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5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 07:22

Hydrangeas

 

 

Au nom d’Allah le Très Miséricordieux, le Tout Miséricordieux

 

Ibn Taïmiya et le tarkîb II

(Partie 5) 

 

Voir : el usûl e-latî banâ ‘alaïhâ el mubtadi’a madhhabuhum fî e-Sifât (3/213-269) du D. ‘Abd el Qâdir ibn Mohammed ‘Atâ Sûfî, qui, à l’origine, est une thèse universitaire ès Doctorat.

 

Remarque

 

Les innovateurs ont leur propre conception de la relation qui existe entre un sujet et ses attributs. Loin de respecter les exigences de la langue, ils parlent de « parties » dont serait composé un sujet. Or, on peut certes leur concéder ce vocabulaire par commodité, mais l’essentiel est de savoir qu’il est matériellement impossible de trouver un sujet dénué de ses attributs. Quand on parle de Dieu, il est impossible de se Le représenter sans Ses Attributs parfaits. Ces derniers font partie intégrante de Sa réalité. Dans ce sens, on ne peut les dissocier de Son Être. On peut certes dire qu’ils sont différents de Son Être, mais quand on évoque Son Nom, on fait allusion à l’addition des deux (Être + Attributs).

 

Ainsi, si les Attributs d’Allah sont autre chose que Son Essence, ils ne sont pas extérieurs à Lui, et ne sont pas autre chose que Son Nom.[1] Il n’est donc pas pertinent d’avancer qu’Allah peut se passer de Ses Attributs parfaits.[2] C’est ce qui nous pousse vers l’étape suivante de notre discours.

 

Les Attributs sont-ils supplémentaires à l’Essence ?

 

C’est le genre d’expression à double tranchant. Si on entend par là qu’Allah a une Essence qui existe par elle-même sans n’avoir besoin d’Attributs, alors nous répondons qu’elle est complètement erronée. Néanmoins, elle peut vouloir dire que les Attributs sont supplémentaires à l’Essence dans le sens où ils sont différents d’elle et qu’il est possible mentalement de faire cette distinction. Dans ce cas, il n’y a pas de mal à l’utiliser, tout en sachant que dans la réalité, il ne peut y avoir une essence dissociée des attributs qui la particularisent. En outre, les anciens et les grandes références traditionalistes n’ont jamais imaginé une Essence dépourvue de ses Attributs, avant qu’on puisse leur faire dire que ces Attributs étaient supplémentaires à l’Essence ![3]

 

Mais encore ?

 

Ce point mérite de plus amples explications. Pour mieux comprendre la chose, il incombe de se pencher sur le terme dhât (essence) qui est le féminin de dhû. Notons tout d’abord qu’au départ, il n’était jamais utilisé seul, dans le sens où il était associé à un autre terme avec lequel il avait un rapport d’annexion (idhâfa). En l’occurrence, concernant Dieu, il était annexé à Sifât. Dhât Sifât désigne un Être qui est doté d’Attributs. En d’autres termes, Allah est doté du Savoir, de l’Ouïe, de la Vue, etc. Les anciens ne l’utilisaient dans aucun autre sens. C’est seulement avec l’avènement du kalâm qu’il prit une nouvelle extension. Il désigne désormais pour les mutakallimîns une Essence dépourvue d’Attributs.

 

Certes, certains textes font mention de « Dhât Allah ». Selon un hadîth authentique notamment : « Ibrahim n’a jamais menti, sauf dans trois situation ; mais à chaque fois, il le faisait pour Dhât Allah. »[4] Il le faisait pour gagner Son Agrément, et plaire à Son Visage. Il existe une relation de possession entre dhât et le nom qui l’accompagne. [Allah connait ce qu’il y a dans les cœurs].[5] Il connait le fond des pensées qui sont cachées dans les poitrines (dhât e-sudûr). Il y a donc une relation de possession entre la poitrine et les pensées qu’elle renferme.

 

Dhû/dhât peut être annexé à des noms communs (dhû ‘ilm désigne une personne qui a du savoir, ‘aïn dhât mâ est une source ayant de l’eau) ou a des noms propres (dhû ‘Amr).

 

Par ailleurs, dhât exprime également une relation entre les attributs et le sujet (nafs) avec lequel ils sont annexés. Ex. : nafs dhât ‘ilm désigne une personne douée du savoir. Néanmoins, la langue ne s’encombre plus d’un tel procédé et, pour faire court, passe directement au terme dhât qui remplace désormais le sujet. Ainsi, par extension, dhât utilisé sans annexion est synonyme de nafs désignant une entité ou une personne qui possède ou qui est dotée d’attributs.[6]

 

Or, cette relation de possession que renferme le terme dhât demeure toujours, mais implicitement. Il ne peut y avoir un sujet sans attributs, du noir sans couleur, un savoir sans savant, ou un savant sans savoir.[7]

 

Désormais, l’article « el » dans e-dhât qui est la contraction d’el dhât, remplace ou compense cette relation implicite. Dans le cas de Dhât Allah, on comprend automatiquement qu’il existe une relation indissociable entre l’Essence d’Allah et Ses Attributs essentiels. Allah est doté de la Vie, du Savoir, de la Puissance, etc.

 

Retour à la question

 

Si cela est clair, à quoi bon se demander si les Attributs sont ou non supplémentaires à l’essence ? L’intérêt d’une telle question se fait ressentir lorsque les jahmites entrent en scène. Ces derniers ne conçoivent pas qu’Allah soit doté d’Attributs parfaits. Ils reprochent aux musulmans d’ajouter des Attributs à l’Essence divine. Les longues polémiques qui opposèrent à travers l’Histoire les jahmites à leurs détracteurs, toute tendance confondue, engendrèrent le principe selon lequel les Attributs sont supplémentaires à l’Essence. Les détracteurs des jahmites ne voulaient pas dire par là que l’Essence se distinguait des Attributs, mais ils réfutaient la conception jahmite selon laquelle l’Essence était dépourvu d’Attributs. Une telle représentation est purement mentale, mais elle est concrètement impossible. C’est comme s’imaginer, toute proportion gardée, un palmier sans tronc, sans feuille, ni racine, etc.

 

Ainsi, tout devient plus clair et se dissipe la confusion que pouvaient faire régner des termes comme « supplémentaires », « ajoutés », « additionnés ». Il est faut d’en comprendre qu’on ajoute quelque chose à ce qui est déjà complet. Cependant, ils apportent un renseignement supplémentaire sur le crédo du musulman, soit qu’Allah est doté d’Attributs.[8]

 

Une seule unité ne peut procéder de l’Un

 

Pour finir, il nous reste à discuter du principe « métaphysique » selon lequel, Dieu est Un et une seule unité ne peut procéder de Lui. Les philosophes ont mis sur pied ce principe en vue d’exempter Allah de tous Ses Attributs. Or, ce malheureux principe implique deux choses encore plus tristes que celles auxquelles ils voulaient échapper !

 

Ce principe implique de renier l’une des plus grandes particularités d’Allah

 

Il faut savoir tout d’abord que toutes les créations sont dépendantes les unes les autres, et qu’il n’en existe aucune qui aurait une autonomie absolue. Elles ont besoin de s’associer et de s’entraider dans leurs actions qui deviennent effectives à condition qu’aucun obstacle ne vienne les contrecarrer.[9] En dehors d’Allah, rien ni personne n’est capable de faire quoi que ce soit sans s’appuyer sur une aide extérieure ou sur une cause qui est indépendante de sa volonté. Allah est le Créateur absolu et le Seigneur absolu, et personne d’autre que Lui ne mérite une telle désignation.[10]

 

Il est donc faux et complètement aberrant de dire qu’une seule unité ne peut procéder de l’Unique, étant donné qu’Il est le Seul Créateur de toute chose et qu’il n’existe aucune créature autonome.[11]

 

Ex. : les rayons du soleil ont certes une cause naturelle que l’on peut matériellement expliquer, mais le soleil n’est pas le seul à intervenir dans ce phénomène ; ils sont en effet le résultat d’une réflexion sur un corps extérieur. Leur présence réclame deux choses : la présence d’un corps, et l’absence d’obstacle (ex. : un rideau) qui les empêcheraient de parvenir à ce corps.[12]

 

Résultat : toutes les créations sont impuissantes et tributaires d’autre chose.[13] Avec ce principe, nos « amis » philosophes ne font rien d’autre que de « mutiler » l’une des grandes particularités du Seigneur de l’Univers, et qui n’est autre que l’indépendance et l’autonomie absolue.

 

Ce principe implique de mentalement se représenter une chose qui n’a aucune existence extérieure

 

Nous avons déjà expliqué ce point dans les lignes précédentes, et nous en reparlerons,  in shâ Allah, dans la prochaine série d’articles qui sera consacrée aux deux plus grands arguments que les tenants du tarkîb utilisent pour conforter leur tendance.

 

Wa Allah a’lam !

 

 

Par : Karim Zentici

 

 

 

 



[1] Idem. (1/108-109). 

[2] Majmû’ el fatâwâ (5/283).

[3] Idem. (17/161).

[4] Rapporté par Bukhârî (3/461), et Muslim (4/184).

[5] La duperie mutuelle ; 4

[6] E-safdiya (1/109).

[7] Idem.

[8] Idem. (1/108).

[9] Dar-u ta’ârudh el ‘aql wa e-naql (9/338).

[10] Idem. (9/369).

[11] E-tadmûriya (p. 211).

[12] Dar-u ta’ârudh el ‘aql wa e-naql (9/339).

[13] Idem. (9/340).

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Publié par mizab - dans Ash'arisme
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