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9 février 2011 3 09 /02 /février /2011 18:14

Ibn ‘Abbâs et le ta-wîl

(Partie 4)

 

Voir :el ashâ’ira fî mîzân ahl e-sunna (p. 567-572) de Faïsal el Jâsim.

 

Huitièmement : ibn ‘Abbâs aurait interprété le terme janb : au sujet du Verset : [ou bien que quelqu’un dise malheur à moi pour avoir été négligeant à l’égard (janb) d’Allah].[1] Selon ce dernier : « … pour avoir délaissé l’obéissance d’Allah, Son Ordre et Sa récompense. Mujâhid, e-Suddî, et el Hasan rapportent la même exégèse.

 

Nous disons en réponse :

 

Personne n’a jamais dit parmi les anciens que le janb était un Attribut d’Allah (I). Pour parler de ta-wîl, il faudrait déjà prouver que certains d’entre eux, le considéraient ainsi. Par conséquent, l’interprétation d’ibn ‘Abbâs et autres ne pose aucun problème. Malheureusement, beaucoup ne tiennent pas compte des variantes sémantiques que peut subir un terme en fonction du contexte et de certains indices. Ce manque de rigueur pousse indubitablement à l’erreur.

 

En réfutation à el Mirrîsî, e-Dârimî fustige : « L’adversaire reprend à son compte l’exégèse du Verset : [ou bien que quelqu’un dise malheur à moi pour avoir été négligeant à l’égard (janb) d’Allah].[2] Il prétend mensongèrement que certains savants pensent à un organe, alors qu’à ses yeux, ce serait une erreur de leur part.

Nous répondons à cet adversaire : le mensonge est insignifiant à tes yeux, et bien léger sur ta langue. Si tu étais vraiment sincère, tu nous indiquerais au moins un seul être humain ayant avancé une chose pareille. Sinon, pourquoi t’en prendre impunément, avec tes mensonges, à des gens qui connaissent bien mieux l’exégèse de ce Verset que toi ? Ces derniers sont mieux verset en tafsîr (ta-wîl) que ton Sheïkh  et toi !

 

En explication à ce Verset, ils disent en effet que les mécréants regretteront profondément d’avoir négligé la foi et les vertus qui attirent vers la personne d’Allah. Ils ont plutôt fait le choix de la mécréance en se moquant des élus d’Allah. C’est la raison pour laquelle, ils les ont qualifiés de « moqueurs ». C’est de cette façon qu’ils ont interprété le janb.

 

Qui t’a informé qu’ils faisaient allusion au flanc physique. Bon nombre de gens simples pénètrent parfaitement le sens de ce Verset, et à fortiori les savants. Abû Bakr e-Siddîq disait : « Le mensonge s’oppose à la foi. » Quant à ibn Ma’sûd, il est l’auteur de ces paroles : « Il n’est pas permis de mentir, même en plaisantant. » Sha’bî affirme pour sa part : « Le grand menteur est un hypocrite. » »[3]

 

Voici le contexte dans lequel s’insère le Verset en question : [ou bien que quelqu’un dise : malheur à moi pour avoir été négligeant à l’égard (janb) d’Allah, alors que je comptais parmi les moqueurs ou alors qu’il dise : si Allah m’avais guidé, j’aurai compté parmi les pieux ou qu’il dise au moment de voir le châtiment devant lui : si c’était à refaire, je compterais parmi les bienfaisants Pourtant, Mes Versets te sont venus, mais, enflé par l’orgueil, tu les a démentis en comptant ainsi parmi les mécréants].[4]

 

Ce passage nous relate les réactions des infidèles qui ont fait preuve d’injustice envers eux-mêmes. Il va sans dire que la plupart d’entre eux ne connaissent rien sur le janb d’Allah, ou, en tout cas, ils ne le reconnaissent pas sur terre. Il est peu probable que le Coran nous informe qu’ils y feront allusion le Jour de la résurrection. En fait, comme le souligne e-Dârimî, les mécréants seront pris ce jour-là par le profond remord d’avoir été négligeant, sur terre, envers Allah. Ils étaient négligents envers les commandements de la religion en enfreignant les interdictions et en délaissant les obligations. Or, ces fameux commandements ne font pas partie d’Allah que ce soit au niveau du janb ou ailleurs. Ils sont extérieurs à Sa Personne, cela semble pourtant élémentaire !

 

Il ne vient nullement à l’esprit en lisant ce Verset que le janb est un Attribut divin. Il fait plutôt allusion à l’obéissance qu’Allah est en droit de recevoir de Ses créatures. C’est le même genre d’annexion que nous retrouvons dans l’expression « sabîl Allah » (la voie d’Allah). Un hadîth va dans ce sens : « Celui qui se fait tuer injustement pour sauver ses biens est un martyr, Celui qui se fait tuer pour sauver sa vie est un martyr, Celui qui se fait tuer pour sauver sa famille est un martyr, Celui qui se fait tuer pour sauver son voisin est un martyr, et Celui qui se fait tué pour Allah (fî janb Allah) est un martyr. »[5]

 

Dans ce registre, nous avons les paroles suivantes d’Abû Dardâ (t) : « Tu ne seras jamais vraiment versé dans le savoir jusqu’à ce que tu déplaises aux gens pour Allah (fî janb Allah) ; puis, en faisant ton autocritique, que tu te rendes compte que tu es plus détestable que tout le monde. »[6] 

 

Khâlid ibn Mi’dân tient le même discours en disant : « Un homme ne sera jamais vraiment versé dans le savoir jusqu’à ce qu’il voit les gens pour Allah (fî janb Allah) comme des chameaux (ou des crottes de chameaux ndt.) ; puis, en faisant son autocritique, il se rend compte qu’il est plus vil que tout au monde. »[7]

 

Dans lisân el ‘arab, ibn Manzhûr explique dans la rubrique ja na ba : « El Farrâ a dit : « Janb signifie proximité ; dans le Verset : [pour avoir été négligent à l’égard (janb) d’Allah]; il veut dire en se rapprochant d’Allah et en faisant partie de Son entourage. Le janb représente la plus grande partie d’une chose. Ex. : c’est peu par rapport à ton consentement (fî janb mawaddatik). »

 

Ibn el A’râbî affirme en explication au passage : [à l’égard (janb) d’Allah] : « En étant proche d’Allah en gagnant le Paradis. »

 

E-Zujâj a dit : « C’est-à-dire si je n’avais pas été négligent sur la route qui mène à Allah, et qu’Il m’a ordonné d’emprunter. Cette route qui est celle de Son unicité et de l’attestation de la prophétie de Son Messager, Mohammed.

D’où l’expression : crains Allah à l’égard (janb) de ton frère et ne dénigre pas son mollet. Autrement dit, ne le tue pas et épargne-lui d’être éprouvé. » »[8]

 

Traduit par :

Karim Zentici

 

  

 

 

 

 

 

 



[1]Les groupes ; 56

[2]Les groupes ; 56

[3] E-radd ‘alâ e-Mirrisî (2/807).

[4]Les groupes ; 56-59

[5]Rapporté par el Hârith dans son musnad, comme le mentionne ibn Hajar dans el matâlib el ‘âliya (9/200).

[6]Rapporté par Ahmed dans e-zuhd (p. 123), ibn Abî Shaïba dans el musannif (7/110), et el Khattâbî dans el ‘uzla (p. 61), avec une chaine narrative authentique.

[7]Rapporté par  ibn el Mubârak dans e-zuhd (p. 99).

[8]lisân el ‘arab d’ibn Manzhûr dans la rubrique ja na ba. 

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Publié par mizab.over-blog.com - dans Ash'arisme
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