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5 décembre 2012 3 05 /12 /décembre /2012 18:04

P1

 

 

Introduction à la science des Attributs divins

(Partie 1)

 

Voir notamment : e-nafî fî bâb sifât Allah qui à l’origine est une thèse universitaire ès magistère du chercheur Azraq ibn Mohammed Su’aïdân ayant eu pour encadreur Sheïkh U. D. Mohammed ibn Khalîfa e-Tamîmî.

 

Je fais les louanges d’Allah, Celui en dehors de qui il n’y a d’autre dieu digne d’être adoré ! Des louanges qu’Il mérite, car Il est capable de toute chose. Je L’implore de prier sur le meilleur de Ses créatures, Mohammed, Son serviteur et Son Messager, le sceau des Prophètes, celui qu’Il a envoyé à l’Humanité porteur des preuves éclatantes menant à la bonne direction (hudâ) et à la vraie religion (dîn el haqq) qui devait dominer sur la religion entière, et Lui Seul suffit comme témoin. Que les prières et les nombreuses salutations d’Allah soit sur lui !

 

Définition

 

Au niveau de la langue :une sifat est un aspect, un caractère propre à un être, à une chose, ou une qualité intrinsèque. Elle a aussi le sens de description ; un médecin décrit les symptômes, l’état du patient en vue de lui prescrire un remède.

 

Ensuite, chaque spécialité lui donne sa propre définition. Les linguistes ont la leur dans leur jargon, mais dans le langage courant, elle est la propriété essentielle d’un être, d’une substance ou l’un de ses signes distinctifs. Dans le cas d’une personne, on dit qu’elle est grande, petite, sensée, intelligente, etc.

 

Pour les traditionalistes, elle désigne les caractéristiques d’un être. Dans le cas du Seigneur, il s’agit des qualités de perfection dont Il est doté (le Pouvoir, la Volonté, le Savoir, la Sagesse, etc.), et par lesquelles Il se différencie de la création. Les seules indications que nous avons sur ce sujet nous sont offertes par les textes canoniques (Coran, sunna). Notons que cette définition est valable, comme nous le verrons pour les Attributs affirmatifs ; les Attributs négatifs ayant leur propre définition.

 

Rappel : Les Attributs qui sont liés à la Volonté divine se divisent en trois catégories :

 

Les Attributs purement essentiels : qui, sans dépendre de Sa Volonté ou de Ses Actions, sont inhérent à Lui. Ex. : la Vie, le Savoir, la Puissance, l’Élévation au-dessus de Sa création, la Sagesse, la Grandeur, le Visage, les deux Mains, etc.

 

Les Actions purement volontaires : qui sont liées à Sa Volonté dans le sens où Il les fait quand Il veut. Ex. : l’istiwâ sur le Trône, la descente au premier ciel, la venue le Jour de la résurrection, la Colère, l’Agrément, le Rire, la Joie, etc.

 

Les Attributs qui, d’un point de vue, sont essentiels, et ceux qui, d’un autre point de vue, relèvent des Actions volontaires : ex. : la Parole qui, en regard de son origine et de sa nature, est un Attribut essentiel (inhérent à Lui) ; mais, qui, en regard de toutes les fois où Il parle, entre dans les Actions volontaires. Dans ce registre, nous avons le Verset : [S’Il décide d’une chose, il Lui suffit de dire : sois, et elle est].[1]

  

  Remarque : les Actions volontaires (Af’âl ikhtiyâriya) sont appelées également Attributs volontaires (Sifât ikhtiyâriya) ou encore Attributs d’Action (Sifât fi’liya).[2]

 

La distinction entre la sifat et le na’t

 

Certains linguistes ont voulu faire une distinction entre la sifat et le na’t ; voici une liste des plus connues :

-                le na’t est uniquement utilisé pour les qualités, contrairement à la sifat qui est valable pour les qualités et les défauts.

-                Le na’t est utilisé pour la description corporelle ou physique (grand, petit), tandis que la sifat est utilisée pour décrire des actions (sortir, entrer, frapper, etc.).

-               Le na’t désigne des actions qui se répètent, qui se renouvellent, tandis que la sifat désigne des qualités essentielles et intrinsèques.

-               On ne parle pas de na’t pour les Attributs essentielles (Main, Face, Pied, Doigt), mais de sifât.

-               Le na’t désigne les Attributs notoires et connus de tous, alors que la sifat a un sens plus général.

-               Le na’t désigne un endroit spécifique du corps, tandis que la sifat englobe tout le corps.

 

En réalité, ses différentes définitions veulent plus ou moins dire la même chose, elles sont donc insignifiantes, d’autant plus que les textes ne font nullement part de ses nuances. Les mutakallimîns, selon leur tendance la plus notoire, permettent d’utiliser le terme sifat pour décrire le Très-Haut, mais ils l’interdisent pour le na’t. La raison, c’est que le premier renvoie aux Attributs essentiels, tandis que le second fait allusion aux actions qui se renouvèlent et qu’il est impossible d’attribuer à Dieu, selon leur conception.

 

La distinction entre la sifat et le wasf

 

Jamais les linguistes n’ont séparé ces deux termes, qui sont sur la même racine. Néanmoins, les mutakallimîns s’évertuent à les séparer en vue de faire admettre la différence entre les Attributs d’Allah qui seraient intrinsèques à son Être et Ses Actions qui seraient extérieures à Lui.

 

Or, ibn Taïmiya souligne que la sifat et le wasf peuvent renvoyer soit au discours qui décrit l’Être, soit au sens que renferme ce propre discours, tandis que les jahmites et les mu’tazilites notamment contestent ce point. À leurs yeux, en effet, les sifât seraient simplement l’expression (‘ibâra) qui refléterait l’Être, mais sans pour autant qu’Allah soit doté d’attributs intrinsèques.[3] Les Kullâbites et consorts peuvent éventuellement avoir recours à cette distinction quand ils disent que le wasf c’est la parole, et que la sifat est le sens intrinsèque à l’Être.[4]

 

El Baqallânî[5] et el Âmûdî[6] après lui défendent cette théorie avec force. Leur but non avoué est de mettre à mal les Actions volontaires d’Allah qui sont le fruit de Son Pouvoir et de Sa Volonté. Ils font entrer dans le wasf, qui, rappelons-le incarne la parole, tous les Attributs d’action pour nous dire qu’ils ne sont pas intrinsèques au Tout-Puissant.[7] En parallèle, ils insèrent dans la sifat tous les Attributs auxquels ils adhèrent : soit, les Attributs de sens (Sifa ma’nâ) : ce sont les Attributs affirmatifs (essentiels, prééternels, anciens)[8] qui renvoient à un sens supplémentaire par rapport à l’Essence divine et qui sied à Sa Majesté. Il s’agit des sept Attributs dont nous avons parlé dans un article précédent, et que nous remettons ici : la Vie, la Puissance, le Savoir, l’Ouïe, la Vue, la Volonté, la Parole.[9] Ils portent également le nom d’Attributs rationnels,[10] mais aussi existentiels.[11]

 

Il leur devient ainsi facile de faire passer l’idée que les Attributs d’action ne sont pas intrinsèques à l’Être.

 

Réfutation

 

En réalité, tous les Attributs son intrinsèques à l’Être, indépendamment qu’ils soient :

1-      des Attributs de sens intrinsèques à l’Être

2-      des Attributs d’Action.

 

 Si l’on sait que les Actions émanent de l’Être, il devient facile de comprendre qu’ils Lui sont intrinsèques au même titre que les Attributs essentiels. Quand on qualifie Allah de Savant, Puissant, et Vivant, cela signifie indubitablement qu’Il est doté du Savoir, de la Puissance, et de la Vie.

De la même façon, quand on qualifie Allah de Créateur, Pourvoyeur des besoins, c’est qu’Il est l’auteur des actions de création et de pourvoit aux besoins. La théorie précédemment citée est sournoise, dans le sens où elle rejoint la conception jahmite selon laquelle l’Amour, la Colère, l’Agrément, la Miséricorde sont des créations qu’Allah crée à l'extérieur de Son Être.[12]

 

La règle des Noms et Attributs divins

 

Sheïkh el Islam ibn Taïmiya établit que la religion musulmane repose sur le principe qu’il faut décrire Allah comme Il s’est décrit Lui-même dans Son Livre ou comme Ses messagers l’ont décrit sans altérer ou falsifier le sens de Ses Noms et Attributs ou les renier, ni chercher non plus à savoir comment ou à les assimiler. Les musulmans attribuent au Seigneur ce qu’Il s’est attribué à Lui-même, et ils Lui refusent ce qu’Il se refuse à Lui-même. 

 

En cela, ils se conforment aux paroles des prophètes et ils s’interdisent tout discours qui serait contraire aux-leurs. Les prophètes ont décrit le Très-Haut avec des Attributs parfaits et ils l’ont « purifié » de tout défaut ou de tout Attribut qui n’exprime pas la perfection. Dans le domaine de ce qu’ils lui attribuent (attributs positifs), ils s’expriment avec détails, mais ils évitent de faire toute ressemblance ; s’ils lui reconnaissent certaines caractéristiques en détail, ils restent concis concernant celles qu’ils Lui renient (dans le domaine des attributs négatifs). Quiconque renie les Attributs qu’Il se reconnaît à Lui-même est un négateur (mu’attil), et quiconque cherche à le faire ressembler à Ses créatures est un assimilateur[13] (mummaththil). Le négateur adore le néant tandis que le mu’attil adore une idole.

 

Ainsi, (Rien ne lui ressemble) va à l’encontre des mummaththil et (mais Il est Entendant et Voyant) va à l’encontre des négateurs. Par exemple, les prophètes disent qu’Allah était Vivant et ils le « purifient » de la mort, ils disent qu’Il est Savant et ils le purifient en même temps de l’ignorance, etc. Ces règles se trouvent indistinctement dans le Coran, la sunna, la Thora et la prophétie en général. Celles-ci font l’unanimité des prophètes et concernent aussi bien les musulmans que les « gens du Livre ».

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 



[1] Yâsîn ; 82

[2]Voir : dar-u ta’ârudh e-‘aql wa e-naql d’ibn Taïmiya (2/3).

[3] Majmû’ el fatâwâ (1/147-148).

[4] Majmû’ el fatâwâ (3/335).

[5]E-tahmîd d’el Baqallânî (p. 244-255).

[6]Ghâyat el marâm (p. 144-145).

[7] Majmû’ el fatâwâ (3/335).

[8]Voir : sharh el figh el akbar d’el Qârî (p. 33, 35), et tuhfat el murîd sharh jawhara e-tawhîd d’el Baïjûrî (p. 89).

[9]Voir : sharh el figh el akbar d’el Qârî (p. 33), et tuhfat el murîd sharh jawhara e-tawhîd (p. 89).

[10] Voir pour les références mâturîdites : el ‘aqâid e-nasafiya avec son commentaire d’e-Taftâzânî (p. 44-69).

Voir pour les références ash’arites : el mawâqif d’el Îjî (p. 279-293).

[11] Voir pour les références ash’arites : el mawâqif d’el Îjî (p. 279), et son commentaire sharh el mawâqif d’el Jurjânî (8/44) pour les références mâturîdites.

[12] Sharh el ‘aqîda el asfahâniya (p. 63).

[13] Certains orientalistes traduisent Mumaththil par anthropomorphiste qui signifie d’attribuer une forme humaine ou ce qui est caractéristique à l’être humain au Créateur. En cela, il ne prend pas le terme Mumaththil dans toute son essence qui englobe de faire la ressemblance avec des créatures vivantes ou inertes, autres que les humains.

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Publié par mizab - dans Ash'arisme
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commentaires

Amy 18/12/2012 19:00


Salam . Derien,


Barakallahu fik,pour ton explication,j'ai compris maintenant ..


el hamdu-lilâh.

mizab 19/12/2012 08:54



 


 


wa 'aleikom salem !


 


wa fik baraka Allah !


 


wa el hamdo li Allah rabbi el 'alamin !



Amy 16/12/2012 17:10


As salamu 'alayka cher frère !


Pourrais-tu me réexpliquer la notion de "wasf" et donner d'autres exemples pour que je puisse mieux comprendre cette différence .


Jazakaallah! 


Barakaallahou fik !


Continues ainsi,beaucoups profitent des fruits de ce si beau travail!


 

mizab 17/12/2012 15:55



 


 


wa 'aleikom salem wa rahmat Allah !


 


amin !


 


wa fik baraka Allah !


 


jazaka Allah kheir pour les encouragements !


 


Pour ta question, cela consiste à distinguer entre l'Essence et l'Attribut, ou l'Attribut (sifat) et l'action qui est tirée de cet attribut (wasf)


 


l'exemple le plus courant est de distinguer entre la Parole d'Allah qui serait un wasf et le sens des paroles d'Allah qui serait intrinsèque, et qui s'appelerait sifat


 


Sinon, les exemples pour distinguer entre l'Attribut et l'action sont comme dans l'article :


Quand on qualifie Allah de Savant, Puissant, et Vivant, cela signifie indubitablement qu’Il est doté du Savoir, de
la Puissance, et de la Vie.


De la même façon, quand on qualifie Allah de Créateur, Pourvoyeur des besoins, c’est qu’Il est l’auteur des
actions de création et de pourvoit aux besoins. La théorie précédemment citée est sournoise, dans le sens où elle rejoint la conception jahmite selon laquelle l’Amour, la Colère,
l’Agrément, la Miséricorde sont des créations qu’Allah crée à l'extérieur de Son Être.[1]


 






[1] Sharh el ‘aqîda el asfahâniya (p. 63).




 


 


wa Allah a'lam !


 


comme dans l'article