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9 décembre 2011 5 09 /12 /décembre /2011 09:07

Desert-Oasis-Libya

Classification des Attributs divins

(Partie 2)


 

Voir : el mâturîdiya (2/417-428) de Shams el Afghân qui, à l’origine, est une thèse universitaire ès Magistère.

 

Classification des Attributs divins chez les mutakallimîns

 

A- Attributs affirmatifs/négatifs

 

Les Attributs négatifs correspondent à ceux qu’on ne peut, aux yeux des mutakallimîns, attribuer au Très-Haut et qui ne siéent pas à Sa Majesté.[1] Ils leur donnent également d’autres définitions.[2]

 

Par conséquent, les Attributs affirmatifs qui sont également essentiels sont ceux qui, selon eux, siéent à Sa Majesté. Les mâturidites et les néo-ash’arites en recensent sept : la Vie, la Puissance, le Savoir, l’Ouïe, la Vue, la Volonté, la Parole.[3]

 

B- Attributs essentiels/d’action

 

Ils ne sont pas unanimes sur leur définition.

 

Pour les mu’tazilites : ceux qu’on peut soit infirmé soit affirmé sont « volontaires ». Ex. : Dieu crée à un tel un enfant et Il n’en crée pas à un tel. Tous ceux qu’on ne peut pas mettre dans cet ensemble sont essentiels. Ex. : la Vie, le Savoir, etc.

Selon cette définition, la Parole et la Volonté sont « d’action ».

 

En revanche, les ash’arites font la distinction suivante : ceux qui, en les infirmant, impliquent le contraire, sont « essentiels », sinon, ils sont « d’action ». Selon cette définition, la Parole et la Volonté sont « essentiels » ; quand on n’a pas la parole, en effet, on est muet, et, sans volonté, on est soumis au déterminisme.

 

Pour les mâturidites : ceux qu’on peut Lui attribuer, mais, sans Lui attribuer leur contraire, sont « essentiels ». Ex. : la Volonté et le savoir. En revanche,  ceux qu’on peut Lui attribuer avec leur contraire sont des Attributs « d’action » (ex. : sortir les créatures du néant, leur donner la vie et la mort, pourvoir à leurs besoins, etc.)  qu’ils ramènent, en fait, au Pouvoir de création (takwîn).[4]

 

Notons que mâturîdites et ash’arites ont une opinion spéciale sur les Attributs « d’action ». À leurs yeux, ils n’entrent pas dans les Attributs divins ou du moins pas réellement (ou effectivement). Autrement dit, Allah n’en serait pas doté.

 

Pour les premiers, ils reviennent tous à un seul Attribut, le takwîn, qui, lui, est ancien et prééternel. Ils considèrent que les Attributs « d’action » sont des accidents qui, par définition, sont incompatibles avec la divinité.

 

Pour les ash’arites, les Attributs « d’action » sont également des accidents qu’on ne peut classer comme Attributs divins ; l’Être nécessaire (wâjib el wujûd) étant exempt de tout accident.

 

Il est clair que les deux sectes prennent leur distance avec les textes pour appuyer cette conception. Ils ont recours au ta’tîl à travers  l’outil du  ta-wîl

 

Quant aux Attributs essentiels, les mâturidites et les néo-ash’arites les confinent dans les sept Attributs affirmatifs que nous avons évoqués plus haut, soit : la Vie, la Puissance, le Savoir, l’Ouïe, la Vue, la Volonté, la Parole. Ils seraient donc à la fois essentiels et affirmatifs.[5] Sheïkh Mohammed Âmân souligne qu’il n’existe pas de divergence substantielle entre les théoriciens de deux tendances sur cette conception.[6] Il est étonnant que les adeptes contemporains du kalâm reprochent aux traditionalistes de diviser le tawhîd entre trois, sous prétexte que les textes et les Compagnons n’y ont jamais fait mention explicitement ; alors qu’eux-mêmes confinent les Attributs essentiels et affirmatifs à sept, sans se baser sur la moindre preuve textuelle, ne serait-ce qu’implicite .

 

C- Les Attributs purement effectifs, les Attributs purement de relation, et les Attributs à la fois effectifs et de relation

 

1-              Les Attributs purement effectifs (Sifât haqiqiya el mahdha)n’ont aucune relation avec la création. Ex. : l’Existence, la Vie.

2-              Les Attributs purement de relation (Sifât idhâfiya el mahdha)sont en relation avec la création. Ex. : le Savoir, le Pouvoir. On dit qu’Allah connait Sa création et qu’Il a le pouvoir dessus.

3-              Les Attributs à la fois effectifs et de relation (Sifât haqiqiya dhât idhâfa) : ex. : l’univers (ou la création) est-il concomitant (simultané) ou bien consécutif à l’existence de Dieu ?[7]

 

D- Autre classification, qui est la plus connue et la plus étendue d’entre toutes :

 

Celle-ci renferme 21 Attributs répartis en 4 catégories que voici :

1-      L’Attribut intérieur (Sifa nafsiya) : c’est un Attribut affirmatif qui renvoie à l’Essence elle-même (dhât). Un seul Attribut répond à cette caractéristique, et qui est l’Existence.

2-      Les Attributs négatifs (Sifa salbiya) : dont nous avons déjà vu la définition. Ils sont au nombre de cinq : l’antériorité (el qidam), la perpétuité (el baqâ), l’exemption d’accident (mukhâlafa el hawâdith), le maintien en lui-même (el qiyâm bi e-nafs), et l’unité (wihdâniya).

3-      Les Attributs de sens (Sifa ma’nâ) : ce sont les Attributs affirmatifs (essentiels, prééternels, anciens)[8] qui renvoient à un sens supplémentaire par rapport à l’Essence divine et qui sied à Sa Majesté. Il s’agit des sept Attributs dont nous avons parlé précédemment. Ils portent également le nom d’Attributs rationnels,[9] mais aussi existentiels.[10]

4-      Les Attributs de signification (Sifa ma’nawiya) : c’est un état entre l’existence et le néant et qui est inhérent aux Attributs de sens ; et avec lesquels on peut dire qu’ils ne sont ni existants ni inexistants. Ils sont également au nombre de sept : le fait que Dieu soit Vivant, Savant, Capable, qu’Il entende, qu’Il voit, qu’il ait une Volonté et qu’Il parle. Avec le kasb d’el Ash’arî, ce dernier point est l’un des plus absurdes et les plus invraisemblables du dogme du kalâm, ou comme le décrit Sheïkh el Islâm ibn Taïmiya min muhâlât ‘ilm el kalâm wa hamâqât el mutakallimîn ![11]

 

 

Les Sifât ma’nawiya furent reprises par les mu’tazilites et les mâturîdites, sauf que, pour les premiers, ils sont causés par l’Essence qui en est la cause purement effective (e-dhât el muaththara el mahdha) ; et pour les seconds, ils sont causés par le fait que l’Essence soit dotée des Sifât ma’ânî.

 

En revanche, les ash’arites ne les considèrent pas comme des Attributs, mais ils sont l’expression des Sifât ma’ânî dont l’Essence est dotée. Ainsi, ils ne sont pas considérés en eux-mêmes, mais par rapport à un élément extérieur.

 

Pour plus de détail sur la classification des 21 Attributs, voir : ûm el barâhîn d’e-Sunûsî (p. 3-4), el matâlib el hassân avec son commentaire faïdh e-Rahmân tous deux d’Abd el Malik el Fatanî (p. 53, 73-74), el kharîda el bahiya d’Ahmed e-Dardîr (p. 24-25), mudhakkira e-tawhîd de Hasan e-Saïd el Mutawallî (p. 5-46), et el irshâd d’el Juwaïnî (p. 51).

 

Deux grands savants traditionalistes contemporains, ayant côtoyé l’ash’arisme de près, ont une connaissance très précise de cette classification. Il s’agit de Mohammed el Amîn e-Shanqîtî et de Mohammed Amân el Jâmî.[12]

 

Il y a beaucoup à dire sur ces classifications des mutakallimîns, mais ce qui nous intéresse ici c’est de savoir qu’elles existent comme en témoignent leurs ouvrages de référence, wa Allah a’lam !

 

Allah est Celui à qui nous demandons notre aide et sur qui nous reposons notre confiance ! Que les Prières et le Salut d’Allah soient sur notre Maître Mohammed, ainsi que sur ses proches et tous ses Compagnons !

 

Par : Karim Zentici

 

 

 



[1] Voir : tuhfat el murîd sharh jawhara e-tawhîd d’el Baïjûrî (p. 54).

[2] Voir : e-Sifât el ilâhiya de Sheïkh Mohammed Amân el Jâmî (p. 200).

[3] Voir : sharh el figh el akbar d’el Qârî (p. 33), et tuhfat el murîd sharh jawhara e-tawhîd (p. 89).

[4] Voir : sharh el figh el akbar d’el Qârî (p. 33), et e-ta’rifât d’el Jurjânî (p. 180).

[5] Voir pour les références mâturîdites : el ‘aqâid e-nasafiya avec son commentaire d’e-Taftâzânî (p. 51-53), e-tarîqa el mohammadiya d’el Barkawî (p. 17), sharh el mawâqif d’el Jurjânî (8/104-113),  sharh el figh el akbar d’el Qârî (p. 33, 35).

Voir pour les références ash’arites : el muhassal d’e-Râzî (p. 270), tawâli’ el anwâr d’el Baïdhâwî avec son commentaire matâli’ el anzhâr d’Abû e-Thanâ el Asbahânî (p. 183-184) ; voir également e-luma’ d’el Ash’arî (37-39), et e-luma’ d’el Juhaïnî (p. 82-93).

[6] Voir : e-Sifât el ilâhiya (p. 205).

[7] Voir : sharh el mawâqif d’el Jurjânî (8/104-113).

[8] Voir : sharh el figh el akbar d’el Qârî (p. 33, 35), et tuhfat el murîd sharh jawhara e-tawhîd d’el Baïjûrî (p. 89).

[9] Voir pour les références mâturîdites : el ‘aqâid e-nasafiya avec son commentaire d’e-Taftâzânî (p. 44-69).

Voir pour les références ash’arites : el mawâqif d’el Îjî (p. 279-293).

[10] Voir pour les références ash’arites : el mawâqif d’el Îjî (p. 279), et son commentaire sharh el mawâqif d’el Jurjânî (8/44) pour les références mâturîdites.

[11] Voir : manhâj e-sunna (1/127), et dar-u e-ta’ârudh (3/444).

[12] Voir pour le premier : adhwâ el bayân (2/305-307, 310-313), et manhaj el Asmâ wa e-Sifât (p. 5 et les pages suiv.) ; et pour le second : e-Sifât el ilâhiya (p. 199-206).

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Publié par mizab - dans Ash'arisme
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