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30 avril 2012 1 30 /04 /avril /2012 16:00

chute-magnifique

 

L’Albani et l’irja

(Partie 2)

 

Mahmûd e-Tuwajrî a dit : « L’Albânî aujourd’hui est un symbole de la sunna ; le critiquer, c’est contribuer à la critiquer.» [Voir : tazkiya el ‘ulamâ li el Albânî.]

  

 

Voir notamment : tabriya el imâm el muhaddith min qawl el murjiya el muhdath de Sheïkh Ibrâhim e-Ruhaïlî.

 

Asl el imân et kamâl el imân et wâjib

 

Contrairement aux allégations de ses détracteurs, Sheïkh el Albânî ne dit pas qu’il suffit pour être sauvé dans l’au-delà de fournir la croyance et la parole, tout en délaissant tous les actes. Il établit en effet, à la manière des traditionalistes, que la prière, l’aumône, le jeûne et le pèlerinage, qui font partie des piliers de l’Islam, intègrent les branches pratiques de la foi (shu’ab el imân el ‘amaliya). Gardons à l’esprit la classification des actes en deux catégories ; ceux qui permettent de parfaire la foi imposée (kamâl el imân et wâjib) et ceux qui permettent de parfaire la foi recommandée (kamâl el imân el mustahab). Selon lui, les musulmans qui ne fournissent pas la première catégorie sont exposés à la menace divine. Il n’a jamais dit qu’ils méritaient d’aller directement au Paradis.

 

Dans son commentaire à la ‘aqida e-Tahâwiya, il affirme que, n’en déplaise aux murjites, les péchés ont une influence néfaste sur la foi, non que leur auteur ait une foi parfaite.[1] Pour les murjites en effet, la foi est indivisible, au même titre d’ailleurs que les kharijites, dans le sens où elle est soit parfaite soit inexistante. Ils ne s’imaginent pas qu’on peut avoir une foi faible. C’est ce qui les pousse à dire qu’elle ne peut ni monter ni descendre.

 

Shart sihha et shart kamâl

 

Or, ne pas considérer mécréant (kaffar) celui qui délaisse (tark) les actes n’implique nullement que les actes ne fassent pas partie intégrante de la foi. À l’unanimité des traditionalistes, en fournissant la croyance et les quatre piliers de l’Islam, et en délaissant les autres branches pratiques de la foi tout en les reconnaissant avec le cœur, cela n’implique pas nécessairement de perdre l’essence de la foi (asl el imân). On perd uniquement la foi parfaite imposée (kamâl el imân et wâjib), à la différence des murjites pour qui elle reste parfaite ; et des kharijites qui kaffar les auteurs des grands péchés.[2]

 

Concernant les quatre piliers de l’Islam, les savants divergent sur le takfîr de celui qui délaisse l’un d’entre eux tout en reconnaissant leur aspect obligatoire.[3] Ainsi, les deux tendances sont affiliées au traditionalisme et aux anciens :

-          Celle qui ne kaffar pas celui qui les délaisse tout en partie.

-          Celle qui kaffar celui qui les délaisse tout en partie.

 

Néanmoins, tout le monde s’accorde à dire qu’ils relèvent des branches pratiques de la foi. Ainsi, il n’est pas pertinent de taxer la première tendance de murjite, comme il n’est pas pertinent de taxer la deuxième de kharijite.

 

Malgré cela, il vaut mieux éviter des termes comme juz-u kamâl ou shart kamâl (condition de perfection de la foi) qui ne sont pas précis. En parallèle, il faut éviter les termes comme shart sihha (condition de validité de la foi) qui manque tout autant de précision. Nous pouvons certes condamner ces deux termes, pour reprendre les paroles de Sheïkh Ibrâhim e-Ruhaïlî, mais cela n’implique nullement de taxer dans l’absolu, les uns et les autres de murjites ou de takfîrîs. Nous avons le droit de dire qu’un savant s’est trompé, mais cela ne nous empêche pas de lui garder le respect qu’il mérite.

 

Pour éviter tout conflit, il vaut mieux s’en tenir au vocabulaire des textes et des anciens. Nous ne sommes pas obligés de dire que les actes sont soit shart sihha soit shart kamâl, mais il est plus juste de dire qu’ils font partie intégrante de la foi.

 

Shart sihha et shart kamâl sont des termes à double tranchant. Les actes dans le vocabulaire du Coran et des anciens englobent toutes les branches pratiques de la foi qui n’ont pas le même statut. Il en existe deux sortes : les actes obligatoires et les actes recommandés. Les actes obligatoires se subdivisent en deux : les quatre piliers et les autres branches pratiques de la foi. Et les actes recommandés ne sont pas tous du même degré.

 

Quant ou parle de shart sihha et shart kamâl, on désigne ces deux sortes d’actes à la fois. Or, à l’unanimité des savants, en dehors des quatre piliers de l’Islam, les actes obligatoires n’ont pas le statut de shart sihha, et encore moins les actes recommandés. Sans les fournir, la foi s’affaiblit, mais ne disparait pas.

 

De la même façon, l’expression shart kamâl englobe les quatre piliers de l’Islam, alors qu’aux yeux de certaines grandes références, ils entrent, tout en partie, dans l’essence même de la foi.

 

Sheïkh ibn Bâz l’avait bien compris et faisait preuve d’une précision extraordinaire en distinguant entre les actes qui relèvent du shart sihha comme la prière (en sachant qu’il existe une divergence sur la question), et ceux qui touchent à la foi parfaite imposée, comme les autres actes.[4] Quand on lui posa la question : « Selon certains savants, celui qui délaisse (tark)les actes extérieurs, tout en fournissant l’attestation de foi, et l’essence de la foi émanant du cœur (asl el imân el qalbî) reste musulman. Est-ce qu’ils sont des murjites. »

Voici ce que fut sa réponse : « Non, ce sont des traditionalistes ! »[5]

 

Ibn el ‘Uthaïmîn a le même discours. Ailleurs, il reproche des expressions du genre tark jisn el ‘amal et tark âhad el ‘amal. Il établit que le kâfir, c’est celui qu’Allah et son Prophète (r) ont kaffar.[6]

 

Cela ne veut pas dire que ces deux savants n’ont pas un autre discours établissant que les actes relèvent du shart sihha ou que Sheïkh el ‘Uthaïmîn plus précisément ne reconnait pas l’expression jins el ‘amal, étant donné que le discours varie en fonction des situations, li kulli maqâm maqâl ! Je reviendrai par la suite sur ce point in shâ Allah !

 

Il est possible que l’un des buts soit de protéger les rangs des traditionalistes de la division, comme le répète inlassablement Sheïkh Rabî’, ou de ne pas ouvrir une mauvaise porte au takfîr. Quoi qu’il en soit, il est vrai qu’en principe, selon la règle, on ne peut contester le choix d’un vocabulaire dans la mesure où il est conforme au Coran et à la sunna (lâ mashâha fî el istilâh).

 

Attention ! Cela ne veut pas dire que les termes shart sihha/shart kamâl sont faux, mais il est plus précis de dire que les actes font partie de la foi (juz-un). Un shart, c’est une condition, qui selon le vocabulaire des spécialistes en usûl el figh, est extérieur à l’entité. Pour d’autres spécialités, le shart fait partie intégrante de l’entité,[7] comme c’est le cas pour les actes qui entrent dans l’entité de la foi chez les traditionalistes.

 

En outre, le terme « kamâl » fait allusion à la fois au parfait imposé (kamâl el wâjib) et au parfait recommandé (kamâl el mustahab).

 

Sheïkh el Islâm explique à ce sujet : « Les termes kamâl et tamâm (parfait) peuvent renvoyer soit au parfait imposé soit au parfait recommandé. Par exemple, certains légistes disent que la grande ablution se divise en parfait (kamâl) et valable (mujzi). »[8] Ainsi, pour appliquer cette règle au domaine de la foi, nous pouvons dire que certains actes relèvent d’une foi parfaite imposée et que d’autres relèvent d’une foi parfaite recommandée.

 

Remarque : nous venons de voir la place qu’occupent les actes dans la foi, mais quel est le statut de celui qui les délaisse (tark) ?

 

Nous disons que les actes par rapport à la foi n’ont pas tous le même degré. De la même façon, le tark sera différent en fonction de l’importance que leur donne le Législateur. En délaissant les actes recommandés, on affaiblit le kamâl el mustahab, et en délaissant les actes obligatoires on affaiblit le kamâl el wâjib, en sachant que pour cette dernière catégorie, ils n’ont pas tous le même degré. S’ils comptent parmi les quatre piliers, nous avons que les anciens divergent sur le statut de celui qui les délaisse tout en partie. La plus grosse divergence porte particulièrement sur la prière.

 

S’ils comptent parmi les autres branches pratiques de la foi, nous avons vu qu’on affaiblit le kamâl el wâjib, sans remettre en question l’essence de la foi, contrairement à la tendance kharijite.

 

Ibn Taïmiya met en lumière un point d’une extrême importance. Il nous dit en effet : « Le Législateur n’infirme (yanfî) pas la foi à un individu pour avoir délaissé un acte recommandé, mais pour un acte imposé ; étant donné qu’il a délaissé ce qu’on lui impose de faire de façon parfaite (kamâl et tamâm), non ce qu’on lui recommande. »[9]    

 

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

 



[1] Sharh el ‘aqîda e-tahâwîya (p. 58).

[2] Voir : fath el Bârî d’ibn Rajab (1/27).

[3] Majmû el fatâwa d’ibn Taïmiya (7/609).

[4] Voir : aqwâl dhawî el ‘irfân du D. ‘Isâm e-Sinânî (p. 146), et mukhâlafât fî fath el Bârî d’Abd el ‘Azîz e-Shibl (p. 28).

[5] Hiwâr hawl masâil e-takfîr

[6] Voir : el as-ila el qatariya.

[7] Voir : kashf istilâhât el funûn d’e-Tahânuwî (2/492).

[8] Majmû el fatâwa d’ibn Taïmiya (7/648).

[9] Majmû el fatâwa d’ibn Taïmiya (7/647).

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Publié par mizab - dans Takfir
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commentaires

Muhammad 06/12/2014 10:13

Salam alaykoum akhi, je n'ai pas compris quand tu dis "tout en partie", veux-tu dire tout ou partie ?
barakAllahu fik

mizab 09/12/2014 10:39

Amin !


Si tu veux, il est ici en entier :

https://drive.google.com/file/d/0B3OF_xy1-md-MTZNMk5KcmtpbDQ/view

Muhammad 09/12/2014 10:36

Wa iyyak. Je viens de lire les trois premiers articles, j'attends que tu termines ta série inchâAllah pour te faire part de mes remarques le cas échéant. Qu'Allah te récompense pour tes efforts.

mizab 07/12/2014 17:21

Amin !

Wa anta kadhalik !

C'est justement le sujet de mon dernier article qui est en 5 parties :

http://mizab.over-blog.com/2014/12/le-consensus-vs-le-hadith-de-la-shafa-a-partie-1.html


Tu n'as qu'à le lire et m'exposer ensuite les choses qui, éventuellement, posent problème ou que tu voudrais partager, voire des remarques...

Wa jazaka Allah kheir !

Muhammad 07/12/2014 17:03

JazakAllahu khayran akhi, merci de prendre la peine de me répondre. J'aurais une autre question waffaqakAllah, est ce que selon toi, après les recherches que tu as mené sur le sujet, il t'apparaît clairement qu'il y a divergence entre les gens de la sunna sur la question de "târik al a3mâl bi l-kulliyyah" ? Je cherche en ce moment sur la question et c'est ce qu'il m'est apparu. Dernière question akhi, dans les hadiths de la chafâ3ah, "lam ya3mal 3amalan qatt", comme plusieurs savants ont dit, il est impossible au mouwa77id de se présenter devant Allah sans 3amal, son attestation le pousse malgré lui au 3amal, est ce que le 3amal qui est infirmé dans le hadith concerne donc les actes significatifs comme les piliers de l'islam : salat, zakât, siyâm, hajj ?
BarakAllahu fik akhi

Muhammad 06/12/2014 10:13

Salam alaykoum akhi, je n'ai pas compris quand tu dis "tout en partie", veux-tu dire tout ou partie ?
barakAllahu fik

mizab 06/12/2014 18:35

Wa 'aleikom salem wa rahmat Allah !

Oui, désolé, c'est dans ce sens-là, en totalité ou en partialité !