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25 juin 2011 6 25 /06 /juin /2011 10:43

 

 

Kharijitesou bughât ?

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 Ibn Taïmiya fait état de la différence entre ces deux catégories d’individus : « Abû Barza el Aslamî (t) explique, en parlant des événements d’ibn e-Zubaïr, de la révolte des lecteurs contre el Hujjâj, et de Marwân dans le Shâm en faisant remarquer : « Ceux-là, ceux-là, et ceux-là prirent les armes pour des raisons matérielles. » Tandis que les innovateurs, comme les Kharijites, ils cherchent à corrompre la religion des musulmans, et combattent au nom de la religion. »[1]

 

Ailleurs, il renchérit : « Quant à l’allégation selon laquelle les grandes références sont unanimes à ne faire aucune différence entre eux (les bughât et les kharijites) si ce n’est qu’au niveau du nom, celle-ci est complètement fausse. L’auteur d’une telle allégation est vraiment téméraire ! Il est plus juste de dire que cette opinion est à mettre au compte de certains savants des écoles d’Abû Hanîfa, de Shâfi’î, d’Ahmed, etc.

 

… La majorité des savants font une distinction entre les kharijitesqui sortent de la religion et ceux qui ont participé aux batailles d’el Jamal, de Siffîn, mais aussi à d’autres batailles. Ces derniers comptent parmi les rebelles qui furent motivés par un effort d’interprétation. Cette opinion est celle que nous connaissons des Compagnons, de la majeure partie des traditionnistes, des légistes et des adeptes du kalâm. La plupart des savants des grandes écoles le mentionnent explicitement dans leurs écrits, ainsi que leurs successeurs parmi les adeptes de Mâlik, Ahmed, Shâfi’î, etc.

 

Il est en effet certifié, d’après le recueil e-sahîh, la parole suivante du Prophète (r) : « Un groupe dissident va se rebeller à la suite d’un conflit entre musulmans. Le camp qui sera le plus proche de la vérité se chargera de les réprimer. »[2] Ce hadîth fait état de trois factions en présence ; les kharijites étant différents des deux premières, et composent donc la troisième faction… Les Compagnons étaient tous d’accord pour les combattre, contrairement aux batailles d’el Jamal, de Siffîn, qui furent accueillies avec des réactions diverses. Les uns et les autres se rangèrent d’un côté ou de l’autre, mais la grande majorité des Compagnons resta neutre et ne s’engagea avec aucun camp…

 

‘Alî (t)fut d’être heureux d’en découdre avec les kharijites… Au moment où il avouait qu’aucun texte ne venait cautionner Siffîn ; il dut s’en remettre à son propre jugement. Parfois, il lui arrivait de faire les éloges de ceux qui avaient renoncé à prendre les armes…

 

Cela démontre que la neutralité était la meilleure position, et que ces conflits ne furent ni imposés par la religion ni même recommandés. Tandis que les textes parlent de l’éradication des kharijites ; il est certifié que le Législateur l’a ordonné et encouragé. Comment peut-on dès lors, mettre sur le même pied d’égalité ce que d’un côté, il ordonne et encourage à faire, et de l’autre côté, ce qu’il encourage à délaisser en vantant les vertus d’une telle initiative.

 

Ainsi, quiconque met sur le même pied d’égalité les guerres intestines entre Compagnons qui eurent lieu à el Jamal et Siffîn, et la répression de Dhû el Khuwaïsira, et ses semblables parmi les kharijitesrebelles, et les hârûrites criminels ; il associe clairement sa parole à celle des ignorants injustes ! »[3]

 

Quelle est la distinction entre Kharijites ou bughât ?

 

Les bughât prennent les armes contre les sultans pour des raisons profanes. Ils aspirent au pouvoir sans revendiquer particulièrement qu’ils agissent au nom de la religion. Par extrapolation, ibn Taïmiya range dans cette catégorie ceux qui participèrent aux batailles d’el Jumal, Siffîn, el Hurra, el Jamâjim, etc. Ces derniers pensaient que la guerre était la meilleure solution. Ils ne voyaient pas dès lors les inconvénients énormes qu’elle allait engendrer. D’ailleurs, ils le regrettèrent après coup, et surent par l’expérience ce dont les textes mettaient en garde depuis le début. Ibn Taïmiya explique à ce sujet : « Secundo : il y a ceux qui prennent les armes non pour défendre une croyance contraire au traditionalisme. Nous pouvons compter dans cette catégorie ceux qui participèrent aux batailles d’el Jumal, Siffîn, el Harra, el Jamâjim, etc. Ces derniers pensaient simplement que la guerre était la meilleure solution, bien que ce ne fût pas le cas. Ils ne voyaient pas dès lors les inconvénients énormes qu’elle allait engendrer. D’ailleurs, ils le regrettèrent après coup, et surent par l’expérience ce que les textes mettaient en garde depuis le début. »[4]

Puis, il explique qu’en résumé, nous pouvons recenser quatre raisons à travers l’Histoire ayant poussé certains savants à l’erreur dans ce domaine.

-         Certains d’entre eux n’avaient tout bonnement pas eu accès aux textes.

-         D’autres remettaient en question leur authenticité.

-         D’autres, à l’image d’ibn Hazm, pensaient qu’ils étaient abrogés.

-         D’autres les interprétaient à leur façon, comme tout mujtahid.[5]

 

Comme à son accoutumé, ibn Taïmiya se lance dans une analyse extraordinaire dans laquelle il dessine le portrait des « chiens de l’Enfer ». En voici un passage : « Il n’est pas pertinent qu’il fut légiféré de les combattre, juste parce qu’ils tuent les gens, comme on repousse des agresseurs (bandits de grand chemin, etc.), ou de simples insurgés (bughât). Le but, en effet en combattant les seconds, c’est d’éradiquer leur mal, de disloquer leur groupe, et de les ramener à l’ordre. Il n’est donc pas légiféré de les tuer où qu’ils se trouvent, ni de les exterminer jusqu'au dernier comme le peuple de Hâd ; ils ne sont pas non plus les pires des hommes qui sont sous la voûte céleste, et il ne fut pas légiférer de les combattre sans condition, mais en dernière instance. Il y a donc une autre raison qui se cache derrière l’obligation de combattre les kharjites. Ils sont en effet les plus prompts à sortir de la religion à cause de l’excès qu’ils font, comme nous l’informe le hadîth d’Alî : « Mais, ils sortiront plus vite de la religion que la flèche transperce sa proie. Où que vous les trouviez, tuez-les. »[6] Ainsi, si on les tue, c’est parce qu’ils sortent de la religion…

 

(…) Ainsi, nous les tuons en raison de leur caractéristique qui est de sortir de la religion (et qui est présente aussi bien chez l’un que chez un grand nombre d’entre eux), non parce qu’ils s’insurgent et prennent les armes contre les musulmans.

 

S’il est vrai qu’Alî (t) ne les a pas combattu dès leur émergence, mais c’est uniquement, car il ne savait pas à qui il avait à faire. Il a fallu qu’ils mettent un terme à la vie d’ibn Khubbâb, et qu’ils sèment le pillage pour qu’il comprenne qu’il s’agissait de ceux dont fait allusion le hadîth : « Ils tuent les adeptes de l’Islam et épargnent les païens. »[7] Il a su dès lors qu’ils étaient les fameux kharijites.

L’autre raison qui l’a empêché de les tuer, avant qu’ils ne fassent couler le sang, c’est que leurs tribus auraient pu, par chauvinisme, quitter les rangs d’Alî (t)… »[8]

 

Dans sa harangue guerrière qui visait à convaincre ses concitoyens de monter une armée contre l’envahisseur tatar, il fustige : « Ces gens-là, aux yeux des grands spécialistes, ne sont pas à mettre au même rang que les insurgés (bughât) que se rebellent contre l’Imam en place, ou qui sortent de son obéissance, comme ce fut le cas des habitants du Shâm qui sortirent de l’autorité d’Alî ibn Abî Tâlib (t; non, les bughât se contentent de se rebeller contre l’autorité de tel gouverneur, voire de le renverser. Quant aux tatars, ils sont sortis de l’Islam, à la manière des rebelles qui refusent de verser la zakât, et des kharijites qu’Alî réprima. Ce dernier n’avait pas la même approche en fonction de l’armée qu’il avait en face de lui ; sur un front, il avait pour adversaire l’armée du Shâm et de Basra et sur l’autre front, les révoltés de Nahrawân. Avec les premiers, ils se comportaient comme un frère qui s’était disputé avec son frère, mais il avait un autre comportement avec les kharijites. »[9] Il explique ensuite que conformément aux textes prophétiques, les Compagnons s’entendirent finalement à l’unanimité à combattre sous les ordres d’Abû Bakr, les rebelles à la zakât, et, plus tard, les kharijites. En revanche, bien que les textes en parlent, la querelle qui opposa le troisième khalife à la Syrie ne fit pas consensus chez les Compagnons et leurs successeurs.[10]

 

Les grands hommes qui ont participé aux troubles sont excusables en raison de leur effort d’interprétation

 

« Parmi les éléments en relation avec ce point : nous devons savoir qu’un grand homme au niveau du savoir et de la piété, parmi les Compagnons, leurs successeurs, et tous ceux qui viendront après eux jusqu’à la fin du monde, qu’ils soient d’ahl el Baït ou non, peut très bien faire un effort d’interprétation basé sur des conjectures, voire des passions subtiles qui auront de mauvaises conséquences. Il ne convient pas de le suivre sur son erreur, bien qu’au même moment, il compte parmi les pieux et les élus de Dieu.

Malheureusement, ce genre d’erreur perturbe deux catégories d’individus :

-         Ceux qui l’encensent, et qui veulent absolument lui donner raison et le suivre dans son erreur.

-         Ceux qui le condamnent et qui remettent en question à cause de cette erreur sa piété et son statut de wali. Ils font jusqu’à douter de sa crédibilité et qu’il soit des habitants du Paradis.

Or, ces deux voies opposées sont aussi égarées l’une que l’autre. »[11]

 

Les intentions cachées des kharijites

 

Ibn Taïmiya analyse : « l’innovateur restera toujours attaché à ses passions et il en portera toujours l’étendard. Ces motivations n’ont rien à voir avec la religion. Il est prêt en effet à aller contre la vérité qui n’arrange pas ses penchants. Allah le punit à cause de ses mauvais penchants. Il mérite d’être puni sur terre, mais aussi dans l’au-delà. C'est pourquoi certains anciens considéraient les innovateurs à l’image des kharijitescomme des pervers. Il est rapporté que Sa’d ibn Abî Waqqâs utilisa contre eux le Verset suivant : [et il en égare beaucoup, mais seuls les pervers peuvent s’en égarerCeux qui délient le pacte d’Allah après l’avoir noué, qui coupent les liens qu’Allah a ordonné d’entretenir, et qui sèment la corruption sur terre ; ceux-là sont vraiment les perdants].[12]Il est possible en effet que ce soit réellement son intention. Surtout en période de division où il profite du chaos pour rechercher le pouvoir et encourager les siens. »[13]

 

Le djihâd sur le sentier de Satan !

 

Ibn Taïmiya fait la distinction entre le djihâd légitime (sunnî) et le djihâd illégitime (bid’î) : « Les textes du Coran et de la sunna ordonnent le djihâd dans de multiples endroits, et vantent ses vertus. Néanmoins, il incombe de distinguer entre le djihâdlégal qui fut légitimé par Allah et Son Messager, et le djihâd hérétique qui est fomenté par des égarés soumis à l’étendard de Satan. Ces derniers sont pourtant convaincus qu’ils brandissent l’étendard d’Allah. Dans cet ensemble, nous pouvons compter les innovateurs, à l’instar des kharijites, qui s’attaquent aux musulmans, et à des hommes qui sont bien plus fidèles qu’eux à Allah et à Son Messager, parmi notamment les précurseurs et leurs fidèles successeurs qui se perpétueront jusqu’à la fin du monde. Ils avaient bien pris les armes contre ‘Alî qui étaient en grand conflit avec Mu’âwiya.

 

D’après un hadîth authentique, selon Abû Sa’îd, le Prophète (r)prédit en parlant des kharijites : « Un groupe dissident va se rebeller à la suite d’un conflit entre musulmans. Le camp qui sera le plus proche de la vérité se chargera de les réprimer. »[14] Ce camp en question est celui d’Alî qui était plus proche de la vérité que le camp de Mu’âwiya. Ces fameux rebelles prétendaient qu’ils faisaient le djihâdsur le sentier d’Allah contre les ennemis de la religion. »[15]

 

Peut-on dénoncer les semeurs de troubles ?

 

Sheïkh el Islam ibn Taïmiya souligne : « Quiconque cache un criminel (rebelle, voleur, meurtrier, etc.) qui est passible d’une peine corporelle pour infraction religieuse ou pour lui appliquer la loi du talion (injustice envers un tiers), ou qui fait obstacle à sa capture sans user de la force, devient son complice, et encours la malédiction d’Allah et de Son Messager. D’après Muslim, en effet dans son recueil e-sahîh, selon ‘Alî ibn Abî Tâlib, le Messager d’Allah (r) a dit : « Allah maudit celui qui crée un évènement, et celui qui le réfugie… » Si on vient à capturer celui qui cache ce fugitif, on lui somme de le ramener sur le champ ou de dévoiler sa cachette ; et s’il refuse de le dénoncer, on lui inflige une peine de prison et une peine de « bâton » à intervalle régulier jusqu’à ce qu’il parle. Nous avons évoqué auparavant que toute personne qui refuse de verser « l’impôt » légal est passible d’une punition. Tout fugitif ou tout bien matériel qu’on tient caché est un délit passible d’une peine si on refuse de parler.

 

Ainsi, si quelqu’un est au courant de l’endroit où sont cachés soit une richesse que l’État est en droit de réclamer ou un fugitif qui est entré dans l’illégalité, il a le devoir de le dévoiler aux autorités et d’indiquer la cachette en question. Il est strictement interdit de garder le silence, car on entame ainsi le devoir d’entraide à la piété et au bien. En revanche, si l’État n’a aucune légitimité sur cet argent et si le fugitif en question est un innocent, il n’est pas permis de les indiquer, car relevant de l’entraide à l’impiété et à l’injustice. Dans ce cas, il incombe même de le défendre, car l’Islam nous enjoint de défendre la victime d’une injustice. »[16]

 

Wa Allah a’lam !

 

Par : Karim Zentici

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



[1] Minhâj e-sunna (5/153).

[2]Rapporté par Muslim (1065).

[3]El fatâwâ el kubrâ (4/283-285).

[4] Minhâj e-sunna (4/538).

[5] Minhâj e-sunna (4/538).

[6]Rapporté par el Bukhârî (5057) et Muslim (1066), selon ‘Alî ibn Abî Tâlib (t).

[7]Rapporté par el Bukhârî (3344) et Muslim (1064), selon Abû Sa’îd el Khudrî (t)

[8]E-sârim el maslûl (2/347).

[9]Majmû’ el fatâwâ (28/503).

[10]Idem. Cette dernière partie est un peu obscure, ce qui rend la traduction quelque peu aléatoire.

[11]Minhâj e-sunna (4/543).

[12]La vache ; 26-27

[13]Minhâj e-sunna (5/250).

[14]Rapporté par Muslim (1065).

[15]E-radd ‘alâ el Akhnâî (p. 205).

[16] Majmû’ el fatâwâ (28/323).

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