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16 février 2013 6 16 /02 /février /2013 09:31

Forest

 

 

Éclaircissement 

(Partie 2) 

 

Un jour, Sheïkh Sulaïmân e-Ruhaïlî m’expliquait qu’on n’avait pas prêté au sujet l’attention qu’il méritait. Il soulignait également qu’on en faisait une mauvaise approche, et qu’il y avait un problème de méthodologie. L’analyse objective, à ses yeux, veut de prendre pour base de réflexion, les textes scripturaires de l’Islam et l’opinion des savants des premières générations en commençant par les Compagnons et leurs successeurs, avant de se tourner vers les avis des savants des générations plus récentes qu’il incombe de replacer dans leur contexte, et de les expliquer conformément aux intentions de leurs auteurs, en mettant les passions de côté. Pour Sheïkh el ‘Uthaïmîn, tout le monde s’accorde sur le principe du ‘udhr bi el jahl, mais s’il y a divergence entre les savants, c’est dans la façon dont cela se traduit dans la pratique.

 

En faisant en effet un résumé des paroles des savants des différentes tendances sur le sujet, on se rend compte paradoxalement que leur discours se rejoint.

 

Les cas où l’ignorance n’est pas une excuse dans les questions évidentes, non dans les questions subtiles qui réclament de faireiqâma el hujja.

 

1-      Celui qui vit en terres musulmanes ou dans un pays limitrophe.

2-      Celui qui vit à une époque où le savoir est répandu et accessible à tous.

3-      Celui qui a la possibilité de poser des questions aux savants sur les choses qu’il ignore.

 

 Les cas où l’ignorance est un facteur excusable dans les questions évidentes et à fortiori dans les questions subtiles

 

1-      Celui qui vit dans les périodes de fatra (sans prophétie) ou dans celle où la lumière de la prophétie s’est estompée.

2-      Celui qui vit en terre ennemi, étant donné qu’en principe, le savoir n’y est pas répandu.

3-      Le bédouin qui vit loin des villes.

4-      Le nouveau converti.

5-      Et, par analogie, tous ceux qui répondent au même signalement.

 

Pour faire cette classification, je me suis paradoxalement aidé du livre ‘âridh el jahl de Râshid e-Râshid.[1] Ainsi, comme nous l’avons vu, l’état d’ignorance n’est pas une excuse en soi, mais il faut tenir compte d’un facteur qui est extérieur à l’individu et qui est indépendant de sa volonté, soit l’impossibilité d’avoir accès au savoir, pour une raison ou pour une autre. Wa Allah a’lam !

 

Ainsi, tout devient plus clair, et les contradictions que semblent avoir au premier abord les paroles des savants, voire les paroles d’un même auteur se dissipent tout d’un coup. En conjuguant entre elles, nous arrivons au juste milieu entre deux tendances extrêmes : celle qui voit le ‘udhr à outrance et celle qui le refuse à outrance, en sachant que les mérites reviennent à Allah Seul !

 

D’autres passages de certains érudits peuvent également porter à confusion. Certains d’entre eux affirment qu’il incombe de faire comprendre la hujja avant de se prononcer sur un cas particulier et d’autres affirment que la seule présence du Coran suffit, en guise de hujja, et qu’il n’est pas besoin de l’établir. Nous nous hasardons ici à conjuguer entre ces deux discours. Soit, qu’il existe deux sortes de hujja :

-          Hujja el maqâl (la preuve par l’explication et les arguments) : qui consiste à exposer verbalement les preuves divines à un cas particulier. C’est les cas où l’ignorance est un facteur excusable dans les questions évidentes et à fortiori dans les questions subtiles.

-          Hujja el maqâm (la preuve par la situation et le contexte) : c’est-à-dire que la preuve est tellement répandue et connue de tous, qu’il n’est pas besoin de l’exposer verbalement. C’est les cas où l’ignorance n’est pas une excuse dans les questions évidentes, non dans les questions subtiles qui réclament de faire iqâma el hujja el maqâl. Wa Allah a’lam !

 

 Ainsi, si tous ces points sont clairs, il reste désormais à poser le doigt sur une question où règne une divergence entre les savants des dernières générations, et que certaines personnes malintentionnées reprennent à leur compte, de façon à pouvoir sortir les musulmans de l’Islam à grande échelle, et à leur tête les gouverneurs, sans se faire passer pour des kharijites. L’astuce était bien trouvée, mais qu’en est-il en regard de l’analyse ?

 

Selon cette opinion, avant l’iqâma el el hujja, tout fautif étant excusable qui commet du shirk akbar n’est pas un mécréant, mais sans n’être non plus un musulman. Elle distingue ainsi entre le nom (ism) et le statut de cet individu (hukm). En d’autres termes, il ne mérite pas le châtiment de l’Enfer sans n’avoir reçu lahujja, mais il perd ses droits de musulman. Il sera éprouvé le Jour de la résurrection avant de trouver sa place, soit au Paradis soit en Enfer, un peu comme les gens qui n’ont pas reçu le message prophétique (ahl el fatra). Sheïkh ibn Bâz penche vers cette dernière opinion.

 

Une réponse en détail à cet argument a été faite dans un poisson nommé virtuel, mais force est de constater que l’adversaire n’en est pas satisfait.

 

C’est pourquoi, nous ajoutons ici : est-il aventureux de dire que les savants des générations plus anciennes qui nous ramènent le discours des quatre écoles de référence ne font pas cette distinction ?

 

Si nous remontons à l’Imam e-Nawâwî, nous nous rendrons compte de ce constat. Après avoir dressé une liste de questions connues par tous les musulmans de façon élémentaire, ce dernier nous apprend : « … Or, si le nouveau converti, qui ne connait pas l’Islam dans ses détails, renie l’un de ces éléments par ignorance, il ne devient pas mécréant (hukm ndt.), et garde le nom de musulman (ism ndt.) comme ceux que nous avons cités… »[2]

 

Plusieurs savants à travers diverses époques (Bahâ e-Dîn el Maqdisî, e-Suyûtî, ‘Alî el Qârî, ibn Qudâma el Maqdisî) donnent l’exemple du nouveau converti et du bédouin qui vit loin des villes pour dire qu’il ne devient pas kâfir, avant iqâma el hujja, pour faire la distinction entre lui et l’apostat (murtadd). Il n’y est pas question de distinction entre l’ism et le hukm. Pour mieux comprendre, il faut revenir à la définition du murtadd que nous proposent plusieurs savants. Tous s’accordent à dire qu’au niveau de la langue, apostasier, c’est revenir sur quelque chose dans l’absolu. Dans la religion, il consiste à renoncer verbalement à la religion ou dans les actes.[3]

 

Or, si l’on s’en tient à cette distinction entre le ism et le hukm, il n’y aurait pas de différence entre celui qui bénéficie du ‘udhr bi el jahl et du murtadd, sauf que le premier sera peut-être éprouvé le Jour de la résurrection ; tandis que le deuxième est voué à l’Enfer éternel. Sur terre, tous les deux perdent leur droit de musulmans. Il existe une autre différence, c’est que le juge a le droit de condamner l’apostat sans lui donner de délai de repentir. En revanche, il incombe d’établir la preuve céleste contre le nouveau converti qui commet un acte de kufr.

 

C’est un peu ce que veut nous dire une fatwa de la lajna dâima, qui apparemment ne voit pas le ‘udhr bi el jahl dans leshirk akbar. Celle-ci nous apprend que la hujja est établie contre le fautif avant de lui infliger le châtiment sur terre, non qu’il ne prend pas le nom de kâfir.[4] Ainsi, sans dire que cette théorie tombe à l’eau, elle ne fait pas en tout cas l’unanimité des savants, et surtout, il est intolérable de l’imputer à ibn Taïmiya tant son discours ne prête pas le dire. Au pire des cas, nous pouvons avancer qu’il existe une divergence. L’une des deux hypothèses n’a pas plus de poids que l’autre, sauf si un élément de taille la fasse pencher vers l’un des deux côtés, ce qui n’est pas le cas pour ibn Taïmiya. Le contraire serait même plus évident, comme nous l’avons démontré, wa Allah a’lam !

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

 

 



[1] ‘âridh el jahl (p. 213).

[2] Sharh e-Nawawî (1/205). Il dit mot à mot : baqâ ism e-dîn ‘alaïhi.

[3] ‘âridh el jahl (p. 345).

[4] Voir : majallat el buhûth el islâmiya (30/74), et fatâwâ e-lajna e-dâima (1/220).

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Publié par mizab - dans Takfir
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