sa main est comme la notre, que Son Visage est comme le notre, que son élévation sur le Trône est comma la notre, et que Sa descente au premier ciel est comme la notre. Il dit que la Main est Son Attribut sans chercher à la décrire, etc.[5]

 

Ainsi, il devient évident, à la lumière de l’analyse, que les accusations qu’ibn Battûta impute à ibn Taïmiya sont complètement fausses… qu’Allah lui pardonne !

 

Gloire à Toi Ô Allah ! Et à Toi les louanges ! J’atteste qu’il n’y a d’autre dieu (digne d’être adoré) en dehors de Toi ! J’implore Ton pardon et me repens à Toi !

 

Par : Karim Zentici

  

        

 

  



[1] Voir : l’introduction à la recension de Sharh hadîth e-Nuzûl d’ibn Taïmiya (p. 36-37).

[2] Voir : da’âwî el munâwîn li Sheïkh el Islâm ibn Taïmiya qui une thèse ès doctorat du D. ‘Abd Allah el Ghusn (p. 140-141).

 

[3] À l’origine, cette œuvre fait quatre volumes. Les seuls fragments qui nous restent, et qui furent tout récemment imprimés en un volume pour la première fois, sont d’une valeur historique inestimable.

[4] La concertation ; 11

[5] Voir : Sharh hadîth e-Nuzûl d’ibn Taïmiya (p. 37-38).

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Publié par mizab - dans Ash'arisme
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