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13 janvier 2013 7 13 /01 /janvier /2013 08:28

chute-magnifique

 

 

Ibn Taïmiya et le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar

(Partie 6)

 

Bien qu’aléatoires, les termes usûl et furû’ ne sont pas condamnables en eux-mêmes !

 

L’homme qui rendit l’âme dans les murs de sa prison est l’auteur des paroles : « Si tu sais que l’expression usûl e-dîn, dans le vocabulaire de ses instigateurs est une notion vague et floue, car renfermant une conception élastique qui varie en fonction des contextes et des spécialités dans lesquels elle est utilisée ; tu te rendras compte que le vrai usûl e-dîn pour Allah, Son Messager, et Ses serviteurs croyants fut hérité, en réalité, du Messager. »[1]

 

« De nombreux imams des différents groupes, comme les légistes, les traditionnistes, et les soufis (y), bien qu’au niveau des furû’, ils suivent différentes écoles, tous revendiquent être conformes au niveau des usûlou de la sunna, la tendance d’Ahmed ibn Hanbal. »[2]

 

« Là où nous voulons en venir ici, c’est que les procédés utilisés par le Coran pour éclairer les arguments et les questions dans les usûlet les furû’, sont d’une extrême perfection. »[3]

 

Ainsi, ces deux termes s’étant vulgarisés dans quasiment toutes les spécialités de la religion, et, de surcroit, pouvant revêtir une bonne connotation, il n’y a pas de raison à ne pas les utiliser. D’autant plus, qu’il est même possible, aux yeux d’ibn Taïmiya, d’utiliser des termes hérétiques par condescendance, et si l’intérêt le réclame. C’est le cas par exemple quand on s’adresse à des personnes qui ne connaissent que ce vocabulaire.[4] Que dire alors si l’on sait que ces deux termes trouvent leur légitimité dans les textes ! Le tout est de bien les délimiter et de les orienter. Ibn Taïmiya s’en charge en offrant une distinction d’une extrême cohérence et d’une imparable précision entre les notions d’usûl et de furû’.

 

Qu’on en juge : « En réalité, toute question évidente entrant dans chacun de ces deux domaines (théorique et pratique) entre dans les usûl ; et toute question subtile entre dans les furû’. Connaitre le caractère obligatoire des cinq piliers de l’Islam, le caractère prohibé des interdictions évidentes et communément transmises ; comme savoir, parmi les questions dogmatiques évidentes et communément transmises, qu’Allah est capable de faire toute chose, qu’Il est Omniscient, qu’Il est Entendant, Voyant, que le Coran est Sa Parole, etc.

 

C’est pourquoi, en reniant les lois pratiques que nous avons citées, et sur lesquelles règne un consensus, on devient un mécréant, au même titre que celui qui renie l’une de ces questions dogmatiques… »[5]

 

La classification usûl/furû’ est tout simplement illégitime dans le domaine du takfîr[6] 

  

Puis, il enchaine : « Il est même possible qu’il soit plus imposé de reconnaitre certaines lois pratiques que les lois dogmatiques. C’est même le cas pour la plupart des questions ! Il suffit, en effet, d’avoir une connaissance générale des questions dogmatiques qui touchent à la foi en Dieu, Ses anges, Ses Livres, Ses messagers, à la vie après la mort, et au destin qu’il soit bon au mauvais.

 

Quant aux obligations religieuses, il incombe d’en avoir une connaissance approfondie, car c’est le seul moyen de les mettre en pratique… » [7]

 

Ibn Taïmiya insiste sur le fait que les compagnons ne faisaient pas la différence entre les usûl (dont le shirk akbar fait partie) et les furû’ pour les erreurs d’interprétation.

 

Voici ses paroles : « Celui qui fait une mauvaise interprétation des textes, mais dont les intentions sont de suivre scrupuleusement le Messager (r), il ne devient pas mécréant ni pervers, s’il se trompe à la suite d’un effort d’interprétation. Ce principe est notoire pour les questions pratiques (furû’ ndt.). Quant aux questions liées au dogme (usûl ndt.), bon nombre de gens ne donnent pas d’excuse à celui qui se trompe dans ce domaine. Or, cette tendance n’est connue par aucun Compagnon ni par leurs fidèles successeurs ni par les grandes références de l’Islam. Elle prend son origine chez les innovateurs qui innovent des principes et qui sortent de l’islam tous ceux qui ne veulent pas s’y soumettre, à l’image des kharijites, des mu’atazilites, et des jahmites. Bon nombre d’adeptes des quatre écoles l’ont adoptée, comme certains malikites, certains shafi’ites, certaines hanbalites, et d’autres. »[8]

 

Il explique ailleurs : « Quant à moi, - ceux qui s’assoient avec moi le savent très bien –, je compte parmi les gens qui défendent avec le plus d’acharnement de condamner une personne en particulier d’apostat, de pervers, ou de désobéissant sauf s’il devient certain que la preuve prophétique a été fournie contre elle (qâmat el hujja e-risâliya) de sorte que toute personne qui les contredit soit condamnable d’être soit apostat, soit pervers ou soit désobéissant. J’ai par ailleurs établi qu’Allah pardonne les erreurs commises par les membres de cette communauté : Cela concerne aussi bien les erreurs qui relèvent des masâil el khabariya el qawliya (el usûl pour certains ndt.)que les masâil el ‘ilmiya(el furû’ pour certains ndt.). Les anciens se divisent encore sur ces questions. Personne n’a condamné l’un d’entre eux au kufr, au fisq ou à la ma’siya (…) j’expliquais que les paroles des anciens et des grandes références qui parlent du takfir el mutlaq en disant : celui qui fait telle et telle choses est un kafir ; j’expliquais qu’elles étaient justes, mais qu’il incombait également de faire la différence entre le mutlaq (le cas général) et le mu’ayin (le cas particulier). »[9]

 

L’excuse de l’ignorance dans le domaine des Noms et Attributs divins

 

Sheïkh Taqî e-Dîn a dit : « Selon la tendance de certains adeptes du Kalâm, ce sont les Attributs reconnus par la raison qu’il incombe de reconnaitre et de vouer à la mécréance celui qui les délaisse. En cela, ils ont une autre approche avec les Attributs reconnus par les textes que soit, ils renient, soit ils interprètent soit ils remettent leur sens à Dieu, ou soit, tout simplement, ils les reconnaissent. Cependant, ils considèrent que la foi et la mécréance sont liées aux Attributs rationnels. Or, cette conception n’a aucune origine chez les anciens et les grandes références de la communauté ; la foi et la mécréance sont des lois qui émanent uniquement de la Révélation, et des preuves légales permettant de distinguer entre le croyant et le mécréant, non à partir de simples preuves rationnelles. »[10]

 

« C’est pourquoi, selon la bonne opinion, on peut ignorer certains Noms et Attributs divins sans devenir mécréant, dans la mesure où on reconnait dans l’ensemble, les enseignements du Messager (r). Cependant, il est possible qu’on n’ait pas accès à certains éléments qu’il incombe de connaitre, et qui vouent à la mécréance celui qui les ignore, alors qu’il est censé les connaitre. »[11]

 

En parlant de l’homme qui avait recommandé d'éparpiller ses cendres après sa mort : « Cet homme pensait qu’Allah n’aurait aucun pouvoir sur lui, et qu’il ne pourrait pas rassembler ses cendres une fois éparpillées. Chacune de ces deux croyances (renier le Pouvoir d’Allah et la résurrection des corps) est une mécréance en elle-même, mais malgré sa foi en Dieu et à Ses Commandements et la crainte qu’il avait de Lui, il ignorait ce point, et s’était égaré et trompé dans sa conception. Mais, Allah le lui pardonna…

Dans le pire des cas, cet homme n’était pas au courant de tous les Attributs qui revenaient à Allah. Il ne connaissait pas le Pouvoir d’Allah dans ses détails. De nombreux croyants peuvent également les ignorer, mais sans devenir des mécréants pour autant. »[12]

 

Parmi les preuves textuelles appuyant cette question, nous avons le long hadîthd’Âisha dans lequel, le Prophète la réprimanda en ces termes : « Pensais-tu vraiment que tu pouvais cacher quelque chose à Allah et à Son Messager ?

-          Allah connait-il tous les secrets que les hommes cachent en eux ?

-          Oui,lui assura-t-il. »[13]

 

En commentaire à ce hadîth, le Sheïkh damascène souligne : « ‘Âisha, la mère des croyants interrogea le Prophète (r) en ces termes : « Allah connait-il tous les secrets que les hommes cachent en eux ? 

-          Oui,lui assura-t-il, en réponse. »

Cela signifie qu’elle ne le savait pas. Pourtant, avant d’avoir été mise au courant qu’Allah connaissait tout ce que les hommes pouvaient cacher en eux, elle n’était pas mécréante. Reconnaitre ce point, avant que la preuve céleste soit établie, compte parmi les fondements de la foi ; en le reniant, on n’est pas différent de celui qui renie Son Pouvoir sur toute chose. Bien qu’au même moment, cela n’a pas empêché son mari de la réprimander, car elle le méritait pour la faute qu’elle avait commise. Il la taquina du doigt avant de s’écrier : « Pensais-tu vraiment que tu pouvais cacher quelque chose à Allah et à Son Messager ? »

 

Ce principe, nous l’avons détaillé dans d’autres endroits, mais retenons qu’une parole peut effectivement relever de la mécréance, mais cela ne fait pas, pour autant, celui qui la prononce, un mécréant ; nous ne pouvons pas le juger ainsi avant que ne lui soit parvenu le savoir à même d’établir contre lui la preuve céleste vouant à la mécréance tous ceux qui s’y opposent. »[14]

 

À suivre…

 

 

Par : Karim Zentici

 



[1] Dar-u ta’ârudh el ‘aql wa e-naql (1/41).

[2] Bayân talbîs el jahmiya (2/92).

[3] Majmû’ el fatâwa (2/8).

[4] Voir : Minhâj e-sunna d’ibn Taïmiya (2/554-555).

[5] Majmû’ el fatâwa (6/56-57).

[6] En annotation à ‘âridh el jahl (p. 97) de Râshid e-Râshid, Sheïkh el Fawzân souligne qu’ibn Taïmiya condamne cette classification dans les questions du takfîr, non qu’elle n’ait aucune origine dans la religion.

[7] Majmû’ el fatâwa (6/57).

[8] Voir : minhâj e-sunna (5/240).

[9] Majmû’ el fatâwâ (3/229).

[10] Majmû’ el fatâwâ (3/328).

[11] Majmû’ el fatâwâ (7/538).

[12] Majmû’ el fatâwâ (11/409-411), (2/231), (12/491), et el istiqâma (1/163-165).

[13] Rapporté par Muslim (103).

[14] Majmû’ el fatâwâ (11/412-413).

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Publié par mizab - dans Takfir
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