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9 mai 2012 3 09 /05 /mai /2012 15:22

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Shart sihha/shart kamâl

(Partie 1)

 

 

Hâfizh el Hakamî en parlant de la conception de la foi chez les kharijites, et les mu’tazilites : « …Pour le reste, la foi est composée de la croyance, de la parole, et des actes. La différence avec les pieux prédécesseurs c’est qu’aux yeux de ces derniers, les actes ne sont pas tous une condition de validité de la foi. Néanmoins, bon nombre d’entre sont à mettre au compte des conditions de perfection, qui, comme le souligne ‘Omar ibn ‘Abd el ‘Azîz, permettent de parfaire la foi. Foi, qui reste imparfaite sans les fournir. Quant aux mu’tazilites, ils les rangent tous dans les conditions de validité, wa Allah a’lam ! » [Ma’ârij el qabûl(2/30).]

 

Louange à Allah le Seigneur de l’Univers ! Que les Prières et le Salut d’Allah soient sur notre Prophète Mohammed, ainsi que sur ses proches et tous ses Compagnons !

 

Voir : jawâb el îmân wa nawâqidhuhu de Sheïkh ‘Abd e-Rahmân el Barrâk (les titres sont du traducteur pour aider à la compréhension).

 

Est-ce que l’ensemble des actes (jins el ‘amal) est une condition de validité de la foi (shart sihha) ou bien une condition de perfection (shart kamâl) ?

 

En réponse, nous disons qu’il incombe, pour mieux se le représenter, d’exposer le problème en détail ; problème qui touche à un point du dogme d’une extrême importance. Il prend ses racines chez certains savants des générations récentes, comme le souligne el Hâfizh ibn Hajar avec des explications qu’il a peut-être empruntées à un autre auteur. Quand on parle des actes dans l’absolu ou dans l’ensemble (jins el ‘amal), ils ne font pas allusion à une pratique en particulier. Si on les considère comme une condition de validité de la foi (shart sihha), cela signifie qu’il ne peut y avoir de foi sans les actes ; et si on les considère comme une condition de perfection (shart kamâl), cela veut dire qu’il peut y avoir une foi sans actes, bien que faible. En d’autres termes, sans actes, la foi est-elle faible ou bien inexistante ?

 

La définition de la foi

 

Nous pouvons donc entamer la réponse en disant que les textes scripturaires de l’Islam (Coran/sunna) définissent la foi comme un nom générique qui englobe :

-           1°) La croyance du cœur : croire (tasdîq) et reconnaitre (iqrâr) la religion

-           2°) La reconnaissance verbale

-           3°) L’acte du cœur : la soumission intérieure (inqiyâd) à la religion et la volonté d’y adhérer qui entraine certains états comme l’espoir, la confiance totale en Allah.

 

Aux yeux des traditionalistes, la définition religieuse de la foi, qui est conforme aux textes, renferme quatre éléments :

-          1°) La croyance du cœur qui est composée du tasdîq qu’il est nécessaire d’avoir pour chaque information (khabar) que nous enseigne la Révélation ;

-          2°)  les actes du cœur et la reconnaissance verbale qui consistent à prononcer l’attestation de foi, ce qui implique le tasdîq dont nous venons de parler ;

-          3°) les actes intérieurs qui sont synonymes de soumission intérieure et qui témoigne de la sincérité. On peut croire à quelqu’un, à l’image d’Abû Tâlib qui croyait dans l’absolu en son neveu, mais tout en refusant de se soumettre à son message. Ainsi, la soumission intérieure est nécessaire, la somme du tasdîq et de l’inqiyâd va engendrée dans le cœur des états comme l’amour, la crainte, le repentir et qui représentent les actes du cœur.

-          4°) Les actes extérieurs ou physiques qui proviennent des membres, mais aussi des paroles, car la langue est un membre. Dans el wasatiya, ibn Taïmiya parle de cinq éléments (qawl el qalb, wa e-lisân, ‘amal el qalb, wa e-lisân, wa el jawârih). Les différences de définition ne posent pas un problème, l’essentiel est de retenir que la foi est composée des paroles et des actes.

 

Le fi’l et le tark

 

Les actes extérieurs englobent tous ce que fait (fi’l) ou ne fait pas (tark) l’individu dans le cadre de la religion. Ainsi, s’abstenir de faire une chose interdite par le Législateur est un acte. Ex. : s’abstenir de boire et manger pendant le ramadhân. On parle de tark, quand on a l’intention de ne pas faire une chose, non dans l’absolu. Oublier de faire une obligation n’est pas un tark. Le tark est une réaction aux interdictions. L’application d’une interdiction, c’est de la délaisser. Enfreindre une interdiction, c’est faire un péché. Ainsi, comme l’établissent les spécialistes en usûl, le tark est un acte.

 

Asl el îmân

 

L’origine de la foi émane de la croyance du cœur qui va se refléter sur les paroles et les actes. La langue traduit la pensée. La foi est donc la somme de la croyance et des actes religieux intérieurs et extérieurs.

 

Si tout cela est clair, on comprendra qu’il ne convient pas dans l’absolu de dire que les actes sont soit shart sihha soit shart kamâl dans la foi, mais le détail s’impose. Les actes, en effet, comme nous venons de le voir, englobe les actes du cœur et les actes du corps, comme ils englobent les actions (fi’l) et les non-actions (tark). Ils englobent les obligations (croire aux six fondements de la foi, la prière, etc.) et les interdictions (l’association, et les péchés). Selon les spécialistes en usûl, un shart est une action, une situation, un fait qui dépend d’un autre fait et qui est donc extérieur à lui ; l’absence de l’un implique l’absence de l’autre, mais n’implique pas forcément sa présence. [Ex. : l’ablution est une condition de la prière. Sans ablution, la prière n’est pas valable, mais ce n’est pas parce qu’on a les ablutions qu’on a forcément prié ndt.]

 

 

Le statut des actes extérieurs

 

Or, il n’existe pas qu’une sorte d’actes au niveau du cœur et des actes. Les actes extérieurs ont différentes formes et différents statuts : les cinq piliers de l’Islam n’ont pas le même statut que le djihâd. Il est donc faux de dire, de ce point de vue, que les actes sont une condition de validité de la foi, comme il est faux de dire qu’ils sont une condition de perfection. Il est plus juste de dire que certains actes relèvent de la première catégorie et d’autres de la seconde.

 

Ce qui relève du shart sihha

 

S’abstenir de commettre l’association ou mécréance majeure entre dans le shart sihha, dans le sens où la foi s’oppose littéralement à l’impiété et l’apostasie. L’attestation de foi est dans ce domaine, car il ne sert à rien de croire sans l’exprimer par la langue. Contrairement aux allégations des jahmites ultra qui confinent la foi dans la connaissance intérieure et qui ne réclame pas forcément d’être exprimée verbalement. Ces derniers s’imaginent tout à fait un musulman qui ne prononce pas sciemment l’attestation de foi. Il suffit, à leurs yeux, de croire à l’existence de Dieu pour devenir croyant.

 

La soumission du cœur, qui est un acte, un acte intérieur plus exactement comme nous l’avons vu, est de ce registre. Le tasdîq n’est pas suffisant pour prétendre à la foi, sans fournir l’inqiyâd. Il ne suffit pas non plus de reconnaitre (dans le sens de tasdîq) avec la langue que l’Islam est la vérité, mais il incombe d’y adhérer (dans le sens d’iqrâr) verbalement à travers l’attestation de foi. Cette attestation concrétise la soumission du cœur, contrairement aux Juifs et aux chrétiens qui savent très bien, aux dires du Coran, que Mohammed n’est pas un imposteur, mais ils refusent de se soumettre à son message. Cette obstination nait souvent de l’orgueil. On le voit bien avec certains intellectuels occidentaux comme les orientalistes et islamologues. Ces derniers sont trop attachés à leurs valeurs, et prennent les musulmans de haut. C'est pourquoi ils ne peuvent franchir le pas, car cela leur demanderait un trop grand sacrifice.

 

Ainsi, il n’est pas tout à fait juste de dire que les actes sont à mettre au compte du shart sihha ou shart kamâl. Dans les deux cas, le détail s’impose. Il incombe d’être précis dans ce genre de choses. Le vocable « acte » renvoie aux actes du cœur et aux actes corporels, comme il renvoie aux actions et aux non-actions.

 

Renoncer à l’association et la mécréance majeure est de l’ordre du shart sihha, mais renoncer aux autres péchés relève du shart kamâl. L’association s’oppose littéralement à la foi et les péchés affaiblissent la foi parfaite imposée (kamâl el imân el wâjib), en sachant que la foi parfaite dans l’absolu comprend les actes imposés et les actes recommandés. Néanmoins, ce point concerne uniquement la foi parfaite imposée non la foi parfaite recommandée.

 

Les actes du cœur (adhésion, soumission, amour, peur, espoir, etc.) relèvent également du shart sihha, comme nous l’avons vu, au même titre que la reconnaissance verbale.

 

La divergence sur les quatre autres piliers de l’Islam

 

Néanmoins, les quatre autres piliers de l’Islam sont sujets à divergence entre les traditionalistes pour qui ils jonglent entre shart sihha et shart kamâl. Ils ne sont pas d’accord sur le statut de leur abandon (tark), ou de l’abandon de l’un d’entre eux, surtout de la prière. Si pour certains, le second pilier de l’Islam est un shart sihha, pour d’autres, il ne dépasse pas le statut de shart kamâl. Pour la majorité des savants, il relève du shart kamâl au même titre que les autres piliers. L’essentiel est d’adhérer avec le cœur à leur aspect obligatoire, quand bien même on les délaisserait dans les actes (tark ‘amalî). Les annales imputent plusieurs tendances à l’Imâm Ahmed sur l’abandon tout en partie de ces piliers. Néanmoins, la plus connue étant celle qui rejoint la grande majorité des savants et qui considère toujours croyant un fautif éventuel.

 

Au demeurant, la divergence sur l’abandon de la prière, qui est la plus notoire, est très forte. Il existe des textes très explicites sur le sujet. Certains vont jusqu’à imputer la tendance qui le fait sortir de l’Islam à l’unanimité des Compagnons. Le reste des obligations religieuses ne posent pas problème. Tous les savants s’accordent à dire que, ne dépassant pas le statut de simple péché, ils relèvent du shart kamâl. Seuls les kharijites se particularisent pour rendre apostats les auteurs des « grands » péchés (meurtre, adultère, boisson enivrante, usure, etc.).

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

 

 

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Publié par mizab - dans Takfir
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commentaires

alain 20/07/2013 14:07

as salaamou 'alayka, bârakaAllâhoufyk
Par contre une petite précision que je voudrais savoir : Al inqiyâd (soumission du coeur) implique normalement d'agir et de faire des actes d'obéissances, car c'est un terme plus fort que tasdiq ?

mizab 21/07/2013 11:47

wa 'aleikom salem wa rahmat Allah wa barakatuhu !

wa fik baraka Allah !

Oui, exactement, c'est une très bonne remarque, j'ai bien aimé notamment le normalement qui est crucial pour la compréhension de ce sujet sensible !

fataha Allah 'alaïka !