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9 février 2011 3 09 /02 /février /2011 18:18

Au nom d’Allah le Très Miséricordieux, le Tout Miséricordieux

 

Ibn ‘Abbâs et le ta-wîl

(Partie 2)

 

Voir :el ashâ’ira fî mîzân ahl e-sunna (p. 558-561) de Faïsal el Jâsim.

 

Troisièmement : ibn ‘Abbâs aurait interprété le Verset : [et construis l’arche sous Nos Yeux].[1] Il aurait dit en effet : « sous notre vision. »

 

Nous pouvons donner deux réponses à cela :

 

La première : cette annale n’a aucune origine remontant à ibn ‘Abbâs qui serait certifiée. El Baghawî l’a mentionné en effet sans chaîne narrative. Or, la version reconnue d’ibn ‘Abbâs est celle disant : « … sou l’œil d’Allah ».[2]

 

Selon ‘Atâ, après avoir cité le Verset : [et construis l’arche sous Nos Yeux],[3] ibn ‘Abbâs a désigné son œil. Cela démontre qu’il concède à Allah d’avoir deux Yeux. Cette tendance est notoire chez des anciens comme Abû ‘Imrân el Juwaïnî, Qatâda, Mutarrif ; Khâlid ibn Mi’dân, Abû Nuhaïk, etc.

 

La deuxième : en admettant que cette fameuse annale soit certifiée, elle n’entre nullement dans le domaine du ta-wîl. Il s’agit en fait d’interpréter un terme par l’une de ses implications, étant donné qu’il va de soi qu’Allah voit et observe les agissements de Nûh (u). Les ruses que lui tramait son peuple n’ont pas échappé à Son Regard. C'est pourquoi Il lui fit savoir pour l’encourager qu’il ne devait pas avoir peur, car, Lui, le voit. Cela ne veut absolument pas dire qu’il faille donner un sens figuré aux deux Yeux. Nous disons même qu’il est possible d’interpréter ce Verset ainsi uniquement dans la mesure où on reconnait qu’Allah est doté de cet Attribut.

 

Il va sans dire que Noé n’était pas à l’intérieur de l’œil d’Allah, qui ne peut être mélangé à la création. L’interprétation en question consiste à dire qu’Allah le protège et le surveille.

 

En outre, reconnaitre les implications d’une chose, c’est reconnaitre cette chose elle-même, comme le dénote notamment le Verset : [Je suis avec vous deux, Je vois et J’entends].[4] Dire qu’ils sont sous Sa protection, ce n’est pas faire du mauvais ta-wîl, étant donné qu’en interprétant Ses deux Attributs par leurs implications, c’est les reconnaitre tout deux.

 

Dans sa réfutation à el Mirrîsî, e-Dârimî explique : « Quant à l’annale d’ibn ‘Abbâs que tu rapportes en exégèse au Verset : [tu es sous Nos Yeux],[5] et disant que tu es sous Notre protection et Notre surveillance. Dans l’hypothèse où cette annale soit authentique, celle-ci rejoint notre tendance, non la tienne. Il veut dire en effet que tu es sous Notre protection et Notre surveillance, par le biais de Nos Yeux. La langue arabe de parle pas de protection, si ce n’est que pour quelqu’un qui est doté des deux yeux. Si tu ignores la chose, alors ramène-nous une chose qui n’est pas douée des yeux et pour laquelle on pourrait parler de protection.

 

À l’origine, la protection est possible grâce à la vision, bien qu’on puisse l’utiliser sans parler de vision. Toujours est-il qu’il faut être doué de la vue pour se voir décrire ainsi. C’est exactement la même chose quand on parle de l’œil d’Allah. Tu dois bien comprendre cela ! »[6]

 

Abû el Hasan e-Zâghûnî explique pour sa part : « La deuxième méthode consiste à remettre en question l’interprétation à laquelle ils ont recours. Quant à l’annale : elle vogue sous Notre Vision. Celle-ci est contestable au niveau du sens littéral de l’expression, impliquant que la vision se fasse par les yeux. Ainsi, ils ne reconnaissent pas l’Attribut, mais ils reconnaissent ses implications. »[7]

 

Par ailleurs, el Ash’arî reconnait cet Attribut. Dans maqâlât el islâmiyîn en effet, il affirme en explication à la croyance traditionaliste : « Il a deux Yeux conformément au Verset [qui vogue sous nos yeux(au duel)].[8] »[9] Sous la section : la divergence sur l’œil, le visage, la main, etc. il explique : « Les traditionnistes (ashâb el hadîth) ont dit : nous nous contentons de dire comme Allah le Tout-Puissant, ou les paroles rapportées par le Messager d’Allah (r). Nous disons donc qu’Il a un Visage sans faire de description (bi lâ kaïf), deux Mains et deux Yeux sans faire de description. »[10]

 

Il explique également sous la section : voici quelques narrations de la tendance en général des traditionnistes et des traditionalistes (ahl e-sunna) : « Il a deux Yeux sans faire de description conformément au Verset [qui vogue sous nos yeux (au duel)].[11] »[12]

 

Abû el Hasan considère qu’en reniant cet Attribut (les deux Yeux d’Allah), les mu’tazilites s’éloignent des traditionalistes. Il dit notamment en parlant de la tendance mu’tazilite : section : leur tendance sur l’œil et la Main : «Certains d’entre eux reprochent de dire qu’Allah a deux Mains et reprochent de dire qu’Il a deux Yeux. »[13] Il est évident que lui-même reconnait cet Attribut.

 

Les premières grandes références ash’arites reconnaissaient également cet Attribut  (les deux Yeux d’Allah) au même titre que leur maître spirituel. Le plus connu et le plus représentatif d’entre eux s’incarne en la personne d’Abû Bakr ibn e-Taïb el Baqallânî, l’auteur des paroles suivantes : « Allah affirme qu’Il est doté de Noms et d’Attributs… » Après avoir énuméré certains Attributs, il poursuit : « Les deux Yeux que le Coran considère clairement comme un Attribut et que confirment les annales venant du Messager (r) communément transmises. Allah dit notamment : [et que tu sois élevé sous nos yeux].[14] »[15]

 

Quatrièmement : ibn ‘Abbâs aurait interprété le Verset : [et le ciel, Nous l’avons édifié avec Notre Aïdin].[16] Selon el Qurtubî, il aurait dit : « avec Notre Force et Notre Puissance. »

 

En réponse, nous disons :

 

Le terme Aïdin n’est pas le pluriel de Yad (Main).[17] Il s’agit du même terme que dans le Verset : [Et évoque Notre serviteur Dâwûd qui était doué de force].[18] El aïd signifie ici la force, du verbe âda yaîdu.

 

Pour celui qui n’en serait pas convaincu, penchons-nous vers l’explication d’Abû el Hasan el Ash’arî dans el ibâna. En réfutation aux jahmites et aux mu’tazilites qui interprètent la Main d’Allah, ce dernier souligne en effet : « Question : certains faibles d’esprit avancent au sujet du Verset : [et le ciel, Nous l’avons édifié avec Notre Aïdin].[19]Comme Aïd a le sens de Puissance, il incombe d’interpréter de cette façon l’autre Verset : [de Mes Mains].[20]

 

Nous répondons que c’est une mauvaise interprétation pour les raisons suivantes :

Premièrement : le Aïdin en question n’est pas le pluriel de Yad. Le pluriel de yad est yaïdî, et le pluriel de yad dans le sens de bienfait est ayâdîn, alors qu’il s’agit ici : [que J’ai créé de Mes Mains].[21] Ainsi, pour Yadayya, il est faux de dire qu’il s’agit du même terme que dans le Verset : [Nous l’avons édifié avec Notre Aïdin]. »[22]

 

Ibn Khuzaïma explique pour sa part : « Certains jahmitesprétendent au sujet du hadîth : « Allah créa Adam de Ses Mains » ; qu’il s’agit de Sa Force, dans le sens où la Main serait la Force. Nous sommes là aussi dans le domaine de la falsification. C’est faire preuve d’une mauvaise connaissance de la langue Arabe, qui donne le nom de force au terme aïd non yad. Celui qui ne sait pas faire la distinction entre ces deux termes a plus besoin de revenir ou d’être ramené à l’école que de s’ériger le titre de savant et le droit de lancer des polémiques. »[23]

 

À suivre…

 

Traduit par :

Karim Zentici

 

 

 

 



[1]Hûd ; 37

[2]Rapporté par ibn Jarîr (12/34), et notamment el Baïhaqî dans el Asmâ wa e-Sifât (p. 396), avec une chaîne narrative jugée potable par les spécialistes.

[3]Hûd ; 37

[4]Tâ-Hâ ; 46

[5]Le mont Tûr ; 48

[6] E-radd ‘alâ e-Mirrîsî (2/831).

[7] El îdhah fî usûl e-dîn (p. 293).

[8]La lune ; 14

[9]maqâlât el islâmiyîn (1/285).

[10]Idem. (1/290).

[11]La lune ; 14

[12]maqâlât el islâmiyîn (1/345).

[13]Idem. (1/271).

[14]Ta-Ha ; 39

[15]El insâf fî bayân sifât Allah ta’âlâ (p. 24).

[16]E-Dhâriyât ; 47

[17]Voir : lisân el ‘arab d’ibn Mazhnûr et mukhtar e-sihâh ; l’auteur du dernier ouvrage explique que seul el Azharî parmi les exégètes et les linguistes lui donnent le sens de main.

[18]Sâd : 17

[19]E-Dhâriyât ; 47

[20]Sâd : 75

[21]Sâd : 75

[22]El ibâna (p. 108).

[23]E-Tawhîd (p. 87).

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Publié par mizab.over-blog.com - dans Ash'arisme
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commentaires

Sa3id 10/11/2014 02:29

BarakaAllaou fik jazakaAllah ou khayran c'est devenu plus clair maintenant franchement continue comme ça j'ai rarement vu un site qui réfute en détail tout les arguments de ces égarés de takfiri et d'ash3ari(j'en étais un avant)comme le tien QU'Allah t'accorde le paradis pour exposer la vérité aussi bien j'ai eu de nombreuses réponses à mes questions presque toutes ici sur ce site grâce à Allah 3azza wa jal et puis à toi BarakaAllah ou fik si seulement y en avait plusieurs comme ça et est-ce que un jour tu pourrais pas faire des articles sur le hadith ahad? car j'ai vu un jour quelqun qui débattait avec des gens il ramenait des paroles de nawawi as shafii comme quoi le khabar ahad n'est pas acceptable dans la croyance et je me demandais si c'était vrai et que y à vraiment divergence et si elle est acceptable et comme je vois que tu répond assez vite(contrairement à d'autres sites).

mizab 10/11/2014 10:55

wa fik baraka Allah !

C'est moi qui te remercie d'avoir fait avancer le sujet et pour tes encouragements !

Sinon, le khabar el ahad est un sujet qui me passionne depuis très longtemps, car il suscite des amalgames au sein même des traditionalistes !

Il mérite une étude à part entière, et je vais y réfléchir sérieusement, jazaka Allah kheir pour l'idée !

Sa3id 09/11/2014 01:51

Salam o 3alaykoum wa rahmatouAllah je pense que y à une contradictioncet ca fait longtemps que ca me tracasse au sujte de ce ibn abi talha dans cette annale la de ibn abbas rapporté par ibn talha vous dites que il eéai pas crédible car il n'a jamais entendu d'ibn abbas mais dans l'autre article au sujet du kufr duna kufr le athar rapproté par lui vous l'avez accepté et cheikh al albani dt que le hadith il est hassan mais en meme temps le hadith de ibn abbas comme quoi il aurait interpreté le verset du jilbab par couvrir tout sauf un oeil est faible car il y à une interruption entre abi talha et ibn abbas et une atre faiblesse dans ce hadith et dans l'article sur le tashri3 vous avez mis plusieurs paroles de savants pour montrer qu'il passait par mujahid et 3ikrima et donc qu'on pouvait se référer à lui dans ses feuillets mais pourquoi ici avec cet athar il est pas authentique il est faible car il y à ibn abi talha et le hadith sur kufr duna kufr la il devient hassan même si il y à ce meme abi talha? pq une fois il est crédible et une fois non? ça serait pas une contradiction?

mizab 09/11/2014 16:16

Ensuite, les annales d'ibn Abî Talha passent par un certain abu salih, un rapporteur de Bukhari qui maitrise mieux ses narrations que Tabari qui viendra plus tard,

L'article sur l'annale d'ibn 'Abbas y fait allusion en disant :

L’auteur de fath el Bârî se charge également de résoudre l’énigme « Abd Allah ibn Sâlih », l’un des Sheïkh d’el Bukhârî, personnage plus que controversé. Son enquête l’amène à distinguer entre deux périodes de sa vie : celle où sa mémoire était bonne, et l’autre, à la fin, où elle devint défaillante. Ainsi, tous ses dires que rapportent les spécialistes les plus aguerris, comme ibn Ma’în, el Bukhârî, Abû Zur’a, et Abû Hatim, on peut les prendre les yeux fermés. Cependant, nous ne pouvons pas en dire autant pour les autres paroles que lui imputent le reste des savants.

mizab 09/11/2014 12:48

L'un des premiers éléments de réponse est de dire que les savants qui accréditent ibn Abî Talha ne le font pas dans l'absolu, mais dans l'ensemble, et ils reconnaissent en même temps que tout n'est pas acceptable chez lui !

Ils ne font que répondre à ceux qui refusent son hadith dans l'absolu sous prétexte qu'il n'a pas rencontré ibn 'Abbas !

Ainsi, chaque hadith mérite une analyse à part entière, sans compte que pour le kufr dûn kufr, il y a des hadith témoins qui viennent l'appuyer, et c'est d'ailleurs ce que sheikh el Albani a fait, ce qui n'est pas le cas du tafsir de la s. nûr qui est munkar :

http://www.ahlalhdeeth.com/vb/showthread.php?t=8686

Ainsi, non seulement tafsir de la s. nûr n'est pas corroboré par d'autres hadith-témoins, mais ils s'opposent clairement aux autres positions d'ibn 'Abbas !


Sinon, est-ce qu'on peut parler de contradiction pour sheikh el Albani, Allah a'lam, je ne me suis pas penché sur la question, en sachant que je ne suis pas un spécialiste, mais quelqu'un y fait peut-être allusion dans le lien plus haut !

ce même sheikh el Albani dit que les feuillets d'ibn Abî Talha sont interrompus, en cela, il est cohérent, et s'appuient sur des hadith témoins pour valider l'annale d'ibn 'Abbas !


Je ramènerais peut-être d'autres éléments plus tard !

mizab 09/11/2014 10:25

wa 'aleikom salem wa rahmat Allah !

C'est une très bonne remarque, fataha Allah 'alaika !

Là, je ne suis pas mentalement disponible, mais dès que je m'y replonges, je posterais des éléments de réponses dans les limites de mes moyens !

Jazaka Allah kheir !