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21 janvier 2013 1 21 /01 /janvier /2013 06:23

des03a

 

 

Ibn Taïmiya et les savants d’aimmat e-da’wa

(Partie 1)

 

Louange à Allah, nous Le louons, nous implorons Son aide et Son pardon. Nous cherchons refuge auprès d’Allah contre les maux de nos âmes et les méfaits de nos actions. Celui qu’Allah guide, nul ne peut l’égarer et celui qu’Il égare nul ne peut le guider.  J’atteste qu’il n’y a d’autre divinité (digne d’être adoré) en dehors d’Allah, Seul et sans associé, et j’atteste que Mohammed est Son serviteur et Son Messager.

 

Il existe un long passage d’ibn Taïmiya tiré de e-radd ‘alâ el bakrî ou de son autre titre el istighâtha, que l’adversaire reprend curieusement à son compte, bien qu’il fustige littéralement sa tendance. Voici le Passage en question : « Il est connu de façon élémentaire que le Prophète (r) n’a jamais légiféré à sa communauté d’invoquer qui que ce soit parmi les morts : Prophètes, gens pieux, etc. ni à travers la formule d’el istighâtha (appel au secours) ou autre ni à travers la formule d’el isti’âna(appel au soutien) ou autre. Il n’a pas légiféré non plus à sa communauté de se prosterner pour un mort ou en sa direction, etc. Nous savons plutôt qu’il (r) a formellement interdit ce genre de pratiques qu’il a jugées comme relevant de l’association interdite par Allah et Son Messager.

 

Néanmoins, en raison de l’ignorance prépondérante, du nombre restreint de personnes initiées aux traces de la Prophétie parmi les dernières générations, nous ne pouvons pas condamner (kaffara) facilement les gens d’apostats pour ces raisons ; pas avant de les avoir mis au courant des enseignements du Messager stipulant la non-pertinence de leurs pratiques. C’est pourquoi, je n’ai jamais démontré ce point à des personnes imprégnées de l’Islam sans qu’elles ne se remettent en question en disant : c’est le principe même de la religion. Certains grands doyens expérimentés parmi nos amis disaient : c’est la plus grande chose que tu ais pu nous expliquer, car ils avaient pleine conscience que cela concernait le principe élémentaire de la religion. »[1]

 

Voici ce qu’en conclut l’adversaire : « Lorsque le fondement de l’Islam devient un enseignement subtil dans certaines époques - à cause du manque de prêcheur à la vérité et du grand nombre de prêcheurs au mal- et que les gens ne sont plus capable de comprendre le fondement de la religion : on se retrouve dans une époque de rupture. Ainsi, le mécréant qui meurt dans une telle époque ne méritera pas automatiquement l’enfer comme le mentionna Ibn Taymiya concernant certains Tatars qui adoraient des poupées et du feu. »

 

Or, il suffit de remonter quelques lignes au-dessus du passage en question pour se rendre compte que Sheïkh el Islam ne dit pas vraiment cela. Qu’on en juge : « Quant à ces ignorants, comparables aux païens et aux chrétiens, ils s’inspirent de hadîthfaibles ou inventés, de citations de savants qui ne font pas autorités, ou qui leur sont mensongèrement imputées, ou tout simplement qui sont des erreurs de leur part…

Je ne connais personne ayant rapporté une annale d’un savant de référence autorisant d’invoquer une créature. Certes, certains dévots comme le poète Sheïkh Yahyâ e-Sarsarî[2] et Sheïkh Mohammed ibn e-Nu’mân,[3]auteur de kitâb el mustaghîth bi e-Nabî fî el yaqazha wa el manâm, en vantent les vertus dans leurs ouvrages.

 

Certes, ces gens-là sont des pieux et des religieux, mais ils n’ont aucun lien avec les savants qui sont à même de pénétrer les intentions du Législateur. C’est de ces derniers que l’on prend les enseignements de la religion, car experts en Loi (le licite et l’illicite). Quant à ces dévots, ils ne se basent sur aucune preuve textuelle ni même une parole d’un savant de référence. Leurs pratiques sont plutôt à mettre au compte de l’usage. Beaucoup de gens en effet ont pris l’habitude de se tourner vers leurs Sheïkhdans les moments difficiles pour lui solliciter son aide. Je connais personnellement certains Sheïkh connus pour leur ascétisme et leur piété, s’avancer solennellement vers la tombe d’Abd el Qâdir pour lui implorer le secours. Cette pratique est courante chez beaucoup de gens. Lorsqu’on attira l’attention de certains émérites parmi eux, ils revinrent tout de suite à la raison et comprirent que leur pratique n’avait rien à voir avec l’Islam, mais qu’elle était plus comparable à l’adoration des idoles. »[4]

 

En explication à ce passage, Sheïkh ‘Abd e-Rahmân e-Sa’dî souligne : « Un musulman qui adhère à l’Islam au niveau du cœur et des actes peut s’égarer dans certains points, car il n’a pas les éléments en mains pour le faire parvenir à la vérité. Dans ce cas, nous ne sommes pas formels sur son apostasie, étant donné qu’il existe une restriction faisant obstacle à cette condamnation. D’où l’importance d’établir contre lui la preuve céleste ; une preuve céleste qui s’applique contre tout obstiné (mu’ânid).[5]

 

C’est pour cette raison, et vous êtes d’accord avec nous, que nous nous sommes abstenus de kaffar certains cas comme e-Sarsarî, qui appellent à invoquer, à rechercher le secours du Prophète (r), et lui demander de répondre aux besoins. Ces derniers sont directement concernés par les paroles de Sheïkh el Islam auxquelles nous avons fait allusion précédemment. »[6] Il parle du passage suivant : « Dans de nombreux ouvrages (e-radd ‘alâ el bakrî, e-radd ‘alâ el Akhnâî, etc.), Sheïkh el Islâm affirme explicitement que certains de ses contemporains, qui étaient des savants, adhéraient à certaines de ces pratiques païennes. Il explique qu’il est impossible de les kaffar, compte tenue de la propagation de l’ignorance à son époque et de l’atténuation du savoir prophétique. Il faut donc attendre avant de se prononcer de leur démontrer la preuve céleste qui s’applique contre tous ceux qui la renient après l’avoir eu entre les mains. Son discours sur le sujet est connu par tout le monde. »[7]

 

‘Abd e-Latîf a fait plusieurs fois le commentaire de ce fameux passage dans ses ouvrages. Il souligne que Sheïkh el Islam n’a pas kaffar certains de ses contemporains, qui pourtant étaient des savants, car à ses yeux, la preuve céleste n’avait pas été établie contre eux. Ce qui démontre que l’Islam était devenu étranger pour beaucoup de gens à son époque.[8] Il explique également que la plupart des savants accordent à ibn Taïmiya en gros que le Législateur ne tient pas rigueur des erreurs commises avant la transmission du message. Il va sans dire qu’après l’iqâma el hujja, il n’y a plus de contestation possible. Il existe même un consensus sur la question.[9] En revanche, il s’est abstenu de kaffar les ignorants parmi les adorateurs des tombes qui n’avaient pas été prévenus.[10] S’ils refusent de se repentir après avoir eu les preuves en main, ils sont coupables d’apostasie qu’il incombe de réprimer par les armes.[11]

 

Par ailleurs, ‘Abd e-Latîf réfute l’accusation selon laquelle l’Imam Mohammed ibn ‘Abd el Wahhâb sortait les gens de la religion sans faire de détails. Il explique qu’il ne se prononce même pas sur celui qui adore l’idole se trouvant sur la tombe d’Abd el Qâdir et celle d’el Badawî en raison de leur ignorance. Il ne diffère en rien de la voie du Prophète (r), sauf que son discours sera plus ou moins détaillé en fonction de la situation.[12] Ailleurs, il met en lumière les véritables intentions d’ibn Taïmiya et d’ibn el Qaïyim sur la question : « Le discours des deux Sheïkh est suffisamment clair dans tous les passages en question. Ces derniers ne kaffar pas les auteurs de certaines paroles ou de certains actes, étant donné que la chose n’est pas facile à détecter pour ces gens-là, et qu’ils n’ont pas reçu la hujja. Ainsi, ils s’abstiennent de condamner certains fautifs au châtiment avant l’étape de l’iqâma el hujja. Ils parlent de questions bien précises et sur lesquelles il existe une divergence entre les savants de la communauté.

 

Quant à l’invocation et l’appel au secours des morts, en s’orientant vers eux lors des moments difficiles, tout le monde s’accorde à dire que c’est interdit et que cela relève de la grande association. Nous avons vu précédemment que le Sheïkh condamne à la peine de mort quiconque refuse de s’en repentir… »[13]

 

Sheïkh ‘Abd Allah Abâ Btîn a le même discours : « Quant aux paroles d’ibn Taïmiya : « Cependant, en raison de la propagation de l’ignorance dans les rangs de nombreux adeptes de l’Islam parmi les générations récentes, il n’est pas permis de les kaffar avant de leur avoir exposé les enseignements du Prophète (r) » Il parle apparemment du cas particulier, étant donné qu’ailleurs il annonce formellement que l’association relève de la mécréance. Il ne s’abstient nullement de le kaffaraprès que les enseignements lui soient exposés… 

 

Puis, il résout le problème que peut soulever le discours d’ibn Taïmiya : « Pour concorder entre ses paroles, nous devons comprendre ses intentions. Il veut nous dire que nous pouvons entendre certaines paroles, ou certains écrits en prose ou en vers ayant du kufr. Cependant, nous ne pouvons kaffar leur auteur au premier abord. Il faut attendre avant cela de lui exposer la preuve céleste. »[14]

 

Un autre passage d’Abâ Btîn va dans ce sens : « Quant aux paroles d’ibn Taïmiya : « il n’est pas permis de les kaffar avant de leur avoir exposé les enseignements du Prophète (r) » ; Il veut dire qu’il n’est pas permis de les kaffar en personne et en particulier, en disant par exemple qu’un tel est un kâfir. Nous devons dire plutôt que tel acte relève de la mécréance et que son auteur dans l’absolu est un mécréant… »

 

Puis, après une longue explication, il conclut : « Ce discours est basé sur le principe suivant : nous jugeons mécréante dans l’absolu une parole jugée ainsi par les textes du Coran, de la sunna, et du consensus, comme en témoignent les preuves textuelles… mais cela ne veut pas dire qu’il faille juger mécréante toute personne l’ayant prononcé. Il incombe avant cela de réunir les conditions nous permettant de le faire et d’évacuer les restrictions faisant obstacle à notre jugement. »[15]

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

 

 

 



[1] El istighâtha (2/731).

[2] Poète soufi ultra hanbalite (m. 656 h.).

[3] Maitre soufi ultra malékite  (m. 656 h.).

[4] El istighâtha (2/731).

[5] Voir : majmû’ el fatâwâ d’ibn Taïmiya (12/180).

[6] fatâwâ e-sa’diya (578-584) ; voir : El irshâd ilâ ma’rifat el ahkâm (p. 558-559).

[7] Idem.

[8] Voir : e-durar e-saniya (1/417-418).

[9] ‘Abd e-Latîf rapporte le consensus dans e-durar e-saniya (1/467-468).

[10] Voir : mish e-zhalâm (p. 324-325).

[11] Voir : e-durar e-saniya (1/427).

[12] Voir : mish e-zhalâm (p. 43).

[13] Voir : minhâj e-ta-sîs (p. 265).

[14] E-durar e-saniya (10/403).

[15] E-durar e-saniya (12/88).

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Publié par mizab - dans Takfir
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commentaires

Hakim 21/01/2013 21:17


Assalamou aleykoum wa rahmatoullahi wa barakaatouh


Qu'Allah te récompense akhi pour tes efforts.


 


je voulais savoir s'il était posible d'avoir l'ensemble de tes traductions sous format word ou pdF?

mizab 22/01/2013 06:32



 


 


wa 'aleikom salem wa rahmat Allah wa barakatuhu !


 


Amin, wa anta kadhalik !


 


Plusieurs frères m'ont proposé de le faire par le passé, et même d'en faire des livres, mais aucun n'est allé jusqu'au bout !


 


kheir in sha Allah !