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8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 05:05

L’amour et la haine en Dieu

(Partie 4)

 

Certains savants distinguent entre le tawallî et la muwâlât

 

À l’époque de la première guerre du Golf, Sheïkh Sâlih Âl Sheïkh a donné une conférence pour éteindre les ardeurs de certains de ses concitoyens. Mus par un zèle chevronné, ils étaient montés au créneau pour exprimer leur mécontentement face aux décisions des autorités saoudiennes. Il y parle notamment des notions de muwâlât, et explique qu’il incombe de distinguer entre plusieurs termes :

      • Faire alliance (tawallî) aux non-musulmans. C’est ce que ‘Abd e-Latîf appelle muwâlât el mutlaqa el ‘âmma.

      • Et avoir de la sympathie et de l’affection (muwâlât) pour eux.

La première relève de l’apostasie, contrairement à la seconde qui est moins grave.

Dans ce registre, il incombe de mettre la lumière sur une autre notion qui est proche des deux précédentes. Il s’agit de chercher assistance auprès d’un mécréant, et de louer ses services (el isti’âna bi el kâfir) : cette pratique est autorisée sous certaines conditions.

 

Voici donc trois questions complètement différentes :

 

  L’alliance : Sur ce point précis, est descendu le Verset suivant : (Ô croyants ! Ne prenez pas pour alliés les juifs et les chrétiens. Si l’un d’entre vous s’allie avec eux, il sera des leurs, Allah ne guide point la gent injuste). L’alliance mentionnée dans ce Verset a comme critère de soutenir les infidèles contre les musulmans en temps de guerre, en souhaitant leur victoire. Elle ne peut que provenir d’une affection profonde envers eux.

 

  Cependant, il faut bien faire la part des choses. Certes, celui qui aime les mécréants pour des raisons religieuses, celui-ci est un apostat. Tandis que, s’il a des penchants envers eux pour des raisons matérielles, de promotion ou autre, quoiqu’il ait commis un acte pervers, il ne sera pas pour autant considère comme tel (un apostat).

 

Allah (qu’Il soit glorifié) a dit : (Ô croyants ! Ne prenez pas mes ennemis et les vôtres pour alliés, en leur témoignant de l’affection) jusqu’à Ses Dires : (Si l’un d’entre vous le fait, il se sera éloigné du bon chemin).

 

Les savants ont dit : « Bien que celui qui témoigne de l’amitié pour un mécréant soit concerné par cette exhortation, néanmoins cet appel est consacré aux croyants, les détenteurs de la foi. Cela prouve qu’ils ne sont pas des apostats, en dépit qu’ils se soient écartés du droit chemin, pour leur avoir éprouvé de la sympathie et avoir cherché à leur plaire. »

 

Non pas par scepticisme, mais plutôt, comme nous l’avons déjà souligné, pour des raisons matérielles. C’est pourquoi, le Prophète (r) demanda à celui qui avait commis ce genre de choses : « Qu’est-ce qui t’as poussé à le faire ?

-          Non par Allah, répondit-il, je n’ai pas renié ma croyance en Dieu et à son Messager. J’ai seulement voulu avoir un soutien auprès de ces gens afin qu’Allah protège par son intermédiaire, ma famille et mes biens. »[1]

 

  À partir de cette référence, nous pouvons faire la distinction entre un simple désobéissant et un apostat. L’essentiel c’est que le fautif renferme l’essence de la foi.

 

Concernant demander de l’aide à un mécréant et louer ses services, les savants l’on autorisés dans certaines conditions. Ils se prononcent à cet effet au cas par cas. Quant à la question d’accorder de l’argent aux mécréants par aumône ou conciliation et se préserver de leur mal, ou autre, c’est encore un autre sujet ayant ses propres règles.[2]

 

Les savants de aimmat e-da’wa reprochaient à certains de leurs contemporains de puiser la science uniquement dans les livres

 

Certains de leurs contemporains en effet se contentaient de prendre les paroles des grandes références au premier degré. Ils ne prenaient nullement la peine de les exposer à leurs savants qui auraient pu les orienter, se suffisant ainsi à leur propre compréhension. Ils s’inspiraient de majmû’ e-tawhîd et des paroles du savant un tel. Le fait est qu’ils ne pénétraient nullement ses réelles intentions, ce qui les plongeait encore plus loin dans l’obscurité de l’égarement. Ils avaient ainsi hérité des méthodes des kharijites, à la différence où les kharijites cherchaient au moins, certes à tort, à comprendre le Coran tout seuls (ou en d’autres termes ils ne se fiaient pas à la compréhension des anciens), bien qu’ils n’y soient pas arrivés. En cela, ils sont moins condamnables que ceux qui cherchent leur voie dans les écrits des hommes, sans avoir les outils suffisants leur permettant de les décrypter. Il va sans dire que cela relève de la compétence des experts en la matière.

 

Pour Mohammed ibn ‘Abd e-Latîf, à vouloir se passer des savants sous prétexte d’avoir majmû’ e-tawhîd sous la main, c’est foncer droit sur un mur. Sinon, le Prophète (r) n’aurait jamais dit que le savoir se dissipera avec la mort des savants, et qu’ensuite, les hommes auront pour références les plus grands égarés…[3]

 

Sheïkh ‘Abd Allah ibn ‘Abd el ‘Azîz el ‘Anqarî présume que ces gens-là avaient dû s’inspirer du livre e-dalâil de Sheïkh Sulaïmân ibn ‘Abd Allah âl e-Sheïkh et de sabîl e-najât de Hamd ibn ‘Atîq, déjà… il explique notamment qu’il faut replacer les choses dans leur contexte et que Sheïkh Sulaïmân composa son ouvrage à l’occasion de l’invasion turque du territoire du Najd. Ces armées étaient venues avec de très mauvaises intentions contre la da’wa salafiya, et avaient même une cinquième colonne auprès des Bédouins, mais aussi des citadins du coin. Nous pouvons en dire autant pour le deuxième auteur. Il incombe donc pour comprendre les intentions d’un auteur de replacer ses paroles dans leur contexte historique.

 

La question de la muwâlât notamment est très claire comme nous l’avons vu. Il s’agit d’afficher de l’affection aux infidèles pour leur religion et de les aider contre leurs frères pour les mêmes ambitions. Ce qui n’est pas le cas du chef d’État qui est soumis à des accords internationaux avec les nations non-musulmanes. Il en va même de l’intérêt supérieur de la nation. D’ailleurs, ces mêmes Sheïkh – ni d’ailleurs ‘Abd e-Lâtif – n’ont jamais dit qu’on devient apostat sur le simple fait de vivre au milieu d’eux. Cependant, poursuit Sheïkh ‘Abd Allah, ils émettent la condition que le fautif soit considéré aux yeux des païens comme l’un des leurs, sauf s’il le fait dans l’intention de préserver sa vie, non par amour de leur religion. Le simple fait de vivre chez des non-musulmans est un péché certes, mais qui n’atteint pas le degré d’apostasie. Ce même Sheïkh ‘Abd Allah leur reproche ainsi de se fier à leur propre compréhension sans revenir aux savants.[4]

 

En outre, ‘Abd e-Lâtif ramène trois causes à l’origine de la mauvaise compréhension des paroles des savants que les égarés reprennent à leur compte :

1-                  Soit, en utilisant certains de leurs passages dont leur sens est vague, alors qu’il incombe de tous les regrouper pour les éluder.[5]

2-                  Soit, en prenant pour argent comptant certaines expressions sévères que les savants utilisent pour fustiger leurs adversaires dans leurs réfutations.[6]

3-                  Soit, en reprenant à leur compte les erreurs des savants. c’était justement le cas de Hamd ibn ‘Atîq sur la question de la muwâlât. Certains de ses passages, qu’il fallait mettre sur le compte de l’erreur, portaient à confusion.[7]

 

Le mot de la fin

 

Ibn Sahmân peint le profil psychologique des mauvais prédicateurs qui n’ont d’autre ambition que de vouloir tourner les regards vers eux. Malheureusement, de nombreux contemporains, qui ont pour vocation de dénigrer les savants de référence, se reconnaitront dans ce portait.

 

« Il est vraiment étonnant qu’on puisse tendre l’oreille à des gens qui ne sont nullement des savants, et qui n’ont jamais étudié chez eux ! Comment peut-on se faire une bonne opinion de leurs paroles et de celles qu’ils rapportent tout en ayant une mauvaise opinion des savants ? Pourtant, ces derniers connaissent beaucoup mieux qu’eux le discours des porteurs du savoir. Leur seule ambition est de guider les gens et de leur montrer la vérité…

 

Quant à ces vulgaires ignorants qui s’autoproclament savants, nombre d’entre eux – surtout ceux qui n’ont pas étudié chez les savants – bien qu’ils appellent à la vérité, ils appellent en fait à eux-mêmes. Leur ambition est de tourner les regards vers eux dans le but de gagner le pouvoir et les honneurs. Ils veulent étendre leur autorité sur les autres. Quand on leur pose des questions, ils font des fatwas sans aucune connaissance. Égarés, ils égarent les autres. »[8]

 

Par : Karim Zentici

 

 

 

 

 



[1] Propos rapporté par el Bukhârî et Muslim. L’homme en question est hâtib ibn Balta’a (N. du T.).

[2]Voir : e-dhawabît e-shar’iya ‘inda el fitan.

[3]Idem.

[4]Voir : E-durar e-saniya (7/309) pour la 2ème édition et (9/157) pour la 5ème édition.

[5]Voir : E-durar e-saniya (1/469).

[6]Idem. (1/469).

[7]Idem. (8/369).

[8]Minhâj ahl el haqq wa el ittibâ’ (p. 24 et 80).

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Publié par mizab.over-blog.com - dans Takfir
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commentaires

Nordine 08/02/2014 15:53

Barakallahu fika.

L'expression aimat ad-da'wah désigne shaykh al-islam Muhammad ibn 'Abd Wahab et ses enfants-élèves etc. notamment les Alî-Cheikh ? Peut t-on dire que l'ancien mufti Muhammad ibn Ibrâhim fut le dernier de ces aimat ad-da'wah ou encore ibn Bâz ? En fait, Karim, j'entends parfois shaykh Salah Alî-Cheikh usé de cette expression dans ses cours, et plus précisément de "imam ad-da'wah" désignant évidemment ibn 'Abd Wahab, fait t-il référence à la prédication salafi dont les héritiers sont les savants d'aujourd'hui ou alors cela concerne une période définie (une tranche de savants qui ont vécu sous l'Empire Ottoman) ? Enfin je te confie ressentir une gène parfois face à cette expression, dans mon esprit elle me renvoie au fait d'attribuer à shaykh al-islâm Muhammad ibn 'Abd Wahab une tendance, fa hal min dawaa ?

Jazak Allah khayr de nous consacrer ce temps dans tes réponses.

mizab 08/02/2014 16:35

wa fik baraka Allah !

Oui, l'expression revoit aux savants que tu décris, et certains chercheurs incluent les savants d'aujourd'hui...

Au départ, il s'agit des savants de la da'wa najdite, et dans un cadre plus large, les savants salafi qui ont épousé la même da'wa, ou ont été influencé par cette da'wa et qui ont enseigné en Arabie...

mais quand on parle de aimmat e-da'wa, il s'agit plus particulièrement des savants du passé de la da'wa nadjite, en effet, à l'époque, je dirais juste avant l'ancien mufti, qui serait en fait l'un de leurs élèves, si on s'en tient à l'ouvrage de e-durar e-saniya...

c'est peut-être dans ce sens-là que sheikh Salih al Sheikh l'utilise

mais, sinon, il rentre dans cette appellation si l'on tient compte de son acception générale comme évoqué plus haut...


En outre, et là où je peux relativement te rejoindre, c'est que cette expression est utilisée pour discréditer les savants qui voient le 'udhr bi el jahl dans le shirk akbar, et ses tenants confinent la référence salafi même de façon involontaire, dans ces savants, dans le sens où on tranche dans le conflit en s'inspirant de leurs paroles...

de ce point de vue, oui, elle est purement sectaire, même si en réalité, dans les fondements tout le monde est d'accord, dans ce sens, la da'wa de l'imam n'est pas une tendance nouvelle ni une cinquième école...

mais de si accrocher aveuglément en basant dessus ses alliances (el wala wa el bara) peut en faire une approche sectaire...

certains vont jusqu'à juger un savant en fonction de sa fidélité à l'Arabie Saoudite, comme a pu le faire Sheikh Jarbû', et vont jusqu'à disqualifié toute personne qui reprend le discours de sheikh el Albani, qui serait le mentor d'une école salafie rivale...

il y aurait les albanistes contre les nadjistes !

Utilisé dans ce sens, oui, ce terme est condamnable, et je peux entièrement te rejoindre...


wa Allah a'lam !

Nordine 07/02/2014 18:56

Salam 'alaika akhy Karim, j'ai lu et tâché de comprendre ton article autour de l'amour et la haine en Allah, j'ai à ce sujet quelques questions, puisse Allah te récompenser de la meilleure manière de m'accorder de ton temps pour y répondre :

1-Qui est ibn Sahmân cité en fin d'article ?
2-Qu'est ce que l'ouvrage majmû’ e-tawhîd ?

Barakallahu fika mon frère Karim.

mizab 08/02/2014 11:02

wa 'aleikom salem wa rahmat Allah !

wa fik baraka Allah !

ibn Sahman est un savant de aimmat e-da'wa l'élève d'Abd e-Latif ibn 'Abd e-Rahman, un grand poète...

majmû’ e-tawhîd est une compilation de risala sur le tawhid el uluhiya !

wa Allah a'lam !