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10 février 2011 4 10 /02 /février /2011 00:50

 

Que les prières d’Allah et Son Salut soient sur Mohammed, ainsi que sur ses proches,

et tous ses Compagnons !

 

’Abd e-Rahmân ibn Mahdî a dit : « Les traditionalistes évoquent les choses qui sont en leur faveur, mais aussi celles qui sont en leur défaveur. Quant aux innovateurs, ils évoquent uniquement les choses qui sont en leur faveur. » 

 

Nous avons déjà évoqué dans un article précédent les arguments issus du Coran et de la Sunna démontrant que le Législateur considère l’ignorance comme un facteur atténuant, avant de taxer de mécréant l’auteur d’une erreur affilié à l’Islam, tant au niveau des principes fondamentaux de la religion (usûl) que des principes subsidiaires (furû’). Ibn Taïmiya relève même, comme nous allons le voir, qu’aucune divergence des Compagnons et de leurs successeurs n’est à constater sur la question. Nous dressons ici une liste de citations à travers les époques, qui regroupent 25 savants, venant appuyer ce constat, ô combien délicat, mais aussi crucial.

 

Il incombe tout d’abord de souligner un certain point. Certains détracteurs de Mohammed ibn ‘Abd el Wahhâb, à l’exemple de Dâwûd ibn Jarjîs ont cherché à manipuler certaines paroles d’ibn Taïmiya et d’ibn el Qaïyim laissant entendre au premier abord, qu’ils interdisent de taxer de mécréant un cas particulier (takfîr el mu’ayin). C’est contre eux que s’adressent les remontrances des savants parmi aimmat e-da’wâ et qu’utilise l’adversaire hors de son contexte. Les attaques contre la propagande d’ibn Jarsîs sont certes, nombreuses, et peuvent même déstabiliser le lecteur non averti. Cependant, resituées dans leur contexte, elles nous apprennent en réalité que le discours des deux Imams (ibn Taïmiya et ibn ‘Abd el Wahhâb) et de leurs élèves est cohérent. Elles ne constituent en rien une passerelle pour apostasier les musulmans à grande échelle ni pour contrer les « salafis », pour reprendre une expression chère à el Maqrîzî et el Âlûsî.

 

1- L’Imam e-Shâfi’î a dit : « Allah le Très-Haut a des Noms et des Attributs que recense Son Livre et que Son Prophète a divulgués à sa communauté. Il ne convient à aucune créature d’Allah de les rejeter, une fois que les preuves sont établies contre elle (…) Après cela, il devient un mécréant, mais avant cela, il est excusable, étant donné que ce n’est pas un sujet que l’on peut percevoir par la raison, le rêve, le cœur ni par la pensée. Nous ne taxons aucun ignorant d’apostasie avant que les enseignements ne lui soient parvenus. »[1]

 

2- Dans son livre, e-tabsîr fî ma’âlim e-dîn, ibn Jarîr e-Tabarî annonce qu’il existe deux genres d’enseignements dans la religion : mâ yasa’ el jahl bihî wa mâ la yasa’ el jahl bihî ou en d’autres termes : mâ yu’dhur bi el khata wa mâ la yu’dhur bi el khata. Autrement dit, les enseignements qu’il est concevable d’ignorer et ceux qu’il est inconcevable d’ignorer. Il explique notamment qu’il existe des questions dont la connaissance est élémentaire (ma’lûm min e-dîn bi e-Dharûra). Ibn Taïmiya souligne, comme nous allons le voir plus loin, que même sur ce dernier point, les choses sont relatives. Dans son tafsîr, ibn Jarîr parle également d’iqâmat el hujja.[2]

 

3- Ibn el ‘Arabî affirme : « Si l’ignorant ou celui qui commet une erreur parmi les adeptes de cette communauté, fait un acte de kufr ou de shirk qui en principe, le rend soit mushrik soit kafir, il est excusable en raison de son ignorance et de son erreur (ya’dhur bi el jahl wa el khata) jusqu’à ce que lui soit établit de façon claire et limpide, loin de toute confusion, la preuve d’Allah qui voue à la mécréance celui qui ne s’y soumet pas ; et qu’il renie ensuite un point élémentaire de la religion (ma’lûm min e-dîn bi e-dharûra), relevant du consensus recensé de façon sûre, et que tout musulman connait machinalement et sans réfléchir. »[3]

 

4- Ibn Hazm a un discours qui va dans ce sens.[4]

 

5- Ibn Qudâma a également un discours qui va dans ce sens.[5]

 

6- Ibn Taïmiya insiste sur le fait que les compagnons ne faisaient pas la différence entre les usûl (dont le shirk akbar fait partie) et les furû’ pour les erreurs d’interprétation. Voici ses paroles : « Celui qui fait une mauvaise interprétation des textes, mais dont les intentions sont de suivre scrupuleusement le Messager (r), il ne devient pas mécréant ni pervers, s’il se trompe à la suite d’un effort d’interprétation. Ce principe est notoire pour les questions pratiques (furû’ ndt.). Quant aux questions liées au dogme (usûl ndt.), bon nombre de gens ne donnent pas d’excuse à celui qui se trompe dans ce domaine. Or, cette tendance n’est connue par aucun Compagnon ni par leurs fidèles successeurs ni par les grandes références de l’Islam. Elle prend son origine chez les innovateurs qui innovent des principes et qui sortent de l’islam tous ceux qui ne veulent pas s’y soumettre, à l’image des kharijites, des mu’atazilites, et des jahmites. Bon nombre d’adeptes des quatre écoles l’ont adoptée, comme certains malikites, certains shafi’ites, certaines hanbalites, et d’autres. »[6]

 

Il explique ailleurs : « Quant à moi, - ceux qui s’assoient avec moi le savent très bien –, je compte parmi les gens qui défendent avec le plus d’acharnement de condamner une personne en particulier d’apostat, de pervers, ou de désobéissant sauf s’il devient certain que les arguments prophétiques ont été fournis contre elle (qâmat el hudja e-risâliya) de sorte que toute personne qui les contredit soit condamnable d’être soit apostat, soit pervers ou soit désobéissant. J’ai par ailleurs établi qu’Allah pardonne les erreurs commises par les membres de cette communauté : Cela concerne aussi bien les erreurs qui relèvent des masâil el khabariya el qawliya (el usûl pour certains ndt.) que les masâil el ‘ilmiya (el furû’ pour certains ndt.). les anciens se divisent encore sur ces questions. Personne n’a condamné l’un d’entre eux au kufr, au fisq ou à la ma’siya (…) j’expliquais que les paroles des anciens et des grandes références qui parlent du takfir el mutlaq en disant : celui qui fait telle et telle choses est un kafir ; j’expliquais qu’elles étaient justes, mais qu’il incombait également de faire la différence entre le mutlaq(le cas général) et le mu’ayin (le cas particulier). »[7]

 

Certes, ibn Taïmiya établit dans un passage : « Quiconque renie l’aspect obligatoire de certaines obligations notoires (ou pratiques) communément transmises (mutawâtir), comme les cinq prières, le jeune du ramadhan, le pèlerinage à la Maison Sacrée ; ou l’interdiction de commettre certains péchés notoires et communément transmis, comme la perversité, l’injustice, le vin, les jeux de hasard, l’adultère, etc. ; ou qui conteste certaines choses licites dont la légitimité est notoire et communément transmise comme le pain, la viande, le mariage ; c’est un mécréant apostat qui doit être mis à mort s’il refuse de se repentir. »[8] Cependant, il explique ailleurs que ces choses sont relatives ; elles varient en fonction des époques, des lieux et des personnes. Pour preuve, il soutient dans un autre passage : « On ne peut taxer d’apostasie (kaffar) un cas particulier avant l’iqama et hujja, comme celui qui renie l’aspect obligatoire de la prière, la zakat, et qui autorise moralement le vin, l’adultère en faisant une erreur d’interprétation (ta-awwal)… comme l’ont fait les Compagnons avec ceux qui s’étaient autorisés le vin. »[9]

 

À suivre…

 

Par : Karim ZENTICI



[1]Voir : mu’tasar el ‘Ulû d’el Albânî (p. 177).

[2]Voir : son exégèse du v. 15 de la s. Le voyage nocturne

[3]Voir : tafsîr el Qâsimi (5/1307-1308).

[4] El fisal d’ibn Hazm (3/302)

[5]Voir : el mughnî (8/131).

[6]Voir : minhâj e-sunna (5/240).

[7]Dans majmû’ el fatâwa (3/229).

[8]Idem. (11/405).

[9]Idem. (7/619).

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Publié par mizab.over-blog.com - dans Takfir
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