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4 mars 2012 7 04 /03 /mars /2012 07:37

 

 

 

 

Hydrangeas

 

 

 

Au nom d’Allah le Très Miséricordieux, le Tout Miséricordieux

 

Ibn Taïmiya et le tarkîb II

(Partie 4) 

 

Voir : el usûl e-latî banâ ‘alaïhâ el mubtadi’a madhhabuhum fî e-Sifât (3/213-269) du D. ‘Abd el Qâdir ibn Mohammed ‘Atâ Sûfî, qui, à l’origine, est une thèse universitaire ès Doctorat.

 

La position des anciens vis-à-vis de ces deux opinions

 

Parfois, les anciens, à l’image de l’Imâm Ahmed, comprenaient le terme « ghaïr » dans le premier sens, et parfois, dans le second. C’est ce qui explique pourquoi il ne faisait pas partie de leur vocabulaire. Ils se méfiaient des expressions à double sens, et qu’affectionnaient les jahmites, car à même d’être modelé en fonction de l’audience.[1] Ces deniers cherchaient à faire passer dans les rangs l’idée que le Coran était créé. Ils piégeaient leurs interlocuteurs avec des questions du genre : le Coran est-il Allah ou bien un autre que Lui ?

 

Ils parvenaient ainsi à déstabiliser leurs adversaires en les entrainant vers la réponse inévitable : Il est un autre qu’Allah ! Ils sortaient alors de leur manche, l’artifice déjà tout préparé : mais toute chose en dehors de Lui est créée !

Par conséquent, si l’on s’en tient à ce raisonnement, le Coran est forcément créé.

 

Les anciens avaient deviné l’astuce qu’ils conjuraient en leur renvoyant la question, mais cette fois, avec le Savoir. C’est exactement ce que fit l’Imâm Ahmed qui fut confronté, lors de son grand débat inquisitoire avec les jahmites, à cette question fourbe. En retour, il leur fustigea au nez : « Et vous, qu’est-ce que vous dites sur le Savoir d’Allah ? Est-il Allah ou bien un autre que Lui ? » Ils en eurent le bec cloué, comme dirait L’autre ![2] L’astuce, c’est qu’il n’est pas possible de dire que le Savoir d’Allah est créé.[3]

 

Ayant plus d’un tour dans son sac, l’Imâm Ahmed leur avait réservé une autre réponse.[4] Bref, ce qui nous intéresse ici, c’est que les anciens refusaient d’entrer dans le jeu des jahmites. Néanmoins, il incombe de relativiser quelque peu ce propos. Ce refus ne les empêchait pas en effet, d’interroger, par condescendance, sur ce qu’on entend par « ghaïr » comme ils le faisaient d’ailleurs avec les autres termes ambigus.

 

Dire que l’Attribut est Allah ou bien un autre que Lui est une affirmation à double tranchant ; en répondant qu’il n’est pas Lui, on laisse entendre qu’il est distinct de Lui, et en répondant qu’il est Lui, on laisse entendre qu’Il ne fait qu’un avec Son Attribut. Dans le premier cas, nous disons que l’attribut d’un objet créé n’est pas distinct de lui, alors que dire de celui du Créateur ! Quoi qu’il soit possible de dire qu’il n’est pas Lui pour distinguer entre le sujet et son attribut.[5]  Ainsi, il devient clair que les anciens avaient recours à l’istifsâl sur ce point comme sur tant d’autres. Si on entend par « ghaïr » que le sujet est distinct de l’attribut, ils le refusent dans ce sens-là, en maintenant que le sujet n’est pas différent de l’attribut (le savoir n’est pas séparé de son essence). La raison, c’est que les attributs sont inhérents à l’essence ; ils n’en sont ni l’agent ni la cause à son origine.[6]

 

Dans le cas des créatures, les attributs essentiels s’éteignent avec la disparition, voire l’affaiblissement de l’essence. Dans ce sens, ils sont déficients et dépendants d’elle. Dans le cas du Dieu Vivant qui ne meurt pas, du Subsistant qui n’est pris ni par la somnolence ni par le sommeil, du Maitre absolu (Samad) vers qui se tourne toute la création pour ses besoins, la chose est littéralement différente. Ses Attributs sont inhérents à Lui et nécessaires, car Il détient la perfection absolue et est exempt de tout défaut. L’un ne va pas sans l’autre.[7] C’est la raison pour laquelle, le Messager d’Allah (r) ne voyait pas d’inconvénient à ce qu’on jure par l’un des Attributs divins, étant donné que cela ne revient nullement à jurer par un autre qu’Allah.[8] 

 

Cependant, si on entend par « ghaïr » qu’il est possible de connaitre le sujet sans connaitre certains de ses attributs, dans ce cas, et seulement dans ce cas, il n’y a aucun inconvénient à cela. Il va sans dire que le Savoir est différent du Savant, que la Puissance est différente du Puissant, et ainsi de suite.[9]

 

3- L’iftiqâr

 

La dépendance entre également dans l’ensemble des termes ambigus, d’où, pour ne pas changer, le fameux istifsâl. Nous avons vu qu’aux yeux des négateurs Allah n’a pas d’Attributs, car cela reviendrait à dire qu’Il est constitué de Ses parties (les Attributs), et serait, par, conséquent, dépendant d’elles. Mais, qu’entendent-ils par « dépendant » ?

1-              S’agit-il d’une relation de cause à effet ou d’agent et de « patient », dans le sens où la partie d’une chose est soit son agent soit sa cause ? Il va sans dire que cette conception de l’attribut est complètement aberrante.[10]

2-              S’agit-il d’une relation de condition à conditionné, dans le sens où une chose dépend de ses parties. Il y a entre eux une relation d’interdépendance, dans le sens où l’un ne va pas sans l’autre, et que l’un ne peut exister sans l’autre. C’est exactement la relation qui existe entre un sujet et ses attributs. L’existence d’un ensemble est forcément tributaire de ses parties ; il est conditionné à leur présence ; le sujet nécessite donc ses attributs, puisqu’il en est doté et qu’ils sont inhérents à lui.[11]

 

Ainsi, l’Être nécessaire ne peut être tributaire d’un agent extérieur à Lui, mais cela ne l’empêche pas d’avoir des Attributs inhérents à Son Essence. Lorsqu’on le désigne, on fait allusion à l’ensemble ; soit à l’Essence et aux Attributs. Dire qu’Il est dépendant de Ses Attributs, cela revient à dire qu’Il est dépendant de Lui.[12]

 

Explication

 

Il n’est pas faux de dire qu’une chose ne peut existe sans sa « personne », son étant, son être, appelez cela comme vous voulez. Comme il n’est pas faux de dire qu’une chose ne peut exister sans les éléments qui sont à l’intérieur de son être, que l’on peut appeler parties ou attributs. On peut objecter que cela sous-entend un état de dépendance, mais nous répondons que cette dépendance est moins évidente que la première qui lie l’existence d’une chose à celle de son être, ou pour être plus explicite, qui fait dépendre une chose de son être. Si une chose ne peut exister sans son être, à fortiori, elle ne peut exister sans les éléments qui constituent son être, c’est logique !

 

On peut renchérir que Dieu ne peut exister sans Son Être. Ce à quoi nous répondons que cela n’empêche nullement qu’Il soit nécessaire en Lui-même.

 

On peut nous dire enfin qu’Il ne peut exister sans les éléments qui entrent sous Son appellation et avec lesquels on peut Le désigner. Alors, nous répondons qu’à fortiori, que cela ne n’empêche nullement qu’Il soit nécessaire en Lui-même. Il est plus évident en effet d’être dépendant d’un ensemble ou d’un tout, que de n’être dépendant que d’une partie de cet ensemble, c’est logique !

 

Ex. : il est plus éloquent de dépendre de l’ensemble constituant le nombre dix que de ne dépendre que d’un seul des chiffres composant le nombre dix.

 

Ainsi, si l’ensemble d’une chose est dépendant de son être, alors, à fortiori, cela n’empêche pas que cet ensemble soit dépendant de l’une de ses parties ou de ses unités.[13]

 

En plus clair

 

La foi et la raison s’accordent à dire que le Dieu Riche par excellence n’est dépendant d’aucune de Ses créatures. Cependant, est-il sensé de dire qu’Il dépend ou qu’Il a besoin de Son Être, étant donné que Son Être ne subsiste que par Son Être ?[14]

Pour bien comprendre la réponse, il incombe de garder à l’esprit ce qu’on entend par l’expression : Dieu dépend de Son Être. Celle-ci sous-entend deux choses à la fois :

 

-               Soit elle sous-entend que son existence dépende de Son action ou qu’Il se fasse Lui-même, ce qui est complètement absurde.

-               Soit elle sous-entend qu’Il ne peut exister que par Son Être et qu’Il ne peut se passer de Son Être. Dans ce cas, il n’y a aucun mal à dire cela, en sachant qu’Il ne dépend de rien ni personne en dehors de Lui-même, ce qui est élémentaire.[15]

 

Ayant passé cette étape, il reste la question de savoir s’il est pertinent de dire qu’Il est dépendant des éléments qui entrent sous l’appellation de Son Être, et que l’on peut appeler parties, attributs, etc.

 

En fait, cela dépend, encore une fois, de ce qu’on entend par là. Si on entend qu’Il dépend de ces parties ou de ces attributs dans le sens où ils sont les agents à l’origine de Son Existence, nous disons non. Mais si on entend que l’ensemble dépend de ses parties, alors là, nous disons oui. En sachant qu’il est plus normal de dire qu’Il dépend des parties de Son Être que de dire qu’Il dépend de Son Être, alors réfléchissez !

 

La raison

 

Quand on dit que « dix » dépend de « dix », cela ne veut pas dire qu’il dépend d’autre chose. Allah a le plus haut des exemples, mais quand on dit qu’Allah dépend de Son Être, cela ne veut pas dire qu’Il dépend d’autre chose. On peut toujours avancer que « un » dépend de « dix », mais c’est uniquement dans la mesure où la partie dépend de son tout. On peut donc avancer sans crainte et à fortiori, que le tout dépend de son tout. Il est, en effet, plus évident pour un tout de dépendre de ses parties que de dépendre de son tout.

 

Si cela est clair, en restant dans ce registre, il devient facile de comprendre qu’il est plus concevable de dire qu’Allah dépend des éléments qui composent Son Être, Ses Attributs, que de dire qu’Il dépend de Son Être. Ce constat ne s’oppose nullement à un autre constat, soit qu’Allah est nécessaire en Lui-même.[16]

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

 

 



[1] Idem. (3/336).

[2] Idem. (3/337).

[3] E-safdiya (1/107).

[4] E-radd ‘alâ el jahmiya wa e-zanâdiqa de l’Imâm Ahmed (p. 110).

[5] El jawâb e-sahîh li man baddala dîn el Masîh d’ibn Taïmiya (2/154).

[6] Idem. (2/149).

[7] Naqdh asâs e-taqdîs (1/508).

[8] Idem.

[9] Bughiya el murtâd d’ibn Taïmiya (p. 426).

[10] Naqdh asâs e-taqdîs (1/508).

[11] Idem.

[12] E-safdiya (1/110).

[13] Idem.

[14] Majmû’ el fatâwâ (6/348).

[15] E-safdiya (1/111).

[16] Idem.

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Publié par mizab - dans Ash'arisme
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