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28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 08:05

Hydrangeas

 

Au nom d’Allah le Très Miséricordieux, le Tout Miséricordieux

 

Ibn Taïmiya et le tarkîb - Chapitre 2

(Partie 3) 

 

Voir : el usûl e-latî banâ ‘alaïhâ el mubtadi’a madhhabuhum fî e-Sifât (3/213-269) du D. ‘Abd el Qâdir ibn Mohammed ‘Atâ Sûfî, qui, à l’origine, est une thèse universitaire ès Doctorat.

 

Objection

 

Pour nos innovateurs, dire qu’Allah est doté d’Attributs, c’est reconnaitre une pluralité d’Êtres nécessaires ou d’Anciens.

 

En réponse, nous disons que l’Attribut de la divinité n’est pas une divinité, de la même façon que l’attribut d’un homme n’est pas un homme, etc.[1] Par définition, un attribut n’existe pas par lui-même et n’a aucune « autonomie », mais il existe par la présence de son essence. Pour les Attributs divins, on dit qu’ils sont anciens et nécessaires dans le sens où ils sont inhérents à l’Essence divine. Ainsi, il n’y a pas de mal à dire que Dieu est nécessaire dans le sens où aucun agent extérieur n’agit sur Lui ; et Il est Ancien dans le sens où Il n’a pas de début.[2] Ces deux caractéristiques ne concernent pas uniquement l’Essence, puisque, comme nous l’avons vu, il n’y a pas d’Essence sans Attributs, avant qu’on puisse parler d’ancienneté et de nécessité qui désignent à la fois, rappelons-le, l’Essence et les Attributs.[3]

Le Dieu Ancien et nécessaire est doté d’une Essence qui réclame nécessairement des Attributs parfaits.[4]

 

Soulignons enfin qu’aux yeux de la plupart des gens sensés de toute confession, l’ancienneté et l’existence nécessaire sont indissociables ! Aucune secte notoire ne vient contester ce point…[5]

 

Le principe selon lequel le « composé » est dépendant de ses parties

 

Selon ce principe, tout « composé » est dépendant de ses éléments et de ses parties, en sachant que ses parties sont différentes de lui ; cela veut dire dans le cas de l’Être nécessaire qu’il perdrait sa particularité de « nécessaire », car il serait ainsi dépendant d’une cause extérieure à lui. D’où, le verdict sans appel, Allah n’a pas d’Attributs ![6]

 

Or, cet argument repose sur des termes qui sont tous aussi ambigus les uns que les autres. C’est ce qui nous oblige à nous rabattre sur l’istifsâl.[7] Nous avons vu précédemment que les négateurs ne peuvent renier ouvertement les textes, alors ils ont recours à une technique. Ils utilisent des termes ambigus afin de cacher leurs intentions à ceux qui n’ont aucune expérience de leur vocabulaire. Puis, ils mettent en avant que leur ambition est d’exempter le Seigneur de tout défaut.[8] L’Imam Ahmed l’avait bien compris, lui, l’auteur de la phrase célèbre : « Ils utilisent un vocabulaire ambigu afin d’induire en erreur les ignorants avec leurs arguments fallacieux. »[9]

 

C'est pourquoi nous allons, dans les prochaines lignes, reprendre ses termes un par un afin de les décortiquer. Nous avons déjà discuté du tarkîb et du wâjib el wujûd, il nous reste ici à aborder les vocables suivants : partie (juz-u, ba’dh), l’altérité (el ghaïr), et la dépendance (iftiqâr).

 

1- juz-u, ba’dh

 

Le vocable « partie » utilisé pour parler du Créateur est ambigu. Il peut vouloir dire plusieurs choses dans la langue arabe et le vocabulaire des anciens :

 

      A- ce qui est engendré

 

Comme le phénomène de procréation chez les êtres vivants. L’enfant est une partie de son père, et le fruit de sa semence, le sperme.

 

B- L’élément d’un tout

 

Comme les parties des corps créés qui acceptent la division et la séparation (animaux, végétaux, bois, feuilles, nourriture, construction, vêtements, etc.).

 

C- La constitution de divers éléments pour faire un tout

 

Comme dans le Verset : [De la forme qu’Il veut, Il t’a constitué].[10]

 

      D- Il peut avoir d’autres sens qui reviennent aux précédents

 

Il va sans que le terme « partie » ne convienne nullement dans ce sens-là pour décrire Allah… Or, si nous sommes d’accords avec les partisans de la théorie du tarkîb sur ce point, il convient, malgré tout, de souligner qu’aucun musulman ne sait jamais aventurer à dire une chose pareille.[11] Il existe trois sortes de corps qui sont soumis à la décomposition :

1-      Les corps « mous » qui se décomposent facilement.

2-      Les corps « durs » qui se décomposent difficilement.

3-      Les corps qui, d’ordinaire, ne se décomposent pas, bien que ce soit possible ; ex. : une montagne pulvérisée en petits morceaux, et la dégradation des cieux à la fin des temps.[12]

 

Les Attributs sont-ils une partie de l’Essence divine ?

 

« Partie » peut avoir deux sens dans le vocabulaire des innovateurs :

A-              Aucune « partie » de l’Essence ne se distingue d’une autre, dans le sens où nous ne nous faisons aucune distinction entre les Attributs que nous connaissons et ceux qui nous sont inconnus.

B-               Allah n’a aucun Attribut essentiel (la Vie, le Savoir, etc.). Cette signification est inacceptable à l’unanimité des gens sensés, car il n’y a rien de mieux pour décrire le néant.

 

Dans aucune Langue au monde, on n’emploie le terme « partie » pour parler de cette façon des attributs d’une entité quelconque. Cet usage du terme est purement conventionnel, et propre aux innovateurs. juz-u n’est pas utilisé non plus pour désigner les « parties » connues d’une entité, car ce n’est pas de cette façon qu’on distingue n’importe quelle entité existante. Chaque chose dans l’existence se distingue par une réalité qui lui est propre (l’ancien se distingue du contingent, etc.). Il n’est naturellement pas possible de tout savoir sur elle pour qu’on puisse dire que ses « parties » connus sont différentes de ses « parties » inconnues.

 

En outre, il est tout à fait possible de connaitre Dieu progressivement, en sachant, par exemple, dans un premier temps qu’Il est savant ; et, par la suite, en découvrant qu’Il est également Voyant et Entendant. La vision d’Allah est de cet ordre…

 

En refusant d’utiliser le terme « partie » pour parler des Attributs divins, cela revient à renier l’existence même de la divinité en la comparant au néant.[13]

 

2- el ghaïr

 

Le vocable « altérité » utilisé pour parler du Créateur est tout aussi ambigu. C’est pourquoi, il incombe de demander ce qu’on entend par là. Après une enquête minutieuse du terme, nous nous rendons compte que deux significations notoires s’en dégagent.

 

      A- L’opinion des sifâtiya

 

Pour ceux qui adhèrent en tout ou en partie aux Attributs divins, l’altérité est un rapport de comparaison qui permet de distinguer entre deux choses, dans le sens où il est permis de les séparer ou de les différencier grâce à l’un des critères suivants : le temps, l’espace, l’existence ; ou dans le sens où il est permis à l’un d’exister sans l’autre.[14]

 

Par rapport à cela, la séparation ou la différenciation d’un tout ou d’un attribut de son essence est éventuelle, non obligatoire.[15] On peut entendre dire les tenants de cette tendance que les attributs ne sont pas le sujet, mais qu’ils ne sont pas non plus différents du sujet.[16]

 

Cette tendance se divise donc en deux groupes :

 

Les uns : ne réunissent pas entre deux privations ou négations. Ils ne disent pas que les attributs ne sont pas le sujet, et ils ne disent pas qu’ils sont autre chose.[17] Abû el Hasan el Ash’arî, qui rallie ce groupe, avance que le Savoir, par exemple, n’est pas Allah Lui-même, et que les Attributs divins sont distincts les uns les autres. Allah est Ancien, et les Attributs sont anciens. Cependant, en réunissant les deux allégations, on ne dit pas que tous (le sujet et les Attributs) sont anciens, de la même manière qu’on ne dit pas qu’il n’est ni Lui ni un autre.[18]

 

Les autres : réunissent entre deux négations. Ils disent que les attributs ne sont ni le sujet ni autre chose. Les tenants de ce groupe, à l’image d’el Bâqallânî, prétendent qu’il y a deux anciens : le sujet et les attributs.[19]

 

B- L’opinion de leurs adversaires

 

Pour leurs adversaires (certains mu’tazilites, karrâmites, shiites, mutafalsifa, etc.), l’altérité est un rapport de comparaison qui permet de distinguer entre deux choses, dans le sens où il est permis d’en connaitre une tout en ignorant l’autre. Selon cette conception, le sujet est différent des attributs.[20] Pourtant, ses tenants ont une approche différente par rapport aux Attributs ; quand les mu’tazilites les renient carrément, les karrâmites les reconnaissent à outrance en frôlant avec l’anthropomorphisme.

 

En tout cas, une chose est sûre, c’est qu’ils se contredisent autant les uns que les autres en soutenant que le sujet est différent des attributs.[21]

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

 



[1] Minhâj e-sunna (1/130).

[2] Minhâj e-sunna (1/131-132).

[3] E-tadmûriya (p. 118).

[4] Dar-u ta’ârudh el ‘aql wa e-naql (5/46).

[5] Majmû’ el fatâwâ (1/49).

[6] Minhâj e-sunna (3/298).

[7] Idem. (2/164, 541).

[8] Dar-u ta’ârudh el ‘aql wa e-naql (1/275), et majmû’ el fatâwâ (13/304-305).

[9] E-radd ‘alâ el jahmiya wa e-zanâdiqa de l’Imâm Ahmed (p. 85).

[10] La fissure ; 8

[11] Minhâj e-sunna (1/165).

[12] Naqdh asâs e-taqdîs (1/50).

[13] Idem. (1/52).

[14] Idem. (1/508).

[15] Idem. (1/508).

[16] Dar-u ta’ârudh el ‘aql wa e-naql (5/49).

[17] Idem.

[18] Risâla ilâ ahl e-thaghr d’Abû el Hasan el Ash’arî (p. 219).

[19] El insâf (p. 59-60), et tamhîd el awâil wa talkhîs e-dalâil (p. 244-255) d’el Bâqallânî.

[20] Naqdh asâs e-taqdîs (1/50).

[21] Majmû’ el fatâwâ (3/336).

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Publié par mizab - dans Ash'arisme
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