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27 décembre 2011 2 27 /12 /décembre /2011 09:30

3372 FOR T SOMBRE

Au nom d’Allah le Très Miséricordieux, le Tout Miséricordieux

 

Ibn Taïmiya et le tarkîb

(Partie 5)

 

Voir : el usûl e-latî banâ ‘alaïhâ el mubtadi’a madhhabuhum fî e-Sifât (3/147-210) du D. ‘Abd el Qâdir ibn Mohammed ‘Atâ Sûfî, qui, à l’origine, est une thèse universitaire ès Doctorat.

 

La quatrième forme : la composition du corps et de ses parties sensibles, pour ceux qui voient que le corps est composé de monades

 

La cinquième forme : la composition du corps et de ses parties intelligibles, pour ceux qui voient qu’il est composé de la matière et de la forme

 

Le but de ces deux formes de tarkîb est le même, soit de refuser qu’Allah soit doté d’Attributs parfaits. Concernant la quatrième forme, El Ghazâlî explique que les philosophes s’insurgent contre toute composition réelle, ou fictive de l’Un, car contraire au Principe premier.[1] Concernant la cinquième forme, il souligne que l’esprit est capable de distinguer entre une forme et sa substance (hayûlî), ce qui veut dire qu’ils sont deux choses différentes, bien que dans la réalité ils soient indissociables, et qu’ils ne forment qu’un, le corps.[2]

 

Ibn Sînâ donne plus de détails sur la chose, en affirmant qu’un corps simple n’est rien d’autre que sa quiddité qui n’est rien d’autre que sa forme. Il parvient par ce tout de passe-passe à contourner toute formule qui tourne autour de la maudite « composition » ! Puis, il avance que la chose est différente pour les corps composés qui seraient la somme des trois éléments : la forme, la matière, et la  quiddité.[3]

 

Ainsi, la matière, que les philosophes appellent hayûlî, est l’une des parties du corps, au même titre que la forme. Chacune de ses parties étant le réceptacle de l’autre. La forme intègre la matière et inversement.[4] Le nécessaire ne peut être composé ni de nomades (qui par définition, sont indivisibles que ce soit en puissance ou en acte) ni de la forme et de la matière, car ce serait désigner là un corps que l’on peut montrer du doigt. Ils nous ramènent au verdict sans appel de la négation des Attributs divins. Mais, voyons plutôt ce qu’ibn Taïmiya pense de chacune de ses deux formes de composition ! C’est ce que nous verrons dans les prochaines lignes sous forme de points :

 

 

 

Premièrement : l’illégitimité des monades :

 

Un premier constat tout simple, c’est que le vocable « monade » n’apparait aucune fois dans le Coran, ni dans le corpus de la sunna, ni dans le vocabulaire des anciens ni pour le condamner ni pour l’approuver. En cela, c’est une innovation condamnable ![5] Nous avons vu précédemment ce que pensent les traditionalistes de ces termes ambigus qui n’ont aucune légitimité dans les textes scripturaires de l’Islam.

 

Précisons qu’en fait, le principe des monades est l’apanage de certains théologiens du kalâm parmi les néo-mu’atazilites et les néo-ash’arites.[6] La plupart de leurs coreligionnaires le leur contestent avec force.[7]

 

Deuxièmement : la composition des corps soit par des monades soit par la forme et la matière est une conception absurde :

 

La plupart des musulmans considèrent que ces deux formes de composition sont absurdes.[8]

 

Troisièmement : la composition des corps soit par des monades soit par la forme et la matière est inconcevable :

 

La plupart des intellectuels, toute confession confondue, contestent que les corps existants  (soleil, lune, air, terre, feu, sphères célestes, etc.) soient soumis à l’une de ces deux formes de composition. Ils disent clairement que c’est inconcevable.[9] À fortiori, comment peut-on oser dire que le Seigneur de l’Univers y soit soumis ?[10]

 

Quatrièmement : les penseurs ne sont pas unanimes à dire que les corps sont composés soit par des monades soit par la forme et la matière :

 

Il existe en fait trois tendances notoires sur la question :

 

1-                Les corps sont exclusivement composés de monades (jawhar el fard) pour de nombreux adeptes du kalâm parmi les néo-mu’atazilites, les néo-ash’arites, mais aussi les mâturîdites. Selon eux, les corps sont divisibles jusqu’à leur plus simple expression possible, la monade.

2-                Les corps sont composés de la forme et de la matière, chez les adversaires des monades, à l’image de Nazhzhâm, et de la plupart des philosophes.[11] Pour ses derniers, les corps sont plutôt composés de substances (jawhar) à l’infini. En d’autres termes, selon eux, le corps est divisible à l’infini.

3-                Les corps ne sont composés ni des uns ni des autres. Cette tendance, qui est la plus conforme à la vérité, accorde au corps une divisibilité finie, mais sans reconnaitre les monades.[12]

 

La théorie des monades indivisibles est donc, à plus d’un titre, complètement fausse. Chaque chose existante se distingue, en effet, par des particularités qui lui sont propres. Il est donc impossible de restreindre une indivisibilité infinie entre deux « modaux ». Pourquoi ? Tout simplement parce que l’infini ne peut être contenu ni restreint dans le fini. En revanche, les corps, comme l’eau, sont soumis à une divisibilité finie jusqu’au plus petit élément possible qui se transforme en un autre corps. Il n’y a aucun phénomène de divisibilité infinie, mais de transformation, de modification. Toute chose distinctive n’accepte pas forcément la divisibilité en acte. À un moment donné, cette divisibilité s’atténue, et s’arrête pour passer à une autre réalité ; c’est le phénomène de transformation dont nous venons de parler.

 

Un corps est forcément mesurable et il a forcément des caractéristiques. Lorsque ces caractéristiques s’affaiblissent au fur et à mesure qu’il perd de sa mesurabilité, il devient autre chose ; soit en fusionnant dans un autre corps de même nature que lui, soit en changeant de propriété physique ; comme une goutte d’eau qui, se décomposant au maximum, s’évapore dans l’air ou dans la terre, ou bien elle fusionne avec une autre eau de même nature qu’elle. Elle ne peut donc rester dans sa plus petite expression possible.[13]

 

Cette réfutation est valable aussi bien contre les partisans de la monade que ceux de la substance infinie, pour deux raisons :

-          La première, c’est qu’à un certain point, le corps ne peut plus se diviser.

-          La deuxième, c’est que la division indéfinie est impossible dans la réalité concrète.

 

Ainsi, la division maximale d’un corps ne peut parvenir à ces prétendues monades, étant donné que la plus petite partie possible d’un corps après division garde, malgré tout, certaines caractéristiques (ou propriétés), de son corps initial, et une certaine mesure qui permet de la distinguer des autres corps.

 

Ce constat laissa perplexe plus d’un penseur musulman en fin de parcours. Ils s’en remirent à l’évidence, en faisant le constat amer, qu’ils avaient passé toutes ses vaines années à construire la foi en Dieu sur l’existence de ces monades imaginaires. Pire, ces derniers « excommuniaient » tous les musulmans qui n’adhéraient pas à leurs délires ![14]

 

Ainsi termine en beauté la réfutation de ces cinq formes de composition que certains innovateurs mettent en avant pour renier les Attributs divins. Notons que les trois premières d’entre elles s’axent sur l’état, la modalité, contrairement aux deux dernières qui portent sur la quantité.[15]

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

 



[1] Tahâfut el falâsifa d’el Ghazâlî (p. 163).

[2] Idem.

[3] E-shifâ d’ibn Sînâ (3/61).

[4] E-ta’liqât d’el Fârâbî (p. 41-43).

[5] Minhâj e-sunna (2/211).

[6] El farwa baïna el firaq d’el Baghdâdî (p. 328).

[7] Minhâj e-sunna (2/211).

[8] Idem. (2/567).

[9] Idem. (2/566).

[10] Idem. (2/566).

[11] E-sahâif el ilâhiya d’e-Samarqandî (p. 255).

[12] Minhâj e-sunna (2/165, 210).

[13] Idem. (2/210).

[14] Naqdh asâs e-taqdîs (1/283-286).

[15] E-safdiya (1/104-105).

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Publié par mizab - dans Ash'arisme
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