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8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 05:08

L’amour et la haine en Dieu

(Partie 3)

 

La troisième annulation de l’Islam

 

Ce point est également d’une extrême gravité. Bon nombre de personnes affiliées à l’Islam ne veulent pas kaffar les polythéistes. L’essentiel à leurs yeux, c’est d’être épargné du shirk, sans nécessairement s’initier dans les affaires des autres. Cependant, nous leur disons qu’ils connaissent mal la religion, car c’est un devoir de kaffar celui qu’Allah considère comme un non-musulman. Nous devons nous désolidariser de toute personne qui commet du shirk, de la même manière qu’Ibrahim s’est désolidarisé de son père et de son peuple, en leur disant : [Je suis innocent de ce que vous adorezen dehors de Celui qui m’a créé ; c’est Lui qui va me guider].[1]

 

En justifiant leurs pratiques, on sombre encore plus qu’eux dans la mécréance. Il est inadmissible de rendre pertinente la mécréance ou l’association, ou ne serait-ce que de douter sur la chose. Le Messager (r), qui est le modèle à suivre, a kaffar et combattu les païens par les armes. Lui, l’auteur des paroles : « J’ai reçu l’ordre de combattre les hommes jusqu’à ce qu’ils attestent qu’il n’y a d’autre divinité dieu d’être adoré en dehors d’Allah. »[2] « Je fus envoyé avec l’épée jusqu’à ce qu’Allah soit adoré sur terre. »[3] ; [Combat-les afin qu’il n’y ait pas de troubles] troubles (fitna) : ici, c’est le shirk ; [et que la religion tout entière soit à Allah].[4]

 

Dans nawâqidh el Islam, Sheïkh Mohammed ibn ‘Abd el Wahhâb – qu’Allah (I) lui fasse miséricorde – établit ce principe : « Troisièmement : ne pas considérer les païens comme des non-musulmans, ou ne serait-ce que douter sur leur mécréance, ou pire, d’accréditer leur tendance, relève de la mécréance. »[5]

 

Conception erronée

 

Or, certains contemporains, comme le très zélé Abû Mohammed el Maqdisî, reprennent à leur compte le discours d’aimmat e-da’wa, qui renferme pourtant certains nuances. Des nuances qui avaient déjà échappé aux contemporains des savants du Najd leur ayant consacré des réfutations.  L’érudit ‘Abd e-Latîf ibn ‘Abd e-Rahmân ibn Hasan notamment, fut confronté à des dissidents qui avaient une mauvaise approche de ces questions. Il consacra un courrier à l’un d’entre eux dans lequel il lui conseille de ne pas tomber dans les mêmes travers que deux égarés d’el Ah qui, consciemment ou non, avaient mal interprété certains passages de l’Imam Mohammed ibn ‘Abd el Wahhâb.

 

Voici quelques extraits éloquents de cette fameuse lettre : « En 1264 h. j’ai rencontré à el Ahdeux hommes égarés de votre acabit qui avaient coupé avec la mosquée et la prière du jumu’â. Ils s’inspiraient des mêmes arguments que les vôtres pour kaffar les habitants musulmans de cette région. Ils prétextaient en effet qu’ils s’asseyaient et fréquentaient ibn Faïrûz, et d’autres personnes de son genre qui n’avaient pas renié le tâghût. En outre, ce dernier refusait de kaffar ouvertement son grand-père,[6] Un farouche opposant de la prédication de Sheïkh Mohammed. Leur argument était : celui qui ne prononce pas ouvertement son takfîr est kâfir comme lui, pour ne pas avoir renié le tâghût. Celui qui s’assoit avec lui a droit au même statut.

 

Ils firent suivre à ces deux prémices mensongères et égarées les mêmes implications que les règles de l’apostasie sur laquelle il ne règne aucune confusion. Ils décidèrent notamment de ne plus répondre à son salut. Leur affaire me fut alors soumise. J’ai demandé à ce que les deux accusés comparaissent devant moi. Je les ai menacés et ai utilisé un ton très sévère avec eux. Tout d’abord, ils prétendirent que leur croyance était conforme à celle du SheïkhMohammed ibn ‘Abd el Wahhâb, et qu’ils avaient ses lettres en mains.

 

C’est alors que j’ai dévoilé leur conception erronée ; j’ai détruit leurs arguments tendancieux, en utilisant les arguments qui me vinrent à l’esprit lors de cette audience. Je leur ai fait savoir que le Sheïkhn’avait aucun lien avec leur pensée et que ce dernier appliquait le takfîr uniquement sur des choses sur lesquels régnait le consensus des musulmans : la grande association (shirk akbar), renier les Versets et les signes d’Allah et de Son Messager, ou toute faute du genre. Et cela, uniquement après avoir établi les preuves célestes contre le fautif et de lui avoir fait parvenir de la façon qu’il convient…

 

Les deux Perses en question affichèrent alors le regret et se repentirent. Ils prétendirent que la vérité leur était devenue plus claire. Par la suite, ils se rendirent sur le littoral, et prêchèrent leur tendance. Nous apprîmes qu’ils avaient kaffar les gouverneurs musulmans et qu’ils avaient envoyé des courriers aux pouvoirs égyptiens. Ils allèrent jusqu’à kaffar les Sheïkhmusulmans qui avaient des relations avec ceux auxquels ces courriers étaient adressés. Qu’Allah nous préserve de l’égarement après avoir connu le droit chemin, et de passer d’une bonne à une mauvaise situation !

 

On m’a appris que vous aviez ce genre d’idées, et que vous vous êtes aventuré dans des domaines tels que :

-          Les notions d’alliance (muwâlât/mu’âdât),

-          Les traités et les courriers « internationaux »,

-          Les financements et les cadeaux, et bien d’autres domaines comme :

-          Les tendances des païens égarés,

-          La non-application des Lois d’Allah (el hukm bi ghaïr mâ anzala Allah) par les Bédouins, etc.

 

Des domaines que seuls les savants érudits sont à même de traiter. Ces derniers sont en effet dotés d’une telle sagesse, et d’une telle perspicacité, qu’ils pénètrent parfaitement les intentions du Législateur…

 

Quant à considérer kâfir celui qui est concerné par les infractions précédemment citées – que vous croyez être des actes d’apostasie –, vous vous conformez exactement à la tendance harûriya, ses rebelles qui ont pris les armes contre le Prince des croyants, ‘Alî ibn Abî Tâlib, et les Compagnons qui se trouvaient avec lui.

 

Quant à la question de la menace divine qu’encourent les auteurs de certains grands péchés, il est possible que pour une raison ou une autre un cas particulier en soit épargné. Ex. : l’amour d’Allah et de Son Messager, le djihad sur Son sentier, le poids des bonnes actions, Son Pardon et Sa Miséricorde, l’intercession des croyants, les malheurs qui font effacer les péchés dans les trois mondes, etc.

 

C'est pourquoi les anciens ne promettent pas un cas particulier parmi les musulmans au Paradis ni à l’Enfer, bien qu’ils mentionnent la menace à la manière du Coran et de la sunna. Ils font ainsi la différence entre le cas général et absolu et le cas particulier et restrictif…

 

Médite également sur l’histoire de Hâtib ibn Balta’a. Celle-ci est riche en leçons. Ce dernier avait émigré pour Allah et Son Messager, et s’était investi au djihad. Cependant, il y eut une cette histoire où il dévoila les secrets du Messager d’Allah (r)aux païens de La Mecque. Il envoya à ses anciens concitoyens un message qui faisait état des plans du Prophète ayant préparé une armée en vue de les attaquer. Hâtib cherchait un soutien auprès des mecquois, une main qui puisse lui protéger sa famille et ses biens [qu’il avait laissé dans sa ville natale]. Dès lors, la Révélation est intervenue pour le démasquer, alors qu’il avait déjà donné le message en question à Dha’îna qu’elle cacha dans ses cheveux [avant de prendre la route pour La Mecque].

 

À ce moment, le Prophète (r) envoya ‘Alî et Zubaïr à la recherche de Dha’îna, sans oublier de les informer qu’ils la trouveraient à un endroit sur le chemin de la Ville sainte : Rawdha khâkh. Ils la trouvèrent en effet là où il l’avait indiqué. Sous la menace, la coupable sortit le message de ses tresses. Il fut remis au Prophète (r)qui convoqua Hâtib. Une fois devant lui, il lui demanda : « Qu’est-ce tu as fait ?

-          Messager d’Allah, répondit Hâtib, Je n’ai pas renié après avoir goûté à la foi, et je n’ai pas fait cela parce que j’ai rejeté l’Islam. J’ai simplement voulu avoir sous la main sur place, quelqu’un qui soit capable de protéger ma famille et mes biens.

-          Il vous dit la vérité, laissez-le partir. »[7]

 

‘Omar avait même demandé l’autorisation de le tuer en s’exclamant :« Laisse-moi trancher la gorge de cet hypocrite ![8]

-          Qui te dit qu’Allah n’a pas contemplé les combattants de Badr, avant de leur dire : faites ce que vous voulez, Je vous ai tout pardonné. »

 

C’est à cette occasion qu’Allah révéla le début de la sourate la femme éprouvée : [Ô croyants ! Ne prenez pas pour alliées Mes ennemis et les vôtres]. Ce Verset s’adresse notamment à Hâtib, qui est donc concerné par le qualitatif de « croyants », comme il est concerné par le sens général que revêt l’interdiction dont il est question ici. Pourtant, ce même Verset laisse à penser que Hâtib a plus ou moins transgressé cette interdiction, en faisant preuve de muwâlât envers les kuffâr, et en leur témoignant même une certaine affection. Il va sans dire que l’auteur d’une telle faute s’est écarté de la bonne voie.

 

Pourtant, les paroles du meilleur des hommes : « Il vous dit la vérité, laissez-le partir. » ; celles-ci laissent à penser que Hâtib n’a pas apostasié, étant donné qu’il croyait en Allah et à Son Messager et qu’il n’était pas pris par le doute. Il fut simplement motivé par une raison matérielle. S’il avait renié sa foi, on n’aurait pas été question de : « laissez-le partir. »

 

Il n’est donc pas pertinent que le passage suivant soit la raison qui ait préservé notre Compagnon de sombrer dans la mécréance :« Qui te dit qu’Allah n’a pas contemplé les combattants de Badr, avant de leur dire : faites ce que vous voulez, Je vous ai tout pardonné. » S’il avait apostasié, ses bonnes actions auraient été annulées et n’auraient donc pas pu jouer en sa faveur. Allah (I) révèle à ce sujet : [Celui qui renie la foi verra ses œuvres annulées][S’ils avaient commis l’association, ils auraient vu leurs œuvres s’annuler]. Ainsi, à l’unanimité des savants, la mécréance annule les bonnes œuvres et la foi. Cette hypothèse est donc à mettre de côté.

 

Quant aux Versets : [Quiconque les prend pour alliés parmi vous, comptera dans leurs rangs][Tu ne trouveras personne qui croit en Allah et au Jour dernier avoir de l’affection pour ceux qui se sont opposés à Allah][Ô croyants ! Ne prenez pas pour amis ceux qui prennent votre religion en dérision et pour un jeu, parmi les mécréants et ceux qui ont reçu le Livre avant vous ; craignez Allah, si vous êtes vraiment croyants].La Tradition donne plus d’explications sur le sujet et de plus amples précisions. Il s’agit en effet de la muwâlât el mutlaqa el ‘âmma (l’alliance absolue ndt.)…

 

Le terme muwâlât provient à l’origine du sentiment d’amour, de soutien, et d’amitié. Il existe plusieurs autres degrés dont le péché est moindre, en sachant que chaque péché à sa part de menace et de blâme.

 

Ces nuances que l’on rencontre dans ce domaine ou ailleurs sont connues des anciens érudits parmi les Compagnons et leurs successeurs. Néanmoins, celles-ci posent problèmes à ceux qui ne pénètrent pas les subtilités de la langue et qui confondent entre les cas, parmi les nouvelles générations non-arabes et néophytes. Ces dernières sont mal à l’aise dans ce domaine, et n’ont pas les outils pour déchiffrer les sens profonds du Coran et de la sunna

 

J’ai entendu dire que vous vous étiez inspirés du Verset de lasourate Mohammed : [Cela, pour avoir dit à ceux qui ont eu un ressentiment contre les Versets révélés par Allah : Nous allons vous obéir sur certains points] : Vous les auriez fait correspondre à certains émirs contemporains qui entretiennent des courriers, ou qui nouent des traités de paix avec certains chefs égarés et certains rois païens. Le problème, c’est que vous n’avez pas regardé le début du Verset disant : [Ceux qui ont tourné les talons après avoir appréhendé le bon chemin]. Vous avez mal compris de quelle obéissance il s’agit ni de quels points notoires dont fait allusion ce noble Verset.

 

Le déroulement du traité d’el Hudaïbiya nous apprend que le Messager d’Allah s’est plié aux exigences et conditions des païens. Cela suffit pour réfuter votre mauvaise compréhension et votre conception erronée…

 

La sunna prophétique et les hadîth servent à éclaircir les lois coraniques, et les ambitions que dévoilent les textes du Livre d’Allah dans le domaine des limites à connaitre qu’Allah a révélées. Ces limites portent sur la connaissance des termes comme croyant/mécréant, polythéiste/monothéiste, pervers, bienfaisant, injuste, pieux, ce que sous-entendent la muwâlât et le tawallî, etc.…

 

Il y a donc une différence entre délaisser la prière, l’aumône, ou le jeûne, ou commettre l’association, ou encore dénigrer le Coran, et entre commettre un vol, l’adultère, boire de l’alcool, piller, et afficher une certaine muwâlâtpour les non-musulmans à la façon de Hâtib.

 

Celui qui met sur le même pied d’égalité les différentes branches de la foi au niveau des noms et des lois qui leur correspondent, ou qui fait la même chose avec les branches du kufr, il s’oppose au Coran et à la sunna ; il s’écarte de la voie des anciens, et entre dans l’ensemble des adeptes de l’innovation et des passions… »[9]

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

 

 



[1]Les ornements ; 26-27

[2]Rapporté par el Bukhârî (2946), Muslim (20), Mâlik dans el muatta (1/269), Abû Dâwûd (1556), e-Tirmidhî (2610), e-Nasâî (5/14), selon Abû Huraïra.

[3]Rapporté par Ahmed (5115), ibn Abî Shaïba (5/313), el Baïhaqî dans shu’ab el îmân (1199), ibn Hajar dans taghlîq e-ta’lîq (3/445).

[4]Les butins ; 39

[5]Pour l’explication de ce principe, voir : Sharh nawâqidh el Islam de Sheïkh el Fawzân.

[6]L’un des détracteurs acharnés de la da’wâ salafiya.

[7]Rapporté par el Bukhârî.

[8]Selon certaines versions, comme le stipule ibn Hajar, il est même dit que ‘Omar l’avait kaffar.

[9] Voir : usûl wa dhawâbit fî e-takfîr de l’érudit ‘Abd e-Latîf ibn ‘Abd e-Rahmân ibn Hasan, qui fut édité avec les annotations de Sheïkh D. ‘Abd e-Salâm ibn Barjas – qu’Allah lui fasse miséricorde –.

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Publié par mizab.over-blog.com - dans Takfir
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