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17 décembre 2011 6 17 /12 /décembre /2011 08:58

3372 FOR T SOMBRE

Ibn Taïmiya et le tarkîb 

(Partie 1)

 

Voir : el usûl e-latî banâ ‘alaïhâ el mubtadi’a madhhabuhum fî e-Sifât (3/147-210) du D. ‘Abd el Qâdir ibn Mohammed ‘Atâ Sûfî, qui, à l’origine, est une thèse universitaire ès Doctorat.

 

Chapitre I : approche globale

 

Comme à son accoutumé, ibn Taïmiya à deux approches pour détruire les procédés sur lesquels s’appuient les négateurs pour renier en tout ou en partie les Attributs divins. Ces procédés sont au nombre de trois : le dalîl el a’râdh wa hudûth el ajsâm, que nous verrons ultérieurement in shâ Allah ; le dalîl el ikhtisâs que nous verrons également ; et le dalîl e-tarkîb que nous venons d’aborder et qui est l’arme vitale des mutafalsifa et l’une des deux cartouches dont disposent les mu’tazilites (leur arme favorite étant dalîl el a’râdh wa hudûth el ajsâm) pour renier les Attributs divins.[1] Sa première approche est d’ordre général…

 

Pour commencer, nous disons que le terme tarkîb est ambigu, étant donné qu’il renvoie à plusieurs sens possibles ; soit, à son sens étymologique et au sens technique que les philosophes et mutakallimîns lui donnent et qu’ils ont ajouté à leur vocabulaire. Sheïkh el islam ibn Taïmiya explique que les  grandes références interdisaient d’utiliser les expressions nouvelles dont le sens est vague et ambigu ; des expressions qui mélangent le vrai et le faux (qui induisent en erreur ndt.). Celles-ci sont, en effet, susceptibles de porter à confusion et de créer des polémiques et des dissensions ; contrairement à celles qui ont une origine dans les textes ou celles dont les anciens ont éclairé le sens ; celles-ci engendrent l’union et le savoir.[2]

 

En fait, les négateurs ne peuvent renier ouvertement les textes, alors ils ont recours à une technique. Ils utilisent des termes ambigus afin de cacher leurs intentions à ceux qui n’ont aucune expérience de leur vocabulaire. Puis, ils mettent en avant que leur ambition est d’exempter le Seigneur de tout défaut.[3]

 

Paradoxalement, ces innovateurs donnent des sens à ces termes ambigus qui ne puisent leur origine ni dans les textes du Coran et de la sunna, ni dans la langue arabe. Puis, ils s’en servent pour s’insurger contrer le vrai sens de ces termes.[4]

 

Quant aux anciens, ils taxent d’innovateurs les partisans de ces termes ambigus, et s’attachent fidèlement à ceux qui sont légitimés par les textes. Cependant, ils ne rejettent pas pour autant ces termes (ambigus) d’un seul bloc. Sur la forme, ils sont certes intraitables, car on ne rend pas un mal par un mal, dans le sens où on ne combat pas les réfractaires à la Révélation avec des moyens qui sont contraires à la religion.[5] Cependant, sur le fond, leur approche est d’interroger leurs partisans sur le sens qu’ils leur donnent.[6] Ils les acceptent sur le fond à condition qu’ils soient conformes aux textes, sinon, ils les refusent catégoriquement.[7] Ainsi, une enquête minutieuse s’impose, car, comme nous l’avons vu, ces termes ont un double sens, et il ne serait pas pertinent d’en bannir un (le vrai) sou prétexte de bannir l’autre (le faux), pour ensuite sombrer dans l’extrême opposé et devenir soi-même un innovateur.[8] C’est pourquoi, fidèles à leurs principes, les traditionalistes prônent l’istifsâl.

 

L’istifsâl

 

Nous avons vu précédemment, que si, sur la forme, le terme tarkîb est rejeté pour parler de Dieu, il incombe cependant, sur le fond, d’interroger sur ce qu’on entend par là. C’est ce qu’on appelle l’istifsâl. En revenant à ses différentes définitions, nous comprendrons mieux de quoi il en retourne.

 

La définition du tarkîb ou du murakkab

 

A- Au niveau de la langue

 

1- Au niveau de la langue, le terme murakkab est le participe passé du verbe rakkaba, comme jamma’a/mujamma’, allafa/muallaf, harraka/muharrak. Dans ce registre, nous avons le Verset : [De la forme qu’Il veut, Il t’a constitué].[9] On dit également rakabtu el bâb pour exprimer qu’on a monté, installé une porte.[10] Ainsi, le premier sens de murakkab, c’est d’être constitué ou installé par autrui dans le sens où on subit l’action.

 

Or, pour certains savants, murakkab concède certaines nuances qui s’élèvent au nombre de trois.

 

B- Dans l’usage

 

      2- Un peu comme dans le premier sens, murakkab désigne également les éléments séparés qui sont montés les uns aux autres par une main extérieure (fabrication, plats, vêtements, constructions, etc.).[11] Il va sans dire que de désigner Allah en faisant allusion à ces deux premiers sens est un blasphème impardonnable. Il n’est même pas permis de les utiliser pour certaines créations, alors que dire du Créateur ?[12] Or, il convient de préciser que, bien que ce soit le pire des blasphèmes, aucune secte notoire ne s’est jamais aventurée à traiter Allah de la sorte.[13]

      3-  Murakkab peut renvoyer à tous les corps qui sont composés de parties distinctes, comme les membres et les organes qui composent le corps humain. Certes, l’homme fut créé sous la forme compacte sous laquelle nous le voyons, mais il est possible de lui enlever ou oblitérer certains membres. En cela, il est divisible. Il va sans dire également qu’Allah est exempt d’une telle particularité.[14]

 

      4- Murakkab peut renvoyer enfin aux éléments simples comme l’eau qui acceptent la séparation. Ici, même remarque, soit qu’Allah est exempt d’une telle particularité.[15]

 

Il est plus grave de dire qu’Allah est composé dans le sens où Il accepte la division et la répartition, que de dire qu’Il engendra un enfant, qui serait une partie de Lui séparée de Son Essence.[16] Allah est le Samad qui refuse d’avoir été composé par des éléments disparates ayant été rassemblés, mais qui refuse aussi d’être composé d’un seul bloc, mais acceptant la division comme le corps humain.[17]

 

Aucune des quatre acceptions répertoriées par la langue et les savants ne convient pour désigner l’Un, le Seul et l’Unique, le Maitre absolu qui n’a pas engendré ni n’a été engendré, et dont nul n’est égal à Lui.[18] La première d’entre elles est la seule fidèle à sa définition étymologique. Quant à la deuxième et à la troisième, celles-ci furent proposées par certains savants.[19] Quant à la dernière, elle s’inscrit dans la continuité de la troisième.

 

C’est ici que l’istifsâl entre en scène, et qu’on est en droit de se demander ce qu’on entend par le tarkîb qu’on refuse d’attribuer au Très-Haut. Est-ce qu’on entend l’un des quatre sens évoqués plus haut ? Si la réponse est oui, alors nous sommes d’accords,[20] mais…

 

C- La définition du tarkîb chez les dissidents à la Révélation

 

Mais, malheureusement, les mutafalsifa et les mutakallimîn ne l’entendent pas de cette oreille. Les seconds vont plus loin en soutenant que le terme murakkab convient à tout ce qu’il est possible de connaitre en partie, ou pour laquelle il est possible d’avoir accès à ses caractéristiques avant d’autres, voire aux dépens des autres. Pour appliquer cette définition au Tout-Puissant, cela consiste à savoir, par exemple, qu’Il est Puissant, avant de savoir qu’Il est Voyant et Entendant.[21]

 

Alors ici, c’est une autre paire de manches, car cela reviendrait à entrer sous l’appellation du tarkîb tout chose dans l’existence.[22] C’est pour cela que nous leur renvoyons l’ascenseur en leur demandant de nous citer une seule chose dont rien la concernant n’échappe à leur connaissance !

 

Pour les premiers, les philosophes musulmans, la chose est un peu plus compliquée, mais procédons par étapes :

 

Réponse aux philosophes musulmans

 

Déjà, vous inventez une définition qui empiète sur la langue et l’usage des savants pour rester en accord avec vous-mêmes. Vous dites qu’il existe cinq formes de tarkîb qui s’opposent, à vos yeux, au tawhîd,[23] et que voici :

1-      La composition de l’être et de sa quiddité (sa substance).

2-      La composition du genre et de sa différence (ses caractéristiques particulières).

3-      La composition de l’essence et de ses attributs.

4-      La composition du corps et de ses parties sensibles, pour ceux qui voient que le corps est composé de monades.

5-      La composition du corps et de ses parties intelligibles, pour ceux qui voient qu’il est composé de la matière et de la forme.

 

Or, les grands spécialistes ont conscience qu’une telle définition est purement conventionnelle. De deux choses l’une, soit vous faites allusion à une conception abstraite de cette composition, mais n’ayant aucune réalité concrète ; soit il s’agit de plusieurs attributs dont est un doté une seule entité ; et dans ce cas, nous disons oui.[24]

 

Ces fameuses cinq formes ne sont en rien des compositions, si ce n’est qu’entre vous, ce qui n’est pas une référence entre nous. La preuve, c’est que d’autres vous le contestent. Pour mieux nous représenter la chose, nous allons nous épancher et nous pencher un peu plus sur le sujet.

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

 



[1] Majmû’ el fatâwâ d’ibn Taïmiya (6/344).

[2] Dar-u ta’ârudh el ‘aql wa e-naql d’ibn Taïmiya (1/271).

[3] Dar-u ta’ârudh el ‘aql wa e-naql (1/275), et majmû’ el fatâwâ (13/304-305).

[4] Dar-u ta’ârudh el ‘aql wa e-naql (10/302-303).

[5] Or, il est possible d’utiliser ces termes hérétiques par condescendance, et si l’intérêt le réclame. C’est le cas par exemple quand on s’adresse à des personnes qui ne connaissent que ce vocabulaire ; voir : Minhâj e-sunna d’ibn Taïmiya (2/554-555).

[6] Dar-u ta’ârudh el ‘aql wa e-naql (1/254).

[7] Idem. (2/104).

[8] Idem.

[9] La fissure ; 8

[10] Dar-u ta’ârudh el ‘aql wa e-naql (3/403).

[11] Idem.(5/145).

[12] Idem. (5/145).

[13] Sharh hadîth e-nuzûl d’ibn Taïmiya (p. 75).

[14] Dar-u ta’ârudh el ‘aql wa e-naql (5/145).

[15] Idem. (5/146).

[16] Sharh hadîth e-nuzûl (p. 75).

[17] Tafsîr sûrat el ikhlâs d’ibn Taïmiya (p. 150).

[18] Dar-u ta’ârudh el ‘aql wa e-naql (1/280).

[19] Idem. (5/165).

[20] Idem. (1/280).

[21] Idem. (1/281).

[22] Idem. (1/281).

[23] Sharh hadîth e-nuzûl (p. 15).

[24] Majmû’ el fatâwâ (5/206).

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Publié par mizab - dans Ash'arisme
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