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16 mai 2012 3 16 /05 /mai /2012 16:34

magnifique montagne

 

Introduction à la défense de l’Albani

(Partie 3)

 

Mu’âdh ibn Jabal disait cette fameuse parole : « Il faut accepter la vérité de n’importe qui, même d’un mécréant – ou bien a-t-il dit : même d’un pervers –. Et méfiez-vous des erreurs du sage.

-           Comment peut-on savoir qu’un mécréant dise la vérité, lui demanda-t-on ?

-          La vérité dégage une lumière a-t-il répondu, ou bien a-t-il dit une parole de ce genre. » [Rapporté par Abû Dâwûd (5/17-18).]

 

Ainsi, les traditionalistes incarnent également le juste milieu dans le domaine des erreurs entre ceux qui condamnent à outrance et ceux qui ne condamnent pas du tout ; ils montrent les erreurs, sans forcément condamner leurs auteurs

 

« Le but n’est pas de blâmer ou de louer dans l’absolu un individu ou un groupe en particulier. La bonne démarche, qui est du côté des traditionalistes, considère qu’un même individu ou un même groupe concède des bonnes actions qui sont louables et de mauvaises actions qui sont blâmables, mais il a aussi des actes qui relèvent du toléré, et qui ne sont ni louables ni blâmables. D’autres actes, qui sont motivés par l’erreur et l’oubli, lui sont tout simplement pardonnés. Ainsi, d’une part, il mérite la récompense pour ses bonnes actions, et le châtiment pour ses mauvaises actions. D’autre part, il n’est ni blâmable ni louable pour ses actes tolérés ou pardonnés.

Cette tendance est celle des traditionalistes vis-à-vis des pervers musulmans ou autre. À l’extrême, nous avons, entre autres, les kharijites et les mu’tazilitesparmi les hérétiques wa’îdiya qui ne conçoivent pas qu’on soit à fois louable et blâmable…

 

C’est pourquoi, nous pouvons constater dans la communauté, que de nombreux imams notamment, parmi les savants et les émirs accusent ces deux choses à la fois. Malheureusement, certaines gens font de l’excès, et, animés par les passions, ne retiennent que leur qualité et leurs bons côtés. À l’extrême opposé, nous avons ceux, qui, tout aussi animés par les passions, se contentent de parler de leurs défauts et de leurs mauvais côtés. Or, la religion d’Allah se situe entre les deux ; entre le rigorisme et le laxisme, et les meilleures choses sont toujours au milieu. »[1]

 

L’esprit de justice s’impose : il incombe de conjuguer entre l’intérêt supérieur de la religion tout en veillant à préserver l’honneur du musulman

 

« En parlant des personnes, on touche au droit d’Allah (I), car en relation avec la notion d’alliance et l’amour et la haine en Dieu ; on touche également au droit des personnes. Il va sans dire qu’en parlant de n’importe qui en dehors des Compagnons, à l’exemple des rois dont l’autorité temporelle est contestée, et les savants et les Sheïkh dont l’autorité religieuse est contestée ; il incombe de le faire avec science et justice, non avec ignorance et injustice. La justice incombe à chacun et envers tout le monde, comme elle incombe dans toutes les situations ; alors que l’injustice est strictement interdite. Elle n’est autorisée en aucune façon. Allah (I) révèle : [L’animosité qui vous oppose à certaines gens ne doit pas vous pousser à être injustes avec eux ; soyez justes, et vous tendrez vers la piété].[2]

 

Ce Verset fut révélée à l’intention des mécréants contre qui il incombe d’éprouver de la haine. Si l’on sait qu’Allah interdit d’être injuste envers celui qu’Il a pourtant ordonné de détester, que dire alors de celui qui déteste un musulman soit par erreur d’interprétation, ou en ayant une conception erronée, ou tout simplement par passion. Le musulman est plus en droit qu’on soit juste avec lui et qu’on ne le traite pas avec injustice. »[3]

 

L’ignorance et l’injustice sont à l’origine de la division, même entre traditionalistes

 

 La mécréance, la perversité, et la désobéissance sont certes à l’origine du mal et de l’animosité, mais un individu ou bien un groupe d’individus est susceptible de commettre un péché et en parallèle, d’autres s’abstiennent de leur faire la morale, ce qui relève de leurs péchés. D’autres leur font bien la morale, mais d’une manière condamnable, ce qui relève aussi de leurs péchés. Cela engendre à terme la divergence, la division, et le mal. Ce phénomène est l’un des plus grands motifs à l’origine des troubles et des mauvais événements, que ce soit à notre époque ou dans les temps anciens. L’homme, en effet, est par nature injuste et ignorant, en sachant qu’il existe plusieurs sortes d’injustices et d’ignorances. Ainsi, l’injustice et l’ignorance du premier sont d’une sorte, qui sont différentes de celles du deuxième, qui, elles-mêmes, sont différentes de celles du dernier.

 

En se penchant sur les troubles qui s’abattent sur les gens, il sera aisé de faire ce constat. On se rendra compte que ce phénomène est à l’origine des troubles dans lesquels s’investirent tant les émirs et les rois que les savants et les sheïkh qui furent suivis par le commun des gens. Dans ce domaine, nous avons toutes les causes à l’origine de l’égarement ; soit, les passions religieuses ou charnelles. Les premières touchant à l’innovation dans la religion et les secondes à la débauche dans le domaine du profane.[4]

 

Ce discours ne veut pas dire que les traditionalistes ne se chargent pas de la critique des innovateurs, qui est une obligation religieuse, surtout si l’on sait que l’intérêt supérieur de la religion en dépend

 

Sheïkh el Islam ibn Taïmiya – qu’Allah lui fasse miséricorde – fait remarquer : « Les opposants comme les chefs de file des innovateurs, les auteurs des opinions ou de pratiques contraires au Coran et à la sunna, il incombe à l’unanimité des musulmans, de dévoiler leur situation à la nation et de les mettre en garde contre eux. On demanda à l’Imam Ahmed : « Vaut-il mieux, à tes yeux, faire la prière la nuit, le jeûne le jour, et des retraites spirituelles ou bien parler sur les innovateurs ?

-          En priant la nuit, en jeûnant le jour, et en se retirant dans les mosquées, on est le seul à en profiter ; tandis qu’en parlant sur les innovateurs, on en fait profiter tous les musulmans. Nul doute que cela vaut mieux ! » 

 

Il a expliqué que cet intérêt revient à la communauté entière dans le domaine de la religion. Cette initiative est du même ordre que la guerre sur le chemin d’Allah puisqu’elle permet de purifier le chemin d’Allah, Sa religion, et Sa législation. À l’unanimité des savants, il incombe à une partie de la communauté de défendre les musulmans contre les méfaits et la rébellion de ces gens-là. Si Allah ne faisait pas brandir cet étendard pour les affronter, la religion serait directement en péril.

 

Les dommages seraient même plus considérables que ceux occasionnés par l’épée des envahisseurs. Lorsque l’ennemi, en effet, s’empare des terres musulmanes, il ne corrompt pas les cœurs et les convictions si ce n’est que par voie de conséquence, tandis que ces gens-là les détériorent d’emblée. »[5]

 

Ailleurs, il souligne : « Si un innovateur appelle à des convictions contraires au Coran et à la sunna, et que l’on craint qu’il égare les gens avec ses mauvaises idées, il faut dévoiler sa situation aux gens afin qu’ils soient sur leurs gardes et qu’ils sachent à qui ils ont à faire. L’ambition bien sûr, à travers cela, c’est de prodiguer le bon conseil et de plaire au Visage d’Allah (I). Il ne s’agit pas de le faire pour des raisons passionnelles (jalousie, haine, rivalité, conflit de pouvoir). Il ne faut pas sous couvert de prodiguer le bon conseil, s’acharner contre son frère et assouvir ses envies de vengeance, ce qui en soi est une œuvre du Diable. »[6]

 

« Critiquer les rapporteurs de hadîth en toute vérité et les hérésies des innovateurs est une obligation religieuse. »[7]

 

Or, cette obligation religieuse est soumise à deux conditions : avoir de la science et une bonne intention

 

« D’autre part, celui qui parle de ses choses avec science doit absolument avoir une intention saine. Si, bien que son discours soit vrai, il veut à travers cela semer le désordre sur terre, il est comparable au guerrier qui se sacrifie au combat pour défendre son clan ou par ostentation. Cependant, s’il fait cela pour Allah afin de lui rendre le culte sincère et exclusif, il compte dans les rangs des combattants sur le sentier d’Allah parmi les héritiers des prophètes et les successeurs des messagers.

 

Ce registre ne va pas en opposition avec les paroles du Prophète (r) disant : « La médisance c’est dire sur ton frère ce qui lui déplait. » Le frère n’est autre que le croyant ; si le frère du croyant est sincère dans sa foi, il ne peut être affecté par la vérité aimée d’Allah et de Son Messager, quand bien même elle serait contre lui ou l’un de ses proches. Il doit plutôt établir la justice, en se faisant le témoin d’Allah aux dépens même de sa propre personne, de l’un de ses parents ou de ses proches.

 

À partir du moment où il éprouve une certaine répulsion envers la vérité, cela dénote une certaine baisse de foi de la même façon que sa fraternité diminue proportionnellement à sa baisse de foi. Il ne doit pas tenir compte du mauvais sentiment qu’il éprouve en raison de sa foi faible ; et cela, étant donné qu’il doit absolument faire devancer l’amour d’Allah et de Son Messager à son mauvais sentiment envers les choses aimées d’Allah et de Son Messager, comme le formule le Verset : (tandis qu’Allah et Son Messager méritent mieux de se voir agréer).[8] »[9]

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

 



[1] E-tis’iniya (3/1032-1033).

[2] Le repas céleste ; 14-15

[3] Minhâj e-sunna (5/126).

[4] El istiqâma (3/241) ; voir également : Majmû’ el fatâwâ (28/ 142).

[5] Majmû’ el fatâwâ (28/231-232).

[6] Majmû’ el fatâwâ d’ibn Taïmiya (voir : 28/ 221).

[7] Voir : Majmû’ el fatâwâ (28/234).

[8] Le repentir ; 62

[9] Majmû’ el masâil wa e-rasâil (5/281).

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Publié par mizab - dans Takfir
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